Donc, voilà le chapitre suivant où on en apprends un peu plus.

Alfred, devenu enfin sobre, grâce à une longue période d'abstinence et un évitement stratégique de son français préféré, s'était remis aux travaux des champs pour nourrir sa population. Au plus profond de l'Amérique, juste histoire d'oublier les conflits internationaux, le temps d'un été, là où quasiment personne ne pourrait le retrouver… Il n'y avait rien de mieux que le travail au grand air pour retrouver la forme… Et faire du rodéo, c'était le pied… sauf quand il était encouragé par sa belle-famille qui agitait un drapeau blanc. Il était ainsi légèrement déconcentré à plusieurs reprises ce qui pourrait être fatal.

« America, fais attention, il te fonce dessus ! Rends-toi ! Rends-toi ! Runaway ! Ah, c'est terrible… Ah, America ! Ne monte pas dessus ! Mais il va se tuer, Mathieu ! Ah, America, c'est dangereux ! Non, Mathieu, je ne veux pas aller folâtrer dans les champs… Et s'il se blesse ! America ! »

Feliciano avait réussi à le retrouver pour son plus grand malheur. Dans un effort diplomatique, Mathieu avait tenté de l'en empêcher pour finalement l'accompagner.

« America ! C'est une bête féroce !

- Maple !

- Ah ! Je ne veux pas voir ça ! Ah, America ! Espagne, il a fait le malin avec ses taureaux, et il s'est blessé ! J'étais là… »

Pas étonnant avec ce hurleur ! Alfred dirigea toute son attention sur la bête pour la maîtriser grâce à sa force même si des pleurnicheries en tout genre lui parvenaient dans le coin de l'oreille.

Au bout d'un moment, il vainquit.

« Veni, vindi, vinci !

- C'est moi qui est vinci », râla Alfred avant de marquer la bête rageusement au fer rouge sous l'indignation européenne.

A part cela, il fit remarquer à Feliciano qu'Antonio tuait bien les taureaux dans des arènes alors que, lui, ne faisait que les marquer comme sa propriété.

« Je suis content que tu n'es rien, America, déclama-t-il avec une bouille d'ange.

- C'est l'expérience, et ce n'est pas grâce à toi.

- Oh, t'es trognon !

- Je ne vous ai pas invité à ce que je sache ! »

Comme aucune protestation ne venait, Alfred se retourna vers les deux amoureux pour les voir tendrement enlacés. Enfin, Feliciano s'agrippait de toutes ses forces à Mathieu qui se laissait faire.

« Oh, ton frère ne m'aime pas, mais toi si… Si on profitait de la nature environnante…

- Italia, you're not married.

- Puritain. Je t'avais dit de ne pas voir Vatican !

- C'est Chine qu'il a vu, fit remarquer son traître de frère. Elle lui a parlé de l'Empire Romain.

- Ah, ça explique tout… Il y a toujours de la tarte aux pommes, ou c'est interdit, aussi ?

- Il y a de la tarte aux pommes, leur indiqua Alfred en leur désignant le rebord de la fenêtre de la cuisine.

- C'est l'heure de goûter, comme dirait grand-frère Francis !

- Pas d'alcool, chuchota Mathieu.

- Pas à cette heure-ci, mon tiramisu ! »

Mon tiramisu, ce qu'il ne fallait pas entendre comme niaiserie ! Les européens avaient une conception de l'amour horripilante et sucrée. Ils se rassemblèrent donc autour d'une bonne collation amplement méritée pour America… Et Feliciano. Il avait dû énormément s'agiter pour manger autant.

« En fait, on est venu parce que j'ai réussi à obtenir sous la torture des informations confidentielles. »

Alfred releva la tête de sa troisième part pour s'apercevoir que Mathieu fixait Feliciano avec beaucoup d'amour et de compassion.

Ok, ce que Mathieu faisait dans son dortoir ne le regardait pas depuis son Indépendance.

« Je n'ai pas envie de tout connaître sur votre sexualité. En plus, je ne suis pas de ce bord.

- Oh, fit avec une voix plus aiguë Feliciano apparemment très surpris. Aïe, Mathieu ! »

Alfred fronça les sourcils devant les messes basses du couple en Italien. Il ne connaissait pas cette langue mais elle était assez proche du français. Apparemment, pas assez… Et Feliciano parlait encore plus vite ! C'était possible !

« Ce sont des informations concernant nos parents… Monsieur Feliciano… »

Etonnant comme il insiste sur le monsieur… Attends, Autriche habillait bien Feliciano en fille quand il était enfant… alors ce pourrait-t-il que… comme Chine ? Roderich était une valeur sûre tout de même au contraire d'Elisaveta.

« America, arrête de me fixer comme ça ! Tu me fous la trouille ! Je me rends, America ! Lâche mon pull ! Non, il n'y a que Mathieu qui a le droit !

- Vire tes pattes de mon copain ! Immédiatement, tenta futilement Mathieu avec un coup de poing mou.

- Ah, hurla Feliciano mais ce fut trop tard.

- J'en étais sûr… Tu étais trop efféminé pour un mec ! Et, tu ne regardais que les femmes avant, Mathieu ! »

Feliciano, horrifiée, se tenait le sein droit dans une attitude défensive. Avant qu'elle ne vocifère contre la brutalité de son beau-frère, Mathieu, outré, le fit à sa place.

« Et, grand bien t'en fasse ! Je suis purement hétérosexuel, moi ! Je ne fricote pas avec les asiatiques ! C'est à se poser des questions !

- Il n'y a rien entre Kiku et moi, voyons, plaisanta America.

- On le sait, on parlait du grand frère ! Tu es toujours à t'enfermer avec lui dès que l'occasion se présente…

- Mais je traite tous mes invités de la même manière, se défendit à juste raison America.

- On a entendu des rumeurs étranges à Washington. »

Lawrence Washington, son étoile la plus problématique, qui d'autre ? Elle prenait un peu la grosse tête depuis quelques temps, ce n'était pas tellement sage de lui laisser autant de lests.

« C'était des bruits de lutte, et j'ai préféré faire passer ça sous silence dans le cadre la paix !

- Intéressant comme rumeur, menaça Feliciano. Si tu oses dévoiler…

- J'ai compris, Feliciano, je ne dirais rien mais il faudrait t'assumer un peu…

- Je ne pourrais plus jouer au football avec les garçons, ce serait terrible ! Ils sont tellement machistes ! »

Les frères ne purent s'empêcher de rire au ton scandalisé de l'européenne amatrice du ballon rond.

« Et Romano serait encore plus protecteur, ce serait terrible, ajouta-t-elle. Heureusement que tu es transparent à ses yeux, Mathieu ! »

Le Canada eut beaucoup moins envie de rire dès lors, et repris donc la conversation là où America l'avait abandonnée.

« Notre chère Feliciano m'a dévoilé le prénom des identités physiques de nos parents.

- Je ne peux rien dire de plus sinon Francis et Arthur vont m'étriper.

- Ce serait Jack Kirkland, en digne fils d'Arthur, et Lucie Bonnefoy, la sœur de Francis.

- Je risque ma tête, minauda Felicia. J'aurais droit à une récompense de mon chéri pour prendre autant de risques…

- J'ai cherché partout. Nulle part, ils ne sont mentionnés… Comme s'ils n'avaient jamais existés… On dirait qu'Arthur et Francis ont plutôt honte d'eux… »

Felicia partit dans un rire jaune devant leur supposition.

« Tu les connais ?

- De réputation, en fait… Arthur, Francis et Antonio utilisent des noms de code quand ils parlent d'eux… Ils ont l'air d'être terribles rien que quand on les mentionne. Je n'en dirais pas plus, je ne les connais pas personnellement. Ils sont interdits de sortie, à ce qu'il paraît !

- De sortie ?

- Ce sont des adolescents très difficiles… Depuis leur dernière fugue, ils sont consignés dans leurs territoires respectifs. Il voulait un tunnel sous la manche à ce que j'ai compris pour se voir le week-end ainsi qu'une ligne télégraphique perso pour monter des plans de conquête de l'Univers tout entier… Comme Francis et Arthur n'étaient pas d'accord pour répondre à leurs caprices égocentriques, ils se sont faits la malle, ces corniauds… Heureusement, on les a vite chopés ces ivrognes avec leurs chansons à boire… C'est effrayant à dire mais vous êtes beaucoup plus mâtures ! Au moins, vous avez le bon ton de ne pas massacrer la Traviata en la modernisant ! Et, ils chantaient faux et ils levaient haut les jambes !

- C'est quoi la Traviata ?

- C'est un opéra, enfin c'était avant leur parodie ridicule ! L'histoire de deux amoureux qui se rencontrent, une histoire tragique à cause du père du jeune homme qui leur vole leur enfant et les sépare de force et, donc… Je pense que le bloody bastard de leur chanson à eux devait être Arthur et le connard de voleur, Francis, et il y avait une sorcière germanique également ainsi qu'un ex espagnol cinglé… Malheureusement, Lulu n'est pas morte comme l'héroïne… Si cela n'avait tenu qu'à moi, je leur aurais appris le chant avec la méthode autrichienne et la danse à la manière hongroise ! »

A la tête effrayée de Mathieu, ce devait être une menace très sérieuse.

« Nous, on s'est mis au country, tenta Alfred pour amener un peu de joie dans ce monde de brutes massacreurs d'opéra.

- Je le sais, pour mon plus grand malheur ! Au moins, vous chantez juste, c'est déjà un réconfort ! Et vous ne vous êtes pas mis au French cancan ! Oh, mais quelle horreur ! »

Feliciano épancha son chagrin contre l'épaule de Mathieu tout en adoptant une attitude purement féminine et fragile absolument craquante... Et, l'avertissement muet de Mathieu lui suffit.

Non, il n'avait pas peur de son jumeau mais des secrets dans la manche de sa tendre et douce maple...Parce que c'était bien par pure vengeance pour son opéra massacré qu'elle leur en avait révélé autant, il ne fallait pas se leurrer.

En étant dans les confidences d'ordre intime, Alfred ne put s'empêcher de parler sur le sujet qui lui brûlait les lèvres.

« Ce que je ne comprends pas chez toi, Italie, c'est ta relation avec Ludwig. Vous êtes plutôt proches. »

Les joues de Feliciano virèrent au rouge tomate tandis que le nez de Matthew se pinçait de contrariété. Il avait encore mis les pieds dans le plat.

« Oui, j'aimerais bien savoir également, commenta Matthew irrité.

- C'est à cause d'une promesse, avoua Feliciano. J'ai promis de le protéger à un ami très cher, est-ce si difficile à comprendre ? Ludwig n'est qu'un ami, rien de plus...

- Etant ton ami très cher du moment, râla Matthew, cette promesse ne me plaît pas du tout.

- C'est du passé, mort et enterré, si tu veux tout savoir. Je suis comme une veuve éplorée qui a besoin d'énormément d'affections et d'attentions de mon nouveau chéri… »

Sous la suspicion américaine d'une entourloupe quelconque, Feliciano crut bon de rajouter :

« On n'était pas marié, c'était une amourette de gamins… Je lui avais pourtant dit qu'il se ferait tuer à vouloir autant ressembler à papy Rome…

- Il buvait, et c'était un coureur de jupons, s'enquit America taquin.

- Pas du tout ! Le St Empire Germanique était trop jeune pour un territoire aussi vaste et pour boire comme un trou ! Tu as fait ressortir ma peine de jeunesse, Matthew console moi dans tes bras chauds et vivants.

- Excuse-moi, Alfred, je crois que j'ai fait assez patienter ma maple… Et arrête de l'ennuyer avec tes questions déplacées quand elle est aussi psychologiquement fragile.

- On ne touche pas à La Traviata ! »

Alfred les regarda partir pour s'ébaudir dans ses champs avec un sourire complice tandis qu'il se retrouvait seul pour la plonge. Frustré par la solitude et l'abstinence des derniers temps, il se concentra sur la mousse de l'eau chaude du bac en vain. Pour son plus grand malheur, l'eau savonneuse se superposait avec la vision mirifique de la femme en tenue de cow boy alanguie sur l'enclos des bêtes sauvages à l'extérieur.

C'était juste histoire de se rincer l'œil, il n'y avait rien de mal à baver sur ce joli fessier bien rebondi.

L'eau déborda de l'évier lui faisait pousser un juron alors que sa muse du moment le gratifiait d'un doigt d'honneur hargneux.

Mince, alors !

Les femmes de son pays se méfiaient un peu trop de lui à présent avec toutes ses étoiles.

Alfred serra les dents en envisageant la possibilité d'aller fricoter en dehors de ses frontières ce qu'il s'était toujours refusé à faire. Pas avec une autre nation, ça, pas question… C'était toujours une source de problème. Il n'y avait rien qu'à voir comment Felecia manipulait son monde.

Et, oui, c'est le début du country…