Cette journée au Château de Poudlard fut remplie de murmures. Hermione se serait bien terrée dans sa salle de cours ou dans ses appartements (puisqu'elle savait que le premier endroit où on irait la chercher était la bibliothèque). Mais Draco saurait la trouver dans sa salle de classe et elle n'avait plus d'appartement à elle à présent. Non, maintenant, elle allait avoir un appartement à « eux » et elle ne savait pas où il était ni ne tenait particulièrement à le savoir.
Sa situation allait plutôt mal quand elle la considérait de près. Aussi préférait-elle, dans la mesure du possible, procrastiner. Elle se doutait assez, vus les mots que lui avait sorti l'autre-arrogant-petit-salopard-mais-qui-avait-quand-même-de-l'humour-quand-il-lui-avait-demandé-de-porter-ses-enfants (il blaguait n'est-ce pas ? McGo ne les forcerait pas à aller jusque-là ?), elle se doutait assez qu'il essaierait de la chopper à la sortie de sa classe.
Elle avait par conséquent élaboré un plan qui se voulait infaillible et qui ne grillerait pas sa couverture de jeune fille amoureuse au dernier degré de l'abominable fouine de Poudlard. A la limite, elle voulait bien donner sa chance à l'abominable homme des neiges ou à Bigfoot à la place. Peut-être qu'en devenant une reine de glace, l'autre cône vanillé (pour ne pas dire le gros con puéril) la laisserait tranquille une fois pour toute. A réfléchir…
Enfin, pour le dernier cours de la matinée, elle avait donné des travaux pratiques à sa classe, avait pris soin de sortir la Carte du Maraudeur et de l'étaler sur sa table en chantonnant (aussi gaiement que possible, et ce n'était pas facile) l'air de la marche nuptiale et en prenant un air on ne peut plus niais. Mais en réalité, elle ne quittait pas des yeux deux points, assez peu actifs, sur la carte : Filius Flitwik et Draco Malfoy. Tous deux dans leurs salles de cours respectives marchait de long en large pour l'un, restait à son bureau pour l'autre. Tout allait bien pour le moment.
Toutefois, aussitôt que Malfoy commença à bouger (et à remonter le couloir du troisième étage), dix minutes avant la fin de l'heure, Hermione annonça à ses élèves que le cours était terminé et qu'elle devait rejoindre quelqu'un. Il fallait qu'elle joue la comédie jusqu'au bout n'est-ce pas. Mais au lieu de se précipiter à la rencontre de Draco, elle partit se cacher dans une salle du septième étage. Puis, voyant sur la carte qu'il cherchait toujours sa fiancée, elle entama à son insu à lui un jeu mêlant les règles du jeu de chat et de cache-cache. Pour le moment, c'était la fouine le loup… (Ça devenait légèrement compliqué, cette histoire.)
Elle emprunta les passages secrets, se faufila derrière des portes dérobées, se cacha dans l'ombre d'une armure même quand elle le vit au détour d'un couloir. Les tapisseries bruissaient sur son passage. Draco se fatiguait dans sa poursuite assez vaine, il faut bien l'avouer. Il s'agissait d'Hermione Granger, la fille la plus intelligente de sa génération (même si, à force de le côtoyer, elle avait perdu des points de QI et dangereusement régressé), armée de la Carte du Maraudeur. Il ne pouvait rien faire. Quant à elle, jamais elle n'avait été si silencieuse. Elle utilisait toutes les ressources qui pouvaient lui apporter le Château. Et Draco n'y voyait que du feu.
Notre Gryffondor s'était finalement réfugiée dans les vestiaires du stade de Quidditch (si ce n'était pas le dernier endroit où l'on irait la chercher, Hermione ne savait plus où aller pour se cacher !). Elle se croyait à l'abri et décida de se poser. Elle s'installa du mieux qu'elle put et tentait d'ignorer les gargouillements furieux de son estomac réclamant sa pitance.
Or, selon l'adage, qui dort dîne. Notre lionne estima donc qu'il était plus que temps de vérifier cette affirmation. Elle se coucha sur l'un des bancs, ferma les yeux, se laissa un instant bercer et sentit tout d'un coup une toute petite main se refermer sur son avant-bras. La pauvre jeune fille eut à peine le temps d'ouvrir grand ses mirettes de stupeur qu'elle transplanait déjà, dans un crac retentissant, emportée par un elfe de maison dont elle ne connaissait pas le nom.
Ils apparurent tous deux devant les portes en bois massif de la Grande Salle devant un Draco narquois, nonchalamment adossé au mur, bras croisés sur le torse.
« Prête pour ta grande entrée, chérie ? »
Les événements s'enchaînaient trop vite pour permettre une analyse fine de la situation. Tout ce que savait la « chérie » en cet instant précis était qu'elle avait échoué dans sa technique d'évitement. Elle n'avait pas su s'esquiver jusqu'au bout, pensa-t-elle en voyant Draco se décoller du mur.
Elle n'eut pas le temps de se demander pourquoi un elfe était venu la chercher ni comment Draco s'était débrouillé pour qu'un elfe de maison vienne la chercher. En fait, aussitôt après lui avoir lancé ces quelques mots à la tête, il l'amena dans ses bras. Elle ne put pas réagir que déjà Draco lui dévorait la bouche de baisers en pagaille tout en la poussant à travers les portes de la Grande Salle jusqu'alors fermées.
Cette entrée fracassante retint bien évidemment l'attention de tous. Les murmures qui avaient résonné tout le long de la matinée firent soudain place à un silence assourdissant.
Un silence qu'Hermione ressentit immédiatement. Draco aussi manifestement.
C'est d'un air feint de surprise et d'innocence que le Roi des Serpentard arrêta son attaque de baisers. En fait, plus précisément, il se figea et figea Hermione avec lui. Pas qu'elle oppose de réelle résistance cela-dit… Elle savait pertinemment qu'elle ne pouvait plus l'envoyer bouler devant tout le monde. C'est d'ailleurs bien pour ça qu'elle l'avait évité le plus possible !
La main droite de Draco reposait dans le dos d'Hermione, la gauche juste au-dessous de son sein tandis que les mains de la jeune fille s'étaient retrouvées à la base du coup de son partenaire, fourrageant un peu ses cheveux. Elle se demanderait vaguement plus tard ce que ses mains faisaient là, refusant finalement de s'y attarder pour garder le peu de santé mentale qui lui restait.
La bouche de Draco se décolla de celle d'Hermione dans un smack sonore.
« Oups. Je crois qu'on est découverts ma plume en sucre… »
Hermione rougit jusqu'à la racine des cheveux. Elle était si furieuse contre lui : encore un surnom stupide ! Et elle était si honteuse qu'elle voyait déjà l'air complètement choqué de Harry comme s'il était là, assis à la table des professeurs. Elle le voyait si bien qu'elle préféra détourner le regard pour s'intéresser à ses chaussures.
Tiens, il faudrait les cirer…
Quand soudain, une grande exclamation retentit dans la Grande Salle.
« Ah ! Je t'avais dit qu'ils l'annonceraient aujourd'hui ! Tu me dois vingt gallions Blaise ! »
La lionne releva d'un coup la tête, reconnaissant sans problème la douce voix (fallait le dire vite en cet instant) de sa meilleure amie Ginny. Sa position était tout à fait intéressante. Elle les pointait de son index droit tandis qu'elle agrippait de la gauche l'avant-bras de Blaise en lui lançant un regard tout excité, une moue triomphante sur le visage. Lui, lui lançait un regard renfrogné tandis que Harry regardait toujours Hermione et Draco avec un air de merlan frit et que Ron, assis à sa droite n'en menait pas large non plus.
Si comme Hermione vous êtes un peu surpris de ce développement et que, comme elle, vous avez haussé un sourcil plutôt ébahi, laissez-moi éclairer votre lanterne. Pour ce faire, revenons un tantinet en arrière et retournons dans le bureau de la Directrice de Poudlard qui expliquait à quatre jeunes diplômé de Poudlard la situation de deux de ses professeurs les plus problématiques du moment.
« Voilà donc ce qui se passe à Poudlard au sein de mon équipe pédagogique. Vous conviendrez, Blaise et vous aussi Ginny que tout cela est allé trop loin, » finit Minerva.
Blaise, qui couvait Ron des yeux tandis que celui-ci rougissait en sentant le regard insistant de l'ancien Serpentard sur lui, proprement rappelé à l'ordre par l'adresse directe de la Directrice opina du chef. Il ne pouvait pas vraiment la contredire et avouer lui-même le plaisir qu'il prenait à les voir ainsi s'évertuer à se mener une guerre inutile mais produisant un spectacle si divertissant.
Ginny, quant à elle, surveillait de près le métis et en comprenait plus sur le plus jeune de ses grands frères. Ron était loin d'être son frère préféré à ce moment-là. Il n'en restait pas moins son frère. Elle avait par conséquent décidé de faire comprendre au seul Serpentard de la pièce que les conséquences seraient terribles s'il s'avisait de le faire souffrir de quelque manière que ce soit.
Ils apprirent ensuite que McGonagall attendaient d'eux qu'ils jouent le jeu. Qu'ils fassent comme s'ils savaient pour le nouveau couple, qu'ils supportaient leur choix de se mettre ensemble et qu'ils les soutiendraient de toutes leurs forces. C'était ce qu'il fallait qu'ils fassent croire en particulier à Rita Skeeter qui demeurait au Château elle aussi.
Quand Ron, toujours aussi rouge que le bout du nez d'Hagrid en pleine hiver ou après que le demi-géant ait pris une bonne cuite, demanda pourquoi la Directrice avait fait appel à eux, Minerva répondit simplement que Blaise était le meilleur ami de Draco et que, naturellement, c'est vers lui que ce serait tourné M. Malfoy pour partager ce genre de nouvelles, que Ginny et Harry savaient toujours tout du quotidien de la lionne au caractère si trempé et que lui était son dernier petit-ami et que le soutien de Ron aurait plus d'impact que n'importe quel autre dans ces circonstances. Elle aurait énoncé des vérités de la palisse qu'elle n'aurait pas pris un autre ton. Quand McGonagall leur parlait, c'était comme si tout ce qu'elle disait tomber sous le sens. C'était logique. Une question de bon sens.
Vaincus par ces arguments, ils sortirent du bureau en suivant l'elfe de maison Meanie qui devait leur montrer leurs appartements.
C'est le moment que Ginny choisit pour commencer immédiatement son offensive contre Blaise. Elle l'entraîna à l'avant laissant Ron et Harry derrière eux.
« Je ne savais pas que la nouvelle mode chez les Serpents était de se mettre avec les lions. »
« Ce n'est pas encore une mode, mais ça a toujours été une option. Toujours garder ses ennemis proches de soi… »
« Tu vas le laisser tranquille. Si tu lui fais du mal, je te tue. » Lui dit-elle avec un grand sourire pour la galerie.
« Oh, comme c'est mignon. Je croyais que tu prenais le parti d'Hermione toujours, pas celui de l'horrible frère qui l'avait plaquée. »
« Et moi je croyais que les serpents et toi surtout ne vous intéressiez qu'à l'argent. Il n'en a pas. Fais demi-tour. »
« Y a le sexe aussi. Mais l'argent a toujours eu son importance. On est réaliste chez Serpentard. Et il ne me semble pas que toi non plus, tu ne sois pas intéressée par les gallions vu la personne que tu as épousée. »
« Va te faire foutre Zabini. Et de préférence pas par mon frère ! J'aime Harry et on ne s'est pas mariés pour l'argent ou une connerie du genre. On n'est pas comme toi avec du fric plein les poches. T'as combien sur toi d'ailleurs? Dix gallions, cinq mornilles et deux noises ? Faudrait pas déformer tes poches par le poids de tout cet or, » lui sortit-elle d'un ton doucereux.
S'il y a une chose que les Serpentards comprenaient tout de suite, c'était la valeur de l'argent et bien que Blaise ne soit pas avare, il n'appréciait pas qu'on touche à sa bourse. Ginny le savait.
« C'est vingt gallions et sept noises pour ta gouverne. »
« Ma chérie », intervint Harry « on commence à te regarder. Tu deviens rouge et avec Ron, vous êtes vraiment trop repérable. »
« Harry chéri, Voldemort ne nous fera plus chier de sitôt, personne ne va nous attaquer, on peut se permettre d'être repérables ! », cingla-t-elle, acceptant néanmoins de se calmer pour le moment. Elle savait comment faire chier le Serpent qui les accompagnait et lorgnait son frère de trop près à son goût.
Elle savait où frapper.
Alors quand Hermione et Draco avait déboulé dans la Grande Salle comme ça, que le Roi des Serpentards avait mis sa meilleure amie dans l'embarras et que Blaise s'était permis de glousser à côté d'elle, elle n'avait pas pu se retenir. C'était bas mais tant pis.
Elle s'était levée d'un coup, attirant l'attention de tous en sortant le fameux « Ah ! Je t'avais dit qu'ils l'annonceraient aujourd'hui ! Tu me dois vingt gallions Blaise ! ».
Blaise avait bien été forcé de les lui avancer sur la table en maugréant.
« Oh allons, je suis sûre que tu t'en sortiras avec tes sept noises pour le reste de ton séjour à Poudlard… », lui souffla-t-elle avec un sourire en coin en collectant la bourse du Serpentard. Puis, se tournant vers Hermione, elle lui fit un petit clin d'œil. Mais en voyant le visage de son amie affichant un air d'abord dubitatif puis qui se tordit de honte et de douleur en les voyant, elle se leva de son siège en levant bien haut les bras et, avec une exubérance toute weasleyienne, se précipita sur Hermione pour la serrer dans ses bras.
« Draco, faut que tu me la laisses. Tu l'as toute l'année déjà et ce, tous les jours, moi je n'ai que les lettres qu'elle m'envoie. On a du temps à rattraper alors, je te la pique ! » Et sur ce, elle prit Hermione par le bras et l'emmena hors de la Grande Salle pour l'emmener vers les Cuisines du Château.
A cet instant précis, Hermione, la pauvre, se sentait un peu comme une marionnette. Tout le monde l'emmenait, la prenait, la balançait… Ah non, ça, ça n'était pas encore arrivé. Ça pouvait encore arriver remarque.
Mais enfin, il semblait qu'elle avait perdu toute faculté décisionnelle et que tout le monde lui faisait faire ce qu'ils voulaient. Et ça avait commencé avec McGonagall maintenant qu'elle y réfléchissait. Avec la foutue demande en mariage. Il fallait qu'elle se reprenne !
D'abord, stopper Ginny dans sa mission 'éloignons-Hermione-de-sa-honte'. Elle appréciait le geste, vraiment, mais elle préférait quand on ne la traînait pas partout dans Poudlard façon sac à patates.
Arrivée devant les cuisines, et alors que son ventre se rappelait à elle dans un gargouillement surpuissant, les deux jeunes filles se stoppèrent, se regardèrent et Ginny lui fit un petit sourire qui aurait pu vouloir dire 'je m'excuse' comme 'et ça fait combien de temps que tu es au régime ?'. A mi-chemin donc entre le sourire contrit et le sourire moqueur.
Hermione avait trop faim pour répliquer, aussi envoya-t-elle une petite tape sur le bras de la rouquine tout en chatouillant la poire du tableau qui servait d'entrée aux Cuisines.
« Chaud devant, femme enceinte et jeune femme déprimée en approche », lança la jeune professeure en entrant dans l'antre des elfes de maison. Tous se précipitèrent, heureux de pouvoir aider et sachant par avance ce qu'il faudrait aux deux Gryffondors : une montagne de sandwichs pour l'une, une montagne de sucreries pour l'autre.
Ginny et Hermione s'installèrent donc à une table et c'est tout en s'empiffrant que Ginny mit Hermione au courant du pourquoi du comment de sa présence au Château avec les autres et que Hermione lui présenta sa bague de fiançailles devant laquelle Ginny s'extasia (ou plus exactement 's'étouffa presque en avalant de travers le bout de sandwich à moitié mâché qu'elle était en train de mastiquer').
De son côté, la nouvelle professeure de métamorphose commençait sérieusement à se poser des questions sur l'implication de la Directrice dans cette histoire et si vraiment elle ne faisait tout ça que pour le bien et la réputation de Poudlard. Aussi, elle savait que Harry et Ron étaient au courant mais elle se demandait s'ils étaient ses alliés ou ceux de Minerva McGonagall (Mimi pour ses intimes).
Il faudrait, même si ça la saoulait d'avance, qu'elle en parle avec Malfoy. Cette histoire n'était pas claire. Elle n'avait plus qu'une après-midi de cours à assurer avant de retrouver la fouine et Mimi pour découvrir ses nouveaux appartements. Elle pouvait le faire. Elle avait fait la guerre à Voldemort, elle avait campé dans des endroits plus sinistres les uns que les autres, elle pouvait partager un appartement à Poudlard avec ce sinistre petit merdeux. Elle en était sûre. Ou en tout cas, elle aurait réussi à s'en persuader avant dix-huit heures, ce soir-là.
« Et sinon, je me suis toujours demandé… », aventura Ginny.
« Oui ? »
« Il embrasse bien Malfoy ? »
Peut-être qu'elle n'arriverait pas à s'en persuader avant dix-huit heures finalement…
Note de l'auteur : Alors voilà le septième chapitre que j'ai eu bien du mal à écrire pour des raisons tout à fait personnelles et qui ont tout à voir avec les mecs. Bref, je ne sais pas quand sortira le prochain chapitre et j'espère que vous me pardonnez d'avance ces petites difficultés d'écriture. ^^'
Sinon, j'espère que ce chapitre vous aura plus ! A bientôt !
Ah oui, j'ai traduit un oneshot sur Rose et Scorpius aussi pour me faire pardonner. Allez le voir, il est tout mignon. ^^
