Bonjour à tous,

Tout d'abord, je tiens à m'excuser pour ce changement dans le temps de publication. Avec les examens qui approchent, j'ai plus de mal à me concentrer pour écrire. Toujours est-il que, par sureté, je vais espacer mes publications de quatre jours comme je l'ai fait pour ce chapitre, afin de ne pas bâcler ceux à venir. Rassurez-vous, cette fanfiction aura une fin, je vous le promets. Je refuse strictement de la laisser moisir dans un coin :), j'aime trop Death Note pour ça.

Pour Ada-Diana : Oh non, L et Light ne vont s'en tenir qu'à un baiser, ça, c'est sûr. J'ai prévu quelque chose d'assez particulier au sujet de leur relation à venir, j'espère que ça plaira(c'est pas du BDSM, en tout cas XD). Je ne m'y connaît pas trop en rating, mais je crois que je vais effectivement devoir le changer. Si je ne me trompe pas, ce sera T ou M(avec un net penchant pour le M). Merci beaucoup de me l'avoir fait remarqué(je suis encore novice à ce niveau-là :P) et bien sûr, mille merci pour continuer de lire cette fanfiction et pour laisser, à chaque chapitre, une merveilleuse review !

J'en profite aussi pour vous remercier, tous et toutes, qui donnez votre avis sur l'histoire, la lisez, m'encouragez, me complimentez, me montrez où sont les erreurs et me permettez de les corriger. Je me rends compte que je ne le fais pas assez, et donc voilà. Vos opinions comptent énormément pour moi. Un grand merci et des fleurs pour vous, tant que j'y suis(ou des chocolats, selon l'humeur de chacun :P).

Bref, à présent, bonne lecture à tous !


CHAPITRE SIXIÉME : LA THÉORIE DE LA DAME ROUGE

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Partie I : Light/Yagami

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Le soir du 14 août, Misa jugea bon de faire un nouveau caprice. Elle voulut que Light vienne dormir avec elle, ce que à quoi le principal concerné répondit qu'il ne pouvait pas, étant enchaîné à Ryûzaki. Vers vingt heures, il reçut un SMS de Kyomi Takada, ne l'ayant pas oublié et désireuse d'avoir de ses nouvelles. Elle espérait visiblement le revoir au plus vite, comme l'indiquait son « Tu me manques » à la fin, suivi d'un petit cœur des plus pathétiques. L, qui se trouvait près du portable de Light à ce moment donné, avait très longuement hésité à répondre à la place du jeune homme, qui était alors en train d'établir une liste de points communs entre les dernières victimes de Kira avec son père et Matsuda, tout en prenant son dîner. Il aurait bien volontiers conseillé à Takada d'aller se faire voir sous prétexte que Light avait des choses bien plus capitales à faire que de combler les exigences affectives d'une poulette en rut, mais ce genre de comportement lui aurait attiré les foudres de son équipe, ainsi que celles de Watari, qui désapprouvait grandement une attitude aussi puérile. L lui même se surprenait à l'envisager, tout comme il s'était surpris à embrasser Light, plus tôt dans la journée.

- Light-kun, si j'ai demandé à tout le monde d'éteindre son portable, ce n'est pas pour que toi seul en aies le monopole, déclara t-il finalement depuis sa chaise. Tu me feras l'immense plaisir de répondre à ta petite amie que tu seras injoignable pendant plusieurs mois, afin qu'elle cesse de t'envoyer des SMS à tout bout de champs. Les vibrations me perturbent.

Le père de Light posa sur son fils un regard perplexe comme celui-ci se saisissait de son portable pour vérifier le contenu des messages.

- Ta petite amie ? Light, ne me dit pas que tu...

- Non, l'interrompit Light. C'est Takada, une camarade de classe. Ryûzaki s'y connaît trop peu en relations sociales pour comprendre qu'un homme puisse être ami avec des femmes.

Tranchant, glacial. C'était Yagami, pas Light. Light ne se serait jamais permis de lui tenir tête de cette façon, et encore moins avec de tels arguments. C'était une réplique qui ne tolérait pas de contestation, à partir de laquelle L ne pouvait pas débuter une partie du jeu avec Light. Entre ses côtes, il y eut un pincement désagréable.

- Takada, ce ne serait pas la fille qui aurait été élue Miss Todaï, cette année ? S'enflamma Mastuda.

- Si, lui confirma Light, écrivant parallèlement sa réponse à la jeune femme. Mais elle n'aime pas ce titre, ou plutôt, elle n'y accorde pas d'intérêt.

Matsuda parut décontenancé.

- Et tu es ami avec elle ? Bon sang, qu'est-ce que je ne donnerais pas pour avoir autant de succès avec les filles que toi ! Entre elle et MisaMisa, on peut dire que tu as un pot de cocu.

Ça, pour être cocus, elles le sont, ne put s'empêcher de penser L, avalant une cuillerée de tiramisu

- Matsuda, si tu te compares toujours à Light, tu risques pas de t'en sortir, affirma Aizawa.

Il apportait avec lui une pile de dossiers. Tous installés autour d'une grande table, ils mangeaient tout en continuant de faire des recherches.

- Pourquoi est-ce que les filles n'aiment que les mecs intelligents ? Grommela Matsuda.

- Parce que semble t-il, les garçons avec beaucoup de neurones s'intéresseraient moins au sexe que les autres, répondit machinalement Aisawa.

Light et L eurent l'un comme l'autre un sourire discret et méprisant. Light tendit ensuite son portable à L, qui vérifia scrupuleusement le message qu'il avait composé avant de l'autoriser à l'envoyer, ainsi qu'il l'avait fait avec tous les autres policiers. Question de prudence.

- Être intelligent ne veut pas forcément dire qu'on est indifférent devant de jolies courbes, répliqua le père de Light, très diplomate.

- Absolument, il suffit de regarder les vidéos enregistrées par les caméras de surveillance dans la chambre de Light-kun, entre 19 heures et 19 heures 45, se railla L. Tu as des lectures passionnantes à cette heure de la journée, je dois dire, largement suffisantes pour réfuter ce que vient de dire Aizawa.

Il faisait bien entendu référence au coup des magazines coquins, de manière à se venger de ce que lui avait dit Light précédemment. La mâchoire de celui-ci se contracta. Il pinça les lèvres. Un silence gêné tomba autour de la table. L, terminant son tiramisu, attendait avec une impatience contenue la parade de Light.

- Navré d'avoir plus d'activité dans ce domaine que toi, Ryûzaki, prononça calmement le jeune homme. Si tu veux, je devrais pouvoir t'arranger ça. Je trouverais bien quelqu'un dans mon entourage capable de t'enseigner deux-trois trucs de base.

L avala de travers.

- Light, ne commence pas, je te prie, l'avertit Soichiro Yagami.

- Désolé, s'excusa t-il, à peine sincère.

Ils reprirent le travail. Yagami senior secoua la tête.

- Vous êtes pire que des enfants, marmonna t-il.

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- Light-kun, à la prochaine humiliation publique, je devrais te renvoyer, c'est compris ? Lança sèchement L.

Ils venaient de rejoindre ses appartements et s'apprêtaient à aller se coucher. L, assis sur le lit, regardait fixement l'écran de son Laptop, où se diffusaient des images de la chambre de Misa Amane. Light, allongé près de lui et plongé dans ses cours de droit du trimestre précédent, qu'il aimait relire de temps à autres, le regarda d'un air amusé :

- Bien sûr, Ryûzaki.

- Tu n'en penses pas un mot, constata le détective.

- Absolument.

- Je t'ai demandé de ne pas jamais me mentir, lui rappela fermement L.

- Tu me l'as demandé mais je ne t'ai pas dis « oui », nuance, le corrigea Light, sans quitter des yeux sa feuille de cours, stylo sur les lèvres.

Watari entra dans la pièce, poussant devant lui un plateau de sucreries, surmonté d'une cafetière de porcelaine accompagnée de deux tasses.

- Vous révisez, Light-kun ? S'enquit-il.

- En quelque sorte, répondit distraitement le jeune homme.

- Tu ne vas plus en cours, rétorqua L.

- Ce n'est pas une raison, répliqua Light. Relire mes cours me détend, ça m'empêche de penser que nous sommes au pied du mur en ce qui concerne Kira.

Watari tendit à L une tasse de café(cappuccino à cette heure), mais son geste parut plus sec que d'ordinaire, moins formel. L n'eut aucun mal à en deviner la raison, toutefois il était strictement hors de question d'aborder le sujet maintenant. Lui-même n'y voyait pas tout à fait clair, et avait d'abord besoin de faire le point avant d'en parler à qui que fût. Il n'appréciait guère le désordre mental dans lequel était actuellement noyées ses pensées suite à ce qui s'était passé. D'un coup d'œil, il se fit comprendre de Watari, qui se retira après leur avoir souhaité bonne nuit.

Embrasser Light n'avait jamais été prévu, pas plus qu'il n'aurait pu prédire qu'il tenterait de l'étrangler. Tout ce qui avait été fait à cet instant précis avait été précédé d'une montée d'adrénaline telle qu'il en avait rarement connues auparavant, d'une force déroutante. Ses combats avec le gamin étaient souvent l'occasion pour lui de ré-expérimenter cette poussée d'énergie, cependant jusqu'à aujourd'hui, aucune n'avait eu cette puissance incommensurable. Son esprit rationnel avait dû capituler en cours de route, laissant le corps prendre le contrôle.

Quand ses mains s'étaient resserrées autour du cou de Light, c'était à Kira qu'il pensait. Light Yagami avait eu son pouvoir, c'était évident, et L n'était absolument pas certain, malgré l'extrême renversement de personnalité du jeune homme, que celui-ci ne le fût pas encore. Cette hypothèse lui avait eu l'effet d'une gifle particulièrement violente, auquel Lawliet ne se sentait pas préparé. Avec Yagami, il aurait pu sans difficulté aucune considérer cette théorie avec tout autant de détachement qu'il lui avait annoncé ses soupçons envers lui. Light, en revanche, rendait la chose bien plus pénible, plus que Lawliet l'aurait cru. Il avait haï Kira. Quand il avait posé ses yeux sur Light, il n'avait pu supporter l'idée que ce visage redevienne glacé comme la surface de la lune, tel qu'il l'avait été dans les premiers jours ayant suivi leur rencontre. Lawliet voulait garder Light.

Mais parce que Light abritait Yagami, et que Yagami était bien plus corruptible parce que constamment ennuyé, Lawliet avait dans le même temps compris que le garder intact serait impossible, et la douleur qu'avait entraîné ce constat avait atteint la force de sa haine pour Kira. Si Yagami redevenait le réceptacle de Kira une seconde fois, Light disparaîtrait pour de bon. Il n'était qu'une infime partie de sa propre personne, partie comportant des faiblesses, des failles, que ne pouvaient tolérer Yagami et Kira. À eux deux, ils anéantiraient Light. S'ils gagnaient, Light mourrait. De même, s'ils perdaient, le jeune homme serait condamné à la peine capitale. Le seul moyen de le sauver, c'était de le tuer soi-même, tant qu'il était encore Light. Libre.

- Ryûzaki ?

- Oui, Light-kun ?

- Écoutes, ça me gêne un peu de te demander ça, commença t-il en passant une main nerveuse dans ses cheveux, mais je ne suis pas sûr de pouvoir réussir à m'endormir facilement ce soir, alors est-ce ça te dérangerais de faire une partie d'échecs ?


Partie II : Ryûzaki

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Il y avait de ces nuits où Light, malgré son épuisement, était dans l'incapacité totale de fermer l'œil en raison d'une trop grande agitation interne. Le seul moyen pour lui de recouvrer un peu de calme était d'occuper son esprit ailleurs, dans ses cours, des exercices, des lectures d'auteurs classiques européens de la Renaissance ou des Lumières, de préférence dans leur version originale. Il pouvait facilement passer trois heures ainsi avant de parvenir à trouver le sommeil. Faire une partie d'échecs avec Ryûzaki lui était apparu comme la façon la plus rapide d'épuiser son cerveau. Jouer contre un génie allait entraîner une mobilisation générale de tous ses neurones et le laisserait épuisé une fois la partie achevée. Il avait, en outre, l'intention de reprendre leur conversation sur ce qui était advenu quelques heures plus tôt, n'ayant pas la moindre envie de se contenter de la réponse fuyante du détective à ce sujet.

Ryûzaki accepta. Il traîna Light dans le salon, où stagnait un échiquier qu'ils utilisaient parfois en journée, et ce depuis que l'enquête était au point mort. Parce qu'ils étaient tous deux doués d'un esprit prodigieux, ils ressentaient constamment le besoin d'en faire usage, et cette stagnation de l'enquête, aussi étrange que détestable, leur donnaient tant à l'un qu'à l'autre l'impression tout à fait effroyable d'avoir le cerveau engourdi. Si Ryûzaki n'en parlait pas, sa mauvaise humeur à certains moments de la journée, des heures de mutisme accumulées, une baisse d'appétit et par dessous son besoin visible de provoquer Light étaient des indices incontestables.

Ils emmenèrent l'échiquier dans la chambre, où il fut déposé sur le lit. Ryûzaki posa près de lui une boite de chocolats belges tandis que Light s'asseyait en tailleur. Ils commencèrent.

Ryûzaki était d'une lenteur horripilante. Il avait parfaitement conscience que ce genre de comportement déséquilibrait ses adversaires et les amenaient régulièrement à oublier leur coups, puis à faire de lamentables erreurs. Light le savait, il connaissait la tactique de Ryûzaki, simplement basée sur la psychologie humaine, pour ainsi dire par cœur après plusieurs parties, mais ne parvenait toujours pas à se maîtriser. C'était ce qui le conduisait tout droit à une défaite cuisante, et les seules parties qu'il gagnait, peu nombreuses, étaient dues au manque de sucre dans l'organisme du détective lorsque celui-ci tombait à court de gâteaux et autres pâtisseries(ce qui arrivait de moins en moins étant donné qu'il mangeait peu dorénavant).

Un pion tenu du bout de ses doigts très longs et très fins, Ryûzaki le posa en F5, semblant vouloir ainsi réaliser une défense hollandaise. Light savait la parer, cependant le jeu de Ryûzaki avait cette disposition naturelle à s'adapter à chaque adversaire, partant ainsi d'une tactique connue servant à faire « diversion » puis la modifiant à sa guise à n'importe quel moment, voir en créant une nouvelle encore plus percutante, de façon à gagner. Il était redoutable et c'était justement ce qu'il fallait à Light pour pouvoir dormir : de la frustration instantanément consommée dans une réflexion sur l'échiquier, qui lui faisait oublier celle liée à l'enquête. Un exercice intellectuel d'une telle intensité qu'il s'apparentait à un exercice physique et le fatiguait. Lorsque Light jouait avec Ryûzaki, il avait toujours l'impression de courir un marathon.

- Tu ne veux toujours rien me dire ?

- À propos de quoi, Light-kun ?

- De ce baiser, asséna t-il.

Aucun trouble n'apparut sur le visage de Ryûzaki, il n'y eut pas de raidissement quelconque d'une partie de son corps.

Ataraxie ?

Oh non. Light n'y croyait plus depuis que L lui avait collé son pied dans la figure après lui avoir annoncé être déprimé.

- J'ai déjà tout dit à Light-kun à ce sujet, déclara Ryûzaki. Je suis fatigué en ce moment, et j'agis parfois sans réfléchir.

- Et je t'ai dit que ça ne marcherait jamais avec moi. Tu évites le sujet, Ryûzaki. Il n'y a rien de plus déplaisant. J'ajouterais au passage, continua t-il après réflexion, que ton excuse est minable.

- Je « n'évite » pas le sujet, j'ai déjà répondu à ta question. Si tu ne peux pas accepter que certaines choses soient faîtes de manière irrationnelle, c'est que tu as encore beaucoup à apprendre du monde et de l'être humain, Light-kun, affirma le détective en enfournant un chocolat dans sa bouche

Light faillit lui envoyer son poing dans la gueule – encore – et ce ne fut que grâce à son immense fatigue qu'il ne se jeta pas sur Ryûzaki.

Il avait appris, à force de vivre auprès de lui vingt quatre heures sur vingt quatre, que jamais, ô grand jamais, le détective n'agissait sans raisons. Ou plutôt, l'être humain ne faisait jamais quelque chose sans qu'il y ait un but, une fin, à cette action. Ryûzaki, s'il était plus compliqué à cerner de part son manque d'expression, demeurait un être humain comme tous les autres. Un QI hautement supérieur à la moyenne ne faisait pas de vous un dieu. Si Light voulait des explications, il allait devoir gratter longtemps la surface compacte que représentait le visage impassible du détective avant de voir jaillir des émotions.

Le concernant, le baiser que lui avait donné Ryûzaki lui était apparu, dans les premières minutes l'ayant suivi, comme nécessaire. Il lui avait fourni de l'air rapidement à un moment où il ne parvenait plus à s'en procurer, aussi n'avait-il pas cherché à le justifier autrement, l'acceptant comme on accepte une bouteille d'eau ou une douche froide un jour de canicule. De plus, son esprit avait été si embourbé après l'étranglement qu'il n'avait pas été en mesure de s'étonner davantage, pas plus qu'il n'avait prêté attention au gémissement discret de Ryûzaki lorsqu'il avait ouvert la bouche pour laisser entrer l'air qu'il lui offrait, ou au frémissement de son corps quand il avait posé ses mains sur ses hanches. Tous ces détails, il ne les avaient réellement considéré qu'une fois assis sur le canapé, avec son père près de lui. Il n'avait bien compris la situation qu'à cet instant précis, en voyant Ryûzaki sur son fauteuil, parfaitement immobile, et d'un calme beaucoup trop éclatant pour être honnête. Light ne croyait pas à l'illusion que s'appliquait à projeter le détective à son propre sujet, et il était sans aucun doute le seul, avec son père et Watari.

Light n'avait rien contre l'homosexualité, déplorant les craintes que pouvaient en avoir certains. La liberté de choix de l'homme lui autorisait presque tout. Il n'y avait que les animaux qui étaient strictement portés sur le sexe opposé, et encore. Des études avaient prouvé le contraire. Il ne disait donc rien au sujet de l'homosexualité, de la bisexualité, ou de l'hétérosexualité. En fait, il ne disait pas grand chose à propos du sexe. Il appréciait la chose, y trouvant du plaisir, mais ne passait pas son temps à fantasmer ou à rechercher des partenaires. L'acte sexuel était pour lui un besoin occasionnel qu'il se plaisait à assouvir comme on se plait à partir en voyage dans un pays lointain et à en tirer de bons souvenirs. Il cultivait la « Vénus Vagabonde » comme l'avait si bien dit Lucrèce.

Aussi, quand les lèvres de Ryûzaki s'étaient posées sur les siennes, il n'avait pas éprouvé un désir digne des plus grandes passions amoureuses, d'une force inouïe et qui s'envolait aussi rapidement qu'il était advenu une fois satisfait. Ce qu'il avait ressenti alors avait été bien particulier, en accord absolu avec la personnalité de Ryûzaki en général. Son désir s'était focalisé sur l'air que lui apportait le détective, sur le fait qu'il lui avait coupé le souffle avant de le lui rendre. S'il y avait eu le choc de ce contact inattendu, Light en avait également ressenti toute la douceur, toute la subtilité, et toute l'ironie. Comme si, par ce baiser, Ryûzaki avait voulu lui faire comprendre qu'au cœur de cet univers si superficiel, il ne pouvait pas respirer sans lui.

Cette observation l'avait rendu profondément amer.


Partie III : Lawliet/L

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Quillish habitait un appartement adjoint à celui de Lawliet, dont la sobriété détonnait face au luxe aristocratique affiché par ce dernier. Échangeant avec Roger, l'ayant remplacé au poste de directeur de la Wammy's House, au sujet de l'orphelinat, il s'était autorisé une pause, estimant qu'il ne lui serait d'aucune utilité de travailler toute la nuit dans l'état actuel d'immobilité de l'enquête. Roger lui racontait jusqu'à quel point l'un des mômes, surnommé Mello, était insupportable. Quillish n'avait pas pu s'empêcher de rire. Le gamin, par son attitude éhontée, lui rappelait L dans sa jeunesse.

Il n'avait rien dit aux policiers, davantage par souci de préserver L que Light. La chaîne entre ces deux-là rendait toute discussion privée impossible, mais il semblait de toute façon que Lawliet ait cette fois-ci envie de garder le silence. Quillish, cependant, n'était pas du même avis. Le détective ne l'avait pas habitué à ce genre de comportement et il était strictement hors de question de faire l'impasse dessus. Quillish était un veilleur. Il devait faire en sorte que L ne s'effondre pas. Or depuis le début du mois, le masque commençait lentement à se fissurer, laissant poindre des traces de désirs, de langueur, d'affaiblissement. La passion de Lawliet pour Light Yagami, aussi imprévue qu'inquiétante, était lentement en train d'accaparer son esprit fantastique. Et parce qu'il était déprimé suite à ses erreurs et que l'enquête n'avançait pas, il se laissait envahir plus facilement. Si Lawliet n'avait été qu'un jeune homme ordinaire, Quillish aurait accueilli cette attirance avec un enthousiasme tonitruant. Par ailleurs, s'il n'exprimait pas sa joie, il n'en demeurait pas moins attendri. Mais Lawliet était devenu L, et L, pour être efficace, devait être seul, n'avoir aucun but autre que la Justice. L n'aimait que la Justice. Cette condition avait été définie par L lui-même dés ses débuts, suite à une affaire datant de 1998.

Ce n'était un cas exceptionnel que dans le sens où L s'était, pour la première fois, impliqué davantage sur le plan émotionnel qu'intellectuel. Il avait travaillé en collaboration avec des agents du FBI, parmi lesquels un jeune homme, Owen Stacy, âgé de 23 ans, très efficace, possédant une grande rapidité de décision ainsi qu'un sens de la diplomatie hors du commun. Pour lui, Lawliet avait développé un vif attachement de petit frère, se confondant entre l'adoration, l'agacement et le respect. Ils avaient collaboré à de nombreuses reprises, tout en se voyant régulièrement en dehors du boulot.

En janvier de l'année 1998, ils avaient pourchassé un gang de terroristes en Afghanistan, ayant dans le désert du Sahara une base souterraine n'ayant jamais pu être découverte jusqu'à lors. Stacy, sur ordre de L, avait pris la tête de l'équipe, traquant un par un les membres du réseau. Leur base, comportant quatre points centraux, était un véritable labyrinthe de tunnels étroits dans lequel on était prompt à s'égarer. L avait su diriger Stacy sans encombre, et la mission avait été menée à bien, sans la moindre perte.

- J'ai fini, L. Je remonte, et on ouvre une bouteille, avait déclaré Owen.

Il était le dernier à se trouver encore dans un couloir de la base. Tous les autres s'étaient empressés de sortir, mus par un sentiment tout à fait légitime de claustrophobie. Lawliet avait souri à cette remarque puis ôté son émetteur-récepteur, pivotant sa chaise vers Quillish pour lever le pouce en signe de victoire.

Une bombe avait explosé et ravagé la galerie dans laquelle Stacy se trouvait.

Quillish se souvenait du visage de Lawliet lorsque celui-ci avait entendu la détonation puis avait vu l'écran noir que lui renvoyait l'ordinateur. Il s'en souvenait parce que jamais un visage ne lui avait fait aussi peur. Les premières secondes, Lawliet n'avait pas semblé comprendre ce qui venait d'arriver, et avait appelé le nom de Stacy quatre fois, et à chaque fois sa voix prenait une intonation un peu plus pressante, un peu plus désespérée. Quand finalement, dans le tumulte des appels paniqués des autres soldats et le grésillement infernal du micro de Stacy ayant explosé, Lawliet avait réalisé qu'il était mort, il s'était levé, était allé aux toilettes, et avait vomi. Quillish, alerté, l'avait rejoint. L'image de Lawliet, recroquevillé sur le carrelage glacé, peinant à s'appuyer sur la cuvette tant il tremblait, avait porté un coup au cœur du vieil homme. Il s'était agenouillé près de lui, avait amené la tête de Lawliet contre son torse, passé un bras autour de ses épaules, puis l'avait serré, aussi fort qu'il avait pu.

- L doit être seul, avait-il marmonné alors d'une voix éteinte. L ne doit pas être faible, et pour ça, il doit être seul. Je dois être seul.

- Ne te prives pas, L, ou tu seras malheureux.

- Je suis la Justice. Je n'ai pas à être heureux, avait t-il répliqué. Tu devras veiller à ce que je ne ne reproduise pas ce genre d'erreur, Quillish.

Le désir de solitude de L avait parut être la seule conséquence de la mort de Stacy. Toutefois, au bout de deux jours, Lawliet refusa une tablette de chocolat. Puis un gâteau. Puis une sucette. Puis toutes les sucreries dont il avait l'habitude de se goinfrer jour après jour. Il avait perdu du poids, ses cernes s'étaient élargies. Il résolvait des enquêtes avec brio, mais était glacial envers ceux qui lui demandaient de l'aide ou travaillaient sous ses ordres, d'une telle impolitesse parfois que Quillish le reprenait lui-même. Puis, en juillet 1998, il refusa de bouger de son lit, estimant qu'il en avait assez et qu'il voulait qu'on le laisse tranquille.

Quillish avait décidé de l'emmener dans un temple bouddhiste qu'il avait déjà côtoyé, au nord d'Hokkaidõ. L'endroit, bâti près d'un lac et entouré de montagnes et d'une épaisse forêt, éloigné de toute cité humaine, était sécurisant, apaisant, et donc idéal pour le rétablissement physique et psychologique de Lawliet. Quillish l'y avait traîné de force. Les premiers jours avaient été extrêmement difficiles, car Lawliet n'était pas coopératif et refusait de manger, de parler, et même de se déplacer. Ce n'était que parce que Quillish, à bout de patience, lui avait passé un savon mémorable, qu'il avait accepté de prendre part aux activités des moines. Il avait commencé par apprendre l'aïkido, les moines jugeant qu'il avait trop de colère en lui pour débuter immédiatement la méditation. Un art martial lui permettrait d'évacuer sa rage. Lawliet avait ingéré les techniques à la vitesse de la lumière, parvenant au bout d'un mois à battre celui que l'on appelait le « maître ». Puis il était passé à la méditation, et c'était à ce moment-là que Quillish avait pu observer un net changement dans son comportement.

La méditation, pratiquée régulièrement, avait apporté un peu de paix à Lawliet. Il se remit à vouloir des pâtisseries. Quillish, dans un débordement de joie, avait acheté l'intérieur complet de la meilleure boulangerie-pâtisserie de la ville la plus proche, ajouté à celui d'une confiserie, qu'on avait livré au temple par camion. Lawliet avait secoué la tête et esquissé un sourire quand il avait vu ça.

Ils étaient restés cinq mois au temple avant de revenir à Tokyo, où les attendaient les enquêtes. Si Lawliet conservait la douleur que lui avait causé la mort de Stacy au plus profond de lui, il n'en montrait rien et avait repris le travail avec un certain entrain.

Quillish n'avait pas la moindre envie de le voir retomber dans cet état d'apathie. Parce que L le lui avait commandé, il devait intervenir, néanmoins il ne voyait aucun moment pour lui en parler seul à seul. Leurs discussions nocturnes n'étaient plus d'actualité depuis que le sommeil de Light Yagami était devenu très agité, ponctué de phases de réveil puis de somnolence légère.

Roger lui envoya la photo de l'ensemble des enfants de la Wammy's. Quillish les regarda un long moment, ému, comme s'ils étaient tous les siens.


La "théorie de la Dame Rouge" n'est pas présente dans le roman de Lewis Caroll, mais en a été inspirée. C'est une hypothèse qui stipule que l'environnement d'une espèce se modifierait en permanence, et que cette espèce serait par conséquent obligée d'évoluer constamment, pour s'adapter. Ici, elle symbolise l'adaptation de Lawliet à son travail, c'est-à-dire la nécessité de devoir être seul, pour ne pas risquer la vie des gens qu'il aime, sans quoi il risquerait de s'éteindre à son tour sous la force du chagrin.

Negen