Chapitre 7

-Je ne suis pas très à l'aise avec cette idée, remarqua Harry.

Il observa le tailleur finir de prendre des mesures et s'isoler dans la pièce d'à côté. Harry avec reçu une invitation de la Reine à venir prendre le thé avec elle. Mycroft avait donc fait appel à un tailleur pour fournir un costume impeccable et sur mesure au jeune homme.

Depuis que l'aîné lui avait avoué pour le dossier, le jeune homme ne savait pas vraiment quoi penser du politicien. Ces excuses avaient été sincères, mais il l'avait espionné. Et maintenant, ces informations pouvaient se retourner contre lui et le mettre en danger. Et depuis qu'il avait laissé Mycroft seul dans les écuries, une distance s'était installée entre eux. Et cela commençait à peser à Harry.

Le jeune homme descendit du tabouret et se rapprocha du politicien, qui était installé sur le canapé. Il se laissa tomber à côté de celui-ci.

-Je veux dire, continua le plus jeune, vous n'aviez pas besoin de me payer un costume sur mesures. Un bien plus simple aurait suffi. D'autant que je ne le mettrai probablement que deux ou trois fois dans ma vie.

-Il faut que tu sois présentable pour Sa Majesté.

-Pourquoi est-ce qu'elle veut me voir ? Je ne suis personne, souffla Harry. Plus maintenant.

-Tu lui as sauvé la vie. Il est normal qu'elle veuille te rencontrer.

Le silence s'installa alors entre eux, tendu et inconfortable, jusqu'à ce que Harry en ai assez.

-Je suis désolé, murmura Harry.

-De quoi ?

-D'être parti.

-C'est moi qui devrais m'excuser de t'avoir espionné et de ne t'avoir rien dit.

-Je ne vous en veux pas… plus. J'ai compris pourquoi vous aviez fait ça. Tout ce que j'espère, c'est que votre frère retrouvera le dossier.

-Il le retrouvera, assura Mycroft.

Ils passèrent le restant de la matinée à discuter de choses et d'autres. Au déjeuner, le tailleur vint les informer que le costume était terminé. Ils finirent alors rapidement leurs assiettes et rejoignirent le petit salon. Là, le tailleur fit essayer à Harry un pantalon noir, une chemise blanche et un gilet noir.

-Un problème ? demanda Mycroft en voyant Harry grimacer légèrement.

-C'est trop près du corps, je n'ai pas l'habitude.

Ensuite, le tailleur revînt avec une veste et des souliers vernis noir. Harry grimaça de plus belle et, s'il accepta de mettre les souliers, il refusa de porter la veste.

-Ça me serre vraiment de trop.

Mycroft acquiesça avec un léger sourire amusé, puis il entraina le jeune homme vers l'extérieur, laissant le soin à David de régler la note. Juste devant la porte, une limousine les attendait. Ils montèrent tous deux dedans et la voiture démarra, les emmenant à Buckingham Palace.

Une fois arrivés sur place, un homme en costume les mena vers un petit salon et les pria d'attendre. Mycroft posa son parapluie contre le canapé, tandis qu'Harry observait autour de lui avec un air émerveillé. Un domestique entra alors dans la salle, portant un plateau qu'il posa sur une petite table basse. Mycroft jeta un regard au plateau, qui contenait tout le nécessaire pour le Tea Time. Harry finit son tour des lieux et se laissa tomber aux cotés de l'homme.

-Qu'est-ce que tu en penses ? Demanda le politicien.

-C'est trop pour moi, rit doucement Harry. Je préfère le manoir.

-Certes et puis tu n'es pas Roi.

-Et je ne souhaiterais pas l'être pour tout l'or du monde, soupira le jeune homme.

-Malheureusement, on ne choisit pas sa famille, remarqua une voix depuis l'entrée de la salle.

Aussitôt Mycroft et Harry se levèrent en avisant la Reine. Celle-ci s'avança et s'arrêta devant eux.

-Majesté, salua Mycroft en s'inclinant légèrement.

La Reine eut un sourire pour cet homme qui s'occupait si bien de son royaume. Mycroft était pour elle un homme de confiance, un ami très cher et, si elle osait, un fils. Puis son regard se posa sur le jeune homme à côté du politicien. Aussitôt Harry mit un genou à terre devant elle.

-Ce genre de pratique n'est plus d'actualité, remarqua doucement sa Majesté.

Harry se leva et plongea son regard dans celui de la Reine.

-Je suis ravi que vous vous joignez à moi aujourd'hui les garçons, lâcha-t-elle avec un petit sourire.

Ils prirent alors place dans le canapé et le fauteuil et, aussitôt, Mycroft servit le thé. Il s'empara de sa propre tasse et en but une gorgée avant de reposer celle-ci sous le regard curieux d'Harry.

-Je vérifie qu'il n'est pas empoisonné, expliqua Mycroft.

Harry acquiesça et reporta son attention sur la Reine alors que celle-ci prenait la parole.

-Mycroft m'a averti de votre situation, Harry. Il est bien entendu évident que vous recevrez l'aide dont vous avez besoin. Il vous suffira d'en faire la demande à notre ami ici présent.

-Je remercie Sa Majesté pour sa proposition, mais je ne m'en sens pas digne.

-Je vous dois la vie, jeune homme. Cela mérite une récompense, vous ne croyez pas ?

-Je suis… était… peut être un sorcier, mais je suis avant tout un sujet de la couronne britannique. Ce soir-là, je n'ai fait que mon devoir, comme des milliers de soldats qui partent au front au nom de l'Angleterre.

La reine eut un sourire en l'entendant parler ainsi. Mycroft avait raison, cet enfant n'était pas le moins du monde attiré par le pouvoir ou par l'argent.

-Que souhaitez-vous alors ? demanda sa Majesté avec curiosité.

-Vivre, répondit Harry. Vivre libre et au calme. Loin du sang et de la haine.

La Reine eut un sourire triste en entendant cela. Elle s'était en partie attendue à une réponse dans ce style. Puis elle se tourna vers l'homme, qui écoutait l'échange en silence.

-Pensez-vous que nous puissions boire le thé avant qu'il ne refroidisse, Mycroft ?

-Je pense que la plupart des poisons utilisés auraient déjà eu des conséquences sur moi, répondit-il.

La Reine s'empara alors de sa tasse, vite imitée par les deux hommes, et ils burent le thé en discutant de sujets légers.

Sa Majesté posa de nombreuses questions sur le monde magique, auxquelles le jeune homme essaya tant bien que mal d'y répondre. Elle fut émerveillée en découvrant le Quidditch. Jeta un regard au plafond lorsqu'Harry lui parla de la Grande Salle de Poudlard. Frissonna d'effroi lorsqu'il lui parla de la forêt interdite. Puis elle questionna plus spécifiques aux aventures du jeune homme. Celui-ci lui parla alors des épreuves qui protégèrent la pierre philosophale, de la chambre des secrets, du tournoi des trois sorciers. Cela fit d'ailleurs tiquer Mycroft.

-Les organisateurs de ce tournoi sont vraiment inconscients ! Obliger des adolescents à affronter des dragons ! Il n'y a donc jamais eu d'accident ?

-Si, répondit Harry en haussant les épaules, et même des morts.

-Alors pourquoi ? demanda la Reine.

-Voldemort n'était pas mort, je suppose que Dumbledore voulais créer des liens entre les différentes écoles. Il pourrait ainsi leur demander de l'aide en cas de besoin.

-Il y a d'autres moyens pour ça que de mettre en danger la vie d'innocents.

Un silence s'installa alors, Harry gardant la tête baissée, se souvenant du temps passé dans le monde de la magie. Ce fut Mycroft qui trouva un sujet plus léger.

-Comment va votre arrière-petit-fils ?

-Très bien, assura la Reine avec un léger sourire. William et Kate sont très heureux. Mais et vous Mycroft, vous n'avez toujours pas d'enfant, ni de fiancée ?

-J'ai le pays et mon petit frère. C'est largement suffisant pour moi.

La Reine eut un léger rire à cette remarque, puis elle se tourna vers Harry.

-J'ai convoqué Sherlock Holmes une fois, pour une affaire importante. Selon ce que l'on m'a raconté, il est arrivé ici en ne portant qu'un drap.

-Un drap ? S'étonna Harry.

-Il aurait refusé de s'habiller, gloussa-t-elle.

Harry éclata alors de rire, puis se tourna vers Mycroft. Celui eut une moue agacée.

-Si le Docteur Watson n'était pas intervenu, nul doute qu'il serait parti de Buckingham avec ou sans son drap. Il a finalement réussit à le convaincre.

-C'est un travail à plein temps, nota Harry, toujours avec un petit sourire.

-Il s'est amélioré avec la présence de John, répondit Mycroft.

A ce moment-là son portable vibra. Mycroft le sortit de sa poche en s'excusant, et jeta un regard à l'appelant. Il soupira en voyant que c'était le Docteur Watson.

-Quand on parle du loup, grommela le politicien. Excusez-moi.

L'aîné des Holmes s'éloigna alors pour prendre cet appel. Pendant ce temps, la Reine essaya de convaincre le jeune homme de prendre un autre gâteau. Harry, ne pouvant rien refuser à Sa Majesté, se servit sous le regard satisfait de celle-ci.

Mycroft revînt finalement prêt d'Harry avec un air soulagé.

-Mycroft ? demanda la Reine.

-Sherlock a retrouvé le dossier, répondit le politicien de l'ombre. Il nous l'amènera au manoir dans la soirée.

-Bien. Voilà donc un souci en moins.

Harry, en entendant cela, s'était détendu.

-Mycroft ? Appela doucement le jeune homme.

-Oui.

-Vous compter toujours détruire ce dossier ?

-Bien sûr, il brûlera dans ma cheminée ce soir.

-Pourrais-je le lire avant ?

-Si tu le souhaites, répondit l'aîné des Holmes avec prudence.

Harry acquiesça doucement, puis il posa sa tasse vide sur le plateau. Mycroft l'imita aussitôt et se leva.

-Si vous le permettez, votre Majesté, il serait plus prudent pour mon personnel que j'arrive avant Sherlock.

-Bien sûr. Soyez prudent les garçons.

Mycroft s'inclina devant la Reine, Harry l'imitant. Ils sortirent du salon et se rendirent dans le garage, où une voiture les attendait pour les ramener au manoir des Holmes.

-Comment à tu trouvé cette après-midi ? demanda l'aîné.

-Je n'imaginais pas la Reine ainsi. Je la voyais plus protocolaire, plus guindée.

-En générale, elle l'est. Mais nous sommes tous deux des exceptions.

Harry eut un sourire. Comme toujours, il ne faisait rien comme les autres. Il avait le soutien de l'une des femmes les plus puissantes d'Europe et peut être même du monde.

Il s'appuya doucement contre la portière de la voiture et laissa sa tête reposer contre la vitre. Il se demanda alors comment était Sherlock, physiquement. Et s'il était aussi spécial que Mycroft lui avait dit.