Camus revint dans l'isba une heure après. En ouvrant la porte, il fut étonné de n'y voir que son fils et il lui demanda où était Milo. Le jeune chevalier lui répondit que ledit scorpion était retourné au sanctuaire pour réfléchir.
Le verseau était déçu. Il s'était attendu à ce que le scorpion reste et cherche à se réconcilier avec lui. De son mieux, il essayait de cacher la peine qu'il éprouvait à son fils mais celui-ci n'était pas dupe. Il ressentait et comprenait la peine de son père. Timidement, il s'approcha et posa ses mains sur les épaules de son aîné. Il serra un peu plus sa prise et souffla que Milo était partit faire le tri dans son esprit et qu'il avait juré être d'accord pour une discussion entre eux deux.
Camus se sentit un peu rassuré et remercia son fils. Ils passèrent le reste de la journée à parler en évitant le sujet du scorpion. Hyôga en apprit beaucoup plus sur la vie de son père et celui-ci apprit également ce qui était arrivé à son fils depuis qu'il avait reçu l'armure du cygne. Le soir arriva et Hyôga prépara ses affaires afin de repartir en Grèce. Avant qu'il ne parte, Camus lui demanda s'il pouvait dire à Milo qu'il regrettait son attitude et que celui-ci lui manquait également. Le jeune homme accepta et après une dernière étreinte avec son père, il prit le chemin du retour.
Arrivé au sanctuaire, il grimpa rapidement l'escalier sacré jusqu'au huitième temple. Là, il appela plusieurs fois le propriétaire des lieux qui finit par lui répondre télépathiquement de monter sur le toit.
En effet, Milo avait pour habitude de se réfugier là-haut depuis tout petit. Lorsqu'il se sentait seul, qu'il était en colère ou vexé, qu'il devait réfléchir à quelque chose ou pour faire une introspection sur lui-même. Cela faisait enragé son maître qui, connaissant son repère ne se demandait plus où il était.
Hyôga le rejoignit et fut peiné de le voir aussi triste. Il s'assit à ses côtés et laissa un silence s'installé. Au bout d'un moment, le scorpion le rompit :
Que voulais-tu me dire ?
Mon père m'a dit de te dire qu'il s'en voulait de sa réaction et que tu lui manquais aussi.
Ah, bon ?
Oui. Il était déçu que tu sois partit et il t'aime toujours.
Comment peux-tu en être aussi sûr ?
Il me l'a dit. Il a essayé de t'oublier mais il n'y est pas arrivé.
Je…je repartirais le voir demain et advienne que pourra.
Je te souhaite bonne chance et bonne nuit.
Merci. A toi aussi.
Une fois le jeune homme partit, Milo repris sa position et se remis à réflé appréhendait cette nouvelle rencontre avec son ancien amant qui était avant tout son meilleur ami. Il finit par s'endormir sur le toit de son temple.
De son côté, Camus ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il ne cessait de penser à sa future rencontre avec le scorpion. Tout ce qu'ils avaient vécu ensembles revenait dans sa tête et petit à petit, il se rendait compte qu'il n'y avait pas que Milo qui avait eu tort dans leurs nombreuses disputes. En continuant sa rétrospective, Camus vit que plusieurs fois, c'était lui qui était à blâmer.
Il essaya de dormir mais n'y arriva pas.
Le lendemain, lorsqu'il se leva, il avait les yeux bouffis et encore plus de remords. Il décida d'aller évacuer tout cela en s'entraînant après un solide petit déjeuner. Il pensait passer tranquillement sa journée à s'entraîner, malgré ce qu'il ressentait. Cependant, il fut interrompu dans son programme dans le milieu de l'après-midi.
Pendant ce temps là, en Grèce, Milo déjeunait tranquillement. La nuit ainsi que la matinée avaient été courte pour lui-même s'il avait dormi. En début d'après-midi, il partit pour la Sibérie, après en avoir reçu l'autorisation, et arrivé sur place, il se dirigea en direction de l'isba. Arrivé à destination, il frappa à la porte de celle-ci mais ne reçut aucune réponse. Alors il eu l'idée de chercher dans les alentours et au bout d'un moment, il s'arrêta sur le bord d'un glacier et regarda en bas. Camus se trouvait là et le scorpion le regarda pendant un long moment s'entraîner.
Soudainement, il entendit un craquement sourd et sonore. Il se figea et tendit l'oreille. Le bruit continuait d'avancer et sans qu'il ne s'y attende, il fut précipiter dans le vide, n'ayant aucun moyen de se raccrocher à quelque chose. Alors qu'il s'était préparé à atterrir rudement sur le sol en dessous, il fut surprit de sentir quelque chose de flexible le rattraper. En levant les yeux, il découvrit Camus le portant dans ses bras. Avec une rapidité éclair, même sans la vitesse de la lumière, celui-ci arriva à se dégager des morceaux de glaciers qui continuaient de tomber. Tellement concentré, qu'il trébucha, avec Milo dans ses bras, contre un petit morceau de roche enfouit dans la neige. Ils roulèrent et se retrouvèrent face à face. Dans leur élan, sans qu'aucun des deux ne l'eut souhaité, leurs lèvres se posèrent l'une sur l'autre. Pendant environ une à deux minutes, ils restèrent ainsi, surpris, jusqu'à ce que les remords reviennent en force chez Milo. Le regard triste, il se releva et aida son ami à se relever.
Camus saisit la main tendue et une fois qu'il fut debout, il invita le scorpion à l'isba. Celui-ci accepta et le suivit en silence. Une légère tension régnait entre eux durant le trajet et elle ne fit que s'accentuer alors qu'ils venaient de se mettre au chaud. Le propriétaire des lieux offrit de quoi se réchauffer à son invité.
Alors qu'ils étaient tranquillement assis dans les fauteuils devant la cheminée, Camus demanda :
Pourquoi m'observais-tu Milo ?
Je…je prenais du courage pour pouvoir enfin te dire la raison de mon attitude envers toi.
Et… quelle est… cette raison ?
Eh bien… en fait, je …, commença le scorpion qui ferma les yeux et prit une grande inspiration avant de reprendre, si… si je t'ai fais autant de mal…c'était parce-que…je voulais…je voulais te détruire pour mieux te retrouver.
Voilà ! Milo avait fini par lui avouer la raison de son comportement.
Un silence pesant s'installa entre eux. Camus tentait tant bien que mal de contenir la rage profonde et brûlante qui l'envahissait.
En face de lui, se tenait un scorpion au visage décomposé et pâle, les larmes aux yeux. Soudain, Camus se leva, s'avança vers lui et sans crier gare et ne disant mot, se mit à le gifler non pas une mais trois fois, le visage ruisselant de larmes et ses yeux emplis de souffrance et de colère.
Le verseau regarda une dernière fois le scorpion puis partit se calmer à l'extérieur de l'isba. Dans le salon, le grec était resté planter là où Camus l'avait laissé. Il savait qu'il avait mérité cela et n'en voulait pas à son ami.
Au bout d'un moment, Milo se leva et se prépara à rentrer en Grèce. A l'instant où il ouvrit la porte, il tomba nez-à-nez avec celui qu'il avait blessé et leurs regards s'accrochèrent. Il finit par baisser les yeux et s'en alla, honteux. Camus le rattrapa et voulut le faire pivoter pour pouvoir lui parler mais Milo se dégagea et partit, pleurant et courant, laissant un Camus désemparé. Ledit verseau avait le cœur serré. Il n'aimait pas voir son ami ainsi et se dit que dès le lendemain, il essaierait tout pour avoir une discussion avec lui.
Camus le regarda partir sans chercher à le retenir même s'il en mourrait d'envie. Il avait l'étrange intuition que s'il cherchait à le rejoindre, le scorpion s'enfuirait. En rentrant dans l'isba, il s'installa devant la cheminée et se mit à réfléchir à ce que venait de lui révéler le scorpion. Il s'en voulut d'avoir réagi ainsi. Mais qu'aurait-il pu faire d'autre ? Le prendre dans ses bras et lui dire que tout était oublié ? Sûrement pas. Il fallait que le scorpion paie mais il aurait dû le faire d'une autre
manière.
Que devait-il faire ? Il ne le savait pas et cela le rendait malade. Il finit par s'endormir, triste et frissonnant.
Milo continuait de courir. Après s'être éloigné de Camus, qui avait tenté de le retenir, il se retourna et son regard se porta dans la direction de l'isba. De là où il se trouvait, le scorpion pouvait voir la maisonnette sans être vu. La posture de la silhouette du verseau lui fit mal au cœur.
Rarement, il avait vu autant de tristesse chez son ami, et le fait de savoir que c'était lui-même qui le rendait comme ça lui était insupportable. Reprenant son chemin, il arriva très rapidement au sanctuaire et rejoignit son temple. Il était tard et ne voulait pas déranger son ami Crystal. Il s'apprêta à se mettre au lit lorsqu'il sentit un cosmos froid à l'entrée de son temple.
Sans attendre de réponse, le cygne entra dans la bâtisse et quelques secondes plus tard, frappa à la porte des appartements de Milo. Celui-ci alla lui ouvrir sans grande conviction et le laissa entrer tout en lui proposant un rafraîchissement. Le jeune russe accepta et demanda :
- Déjà rentré ?
- En effet, répondit le scorpion tristement.
- Et Camus ?
- Il n'est pas avec moi si c'est ça que tu veux savoir.
- Pourquoi ? Que s'est-il passé ? Tu lui as dit ?
Le grec, toujours honteux de son attitude lui expliqua les évènements. Au fur et à mesure qu'il parlait, l'ampleur des remords qu'il avait, emplit Hyôga d'une incroyable tristesse.
Comment ses deux hommes, qui étaient faits l'un pour l'autre, pouvaient être ainsi séparés ?
Il chercha à rassurer son aîné qui se jugeait plus bas que terre mais en vain. Celui-ci lui annonça qu'il s'exilerait quelques temps sur son île natale si le pope le lui permettait. Il fit promettre au russe de ne pas dire à Camus l'endroit où il se trouvait et promit d'aller voir Crystal le lendemain.
Le blond accepta et incita le bleuté à retourner en Sibérie pour aller tenter de s'expliquer avec le verseau. Milo lui répondit qu'il allait essayer et devant le regard insistant du cygne, accepta d'y retourner de suite. Avec une ironie gentille, il dit à son jeune pair qu'à des moments, on croirait voir Camus en lui. Le blond rigola et le regarda partir tout en le suivant grâce à son cosmo. Il retourna
ensuite dans le onzième temple que quand il fût sûr que le grec était en Sibérie.
Milo regrettait déjà d'avoir cédé face à son jeune frère d'armes.
Appréhendant sa confrontation avec son ancien compagnon, il se dirigea néanmoins vers l'isba.
Camus se réveilla en sursaut quand il ressenti l'aura familière. Il sortit de son lit et se précipita pour
aller rejoindre l'être le plus cher à ses yeux après Hyôga et sa mère. Le scorpion ne sentit et ne vit
pas Camus venir à sa rencontre. C'est seulement lorsqu'il entendit sa voix dire son nom qu'il leva la
tête et ne put faire un pas de plus car le français venait de se jeter sur lui, le faisant tomber dans la
neige.
Les joues humides, et pas qu'à cause du froid, le seigneur embrassa son vis-à-vis qui détourna très
rapidement la tête. Ce geste ramena le français à la réalité, et il s'excusa de sa réaction.
Milo se releva sans peine, ignorant la main tendue de Camus. En faisant cela, il savait qu'il blessait
son ancien compagnon mais il ne pouvait pas accepter cette perche.
Un lourd silence s'installe entre eux, la tension était palpable. Le onzième gardien, blessé mais heureux quand même murmura furtivement au scorpion de le suivre. L'un derrière l'autre, sans prononcer un mot, ils repartirent en direction de l'isba.
Une fois à l'intérieur, le propriétaire des lieux proposa à son invité de quoi se restaurer.
Celui-ci accepta et quand il eut une tasse remplie de liquide fumant entre les mains, il se dirigeât vers la fenêtre sans adresser un regard à son hôte.
Celui-ci, un peu meurtri par cette attitude, rompit le silence :
- Milo..., je... Je voulais m'excuser... pour l'attitude et les réactions que j'ai eues envers toi aujourd'hui.
- Ce n'est pas à toi de le faire mais plutôt à moi. Tu pourras remercier ton fils, c'est lui qui m'a convaincu de revenir. Il te ressemble énormément. Je sais que je vais devoir payer ce que je t'ai fait et c'est légitime. Mais que ferons-nous après ? Que deviendra notre relation ?
- Je crois que tu as déjà donné pour ce qui est du paiement. Ensuite, tu connais ma position sur nous.
- Je ne te comprends pas. Comment, après avoir vécu le calvaire que je t'ai infligé, peux-tu avoir encore de l'amitié et des sentiments pour moi ? demanda le scorpion en tournant son regard vers le français.
- Les... Les sentiments ne s'expliquent pas, répondit celui-ci rougissant, allons nous coucher sinon ça risque d'être dur demain pour le retour. Prend ma chambre.
Sur ces derniers mots, le seigneur fit demi-tour et partit dans la chambre de son fils. Milo était troublé par ce qui venait d'être dit. Il savait que le verseau ne livrait que rarement ce qu'il ressentait et là... Que de surprises !
Se reprochant son attitude feinte d'éloignement, il se décida à aller se coucher. En passant devant la chambre du russe, que Camus avait prise, il entendit un sanglot étouffé qui lui fit mal au cœur.
Il hésita à entrer car il ne savait pas comment réagirait son frère d'armes. Finalement, il renonça et alla dans la chambre de Camus pour réfléchir et essayer de dormir.
Ledit verseau avait ressenti la présence et l'hésitation de son ami. Au fond de lui, il espérait vraiment que le scorpion entrerait mais il fut encore plus abattu quand il le sentit partir. Le onzième gardien n'avait pas pour habitude de se livrer comme il l'avait fait et après l'échec qu'il venait d'avoir, il se promit de ne plus jamais ouvrir son cœur. Finissant par s'endormir, il ne remarqua pas, quelques minutes plus tard, que quelqu'un était venu près de lui.
En effet, le jeune grec n'avait pas réussi à plonger dans les bras de Morphée et lorsqu'il s'installa près de Camus, il remarqua que celui-ci lui manquait énormément. Passant un bras autour de la taille de son ancien amant, il s'endormit d'un sommeil profond, sans rêves, ni insomnies, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps.
