Chapitre 7 : Questions gênantes et nerfs à bout

Daniel et Kana avaient fait forte impression en montant dans une voiture de police en plein milieu du portail de l'école. Néanmoins, elles ne firent pas attention aux commentaires et rumeurs qui fusaient et montèrent tranquillement dans la voiture. Kei avait un peu réfléchi sur comment elle allait essayer de s'en sortir, la ruse était plutôt sournoise, mais si cela signifiait ne pas être sur une table d'opération à se faire disséquer par des chercheurs complètements fous, elle était preneuse et le ferait sans, ou presque sans remords, et puis… elle faisait en même temps une "bonne action".

Arrivés devant une maison, ils descendirent de la voiture et entrèrent dans la maison, et après quelques paroles banales sur si chacun voulait quelque chose à boire, Daniel demanda :

-On est où ?

-Chez moi, répondit Tatsuma en s'asseyant sur canapé en face de celui dans lequel s'étaient mises les deux femmes.

Ne perdant pas plus de temps, le policier commença son interrogatoire doucement :

-"Dis-moi, maintenant que Kana t'as donné son casque, tu comprends ce que je dis ? Juste pour vérifier…

-Oui, mais je crois qu'il va bientôt être à court de batterie, ça fait un jour et demi que ne l'ai pas rechargé.

-Ce n'est pas grave, ce ne sera pas très long.

-J'ai fait quelque chose de mal ? Demanda en essayant de représenter l'innocence même.

-Eh bien… oui et non. Répondit Tetsuma en se tordant les mains et en regardant Kana.

-Tu peux nous expliquer s'il te plaît ? Demanda gentiment Kana en voyant son trouble.

-Eh bien, voilà. Je n'ai absolument rien trouvé sur les noms que tu m'as donné Kana, ni sur Daniel Yegunn, ni sur Kei Yegunn et encore moins sur Daniel-Kei Yegunn. Il n'y a personne de ce nom-là habitant en France faisant un voyage pour le Japon. Je ne comprends pas, mais le plus étrange, c'est que quand j'ai essayé de comparer ta photo et tes empreintes pour trouver des informations sur toi pour les mettre dans nos fichiers, tu n'y étais pas…

-Comment ça ? Demanda l'adulte.

-Il n'existe aucune trace de toi dans les fichiers de la police, pensant que c'était normal vu ta situation, j'ai regardé sur celle de la police de France, et eux non plus non jamais entendu parler de toi, de ta famille et encore plus bizarre, tu restes inconnu à leur bataillon. Tu peux m'expliquer ça ?"

La concerné, garda un sang-froid exemplaire face à cette situation, alors qu'à l'intérieur, c'est comme si son cœur allait sortir de sa poitrine et elle se demandait même si les autres pouvaient l'entendre. Elle ne put s'empêcher de baisser la tête pour regarder ses mains.

-"Est-ce que par hasard, tu serais liée à une enquête policière ? " Demanda Tatsuma.

L'adolescente releva la tête et ouvrit de grands yeux, de peur et de surprise, mais avant qu'elle ne puisse réagir, Kana lui avait coupé l'herbe sous le pied :

-Bien sûr que non ! On a déjà parlé de cette éventualité avec elle…

-Parler…parler… on a plutôt blagué sur le sujet, mais bon…pensa rapidement Kei.

-…et on s'est bien entendu ! Elle n'est en aucun cas une criminelle ! Cria Kana en croisant les bras.

-Je ne voulais pas dire ça ! J'émets juste l'hypothèse qu'elle est peut-être un témoin protégé ! S'exclama très vite le jeune homme.

-Explique ? Demanda Kana en lançant à son ami un regard mi- intéressé mi- sombre.

-Eh bien… Dans une affaire suffisamment importante qui a un ou plusieurs témoins, il arrive que les enquêteurs effacent temporairement leur identité et toute trace des individus pour leur sécurité, pour qu'ils soient complètement invisibles, comme s'ils n'avaient jamais existé pour que le danger ne les atteigne pas. Cela expliquerait une partie des choses, même si ce niveau de sécurité pour Daniel est très… non quasiment parfait. A part les informations qu'elle nous a dites, je n'ai absolument rien trouvé sur elle. Comme je le disais, c'est comme si elle n'avait jamais existé."

Tous les regards se portèrent sur la jeune adolescente qui n'avait pas bougé d'un poil, mis à part son visage qui est devenu stoïque, elle n'a rien changé. Il faut dire qu'elle ne s'attendait pas à ça ! Mais en même temps, elle ne peut pas utiliser cette hypothèse pour elle. Car si par malheur, Tatsuma découvrait qu'aucun enquêteur ne la connaissait, elle aurait droit à encore plus de question et de suspicion. On l'accuserait même peut-être d'être une terroriste, et Tatsuma serait peut-être le premier à entrer dans la maison de son amie pour lui mettre les menottes aux poignets. Elle en fut si surprise, qu'elle oublia instantanément le plan qu'elle avait en tête.

-"Non, je dois tout leur dire, mais est-ce qu'ils me croiront ?" Pensa la jeune angoissée.

-Alors, Daniel ? Je ne te demanderai pas d'autres explications, répond moi juste par un oui, ou par un non. Demanda le jeune homme en faisant des signes pour l'encourager pendant que Kana la regardait avec une certaine impatience.

-Je… non. Dit-elle platement. La vérité est bien plus compliquée et plus bizarre que ça.

-Explique-toi," demanda son amie en posant la main sur son épaule en signe d'encouragement.

Daniel se dégagea doucement, se mit contre le dossier de la chaise et croisa les bras, les deux adultes comprirent instantanément qu'elle se mettait en position de défense.

-"Je… la raison pour laquelle je ne suis sur aucun des fichiers, c'est parce que…je…" commença la jeune fille avec lenteur comme pour retarder l'inévitable et essayer de refouler la boule dans son ventre qui faisait qu'elle avait envie de vomir. "

Elle ferma les yeux un instant, crispée, les rouvrit et regarda droit dans les yeux de Tatsuma, oui parce que c'est lui qu'elle devait convaincre en premier, puis dans ceux de Kana et lâcha d'une voix tremblante comme si elle devait avouer une grosse bêtise qu'elle avait faite :

-"Je…Je ne suis pas de ce monde." Murmura-t-elle en refoulant les larmes qui menaçaient de couler et en se pinçant sans s'en rendre compte les bras.

Sa dernière phrase n'avait été qu'un murmure, pourtant, les deux autres personne présentent dans la pièce avait bel et bien entendu ce qu'elle avait dit.

-"Bon arrête et dis-nous la vérité", cria presque Tatsuma d'une voix incertaine.

Ce fut trop pour Daniel, elle avait dû puiser dans ses forces mentales pour leur avouer la vérité, mais là, elles étaient à sec et ses nerfs lâchèrent… ses sourcils se froncèrent, ses bras se crispèrent encore plus qu'ils ne l'étaient déjà et elle faillit mordre sa langue, ses dernières défense mentales tombées, tout ce qu'elle avait sur le cœur jaillit comme une cascade, impitoyable, arrosant Kana qui n'avait rien dit et encore plus Tatsuma qui avait dit ce qu'il ne fallait, mais alors surtout pas dire. Elle se leva brusquement, les yeux embués de larmes, elle cria :

-La vérité ?! Mais la voilà la vérité ! Je ne suis pas de ce monde ! Pour moi, c'est vous qui êtes des personnes étranges ! Est-ce que vous savez tout ce que j'ai dû faire pour ne pas me faire prendre ?! Est-ce que vous pouvez imaginer les actions et sentiments que j'ai dû refouler pour ne pas qu'on découvre qui je suis pour qu'on ne mette pas sur une table d'opération à me faire disséquer pour voir si je ne suis pas un monstre ?! A votre avis, si vous vous trouviez dans un endroit que vous ne connaissez pas, avec une langue que vous ne connaissez pas, avec un temps que vous ne connaissez pas et surtout avec des gens qui peuvent à tout moment vous arrêter pour vous tuer parce que vous êtes peut-être un monstre, que feriez-vous ?! Hein ?!"

Kei marqua une pause, puis reprit en ravalant une bouffée d'air :

"-Non, en fait ne répondez pas, vous ne pourriez jamais comprendre…En plus, vous savez quoi ? Allez, maintenant que suis à ce stade, autant vous parler de ça ! Voyez-vous, il y a quelques jours, je me suis évanouie en pleine séance de jogging, avec des douleurs insupportables aux articulations de mes bras et dans mes jambes, quand j'ai pu enfin remarcher, je me suis rendu compte que je pouvais faire ça !" Cria-t-elle en soulevant son pied avant de l'abattre violemment sur le sol.

Kana et Tatsuma regardèrent avec surprise, incrédulité et horreur le cratère qui s'était formé sous le pied de la jeune fille. Rendu muet par le discourt et par son action, Daniel continua sur sa lancée en frappant la table qui était devant elle avec seulement son poing, se brisant instantanément, la jeune adolescente cria :

-"En fait, allez-y ! Traitez-moi de monstre ! J'en peux plus, j'en peux plus de me retourner à chaque bruits derrière moi ! J'en ai marre, assez ! ASSEZ !"

Après ça, elle alla se mettre dans un coin de la pièce, se mit en boule comme pour se protéger avec une carapace invisible et pleura de tout son saoul en essayant de ne pas penser à ce qui allait se passer après ça.


Quand Kana fut la première remise de son choc mental, elle se leva pour se diriger vers Daniel et se pencha vers elle, mais l'adolescente recula. Ce geste fit profondément souffrir la jeune femme qui considérait la fragile adolescente, malgré le peu de temps qu'elle avait passé avec Kei, comme la petite sœur qu'elle n'avait jamais eu et qu'elle devait protéger.

Prenant de court la plus jeune, l'adulte la prit dans ses bras, voyant sa détresse, selon elle, n'importe qui réagirait pareille, mais pas du point de vue de Kei, qui considérai ce geste comme une très profonde marque d'affection pour elle. Kei essaya en vain de refouler ses sanglots et ses larmes, mais rien n'y fit et elle continua de pleurer, elle pleura, elle pleura tellement fort en fermant instinctivement les yeux qu'elle finit par s'endormir à même le sol dans les bras de son amie qui l'avait bercé. Mais elle dit avec ce qui lui restait de force :

-"Ce n'est pas réaliste…"

L'aînée l'installa sur le canapé sans comprendre et porta son regard sur elle, lui caressant les cheveux et continuant de la bercer pendant un moment, quand elle fut sûre que l'adolescente ne se réveillerait pas, l'infirmière se tourna vers le policier en le transperçant avec son regard lugubre et plein de reproche avant de prendre la parole d'une voix dure, mais pas trop quand même pour ne pas réveiller sa protégé :

-"Pourquoi as-tu dis ça ?! Même si c'était une vérité farfelue, ça se voyait comme un nez sur le visage qu'elle ne plaisantait pas !

-Comment je pouvais deviner ?!

-Enfin, tous les signes étaient là ! T'es bigleux ou quoi ?! Tu n'as pas vu qu'elle se mettait en positon de défense pour se protéger émotionnellement ? En plus, elle était sur le point de pleurer quand elle nous a avoué que…

-Qu'elle venait d'un autre monde ? Attend, tu crois vraiment ça, toi ?

-Evidemment, je la connais mieux que toi, tout ce qu'elle a dit est vrai, elle ne sortait que si c'était nécessaire, c'est-à-dire pour l'école et pour faire son jogging, et encore, quand elle fait son sport, elle met tout le temps sa capuche, je me demandai pourquoi, maintenant je sais ! Oh mon dieu, et en plus, je l'ai forcé à aller à l'école, elle a dû puiser dans sa volonté pour accepter…

-Je ne crois pas, je pense plutôt qu'elle devrait voir un médecin, et le plus tôt sera le mieux !

-Tu plaisantes j'espère ?! Tu n'as pas entendu, cette gamine est terrorisée, il suffit de la regarder pour savoir qu'elle ne ment pas !

-Et qui nous dit qu'elle ne joue pas la comédie pour nous duper et que la mort de ses soi-disant parents est totalement fausse ?!

-Encore une fois, il suffit de la regarder pour savoir que cette petite fille en a bavé et que la vie n'a pas été clémente avec elle !

-Une petite fille ?! Tu te rends compte de ce que tu dis ?! Elle a seize ans ! Tu ne te rappelles pas de ce que nous faisions à son âge ?!

-Non, bien sûr que non, nous mentions, nous trichions, nous allions où bon nous semblaient, mais elle n'est pas comme ça !

-Tu ne la connais que depuis deux semaines ! Ce n'est pas assez pour bien pour…

-Si ! Un seul mot de plus, un seul et je te jure que tu feras partie de ma liste noir ! Sentiments pour toi ou pas !

-Que…

-Tshh.

-Mais…

-Moutchhhouchou. Dit-elle en levant son doigt en signe de dernière avertissement.

-Bon, d'accord, imaginons, je dis bien imaginons que son histoire est vraie, que devons-nous faire dans ces cas-là ?

-On ne fait rien, à part essayer de la comprendre et la soutenir, on ne fait rien.

-Je ne suis pas d'accord, je voudrais la croire, mais je ne peux pas, je veux juste une preuve, juste une preuve qu'elle dit la vérité. Ce n'est pas grand-chose…

-Je sais, nous allons attendre qu'elle se réveille pour prendre une décision. Ensuite, nous aviserons, moi en ce qui me concerne, je n'ai pas besoin de preuve pour la croire, la peur que j'ai vu dans ses yeux me suffit largement.

-Pas à moi.

Ainsi, ils firent chacun quelque chose de leur côté, Tatsuma essayait de réparer les dégâts, pour sa table, ce n'était pas très grave, il suffisait de la jeter et d'en racheter une, mais pour ce qui est du sol, cela allait prendre du temps. Pendant que Kana veillait l'adolescente, suivant chacun de ses mouvements, et essuya de temps à autre une larme qui coulait sur le visage endormi de Kei.

Quand elle se réveilla, en fin d'après-midi, la première chose qu'elle se dit et qu'elle espérait était que tout ça n'était qu'un rêve, mais en voyant le visage de son amie et de celui de Tatsuma, elle comprit instantanément que tout ce qu'elle avait fait été vrai et elle se cambra, mettant ses bras autour de ses genoux qu'elle avait replié sur son visage pour se cacher.

-"Ne t'inquiète pas, moi je te crois. Dis doucement Kana.

-Mais pas lui, c'est ça ? Demanda d'une voix encore tremblante Daniel.

-En effet, oui. Est-ce que par hasard, tu aurais une preuve de ce que tu avances ?" Fit le policier d'un ton sec.

L'aînée lui lança un regard réprobateur et alla répliquer une phrase cinglante, mais fut arrêté par la plus jeune qui prit la parole d'une voix qui était redevenue calme :

-"C'est vrai que ce n'est pas facile à avaler, mais je ne crois pas que…"

Pour une raison inconnue, elle s'arrêta en pleine phrase, avant de mettre la main dans sa poche et de sortir son portable.

-Enfin, peut-être mon portable ? Dans les mangas, tous les personnages aussi principaux que secondaires ont généralement le même portable, peut-être que le mien est tout comme moi, non répertorié dans le monde…

-Dans les mangas ?

-Oui.

-Tu veux dire que pour toi, tu es dans l'histoire d'un manga ? Demanda Kana

-Oui.

-C'est complètement absurde ! Cria Tatsuma.

-Sur ce point-là, vous pouvez croire ce que vous voulez…"

Elle replongea la tête dans ses bras après avoir donné son portable à Kana. Qui elle, l'examinait sous tous les angles. Pendant quelques minutes, le silence régna, jusqu'à ce que Daniel pose la question qui lui trottait dans la tête depuis longtemps :

-"Dis Kana, t'es calé en ce qui concerne l'informatique, hein ?

-Effectivement, je peux m'en vanter…

-Alors pourquoi tu ne fais pas ça ?

-J'ai été refusé parce que je n'avais pas suffisamment de bons points dans mon dossier.

-Ah…"

Un autre silence s'installa, moins tendu que l'autre mais quand même… Après plusieurs minutes à attendre, Tatsuma et Daniel purent faire un peu connaissance. Jusqu'à ce que l'adulte femelle cria :

-C'est bon !

-Quoi ? Demanda le policier.

-Ce modèle de portable ne fait pas partie des ventes.

-Tu en es sûre ? Tu sais, il existe de nombreux de modèles, tu en as peut-être raté…

-Non, je suis sûre à 100% ! Et crois-moi, sur ces sujets-là je ne me trompe jamais !

-Bien…" fit Tatsuma en soupirant.

Il se retourna pour voir Daniel et fit un arc, s'excusant pour ne pas l'avoir cru. La jeune fille fut très surprise de ce comportement, mais en même temps très gênée.

Après une très longue discussion sur toute la vie de Daniel, qui n'omettait presque aucun détail, les deux jeunes femmes rentrèrent chez l'aînée, mais cette longue conversation avait permis à Kei et Tatsuma de se rapprocher, mais l'adolescente sut que les deux adultes l'étaient maintenant encore plus et pour la première fois depuis qu'elle était arrivée, elle eut l'impression qu'elle était aussi légère qu'une plume.