« Colonel ?
Elizabeth… dit-il perdant tous ses moyens.
Non, Docteur Weir.
Docteur… ?
Oui, je préfère. »
John se dit que ça n'allait pas être simple. Encore moins que ce qu'il avait pensé. Mais il ne démonta pas pour autant.
« Je peux vous parler ?
Je vous écoute.
Euh… c'est un peu privé… je peux entrer ?
Non. Alors ? »
John la regarda un moment ne sachant trop quoi dire, ce qui énerva la dirigeante.
« J'en déduis que ce n'est pas si important que ça. Si vous voulez bien m'excusez, je retourne travailler.
Mais on est dimanche !
Oh, vous avez retrouvé votre langue ? demanda-t-elle avec une ironie qu'elle ne se connaissait pas »
John commença à perdre lui aussi patience. Elle ne l'aidait pas du tout ! Et c'était déjà assez dur pour lui comme ça. D'un pas décidé, il força le passage et entra dans les quartiers de la jeune femme, sous les yeux hébétés de celle-ci. Elle referma la porte et croisa les bras, le regard noir. Le militaire se posta au centre de la pièce et son regard en fit le tour, comme pour trouver une aide quelconque parmi les objets présents. Ses yeux se posèrent sur le lit et il rosit légèrement. Finalement, ça ne l'aidait pas beaucoup.
« Colonel ! »
John sursauta et regarda un instant Elizabeth avant de se décider à parler. Il irait à l'instinct. Après tout, ça lui avait presque toujours réussi. Il s'avança vers elle et prit son inspiration avant de débiter tout ce qu'il avait sur le cœur.
« J'étais venu vous voir pour m'excuser de ce matin.
Très bonne idée. Excuses acceptées.
Mais j'ai changé d'avis. »
Le visage de la jeune femme marqua la surprise.
« Vous… avez changé d'avis ? Colonel, je ne sais pas à quoi vous jouez mais…
Je ne joue pas ! »
John s'approcha encore plus d'elle, obligeant la dirigeante à reculer.
« J'ai changé d'avis parce que si je vous demandais de m'excuser c'est que je regrettais mon geste et ce n'est pas le cas ! »
Le cœur du militaire battait très fort. Il se livrait devant elle. C'était l'instant de vérité, après il ne pourrait plus revenir en arrière. Ou elle l'acceptait ou elle le giflait. Dans les deux cas, après cette discussion, plus ne serait jamais pareil.
Elizabeth regardait son chef militaire comme s'il était possédé. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'il lui disait, ce qu'il lui avouait. Mais que lui avouait-il au jute ? Il ne l'avait pas clairement précisé.
« John, je ne sais pas si c'est un pari que vous avez fait avec vos hommes ou bien…
Ce n'est rien de tout ça ! Elizabeth je ne regrette pas parce que j'avais envie de vous embrasser depuis pas mal de temps déjà.
C'est une expérience avec McKay qui a mal tourné alors ! Je vais le voir et… »
Elle esquissa un mouvement pour se libérer du militaire, mais fut rattrapée par le bras.
« Elizabeth, vous le faites exprès ou quoi ?! Je vous aime ! »
Il avait lâché les mots tant redoutés par l'un et l'autre. Il l'avait enfin avoué. La dirigeante l'observa sans y croire. Il n'avait pas l'air de se moquer d'elle et ses yeux reflétaient une certaine appréhension, voire une peur qu'elle avait rarement vu. Même lorsqu'il était allé affronter les Wraith la première année elle n'avait vu aucune peur. Juste de la détermination. Mais là… c'était différent. Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais rien ne sortit. A la place, elle secoua la tête. Le visage de John se teinta d'inquiétude. Pourquoi cette réaction ? Que pensait-elle ? Le prenait-elle au sérieux ? Réfléchissait-elle à un moyen de le rejeter ? Il fallait qu'il lui prouve qu'il pensait vraiment ce qu'il disait. Alors, mu par une pulsion, il attira rapidement Elizabeth vers lui et, la tenant par les bras, plaqua ses lèvres contre les siennes. La jeune femme garda les yeux ouverts et resta tétanisée par ce baiser dans lequel John mettait tant de force.
Ne sentant aucune réaction de l'autre côté, le militaire fit cesser cet échange et se détacha lentement. Elizabeth le regarda, choquée. Ce n'est qu'au bout de quelques secondes qu'elle parvint à murmurer un faible :
« Sortez. »
John fronça les sourcils, n'étant pas certain d'avoir bien compris.
« Quoi ?
Sortez ! reprit-elle plus fort en se dégageant.
Elizabeth….
Docteur Weir ! Sortez ! »
John s'approcha de nouveau d'elle mais elle le stoppa en lui donnant une gifle. Pas très forte, voire même quasi inexistante, mais le geste fit comprendre à John qu'il était temps qu'il prenne congé. C'est le cœur lourd qu'il sortit des quartiers de la dirigeante.
Cela faisait cinq jours qu'Elizabeth et John ne se parlaient que pour le strict minimum ; à savoir les briefings. En dehors de ça, la jeune femme fuyait littéralement le militaire. Il faut dire qu'il ne cherchait pas vraiment le contact non plus. Quand ils se croisaient dans le couloir, soit l'un d'eux faisaient demi-tour, soit ils faisaient semblant de ne pas se voir. Cette attitude, bien que puérile et indigne de deux des personnes les plus importantes de la cité, n'en n'était pas moins le rituel depuis déjà trop de temps. Et si au début leurs amis n'y faisaient pas trop attention, pensant à une légère friction entre eux, ils furent bien obligés de se rendre à l'évidence : le problème qui persistait entre eux n'était pas d'ordre professionnel. Auquel cas Elizabeth aurait sanctionné le militaire ou John se serait fait pardonné en lui faisant sa maintenant très célèbre « tête de chien battu ». Non, il y avait autre chose. Quelque chose de plus grave qui minait le moral de toute la base.
En ce début d'après-midi du cinquième jour, il fut donc décidé d'une réunion au sommet entre Rodney, Teyla, Carson et Ronon. Et pour plus de sécurité elle se déroula dans les quartiers du satédien.
« Bon, alors c'est quoi le problème ?! demanda Rodney, déjà énervé.
Je ne sais pas. Ils avaient l'air de s'être bien amusés à l'anniversaire, soupira Carson.
Oui, il m'avait même semblé qu'ils s'étaient rapprochés, confirma Teyla.
Peut-être trop, dit Ronon.
Trop ? demanda la jeune femme.
Oui. On était tous plus ou moins… ivre et personne ne sait ce qui s'est passé après qu'on se soit…
Endormi ? suggéra Carson.
Ouais, on va dire ça.
Vous ne pensez tout de même pas que… non ! s'exclama Rodney.
J'en sais rien, se défendit le satédien. C'est une possibilité. «
Les quatre atlantes se regardèrent un moment. Ils n'osaient concevoir que leurs amis aient pu passer la nuit ensemble, et pas qu'à dormir. Elizabeth était trop raisonnable, même soule ! Et même si John avait tenté quelque chose, elle l'aurait sans doute remis à sa place.
« Ce qui est certain, c'est que cette situation ne peut plus durer, trancha Teyla. L'ambiance à la base s'en ressent.
Il faut savoir ce qui s'est passé !
Oui Carson. Tout à fait. Je vois bien aller demander à Sheppard s'il a eu des relations avec Elizabeth.
Rodney ! s'exclamèrent ensemble Teyla et Carson, choqués par ces paroles.
Oh, je vous en prie, ne jouez pas aux vierges effarouchées ! C'est bien de ça dont il s'agit ! »
L'athosienne et le médecin se regardèrent. Oui, c'était bien de ça dont il état question, même si le canadien l'avait énoncé avec son tact habituel. Mais même s'ils étaient d'accord que le principe d'en savoir plus pour les aider, la pratique était une autre affaire. Car le sujet était délicat… Qui se chargerait d'aller parle aux deux concernés ?
« Bon, ok, je me charge de Sheppard, déclara Ronon.
Et moi d'Elizabeth, décida Teyla.
Bon, tâchez de savoir ce qui ne va pas et dites-moi tout après.
Rodney ! Vous êtes vraiment…
Le plus intelligent Carson, oui. Et une fois toutes les données en main, je pourrais élaborer une stratégie et trouver une solution. En parlant de solution, j'ai une équation qui n'attend que moi. Alors si vous voulez bien m'excuser. »
Après un petit sourire mi crispé, mi sûr de lui, Rodney sortit de la pièce, laissant les trois atlantes seuls. Oui, il fallait agir et pas plus tard que maintenant.
Elizabeth travaillait à son bureau, lisant quelques rapports, faisant le planning des futures missions et tâchant de trouver des solutions à des problèmes d'intendance sur la cité. Tout pour ne pas penser à un certain militaire qui, depuis quelques jours déjà, l'avait mise dans une situation qu'elle détestait. Alors qu'elle était plongée dans un rapport, elle entendit un faible raclement de gorge. Elle pensa d'abord à John et se raidit, mais lorsqu'elle releva la tête elle eut le soulagement de voir Teyla.
« Teyla, que puis-je faire pour vous ?
Je venais pour vous parler Docteur Weir, si vous avez du temps.
J'ai toujours du temps pour vous. Asseyez-vous. »
La jeune athosienne vint prendre place sur le siège en face de la dirigeante. Elle était un peu nerveuse et Elizabeth s'en rendit tout de suite compte.
« Teyla, quelque chose ne va pas ?
Et bien en fait… non. »
Cette déclaration surprit la jeune femme. Teyla ne se plaignait jamais de rien et était au contraire une personne qui tentait toujours de faire bonne figure. Alors si elle lui disait que ça n'allait pas… c'était vraiment important.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
Teyla le regarda un instant, semblant chercher ses mots.
« Elizabeth… je voudrais vous parler… de John. »
Le visage de la dirigeante se rembrunit aussitôt et elle s'enfonça dans son siège.
« Qu'a-t-il encore fait ?
A vrai dire… ce serait plutôt à moi de vous le demander. »
Devant la mine interrogative de la dirigeante, Teyla s'expliqua.
« Depuis l'anniversaire du Docteur Beckett… le colonel semble changé.
En mission vous voulez dire ?
Non… à la base. »
Elizabeth baissa la tête et joua avec son stylo. Teyla sentait qu'elle n'était pas réticente et qu'une discussion lui ferait du bien.
« Elizabeth, reprit la jeune femme d'une voix douce, est-ce que le colonel a eu… un comportement déplacé à votre égard ? »
Elizabeth releva vivement la tête et la regarda un instant avant de soupirer.
« Je suis consciente que cette relation met une mauvaise ambiance dans la base. Teyla… je ne sais plus quoi faire. »
La jeune athosienne fut un peu déstabilisée par le ton de sa supérieur et amie. Elle avait vraiment l'air désemparé.
« Et si vous me racontiez ? Ca pourrait vous aider ? »
Ronon avait essayé ses quartiers et le mess, mais c'est finalement dans la salle d'entraînement qu'il trouva John. Le militaire passait ses nerfs sur un pauvre sac de sable.
« Eh Sheppard !
Ronon. On avait un entraînement aujourd'hui ?
Non. Mais il faut que je vous parle.
A propos de quoi ? demanda John sans cesser de taper contre le sac.
De vous et du Docteur Weir. »
Sous l'effet de la nouvelle, le militaire frappa plus fort avant de tourner une tête surprise vers le satédien. De ce fait, il ne vit pas le punching ball revenir vers lui et dut s'y cramponner pour ne pas tomber à la renverse.
« Quoi le Docteur Weir et moi ?
Ben vous savez.
Non ! Non, je ne sais pas ! »
John venait de hausser le ton. Ronon s'approcha, le regard sévère.
« Vous avez essayé quelque chose et elle vous a envoyé balader ou vous avez fait quelque chose et elle le regrette ? »
Sheppard regardait le satédien comme s'il voyait… un asgard pour la première fois. Il n'avait certainement pas réfléchi à toute ça tout seul.
TBC
