Yo ! Me revoilà avec un nouveau chapitre. Avec de l'action ! Du succès ! Du pognon ! Le stress chronique d'Elisa qui refait son apparition ! Que Merlin bénisse Trisha, sans elle Elisa serait définitivement une force du chaos x) Enfin bref ! J'espère que ce chapitre va vous plaire.
Mais avant tout... Voici les réponses aux reviews !
Merci Lisa ! Oui, j'ai pris vraiment l'approche "réaliste" du concept de Self-Insert. Des pouvoirs réalistes, une vision du monde réaliste, et une épopée... Plus ou moins réaliste x) J'espère que les aventures d'Elisa vont continuer à te plaire !
Yo Filk ! Ouais, Dracarys est un nom super-cool. Et pour Spoutnik, honnêtement, l'idée m'est venue par hasard, mais je ne regrette rien x) La blague était trop bonne ! Mais bref. Les ambitions d'Elisa sont... Assez importantes c'est vrai xD Mais je ne la qualifierai pas de mégalo. Elisa a conscience de son propre pouvoir et de ses limites. Elle ne se berce pas d'illusion, elle sait que ses projets demanderont des années, beaucoup d'or, beaucoup de patience, de l'aide de différents experts. Elisa est arrogante parce qu'elle se sait importante à Poudlard, dans sa promotion. Au-delà, elle n'est pas grand-chose, et elle le sait. Alors ses projets vont forcément devoir attendre =) Bref ! Oui, Luna sera évoqué dans le reste de la fic, et on la reverra dans le tome 2 ! Et pour le nom de MagicoGlisseur... Oui, j'aurais pu faire mieux, mais je ne sais pas quoi. On m'a suggéré "airboard", qu'en penses-tu ?
Hello LadyScatty ! Une autre fan de Luna x) La confiance que font les gamins plus jeunes (Luna, le Trio...) n'est pas très surprenante. Je parle d'expérience x) Quand des enfants se retrouvent lâchés en "territoire inconnu", ils ont tendance à se cramponner à la personne d'autorité la plus aprochable qui soit. Quelqu'un qui soit à la bonne place dans la chaîne alimentaire por les protéger, mais aussi qui soit susceptible de prendre en pitié les petits nouveaux x) Et Elisa s'impose délibérément comme cette personne. Aux yeux des enfants, elle sait autant de chose qu'un adulte, mais elle est moins effryante et en plus elle ne risque pas de les punir ou de les engueuler, donc évidemment ils convergent vers elle quand ils ont besoin d'aide.
Yo LunaMidnight ! Encore une fan de Luna xD Yep, le Trio revient vers Elisa parce qu'elle leur dit toujours la vérité. Les autres enfants les prendraient au sérieux mais ne sauraient pas leur répondre, et les adultes sauraient leur répondre mais ils les rembarreraient. Elisa a les connaissances qu'il faut et elle est approchable, donc du coup, elle est la complice parfaite x)
Salut Aomine ! Oui, Elisa compte supprimer Dobby de l'histoire... Et donc pallier sa disparition elle-même. Par exemple, pour protéger Harry en deuxième année. Ou pour envoyer un elfe sauver le Trio si jamais ils se retrouvent emprisonnés dans un cachot (tu verras comment dans les derniers chapitres de la fic x) ). Et oui, la famille d'Elisa est bizarre. Mais honnêtement, c'est la couverture parfaite pour cacher sa propre bizarrerie. La TV, non, je n'y ait pas pensé mais c'est une idée, je note =) Elisa a effectivement de grands rêves, mais... Justement, ce n'est pas si surprenant que ça, parce que les gens sont habitués à son ego, à son étrangeté, à son autorité. Et puis, elle est une Poufsouffle. Dans une autre Maison, les gens pourraient se montrer dubitatif, mais elle est dans la Maison de la Loyauté. Si elle a une grande ambition, elle peut compter sur les blaireaux pour la soutenir.
Coucou Mayoune ! Yup, la mère de Luna s'appelle Pandora, selon le wikia. Et c'est honnêtement la seule personne que je pouvait imaginer sympathiser avec Isabelle. En fait, l'idée m'est venue du fait que leurs filles sont comme une image inversées d'elles-mêmes. Luna est comme Isabelle, une rêveuse avec un sens de la réalité qui n'est pas tout à fait le même que le nôtre, des centres d'intérêts que les gens tendent à dédaigner, et une étrange sagesse. Elisa, elle, est comme Pandora : une inventrice passionnée et curieuse, qui aime sa famille... Et qui, un jour, risque de se faire exploser par l'une de ses propres expériences. Après tout, jouer avec le destin est assez dangereux.
Tu es aussi douée qu'Elisa pour les noms, Elesdei ! Lévisurf x) Je suis désolée, ça me fait penser à une marque de chaussures, je sais pas pourquoi x) Anyway ! Ta review m'a fait super-plaisir. Polydipsie est la fic dont je suis la plus fière x) Et oui, aucun personnage ne pourra égaler Kathleen ! En fait, si tu tiens à comparer Elisa et Kathleen... Kathleen est ce qu'Elisa aspire à être. Populaire, fonceuse, qui ne doute jamais d'elle-même, dont les amis sont cools, bref, une version très idéalisée d'elle-même. Mais même si Elisa et Kathleen ont la même base (une Poufsouffle idéaliste nulle en Métamorphose xD), j'ai pris l'approche réaliste avec Elisa. Elle a des défauts plus marqués : ses doutes, ses moments d'introspection, ses points d'ignorance. En revanche, et ça je ne le nie pas, elle a une arrogance digne de Kathleen, même si elle n'a pas son assurance xD
Merci Streema =) Les cours, c'est compliqué... Mais bref. Yep, Elisa est plus approchable qu'un prof et tout aussi bien renseignée (du moins, à leurs yeux) alors elle est leur mine d'informations. Et l'apparition de Luna est inattendue, je n'avais pas prévu de la mettre dans ce chapitre, mais... C'est arrivé x) Contente que ça te plaise !
Hello Charliflex ! Ouiiiii, lis les livre de Pierre Bottero, tu vas les adorer ! 'ttention, la chronologie peut être trompeuse : il faut lire d'abord les deux premiers tomes du Pacte des Marchombres, puis la Quête d'Ewilan, puis les Mondes d'Ewilan, puis le dernier tome du Pacte. Mais si tu aime le personnage d'Ellana, tu n'auras aucun mal à accrocher au personnage d'Ewilan, tu verras !
Yo Harry ! La maison des Bishop est un peu la maison de mes rêves x) Plein de curiosités à découvrir et redécouvrir ! Et oui, les Dursley vont sauter sur l'occasion de se débarasser d'Harry. Et du coup, oui, cela va entrainer des divergences... Mais les divergences, Elisa les crée dès qu'elle éternue de toute façon xD Je suis contente que les Gliseurs te plaisent ! C'est l'invention d'Elisa que je préfère x)
Thanks Luffynette ! Elisa n'a pas fini de te surprendre, tu vas voir x)
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Voilà voilà. Et, avant de vous donner le nouveau chapitre... J'ai un petit concours à vous proposer ! Vous connaissez à présent les ambitions d'Elisa. Vous savez aussi à quel point elle (et moi, par extension) est nulle pour les noms. Alors, si vous deviez proposer un nom pour cette future colonie de vacances, cette future école pour Cracmols, ces associations... Que proposeriez-vous ?
Attention, je ne dis pas que ces écoles/assos/autres apparaitront dans ce tome, ou même les suivants. Ces projets sont vraiment ambitieux et il faudra des année sà leur réalisation. Mais si vous avez des idées, mes oreilles sont grandes ouvertes x)
Allez, assez tergiversé. Voici le chapitre !
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Surfer sur la vague du succès
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Avant la rentrée, Elisa rédigea soigneusement un dépôt de brevet pour les MagicoGlisseurs et le déposa (avec sa mère) au Ministère. Ainsi, lorsque vint le moment de retourner à Poudlard, la jeune Poufsouffle était en possession d'un brevet qui faisait d'elle l'unique personne habilité à créer, fabriquer et exploiter cette invention : et ce, jusqu'à sa mort, date à laquelle le brevet serait transmis au légataire de son choix.
Yeah.
Bon, c'était un bon pas dans la direction qu'elle désirait (à savoir, commercialiser les MagicoGlisseurs, devenir riche, et changer le monde), mais la route était encore longue. Pour l'instant, il n'y avait qu'un seul Glisseur au monde, et c'était Spoutnik. Elle devait en créer d'autres. Peut-être des modèles différents : Spoutnik était à la fois extrêmement basique, et adapté à son propre style de snowboardeuse confirmée. Et puis, elle devait se trouver quelqu'un qui prendrait sa relève et gèrerait le commerce en attendant qu'elle finisse Poudlard. Elle avait encore quatre ans à tirer, et elle n'avait certainement pas l'intention d'attendre tout ce temps avant de faire fortune.
Je vais devenir riche en vendant des hoverboard, songea-t-elle pour la énième fois, toujours avec le même amusement.
Et la première étape concernant les MagicoGlisseur, c'était : faire de la pub.
– Passé de bonnes vacances ? lança-t-elle d'un ton guilleret à Harry en s'asseyant à la table des Gryffondor.
Le Survivant et ses deux amis lui lancèrent un regard interloqué, puis regardèrent la table des Poufsouffle (il n'était pas tout à fait l'heure du repas, mais il y avait déjà pas mal de monde assis), puis la regardèrent à nouveau, et eurent l'air de renoncer à lui demander ce qu'elle faisait chez les lions.
– Oui, très bonnes, finit par dire Harry. Et merci pour le livre.
– Ouais, merci pour les pièces d'échecs, sourit Ron avec embarras. Elles sont vraiment bien.
– On devrait faire une partie un de ces jours, proposa Elisa. Je suis une calamité aux échecs, mon père me bats tout le temps, mais ça peut être fun. Hey, Hermione, tu te souviens du projet dont je t'ai parlé ? Il est fini.
– Ton invention volante ? souffla Hermione dont le visage s'était illuminé.
– Yep ! Vous voulez la voir, tous les trois ?
Normalement, elle aurait frimé auprès de Cédric et Trisha en premier, mais Cédric était accaparé par Helen qui voulait lui parler du Challenge, et Trisha avait été prise en embuscade par un groupe de deuxièmes années qui savaient très bien qu'elle revenait de ses vacances avec plein de bonbons en poche. Tous les gamins qui allaient sur le Chemin de Traverse un jour ou l'autre étaient familiers avec la Confiserie Buttermere : bonbons, café, glaces, salle chauffée, et service en terrasse.
– Bien sûr ! s'exclama Hermione.
– Un invention volante ? répéta Ron. Comme un balai ?
– Mieux qu'un balai, l'assura Elisa.
Et elle se retrouva à mener les trois petits Gryffondor hors de la Grande Salle. Ils n'eurent pas à aller bien loin : un balcon du premier étage, qui surmontait l'entrée du château et donnait une belle vue sur le parc puis sur la Forêt Interdite, faisait parfaitement l'affaire. Elisa ouvrit en grand la porte-fenêtre donnant sur le balcon, puis sortit Spoutnik d'un sac de toile extensible que sa mère avait enchanté exprès pour ça avant qu'elle ne parte. Les trois Gryffondor regardèrent l'objet avec la même incrédulité.
– Qu'est-ce que c'est ? fit Harry avec curiosité tandis qu'Elisa laissait tomber le Glisseur et que celui-ci se mettait à léviter.
– Ça n'a pas l'air mieux qu'un balai, fit Ron d'un ton dubitatif.
Elisa sourit jusqu'aux oreilles. Il n'avait encore rien vu. Elle avait un peu le trac, mais elle était bien trop grisée pour laisser ça l'arrêter. D'un coup d'œil, elle vérifia qu'il n'y avait pas trop de monde dans le parc en contrebas : puis elle baissa ses lunettes d'aviateur sur son visage, grimpa sur son MagicoGlisseur, et décolla.
Littéralement. Elle partit comme une flèche, sauta par-dessus la rambarde du balcon, et se servit de son élan en direction du ciel pour monter le plus haut possible. Puis elle ajusta sa position, orientant l'avant de sa planche vers le bas comme si elle descendait une piste de ski particulièrement raide, et plongea.
Elle entendit le cri effaré d'Hermione juste au moment où elle transformait son piqué en rotation, exécutant un tour complet sur elle-même comme une toupie, avant d'adoucir son angle de descente pour finir sa course en filant parallèle au sol. Elle continua à filer à toute allure, Spoutnik glissant à une quarantaine de centimètres de l'herbe du parc sur quelques mètres pour prendre de la vitesse, puis elle décolla à nouveau et, cette fois, exécuta deux rotations complètes sur elle-même avant de ré-atterrir à sa hauteur normale de lévitation, sans jamais ralentir. Au contraire, elle accéléra en faisant demi-tour, décrivant un large demi-cercle dans le parc pour revenir vers son point de départ. Les élèves qui rentraient dans le château et qui traînaient encore dans le parc poussèrent des hurlements enthousiastes ou effarés lorsqu'elle louvoya entre eux pour foncer droit sur le balcon où se trouvait le Trio.
Elisa sourit jusqu'aux oreilles, extatique. C'était complètement grisant. A une dizaine de mètres du balcon, elle fléchit soudain les genoux et sa planche décolla, fonçant vers le ciel : cette fois, Elisa exécuta un flip arrière. Le saut lui permit d'amortir sa vitesse, et quand elle glissa jusqu'au Trio, elle réussit à ne pas s'arrêter de manière trop brutale.
Hey. Pas mal, pour une première démonstration.
Dans le parc, les élèves criaient, sifflaient, et certains se mirent même à applaudir. Elisa éclata de rire, presque autant d'allégresse que de nervosité, et Harry sembla exploser, complètement émerveillé :
– C'était fantastique ! Qu'est-ce que c'est ?!
– C'est un MagicoGlisseur, répondit Elisa avec fierté. Un modèle unique ! Je l'ai terminé pendant les vacances. Je compte en fabriquer d'autre et les vendre d'ici l'année prochaine.
– C'est inspiré du skateboard ? fit Hermione en tournant autour de la planche.
Elisa réfléchit une seconde :
–Non. Mais je fais du snowboard, j'ai définitivement eu de l'inspiration grâce à ça.
– Un balai ça va plus haut, argumenta Ron même s'il zieutait Spoutnik avec envie.
– Le but n'est pas d'aller haut, contra Elisa. C'est d'aller vite, et de faire des acrobaties. Et puis le MagicoGlisseur prend moins de place qu'un balai. Vu que tu restes debout sur la planche, tu occupes moins d'espace, tu peux tourner plus court, tout ça… Et ça veut dire que la Glisse est possible à l'intérieur.
– Les profs sont d'accord ? s'ébahit Hermione.
Elisa haussa les épaules :
– Il n'y a aucune règle contre, non ?
– Parce que tu viens d'inventer ce sport !
– Exactement. D'ailleurs, je vais en profiter un peu, j'ai pas encore testé les pointes de vitesses qu'il peut faire au-dessus du lac !
Et hop, elle repassa par-dessus la rambarde du balcon, soulevant une vague d'acclamation de la part des élèves dans le parc. Elle aurait pu les contourner pour aller vers le lac, mais elle préféra passer au milieu d'eux, zigzaguant entre les sixièmes années de Serdaigle, frôlant Heather et Tabitha qui applaudissaient et bondissaient sur place, exécutant une vrille pour sauter par-dessus un groupe de petits Gryffondor qui poussèrent des cris ravis, et échangeant un high-five avec Justin Finch-Fletchey qui avait tendu la main sous les exhortations enthousiastes de ses amis. Ce n'était pas si différent de louvoyer entre les skieurs dans une station de ski française bondée. Sauf qu'elle n'avait pas besoin de pente pour accélérer : et quand elle émergea du groupe, elle mit le turbo et distança la foule en moins de trois secondes, fonçant à pleine vitesse vers le lac.
Là, elle était sûre que les gens n'allaient parler que de ça !
Et effectivement, quand elle rentra au château une dizaine de minutes plus tard (en empruntant le passage secret des Serpentard qui reliait les serres à une section inutilisée des cachots), c'était apparemment le seul sujet de conversation du moment. Elisa était sûre que McGonagall fulminait. Heureusement que le professeur Chourave, la directrice des Poufsouffle, était quelqu'un de posé.
N'empêche, Elisa n'avait pas trop envie de se retrouver à s'expliquer avec elle ou n'importe quel prof, alors elle traversa tout le château par des raccourcis et des passages dérobés.
D'ailleurs, c'était dingue le nombre de passages dérobés qu'il y avait dans ce bâtiment. Il y avait le souterrain menant aux serres, que les Serpentard empruntaient à chaque fois qu'ils devaient aller en Botanique (et qu'Heather avait montré à Elisa en deuxième année, pour mettre en rogne son Préfet). Il y avait deux escaliers dérobés permettant de passer des cachots directement au septième ou au deuxième étage (ça, c'était Helen qui les avait montré à Rhonda, qui les avait ensuite montré au reste de sa classe : apparemment les Serdaigle utilisaient fréquemment ces passages pour se rendre en Potions).
Et puis il y avait un petit corridor caché au quatrième étage, qui permettait de traverser toute une section de cet étage dans passer par les couloirs normaux. Ou le mur creux qui permettait de rejoindre le couloir où se trouvait l'entrée de la salle commune des Poufsouffle sans passer par le hall ! Ça, c'était des passages dont la connaissance se transmettait de Poufsouffle en Poufsouffle. Leur Préfet les leur avait montrés pendant leur première année.
En fait, chaque Maison avait ses propres passages. Elisa se demanda soudain à quel point la Carte des Maraudeurs était complète. Les Maraudeurs avaient tous été à Gryffondor. Connaissaient-ils les raccourcis des Serdaigle ? Ceux des Serpentard ? Ou les galeries secrètes des Poufsouffle ?
Il faudrait qu'elle mette la main sur la Carte des Maraudeurs, un de ces jours…
Bref. Elisa fit un crochet par sa salle commune –qui était actuellement déserte– afin de ranger Spoutnik dans son coffre, au pied de son lit. Elle n'allait pas le trimballer avec elle et risquer de se le faire confisquer !
Une fois cela fait, comme il commençait vraiment à être l'heure de manger, elle retourna à la Grande Salle. Lorsqu'elle réussit à se glisser finalement jusqu'à la table des Poufsouffle pour le dîner, elle fut aussitôt prise en embuscade par sa classe.
– Elisaaaa ! siffla Trisha en l'agrippant par l'épaule. Qu'est-ce que tu as fait et pourquoi c'est Heather qui a du tout me raconter ?!
– J'en déduits que ton invention est au point ? fit Cédric d'un ton innocent.
– Tu as inventé ce truc ? s'ébahit Heidi.
– C'était génial ! s'écria Rhonda. J'ai vu quand tu as sauté du balcon ! Ziou, une pirouette et pan, t'étais repartie ! Et le sprint en direction du lac, bon sang, tu devais aller super-vite !
– Tu as sauté d'un balcon ? répéta Gabriel Tate en s'étranglant. Mais ça va pas la tête !
– C'était qu'au premier étage, l'assura Rhonda.
Vu la tête de Gabriel (et celle de Trisha), ce n'était pas spécialement rassurant. Mais les autres étaient trop excités pour s'en soucier. Même Tamsin s'était penchée en avant avec curiosité :
– Il y a une altitude et une vitesse maximum ?
– Comment ça s'appelle ce truc ? renchérit Raashid. C'est un hoverboard ?
– Absolument pas ! s'insurgea Elisa comme si elle n'avait pas appelé sa planche ainsi pendant plus de six mois. C'est un MagicoGlisseur. Ou Glisseur, pour faire court.
Pas question que le crédit de cette invention revienne à Retour vers le Futur 2. C'était sa création, son bébé. Hollywood n'aurait rien !
– L'altitude maximum est de vingt-mètre au-dessus de tout support, poursuivit-elle en se tournant vers Tamsin. Et je veux bien dire « tout support » : que ce soit le sol, l'eau, le sommet d'un toit, ou un mur vertical. Et la vitesse maximum… Pendant les vacances, je me suis chronométrée à cent kilomètres heure.
Même un skieur débutant parvenait à atteindre cette vitesse, pour peu qu'il ait une bonne pente : mais sur un MagicoGlisseur, propulsé non pas par la pente d'une piste mais par la magie qui imprégnait le bois, c'était quand même impressionnant. Elisa n'en revenait pas d'avoir mis un tel paquet de puissance dans son petit Spoutnik.
– C'est génial, souffla Heidi qui avait des étoiles dans les yeux.
Heidi était dans l'équipe de Quidditch : tout ce qui faisait voler, ça la passionnait. Tout comme Tamsin, d'ailleurs, même si Tamsin n'était que membre de l'équipe de réserve. Et puis, bien sûr, Cédric : leur Attrapeur et grande star.
– Tu me le feras essayer ? demanda Cédric presque timidement.
Elisa ouvrit la bouche pour accepter, puis hésita. Elle avait ajouté une rune de Loyauté à son MagicoGlisseur afin qu'il ne se laisse pas enchanter par d'autres personnes (elle craignait un maléfice comme celui qui avait frappé le balai d'Harry par exemple), mais ça avait un léger effet secondaire… Le Glisseur n'acceptait qu'un seul vrai maître. Il pouvait porter deux personnes, il pouvait même être prêté à un ami, oui : mais il ne donnait pas sa pleine mesure si ce n'était pas son propriétaire qui était dessus.
Elisa avait verrouillé sa propriété sur Spoutnik avec des Runes, sa magie, et même une goutte de son sang. Le Glisseur allait balancer Cédric par terre dès qu'il poserait le pied dessus.
– Spoutnik a son caractère, grimaça-t-elle. Il risque de refuser tout net de t'obéir. Je te ferai essayer une autre planche.
Cédric hocha la tête avec reconnaissance. Mais tous les Nés-Moldus ou Sang-Mêlés à portée d'oreille, eux, ouvrirent de grands yeux hilares.
– Tu l'as appelé Spoutnik ? se marra Trisha.
– Ça veut dire quelque chose de spécial ? fit naïvement Rhonda la Sang-Pure.
Raashid étouffa un fou-rire dans sa serviette, et Elisa répondit d'un air imperturbable :
– C'est du russe.
Ça en était trop pour Trudy, qui se plaqua les mains sur la bouche pour réprimer son hilarité, les épaules secouées par des gloussements silencieux. Trisha s'était caché le visage dans les mains, répétant « Spoutnik » à voix basse avant de se mettre à pouffer de manière incontrôlée. Les Sang-Purs eurent juste l'air confus.
Elisa sourit jusqu'aux oreilles. Yep, c'était exactement pour obtenir cette réaction-là qu'elle avait nommé son prototype comme ça.
Et c'était encore mieux que tout ce qu'elle avait pu imaginer.
– Spoutnik est un modèle unique ! continua-t-elle fièrement en ignorant Trudy et Raashid qui pleuraient tellement ils rigolaient. Il a été fait pour moi. Mais je vais fabriquer d'autres MagicoGlisseurs…
– … Et les vendre et faire fortune ? devina Cédric.
– Tu me connais tellement bien. Yep, les vendre et faire fortune ! D'ailleurs, si des gens sont intéressés, je recrute. Je vais poster une annonce sur le Chemin de Traverse je pense. Ou alors je pourrais embaucher des gens qui sont encore à Poudlard ? Même si ça sera un peu bizarre, d'être dans la même école et que je sois le boss…
– Oh je t'en prie, renifla Trisha d'un air moqueur. Tu adores être le boss, Magister.
– Magister & Co, murmura Gabriel avant de se mettre à glousser.
Elisa lui donna un coup de pied sous la table, parce que c'était un nom d'entreprise complètement pourri. Non, elle avait déjà un nom de prévu, un nom tout simple. « Equipement Bishop : MagicoGlisseurs et accessoires ». Elle voulait que son nom de famille soit écrit en grand au-dessus de la porte et que les Bletchey regrettent chaque jour de leur vie d'avoir été des têtes de cons avec Isabelle Bletchey-Bishop et sa famille.
Bah quoi ? Elle n'avait jamais rencontré les Bletchey personnellement (mis à part Miles Bletchey, et encore, elle lui avait parlé trois fois au maximum) : mais ils avaient été méchants avec sa mère par le passé. Et la vengeance était un plat qui se mange froid, mwahahaha !
Continuant la discussion comme si elle n'était pas en train de rire intérieurement comme une cinglée, Elisa poursuivit d'un ton naturel :
– Je pense que mon prochain modèle sera plus axé sur la vitesse et les virages, parce qu'il faut quand même acquérir de l'expérience avant de se lancer dans les acrobaties. Oh, et en parlant d'expérience à acquérir ! Il va falloir un MagicoGlisseur spécial pour débutant, bien sécurisé et tout ! Et je pensais l'appeler : le modèle Stybba. Vous en dites quoi ?
Trisha s'étrangla et s'écroula de rire. Cette fois même les Sang-Purs compriment l'allusion, et Rhonda demanda avec une sorte d'incrédulité ravie :
– C'est pas le nom du poney bedonnant de Merry dans le Seigneur des Anneaux ?
Elisa ne réussit pas à garder son sérieux et craqua :
– Si si, c'est ça. Adapté, non ?
Cette fois, toute la classe s'effondra de rire sur la table. Et Elisa se servit en filet-mignon aux marrons, très fière d'elle-même.
Cette nouvelle année partait sur les chapeaux de roue.
oOoOoOo
Elisa ne se souvenait pas très bien de certains éléments de la saga originale d'Harry Potter. Quand elle était petite, elle se récitait ce qu'elle savait comme un mantra dans sa tête. Et dès qu'elle avait su écrire, elle avait couvert des pages et des pages d'informations, et ces précieux feuillets étaient toujours dans une boite au fond de sa commode, chez elle.
Seulement, voilà, elle n'avait pas une mémoire absolue. Par exemple, pas moyen de se souvenir de qui avait été pétrifié dans le tome 2, ou de la formulation de la prophétie sur Harry. Et pas moyen de se souvenir non plus de ce qui se passait, dans le premier tome de la saga, entre les vacances de Noël (où Harry découvrait sa cape d'invisibilité et le miroir du Riséd) et le mois de juin (où le Trio passait ses examens puis allait à la recherche de la Pierre).
Elle savait qu'il ne se passait rien d'important. Seulement, c'était un peu agaçant de ne pas réussir à s'en souvenir. Est-ce qu'il n'y avait pas une histoire de match de Quidditch ? Poufsouffle allait affronter Gryffondor en mars, normalement. Elle n'était pas très sûre de la date. Et puis, au fond, elle s'en fichait. Il ne se passait rien d'important, et pour elle, ça voulait dire qu'elle pouvait se concentrer sur sa propre intrigue !
Plus précisément, son propre business. Elle n'en revenait pas d'avoir un business à quatorze ans. A quel âge Mark Zuckerberg avait-il lancé Facebook ?
Bref. Elisa fabriquait des MagicoGlisseurs.
Elle s'était réapproprié sa salle de classe abandonnée, pompeusement baptisé « son atelier ». Maintenant qu'elle avait un modèle fonctionnel, franchement, le processus de fabrication des Glisseurs était beaucoup plus simple. Elle n'avait presque plus d'expériences à faire. L'ennui, c'est qu'il fallait quand même faire des expériences, parce qu'elle ne voulait pas faire des copies de Spoutnik. Elle voulait des modèles différents, avec une stabilité plus prononcée, un équilibre plus ferme, une altitude maximum plus réduite… Et elle bossait sur pas moins de quatre modèles différents à la fois !
Donc oui, ça lui prenait du temps. Et puis, il y avait toujours son club de lecture (qui marchait toujours aussi bien) dont il fallait tenir les comptes et les registres de livres. Il y avait le CEM qui l'occupait plusieurs heures par semaines, entre ses leçons à apprendre, ses devoirs et la correction des devoirs des premières années. Elisa avait fait une croix sur les entraînements pour le Challenge, malgré la désapprobation d'Helen. Elle avait même séché la séance de janvier ! Mais malgré cela, elle n'avait plus une minute à elle.
Et en prime, elle avait déjà trois commandes de MagicoGlisseurs.
Yep. Trois gamins avaient vu sa démonstration et avaient immédiatement écrits à leurs parents l'équivalent de « JE VEUX ÇA ». Et les gentils parents avaient écrit une lettre très polie à Elisa pour prendre commande de manière anticipée de ses prochaines créations. Oh, c'était bon pour les affaires, mais ça lui mettait un peu la pression. Quels sales mioches trop gâtés.
L'un d'eux était Drago Malefoy, ce qui n'était absolument pas surprenant. Les deux autres étaient l'héritier Bulstrode (nommé Aloysius, sixième année de Serpentard) et une fille de Gryffondor dans l'année de Percy (Ruth Sullivan, dont la famille était apparemment riche).
– Je crois que j'y arriverai pas, avoua-t-elle à Trisha après trois semaines de ce régime. Je suis crevée, j'ai eu un Acceptable au dernier devoir de Sortilèges parce que j'ai passé la nuit sur la prochaine leçon du CEM, et en plus j'ai mes règles.
Un garçon, qui les écoutait discrètement depuis la table voisine de la bibliothèque, eut l'air très alarmé et se hâta de se décaler de deux places. Chochotte.
– D'habitude tu gères sans problème ! s'étonna Trisha.
Elisa secoua la tête.
– Le fait de ne pas écouter de Binns et de faire mes devoirs pendant ces cours, ça me suffit en général. Je pouvais continuer mes expériences sur mon temps libre. Mais là c'est plus des expériences, c'est du vrai boulot, alors j'y passe plus de temps ! Et en plus il y a des gens qui essaient d'entrer dans mon atelier à mon insu et ça me stresse ! Et il faut aussi que je réfléchisse au budget et je m'embrouille dans mes comptes, et puis cet été il va me falloir un local pour entreposer les planches et puis les vendre, il va falloir que je trouve une bonne offre et que je négocie, et je veux pas demander à ma mère parce que je sais qu'elle a horreur de discuter avec des gens… Je suis juste super-fatiguée, ok ?
Sa voix trembla sur la fin, et Elisa baissa les yeux sur ses devoirs, mortifiée. Tu parles d'une adulte. Une petite surcharge de boulot, et voilà qu'elle craquait comme une gamine. Elle était supposée avoir assez de maturité pour ne pas être affectée par les hormones déchaînées de l'adolescence, bon sang !
– Oh, Elisa, soupira Trisha d'un air compatissant en lui posant la main sur l'épaule. C'est pas grave, ça va s'arranger.
La Poufsouffle s'essuya discrètement les yeux. Si le stress de lancer son entreprise la faisait larmoyer, elle allait tout bonnement s'évanouir quand le Basilic serait lâché dans l'école. Quel instinct de survie pourri !
– Tu peux déléguer la classe des premières années du CEM à quelqu'un d'autre, continua Trisha d'un ton encourageant. Tu ne m'avais pas dit qu'Hermione Granger a pratiquement fini le programme, avec toute l'avance que tu lui donne ? Et puis, dans les deuxièmes années, Marietta Edgecombe et Steve Fisher s'en sortent très bien. Ils se souviennent sans doute de leurs leçons de l'année passée. Ils pourraient donner un coup de main.
Et hop, aussi simplement que ça, un problème majeur d'Elisa disparaissait. Elle leva sur Trisha un regard vaguement incrédule. Mais celle-ci n'en avait pas fini, et avait levé les yeux vers le plafond en réfléchissant :
– Pour éviter que des gens essaient de forcer ton atelier, là, il faut demander aux Préfets. D'ailleurs je vois pas pourquoi tu l'as pas fait plus tôt, les six Préfets de la Maison te mangent dans la main.
– Euh…
Maintenant que Trisha pointait l'évidence, Elisa se sentait assez stupide.
– Pour gérer tes comptes t'as qu'à embaucher un autre élève, poursuivit Trisha. Demande à Percy Weasley, tiens ! T'as juste besoin de lui pour te montrer comment ordonner ça, non ? Après, c'est juste des additions, tu sauras gérer.
– Percy a ses BUSES, objecta Elisa. Si je lui donne du boulot en plus, il va me jeter du haut de la tour d'Astronomie.
– Propose-lui un Gallion entier et il mettra certainement ses BUSES en stand-by. Trudy dit qu'il fait de l'œil à la Préfète de Serdaigle, il a certainement envie de s'acheter des chemises qui ne sont pas rapiécées de partout.
Certes.
– Et pour le local, je vois pas pourquoi tu te tracasses ! reprit Trisha avec véhémence. Tu viens de déposer le brevet. Littéralement. Ça fait moins d'un mois. T'es pas pressée ! Personne va te voler ta clientèle. Et t'as déjà deux aristos de chez Serpentard et plus de la moitié des Gryffondor qui font ta pub en racontant à tout le monde à quel point tes inventions sont cool. Relax. Tu as du temps. Inspire un grand coup !
Elisa obéit, souriant malgré elle, puis soupira :
– Mais je suis perdue ! C'est la première fois que je monte un truc de cette envergure. Avec les plumes, le parchemin, j'ai juste tout confié à Fleury et Bott en échange d'une rente tous les mois. Là, je dois tout organiser !
Trisha haussa très haut les sourcils :
– Est-ce que tu es en train de me dire que toi, Magister, tu ne sais pas comment se passe la création d'une entreprise ?
– Bien sûr que si, se rebiffa Elisa. J'ai lu des bouquins et tout, j'ai un plan. Déposer le brevet, attirer une clientèle, ouvrir boutique…
– Bah voilà, fit Trisha d'un ton d'évidence. Sauf que tu peux te permettre d'attendre avant d'ouvrir une boutique comme les industries de balais. Tu peux fabriquer tes MagicoGlisseurs à Poudlard ou chez toi, faire la démonstration pendant les festivals ou les marchés de l'été, et les vendre par correspondance. Mon grand-père faisait ça avant d'avoir assez d'or pour acheter la boutique sur le Chemin de Traverse : il vendait ses bonbons dans les foires, il donnait sa carte aux gens, et ils lui passaient commande quand ils avaient des fêtes chez eux.
Elisa fixa son amie avec de grands yeux. C'était du pur génie. Pourquoi ça ne lui était pas venu à l'esprit ?
… Sans doute parce que jusqu'à il y avait cinq minutes, elle ne savait même pas qu'il y avait des marchés, des foires ou des festivals de sorciers. Déjà. Et ensuite, sans doute parce que ses deux parents étaient des asociaux et qu'ils étaient les pires exemples possibles dans le domaine de l'entreprenariat.
– Qu'est-ce que je ferais sans toi ? finit par dire Elisa de manière complètement sincère.
– Tu sèmerais le chaos et la destruction avec enthousiasme, rétorqua aussitôt sa meilleure amie. Je veux dire, ton cerveau est fantastique, mais parfois tu rates vraiment ce qui est sous ton nez. Toi t'es une idéaliste, mais c'est quand même moi la pragmatique.
– Je suis pragmatique aussi, ronchonna Elisa.
– Possible. Mais parfois, c'est comme si tu venais d'une autre planète.
C'était un terrain glissant. Elisa se hâta de changer de sujet :
– Ça se produit quand, les festivals et tout ça ?
– Tu n'es jamais allée à un festival ?! s'étrangla Trisha. Oh, attends, je savoure ce moment. Je sais quelque chose que tu ne sais pas !
Elisa roula des yeux, blasée. Ce n'était pas ses parents qui l'auraient emmenée à ce genre de truc. Son père était Moldu, donc son truc, c'était plutôt les fêtes foraines Moldues. Et sa mère… Isabelle n'aimait pas la foule. Rien que d'aller sur le Chemin de Traverse, ça la stressait !
– Alors, les festivals ? insista Elisa.
Et elle eut droit à une petite leçon de folklore et coutumes du monde sorcier britannique. Apparemment il y avait plusieurs festivals par an : un pour chaque solstice (en été et en hiver) et un pour chaque équinoxe (au printemps et en automne). Cela ne se faisait que dans les villages où plus de la moitié de la population était sorcière, cela dit. Les gens se rassemblaient, montaient des chapiteaux dans lesquels on mangeait et on jouait de la musique. Le festival le plus important était celui de Samain en automne : il y avait des jeux d'adresse, des tonnes de citrouilles à sculpter, et des concours de sorts farfelus. Apparemment c'était pour remplacer cette célébration sorcière que Poudlard célébrait Halloween.
Il y avait le Festival des Lares sur le Chemin de Traverse, à la mi-janvier : cette ancienne fête romaine honorait les dieux des carrefours et des lieux de rencontres, et c'était surtout l'occasion de boire pas mal de whisky Pur-Feu. Le village de Montrose avait un festival fin mars pour célébrer le jour où un de leur sorcier avait repoussé à lui seul une armée de Détraqueurs durant le Moyen-âge. La ville de Falmouth organisait un festival en août avec un concours de pâtisseries enchantées.
Les marchés avaient lieu de manière plus fréquente, une fois par mois : les artisans d'un village sorcier (ou du Chemin de Traverse) allaient vendre leurs produits dans un autre village sorcier, ou parfois en ville chez les Moldus. Et il y avait une foire par saison, jamais deux fois dans la même ville, avec des ventes de marchandises, d'animaux, des expositions d'objets magiques.
Les communautés sorcières étaient nettement moins coupées les unes des autres que ce qu'elle pensait, réalisa Elisa. Ils avaient encore une vision des choses assez moyenâgeuse, restant en petites communauté, mais ils voyageaient, ils communiquaient, ils échangeaient, et de manière plutôt fréquente en plus ! Ce n'étaient pas parce qu'ils n'étaient pas aussi soudés et nombreux que les Moldus qu'ils ne réussissaient pas à vivre ensemble.
– Dis, Trisha, tu veux pas être mon associée ? dit soudain Elisa.
Son amie haussa très haut les sourcils :
– Sans vouloir te vexer, je pense pas que faire des planches volantes m'intéresse.
Trisha détestait le sport. Tous les sports, de manière absolue, et sans exception. Alors les planches volantes, c'était non directement.
Cela dit, Trisha n'avait pas encore d'idée de carrière. Un peu comme tous les enfants de treize ans, d'ailleurs. Elle envisageait de reprendre la confiserie de ses parents avec son petit frère Isaac (d'ailleurs, Isaac avait quatre ans de moins que sa sœur… donc il allait faire sa rentrée en même temps que Ginny et Luna, non ?), mais c'était un plan par défaut. Si elle se découvrait une vocation, elle s'y engagerait sans hésiter, et Elisa savait que ses parents seraient derrière elle à 100%.
Tiens, en parlant de vocation…
– Tu as déjà essayé de faire des amulettes ? demanda Elisa avec intérêt.
– Une amulette ? répéta Trisha en fronçant le nez. Comme les grigris que vendent les charlatans pour se protéger de la dragoncelle ?
– Non, fit patiemment son amie. Une amulette insufflée de magie. Tu utilises des plumes d'oiseaux, des pierres fines, du métal, du bois… Et tous ces éléments ont des symboliques, ou des énergies si tu veux, qui tendent vers un certain objectif. Quand tu fabriquer l'amulette, tu l'imprègne de ta magie pour renforcer ces énergies positives, et l'amulette sert de… d'amplificateur. Une amulette de chance, par exemple, ne va pas te permettre de ramasser des Gallions par terre : mais ça va attirer la chance vers toi.
– Et ça marche ? interrogea son amie brune avec curiosité.
Elisa haussa les épaules :
– J'en ait vu en Chine qui marchaient. J'en ai fabriqué deux cet hiver, mais je ne sais pas si elles marchent, je les ai offertes. Mais il paraît qu'il faut être intuitif pour faire de bonnes amulettes, et j'ai zéro intuition. Toi, par contre…
Trisha eut l'air d'y réfléchir, puis esquissa un sourire.
– Si l'occasion se présente, pourquoi pas ? Je pourrais peut-être faire une amulette qui te dotera d'un sens pratique.
– Eh !
Mais Trisha n'avait pas tort (à propos de sa gestion du temps, pas à propos de son sens pratique !) alors Elisa suivit ses conseils. Elle alla voir différents membres du CEM et s'arrangea pour que d'autres gens l'aident à enseigner aux premières années. Elle demanda aux Préfets de septièmes années de mettre des Charmes de protection sur la porte de son atelier, ce qu'ils firent immédiatement (et Elisa apprit deux nouveaux Charmes de Verrouillage, youpi).
Puis elle demanda à Percy de lui apprendre à gérer ses finances. Percy lui dit d'un ton hautain qu'il n'avait pas que ça à faire. Puis elle lui proposa de le payer, et Percy eut soudainement un emploi du temps incroyablement dégagé.
Et en plus, il était doué avec les nombres. Apparemment il aidait sa mère et son père à faire les comptes depuis qu'il était petit, pendant que les jumeaux faisaient les clowns.
Ce type n'avait vraiment pas été apprécié correctement par les livres de la saga. Percy était un peu coincé, certes, mais il était aussi super-responsable, et il était le seul de sa fratrie à travailler aussi dur pour soutenir financièrement ses parents.
Bref. Une fois cela fait, Elisa se sentit… Vachement mieux, en fait. Elle était toujours très occupée, avec ses devoirs, les cours supplémentaires du CEM, les entraînements au duel, son squattage régulier du club d'Histoire et de celui d'Alchimie… Sans oublier sa fabrication des nouveaux modèles de MagicoGlisseur.
Elle était tellement absorbée par sa nouvelle activité qu'elle remarqua à peine que les Serpentard avaient recommencé à la zieuter de loin. Sauf que cette fois, certains faisaient plus que zieuter. Terence la mit même en garde : apparemment certains Serpentard étaient en rogne.
Elle avait lancé un business. Elle jouait dans la cours des grands, et certains prenaient ça comme une provocation. Après tout, elle n'était qu'une Poufsouffle : une Sang-Mêlé, au sang souillé par sa parenté Moldue. De quel droit jouait-elle à l'adulte dans leur monde ?
Evidemment, ça explosa.
– Tu t'excuses pas quand tu bouscules les gens, Bishop ? grogna Warrington après lui avoir donné un coup d'épaule en la croisant dans un couloir.
C'était un matin de février. Elisa était très occupée à réfléchir à la sortie à Pré-au-Lard qui aurait lieu le lendemain, et ce brusque retour sur terre la prit complètement au dépourvue.
Oh, elle savait qu'il y avait des gens qui ne l'aimaient pas, et que Warrington en faisait partie. Mais ces gens-là n'étaient jamais passés à l'action. Elisa avait toujours eu l'avantage du nombre.
Mais pas aujourd'hui, réalisa-t-elle avec un soudain coup au cœur. Aujourd'hui Cédric avait entraînement de Quidditch, et Trisha était à la bibliothèque. Elisa était toute seule, et les quelques autres élèves qui passaient dans le couloir (deux Serpentard de quatrième année, une classe de Serdaigle, et trois premières années de Poufsouffle) se hâtèrent de disparaitre. Certains allaient sans doute aller chercher un prof : mais aucun ne voulait être pris entre deux feux.
Dans le couloir, il ne resta plus qu'Elisa, Warrington, et ses deux complices : Darius Berrow et Marcus Flint. Marcus avait deux ans de plus qu'eux. Normalement, c'était Miles Bletchey l'habituel compagnon de Warrington et de Berrow…
Pfff. Le lâche. Il avait cédé sa place pour ne pas se mettre à dos Elisa. Lopette.
N'empêche, ça n'arrangeait pas vraiment ses affaires, songea Elisa en mesurant la situation malgré son cœur battant. Miles aurait sans doute tenté de tempérer les choses. Mais Warrington la détestait depuis la première année (apparemment le fait qu'elle rassemblait autant de gens autour d'elle l'offensait à un niveau personnel). Berrow suivait ses ordres et était bête comme ses pieds. Et Marcus Flint…
– T'as perdu ta langue, Bishop ? sourit Flint d'un air dangereux en avançant d'un pas.
Marcus Flint était le pire de la bande. Certes, il était bête comme ses pieds, mais il était grand, costaud, et vicieux. C'était une brute qui aimait « remettre les gens à leur place », particulièrement si les gens en questions étaient des Poufsouffle. Tous les blaireaux avaient pour consigne de l'éviter.
Elle était dans la mouise.
– Je suis désolée si je t'ai bousculé, fit-elle en direction de Warrington pour gagner du temps.
Elle n'était pas une bagarreuse par nature ! Et trois contre un, ça n'avait rien à voir avec le Challenge, rien à voir avec les vrais duels ! Au secours !
– Eh, c'est presque poli, se moqua Warrington. Mais j'ai pas bien entendu. Redis-le.
Si je les attaque en premier c'est moi l'agresseur, pensa-t-elle à toute allure. Mais y a pas moyen que je me laisse attaquer ! Ils pourraient me faire mal !
– Redis-le, il t'a dit ! tonna Flint.
Qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce que je fais ?! Lequel j'attaque en premier ? Avec quel sort ? Quels sorts je connais ?!
– J'crois qu'il faut lui apprendre la politesse, gronda Warrington en brandissant sa baguette. Sale vermine… Furonculus !
Elisa ne s'était jamais battue. Elle pensait que ça la pétrifierait. Mais les innombrables séances d'entraînement avec Trisha et Cédric, et les duels du Challenge, l'avaient conditionnée à réagir : alors avant même que Warrington ait finit de prononcer la formule, Elisa avait utilisé la Force pour écarter le bout de sa baguette, déviant complètement son sort et l'esquivant ainsi presque sans avoir à bouger. A peine le rayon verdâtre avait-il fusé dans le couloir qu'Elisa hurlait en même temps que les trois autres :
– Expulso !
–Diffindio !
– Exumai !
– Confodero !
Le maléfice explosif d'Elisa éclata avec une déflagration assourdissante, projetant tout le monde par terre et déviant leurs sorts. Le sort pourpre de Flint et le sort bleu électrique de Berrow se perdirent dans le couloir, mais le Sortilège de Découpe de Warrington déchira la manche d'Elisa. Elle s'en rendit à peine compte, le sang battant à ses tempes :
– Expelliarmus !
Berrow, qui avait fait un vol plané de près de quatre mètres et était sans doute sonné, ne réussit pas à empêcher sa baguette de lui échapper des mains. Flint, en revanche, s'était violemment cogné contre un mur mais semblait n'en être que plus enragé. Quant à Warrington, il avait roulé presque aussi loin que Berrow mais se relevait déjà, fou de rage :
– Impedimenta !
Elisa plongea, esquivant le sort d'un cheveu :
– Ponderatus !
Elle avait mis autant de force que possible dans le sort, et Warrington s'écroula comme un sac avec un cri de surprise juste au moment où Flint abattait sa baguette :
– Flipendo !
Elisa eut l'impression qu'un troll lui avait flanqué un coup de poing dans la poitrine : le choc fut si violent qu'elle fut soulevée du sol, et lorsqu'elle retomba ses jambes la lâchèrent et elle se plia en deux, hoquetant sans parvenir à reprendre sa respiration.
C'était comme si elle avait été renversée par une voiture. Le Sortilège du Repoustout pouvait être maîtrisé dès la deuxième année, mais plus on mettait de force dedans, plus le coup asséné à la cible était violent. Elisa prit une minuscule inspiration hachée, ayant l'impression que sa cage thoracique était en train de se disloquer. Elle ne voulait rien de plus que de se rouler en bouler et que ça s'arrête : mais l'adrénaline était plus forte que la douleur. Oui, elle avait mal, elle n'arrivait plus à respirer tellement ça faisait mal, mais elle devait bouger, elle devait bouger maintenant !
– Expulso, hoqueta-t-elle en pointant sa baguette sur Flint.
Elle était affaiblie : mais elle avait deux baguettes en main, et ses Maléfices explosifs étaient sa meilleure arme.
Ce fut comme si une petite grenade avait explosé devant Flint. Il fut violemment projeté en arrière dans une explosion assourdissante. Il s'écrasa contre le mur du fond du couloir, six mètres plus loin, et glissa par terre comme une poupée de chiffon, inconscient. Ses cheveux fumaient sous la force du Sortilège, et une petite coupure saignait au niveau de son front.
Bien fait, pensa méchamment Elisa avec la petite partie de son cerveau qui n'était pas en train de hurler de douleur parce qu'elle n'arrivait plus à inspirer sans avoir l'impression qu'elle était poignardée.
Il y eut un mouvement à la périphérie de sa vision et elle tourna la tête. Warrington, qui regardait Flint avec effarement, tourna aussi la tête vers elle.
Elisa le vit ouvrir la bouche, mais elle n'avait plus de souffle pour dire une autre incantation et se défendre : alors, en désespoir de cause, elle appela à elle la Force, sentit la pression de sa magie à l'intérieur de sa tête, et la projeta contre son ennemi.
Warrington n'avait pas fini de prononcer la deuxième syllabe de « Glacius » qu'une force invisible le percuta de plein fouet, le faisant voler sur presque trois mètres avant qu'il ne s'écroule, hoquetant et se tenant la poitrine. Elisa crispa le poing, les yeux rivés sur la baguette que Warrington tenait encore de manière lâche, et celle-ci vola vers elle comme si on y avait accroché un fil de pêche.
Warrington esquissa un geste pour se remettre sur ses pieds, mais cette fois Elisa avait trois baguettes en main, aucune patience, et une bouffée d'air dans les poumons suffisante pour cracher :
– Petrificus Totalus !
Raide comme une planche, Warrington tomba sur le côté, cognant contre un mur et y restant bizarrement appuyé, comme une sculpture très moche posée en appui. C'était assez comique.
A vrai dire, si elle avait toute sa capacité pulmonaire, Elisa aurait trouvé ça hilarant.
Ses adversaires étaient tous hors de combat. Elle était sauvée. Elle respira à fond, puis grimaça de douleur parce que ça faisait violemment mal à la poitrine. Bon sang. Elle savait qu'elle n'avait rien de cassé, mais ça lui rappelait la fois où elle avait été percutée par un skieur qui fonçait à toute allure sur une piste. Il lui avait fallu plusieurs minutes pour respirer sans avoir mal tant le choc lui avait coupé le souffle.
– Outch, finit-elle par gémir en se remettant debout.
Elle prit appui sur son bras droit, puis eut un mouvement de recul en voyant que sa manche était couverte de sang. Elle n'avait rien senti, et elle sentit la tête lui tourner en voyant tout ce rouge. Quand est-ce que c'était arrivé ?!
… Ah oui, le Sortilège de Découpe. Il n'y avait pas que sa manche qui s'était déchirée, apparemment.
– Infirmerie, marmonna-t-elle en glissant maladroitement dans une de ses poches les trois baguettes qu'elle avait arrachées à ses ennemis. Oui, l'infirmerie, c'est un bon plan. Outch.
Elle boitilla vers la sortie du couloir la plus proche. Puis elle s'arrêta. Se retourna. Berrow, qui n'avait été que sonné, se redressait. Il se figea en voyant qu'elle avait aperçu son mouvement.
Elisa étrécit les yeux. Elle n'avait plus peur, maintenant. Elle était armée, lui non. Pire : elle était blessée, et elle était en rogne.
– Petrificus Totalus !
Berrow tenta d'esquiver, mais son geste était maladroit et trop lent, et il se retrouva sur le sol raide comme une planche. Elisa faillit aller lui donner un coup de pied, mais la distance à parcourir lui sembla vachement trop longue.
J'ai gagné, réalisa-t-elle. Je me suis fait attaquer par trois adversaires et j'ai gagné ! Bon, je souffre et j'ai jamais autant flippé de ma vie, mais je m'en suis sortie !
Ça méritait une célébration. Elisa fut tentée de balancer les trois olibrius dans le lac, mais ça aurait vraiment requis trop d'effort et là, elle sentait qu'elle avait environ dix minutes avant d'avoir vraiment besoin de s'écrouler quelque part. En plus son bras saignait toujours (et elle s'efforça de ne pas y penser).
Elle se contenta d'utiliser un bon vieux Wingardium Leviosa pour empiler les trois Serpentard au milieu du couloir. Elle aurait bien écrit un message cinglant en lettres de feu au-dessus de leurs têtes, du genre « Attaquer à trois contre un est lâche, mais perdre à trois contre un est minable » : mais elle avait toujours le souffle coupé et elle commençait à sentir une brûlure là où elle avait été touchée par le Sortilège de Découpe (même si elle s'abstenait prudemment de regarder la blessure trop en détail). Elle se détourna donc aussi majestueusement que possible, et s'éloigna d'un pas… Eh bien, d'un pas clopinant. Mais un clopinant triomphal !
oOoOoOo
Elisa n'aurait jamais pu rêver d'un meilleur coup de pub que cette bagarre.
Enfin, si. Elle aurait définitivement pu rêver d'un meilleur coup de pub, un qui lui aurait épargné une profonde coupure au bras et une douleur persistante dans la poitrine pendant une heure. Mme Pomfresh lui avait dit qu'elle avait le la chance que l'impact du Flipendo ait été contre son sternum et pas contre sa colonne vertébrale, sinon ça lui aurait bloqué le dos et aurait été douloureux pendant des semaines.
Elisa se mit donc à apprendre des sorts de soin et de soulagement de la douleur, parce que ça manquait gravement à son éducation.
Bref. Elisa eut un sacré moment de gloire. D'autant plus qu'elle avait confié les baguettes de ses ennemis à Chourave. Déjà que les trois Serpentard avaient été engueulés et collés par McGonagall (la sous-directrice avait été rameutée par les premières années de Poufsouffle, avait croisé Elisa couverte de sang quelques couloirs plus loin, et était tombée sur les Serpentard coupable comme une harpie vengeresse), il fallait en plus qu'ils aillent plaider leur cause après du professeur Chourave. Et elle était gentille, la prof de Botanique, mais fallait pas s'en prendre à ses protégés.
Helen était extatique, persuadée que c'était le Challenge qui avait permis à Elisa d'emporter la victoire. Elisa n'allait certainement pas la démentir. Bon, certes, elle avait trichée et sa victoire venait essentiellement de son usage de la Force, mais sans le Challenge… Sans le Challenge, elle n'aurait pas réagi aussi vite, elle n'aurait pas eu tous ces sorts et maléfices sur le bout de la langue. Mine de rien, leur club de duel illégal avait été extrêmement utile.
Et en prime, personne ne cherchait la bagarre avec elle désormais. Ni Warrington, ni Flint, ni les Serdaigle méprisants, ni les Serpentard puristes. Pas mal de premières années (notamment Tracey Davies, la petite Serpentard) chuchotaient avec admiration sur son passage. Bref, c'était le pied.
– Je devrais chercher la baston plus souvent, fit Elisa à Cédric.
L'Attrapeur, qui se rendait à son entraînement de Quidditch (on était au début de mars à présent, et le match Poufsouffle-Gryffondor approchait à grands pas), lui lança un regard blasé :
– Ben voyons.
– T'as raison, se ravisa Elisa. Je pourrais me faire mal. Rectification : je pourrais répandre des rumeurs que j'ai gagné une baston plus souvent ! Qu'est-ce que t'en dis ?
– J'en dis que Trisha a raison. Tu mourrais dans un fossé en moins d'une semaine si elle était pas là pour te surveiller.
– Trisha a dit ça ?! s'indigna Elisa. Non mais je rêve !
– Elle a tort ?
Elisa refusa dignement de répondre, parce que oui, elle avait vraiment besoin de Trisha pour la vie de tous les jours. Elisa était maligne, et intelligente, et elle faisait des plans et des programmes et montait des clubs d'entraînement mais… Parfois, c'est vrai, elle manquait carrément de sens pratique. Elle oubliait ses manuels de cours, elle paniquait pour montrer son entreprise, ce genre de choses.
– Tu vas me suivre jusqu'au terrain de Quidditch ? sourcilla Cédric en voyant qu'Elisa sortait du château avec lui.
Son amie lui jeta un regard effaré :
– Quoi ? Non ! Mais j'ai donné rendez-vous dans le parc aux trois personnes qui m'ont commandé un MagicoGlisseur, je vais leur faire essayer Stybba et voir quel modèle leur irait le mieux. C'est pas pour rien que j'ai emmené ça !
Et elle agita le sac de toile extensible qui était négligemment jeté sur son épaule. Incroyable comment un simple sort pouvait permettre à ce sac, qui devait pouvoir contenir en temps normal peut-être le même volume qu'un sac de cours, de renfermer Spoutnik, Stybba, et les trois autres planches sur lesquelles Elisa travaillait !
– Bonne chance alors, la taquina Cédric. Le petit Malefoy est une plaie, d'après Susan Bones.
– C'est lui le client et c'est moi qui ait le monopole, renifla Elisa avec dédain. Il demande poliment et il me dira merci quelque que soit ce que je lui donne, et s'il ramène sa fraise je le jette dans le lac !
Quand elle et Cédric se séparèrent quelques mètres avant d'atteindre le stade, l'Attrapeur des Poufsouffle en rigolait encore.
Il aurait été impoli de Glisser pendant que Cédric marchait à ses côtés, mais une fois qu'elle chemina seule, Elisa sortit Spoutnik de son sac et parcourut le reste du trajet sur sa planche, zigzagant entre les quelques arbres du parc et s'autorisant même à faire une vrille en se servant d'un gros caillou sur la rive comme d'un tremplin. Les cinq petites silhouettes assises au bord du lac assistèrent à une grande partie du spectacle, et quand Elisa s'arrêta à leur hauteur, ses clients potentiels semblait sautiller sur place.
C'était assez comique de voir le digne Aloysius Bulstrode contenir son enthousiasme, cela dit.
– Bonjour tout le monde ! commença Elisa en descendant de Spoutnik et en ramassant sa planche. Je vois que vous avez eu le message.
Drago Malefoy, Ruth Sullivan et Aloysius Bulstrode hochèrent la tête. Heather et Trisha, qui avaient joué le rôle de messagères, s'étaient confortablement assises sur un gros rocher pour assister au spectacle.
– Peut-être que vos parents vous en ont déjà informé, reprit Elisa. Mais je leur ai écrit en acceptant leur offre d'acheter un MagicoGlisseur…
Et ils avaient tous acceptés son prix sans sourciller. Elisa avait exigé un prix supérieur à celui d'un excellent balai volant, et ils avaient tous dit oui sans hésiter ! Ahurissant. Est-ce que ces gens nageaient dans le pognon ?
… Probablement.
– Ouais, c'est pour ça qu'on est ici, acquiesça Bulstrode.
– Il paraît que tu dois tester quel type de Glisseur nous conviendrait le mieux ? fit Malefoy de sa voix traînante. Il y a plusieurs types ? Parce que jusque-là, on n'en a vu qu'un.
Et ses yeux traînèrent sur Spoutnik. Elisa haussa un sourcil sans se dégonfler :
– Bien sûr qu'il existe plusieurs types. Un MagicoGlisseur n'est pas un balai, il est fait pour vous. Il est adapté à votre équilibre et à vos mouvements, et il ne reconnait généralement qu'un maître. Je vais devoir fabriquer un Glisseur pour chacun d'entre vous, et ensuite le personnaliser pour qu'il soit vraiment vôtre.
A ce point, ses trois potentiels clients frétillaient d'avidité. Heather et Trisha échangèrent un regard blasé. Elles avaient l'habitude du ton professoral d'Elisa quand celle-ci passait en mode Magister et expliquait quelque chose : mais les trois autres étaient complètement absorbés.
– Pas de question ? lança Elisa en posant Spoutnik contre le perchoir de ses deux amies et en ouvrant son sac. Parfait, on va commencer tout de suite. Pour voir comment vous vous en sortez, on va utiliser le modèle Stybba.
Elle posa le MagicoGlisseur sur l'air. Stybba était plus large que Spoutnik, mais il faisait à peu près la même taille. Son bois était plus pâle, avec une courbure à l'avant et à l'arrière beaucoup plus prononcée. Le métal qui bordait la planche était en argent chromé, presque blanc.
– Malefoy, tu passes en premier. Copie ma position.
Elle esquissa un geste, utilisant discrètement la Force, et Spoutnik flotta docilement jusqu'à ses pieds comme un chien bien dressé. Elisa grimpa dessus et, une fois les deux planches côte à côte, corrigea la position du petit Malefoy :
– Pieds plus écartés. Tu es droitier ? Non, gaucher ? Alors ça sera ton pied avant. Pointe du pied légèrement oblique. Remue les épaules, est-ce que tu es stable ?
– Je sais le faire, protesta le gamin quand elle appuya sur son épaule pour le forcer à fléchir les genoux. Je fais du Quidditch !
– Tu es la deuxième personne au monde à grimer sur un MagicoGlisseur, je doute très fortement que tu sache faire ça ! rétorqua Elisa.
Malefoy prit un air boudeur, mais au moins il cessa de ronchonner. Derrière lui, Heather et Trisha semblaient à deux doigts de sortir le pop-corn, et Elisa s'efforça de ne pas rigoler.
– Si tu fais du Quidditch tu sais que le balai suit les mouvements de ton corps, reprit-elle en reculant légèrement. Le Glisseur fait la même chose. Imagine qu'il glisse sur une épaisse couche de neige, comme une luge. Si tu te penches pour qu'il suive la pente, il accélérera. Si tu te redresse, il freinera. Compris ? Alors essaie d'avancer à côté de moi.
Elle avait l'impression d'être une monitrice de ski, songea-t-elle avec amusement en regardant Drago avancer, vaciller puis trouver son rythme. C'était assez amusant. Quoique, quand elle-même avait appris à faire du snowboard, elle s'était certainement cassé la figure un certain nombre de fois. Drago tanga, vacilla et rentra même dans un arbre quand il lui fallut maîtriser le freinage, mais cela mis à part, il avait un très bon sens de l'équilibre et il maîtrisa la technique très rapidement.
D'ailleurs, dans les livres, est-ce qu'il n'était pas un très bon Attrapeur ? Elisa ne pouvait pas en être sûre, vu qu'il n'avait jamais battu Harry au Quidditch, mais… Harry était un Attrapeur exceptionnel, d'après les jumeaux Weasley et Cédric.
En dix minutes Malefoy savait avancer, reculer, sprinter, ralentir, faire des virages, et même sauter assez haut pour faire une vrille. Certes, Stybba était tellement bardé de sortilèges d'équilibre et de stabilité que c'était un peu comme faire du vélo avec des petites roulettes : mais ça montrait quand même qu'il avait un excellent sens de l'équilibre.
– Excellent ! s'enthousiasma Elisa. Il te faut un Glisseur de taille moyenne je pense, très agile, avec une accélération rapide pour pouvoir sauter haut. Passe Stybba à Bulstrode. Une fois que vous aurez tous les trois maîtrisé les bases, Malefoy, on passera au niveau d'au-dessus et je te ferai essayer le modèle Skywalker.
Malefoy se rengorgea, articulant silencieusement « Skywalker » avec orgueil. Sur leur rocher, Trisha et Heather essayèrent de s'étouffer de rire discrètement. Elisa réprima un sourire en coin. Yep, elle allait définitivement s'amuser avec les noms de ses MagicoGlisseur…
Aloysius Bulstrode se montra un surfeur compétent, mais sans plus. Il était davantage intéressé par les pointes de vitesses, les virages courts et rapides qui permettaient de zigzaguer à travers une foule, ce genre de chose. Quant à Ruth Sullivan, elle n'était pas aussi agile que Drago et son truc, c'était surtout d'accélérer pour sauter très haut, pas tant de cabrioler en l'air. Il lui faudrait un modèle plus massif et puissant.
Heureusement qu'elle travaillait sur un choix varié de modèles.
– Malefoy, essaie le Skywalker ! fit-elle en sortant ledit modèle de son sac. Il est à peu près semblable à Spoutnik, mais plus léger. Il n'est pas fait pour faire de long trajet, mais des sauts acrobatiques.
Le Skywalker était en bois blond, bordé d'un métal très sombre. C'était ces couleurs qui avaient inspiré son nom : Elisa l'avait nommé ainsi en l'honneur de Luke Skywalker, pas d'Anakin ou de Leia. Malefoy grimpa dessus avec enthousiasme, et s'empressa aussitôt de sauter et tournoyer au-dessus du lac.
Elisa le laissa risquer la noyade (au besoin, Trisha et Heather gardaient un œil sur lui), et se tourna vers l'autre Serpentard :
– Bulstrode, ton modèle est le Salamandre. Il n'est pas très puissant, donc tu ne pourras pas sauter haut : mais il est très rapide et maniable.
A la base elle comptait travailler dessus encore quelques mois et le vendre dans les endroits très fréquentés, comme le Chemin de Traverse ou le Ministère. Bah, elle boosterait la puissance du Salamandre et le vendrait à Bulstrode, et elle pourrait toujours créer un autre modèle pour le grand public. Elle pourrait l'appeler le Stormtrooper !
Oh, elle allait carrément l'appeler le Stormtrooper.
– Et Ruth, acheva-t-elle en se tournant vers la Gryffondor. Ce modèle s'appelle le Saphira.
Merci la saga de l'Héritage et le dragon d'Eragon (qui n'existerait pas avant deux bonnes décennies) pour l'inspiration. Saphira était plus massif, avait la forme d'un grand surf plus que d'un snowboard, et son bois était d'un blanc argenté aux reflets bleutés.
– C'est le plus puissant du lot, continua-t-elle avec un froncement de sourcil. Il est lourd, cela dit, et du coup il manque en maniabilité quand on le compare aux autres. Tu me diras si ça pose un vrai problème. Je suis en train de travailler sur un autre modèle, le Simbad, qui est presque aussi puissant mais beaucoup plus agile.
Ruth hocha la tête, puis s'élança au-dessus du lac avec les deux Serpentard pour tester son nouveau jouet. Elisa poussa un profond soupir, considéra que ça s'était relativement bien passé, puis alla s'asseoir aux côtés d'Heather et Trisha.
– Et dire que tu as créé plusieurs modèles ! s'extasia Heather. Des fois je me demande pourquoi tu n'es pas à Serdaigle, avec ton cerveau. T'es un vraie génie, Magister.
– Tu penses que ça va marcher ? fit Elisa d'un ton vaguement incertain.
Elle savait que ces MagicoGlisseurs étaient cools, que ça plaisait, mais… Et si c'était temporaire ? Et si les sorciers s'en lassaient ? Et si elle ne réussissait pas à lancer son commerce ? Comment allait-elle changer le monde, sans or pour financer une école ou des associations d'aide au plus démunies : sans or pour s'acheter du venin de Basilic capable des détruire un Horcruxe, pour acheter de la Tue-Loup pour Remus, pour corrompre un officiel du Ministère et entrer dans le Département des Mystères pour voler la prophétie ?
Elle voulait changer le monde, mais elle avait désespérément besoin de pognon pour ça. L'enjeu de la vente des MagicoGlisseur dépassait de loin sa carrière.
– Oh, ne t'inquiète pas, sourit Trisha qui regardait Malefoy bondir de plus en plus haut et faire des loopings d'un air ravi. Tu vas devenir riche.
– L'avenir du monde magique est entre de bonnes mains ! plaisanta Heather.
Elisa émit un rire un peu étranglé. L'avenir du monde magique ? Oh, Heather ne pensait pas si bien dire…
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Voilà ! J'espère que ça vous a plu =D Qu'en avez-vous pensé ? Avez-vous des suggestions ?
