Vérité ou mystification
Le lendemain matin, toute la maisonnée était réunie dans la cuisine pour le petit déjeuner. Comme à son habitude, Molly Weasley avait préparé tout un assortiment de viennoiseries et Teddy tendait ses petits bras potelets dans l'espoir d'attraper un petit pain au beurre fourré à la confiture de mandarine. Mais Fleur lui remit gentiment son biberon dans les mains et éloigna les pâtisseries de la proximité du petit diable.
L'ambiance était plutôt calme et chacun semblait perdu dans ses pensées. M. Weasley et son fils Bill avaient chacun une mine sombre, la réunion prévue ce matin- là au Ministère devait les inquiéter beaucoup plus qu'ils ne voulaient le laisser paraître. Ron, comme à son habitude, bougonnait à propos de ce lever beaucoup trop matinal à son goût. Percy avait un sourire béat aux lèvres, heureux de la journée qui s'annonçait loin des regards en coin de ses collègues du Ministère. Fleur et Ginny papotaient tranquillement autour de leur sujet de prédilection, à savoir, sa seigneurie Teddy. Hermione, quant à elle, tentait de cacher son excitation. Cette journée, enfin, allait elle l'espérait, leur apporter des réponses au sujet d'Harry.
Tout s'était remarquablement bien passé la veille au soir. Percy avait un peu rechigné au début mais il avait finalement adhéré à leurs arguments. Il faut dire que depuis qu'il avait perdu l'appui de Fudge, sa présence au Ministère ressemblait plutôt à un combat de tous les jours, lui qui se vantait auparavant d'être le « bras droit » du Ministre de la Magie. Personne n'avait oublié qu'il avait choisi le mauvais camp et renié sa famille et aujourd'hui, il se doutait bien qu'il était toléré uniquement par respect pour Arthur et Bill ! Aussi, il n'était pas mécontent d'aider Ron et Hermione. Après tout, s'ils arrivaient à leurs fins et retrouvaient Harry, peut-être récupèrerait-il une part de leur prestige !
De plus, Ron avait même eu sa minute de génie ! Hermione était contrariée parce qu'elle n'avait pas trouvé la brosse à cheveux de Fleur et elle n'avait pas osé fouiller dans leur valise ! Mais Ron était arrivé tout sourire, avec une poignée de cheveux blonds dans la main !
- Ne fais pas cette tête-là, je ne lui ai pas arraché ses cheveux si c'est ce que tu imagines ! Il y en avait toute une mèche dans la main de Teddy, tu sais qu'il adore s'accrocher à la tête de tous ceux qui ont le malheur de passer à portée de main !
Le reste de la soirée avait été très occupé à préparer le polynectar et élaborer un plan pour la journée du lendemain. Ils s'étaient couchés tard mais Hermione n'avait pas pour autant pu trouver le sommeil. Elle était partagée entre l'excitation et l'inquiétude : et s'ils n'obtenaient aucune information ? ou s'ils étaient découverts ? ou pire encore, s'il était arrivé un malheur à Harry ? Mais Hermione se refusait à envisager une telle possibilité. Leur cause était juste et tous les trois avaient déjà surmonté tellement d'épreuves ensemble, tout ne pouvait pas s'arrêter comme ça, sans explication ! Ils avaient gagné la plus grande bataille, ils devraient tous être en train de se réjouir au lieu s'enfoncer un peu plus dans le désespoir, jour après jour, sans aucune lueur qui leur permit d'espérer ! Hermione était résolue à ne jamais baisser les bras, elle récupèrerait Harry et il serait toujours temps, alors, de repenser à la mission de Dumbledore.
- Allez les enfants, il est temps ! M. Weasley s'était levé, donnant le signal du départ. Tout le monde a sa poudre de cheminette ? N'oubliez-pas, on se retrouve tous au Chaudron Baveur en fin d'après-midi. Molly, ne t'inquiète pas si on est un peu en retard, la journée s'annonce plutôt difficile, je crois que Bill et moi nous aurons bien mérité un moment de détente en ville avec les enfants !
Une heure plus tard, Percy et Fleur franchissaient la porte de Ministère de la Magie. Comme prévu, ils avaient attendu le début de la réunion pour ne pas risquer de croiser Arthur et Bill dans les couloirs. Ron sentait sur lui le regard des employés qu'ils croisaient, des regards hostiles, il se sentait transpercé, mis à nu, et si tout le monde avait deviné ?
- Arrête de regarder les gens de cette façon ! Hermione venait de lui donner discrètement un coup de coude. N'oublie pas que tu es Percy. Ici, tu n'es plus le bienvenu ! Viens, on ne doit pas trainer. Ça doit paraître louche de voir Fleur et Percy ensemble ! Prenons cet ascenseur, la réunion doit se tenir dans le bureau de Kingsley Shacklebold. On va descendre à l'étage du bureau de Percy et on finira par les escaliers.
- Oh, bonjour Fleur, vous allez au premier ? vous êtes en retard je crois ! La porte de l'ascenseur venait de s'ouvrir sur Gawain Robards, chef du bureau des Aurors. Ce dernier n'eut pas un regard pour Ron.
- Bonjour Gawain, répondit Hermione sans se démonter. Elle venait de lire son nom en en-tête sur le dossier qu'il tenait à la main. Je vous remercie mais je ne suis pas invitée aujourd'hui. Je passe juste en coup de vent, une affaire familiale à régler. Nous allons au deuxième.
- Oh ! et bien, bonne journée, répondit-il en lançant un regard dédaigneux à Ron, puis il sortit de l'ascenseur.
- Ouf ! on a eu chaud ! s'exclama Ron une fois les portes refermées. Je ne sais pas comment tu fais pour garder ton calme ! Moi, rien que son regard me fait froid dans le dos. Je commence à comprendre ce que ressent Percy si tout le monde ici a la même attitude à son égard ! Pour un peu, je le plaindrais !
- Tu dois garder ton sang-froid Ron, nous allons peut-être croiser d'autres personnes qui vont nous aborder. Et nous devons aussi trouver un moyen pour rentrer dans le bureau de Kingsley sans se faire repérer.
- Alors là, franchement, je ne vois pas comment tu comptes t'y prendre ! Tu crois vraiment qu'ils auront laissé la porte ouverte rien que pour nous ?
- Oh, arrête d'être toujours négatif et maintenant tais-toi, on arrive !
Le deuxième étage était très animé. De nombreux employés se croisaient dans toutes les directions, seuls ou par deux, les bras chargés de dossiers, entrant dans un bureau déposer leurs documents pour en ressortir aussitôt en direction d'un autre département. Au milieu de cette foule, Ron et Hermione passèrent inaperçus et se faufilèrent dans la cage d'escalier qui n'était que très rarement utilisée. Ils n'avaient qu'un étage à monter et c'est le plus discrètement possible qu'ils entrebâillèrent la porte d'accès au niveau 1. Personne en vue ! Ils se déplacèrent furtivement le long du mur en direction du bureau central. La porte était fermée ! Hermione colla son oreille mais aucun bruit ne lui parvint de l'intérieur ! Elle savait que Ron avait raison ! C'était de la folie, elle n'avait aucun plan, aucun moyen de savoir ce qu'il se disait dans ce bureau ! Soudain, elle se sentit violemment tirée en arrière, une main lui bâillonnant la bouche ! Ron eut à peine le temps de la tirer derrière la fontaine à eau que la porte en question s'ouvrait. Un homme sortit en la laissant entrouverte et partit en direction du bureau voisin. C'était leur chance ! Hermione allait se précipiter mais Ron la maintenait fermement, sa main faisant toujours pression sur sa bouche. Elle essayait de se libérer en se tortillant tout en lui lançant un regard noir mais elle ne voulait pas faire de bruit et risquer de se faire repérer. L'employé revint à ce moment-là, poussant devant lui un chariot recouvert d'une nappe et transportant des tasses, du café et du thé. Il allait franchir la fameuse porte lorsqu'une voix à l'intérieur se fit entendre :
- Bernie, n'oubliez pas le lait s'il-vous-plait !
- Bien entendu Monsieur le Ministre !
Le Bernie en question retourna précipitamment chercher la bouteille de lait. C'était le moment, sans doute leur unique chance ! Ron et Hermione se glissèrent silencieusement sous la nappe et se serrèrent tant bien que mal pour ne rien laisser dépasser. Déjà Bernie revenait et le chariot se mettait en branle.
Le chariot s'immobilisa et il y eu de l'agitation tout autour. La réunion semblait interrompue et chacun bavardait à bâtons-rompus autour d'une tasse de thé. Ils reconnurent la voix de Minerva McGonagall qui prenait des nouvelles de Fleur et de Teddy auprès de Bill. Ron avait du mal à respirer, le nez coincé dans le cou d'Hermione. En fait d'Hermione, c'était le parfum de Fleur qui l'envahissait, la poitrine de Fleur qui le troublait, là, si proche, si généreuse… Il se laissait bercer par ces sensations, le souffle court, indifférent au brouhaha des conversations dans la pièce, des images défilant dans sa tête, des images qui le faisaient rougir… Mais le fantasme fut brutalement interrompu par un pincement sur son bras. Il dut se retenir pour ne pas gémir : c'était bien Hermione qui le fixait avec ce regard glacé ! Le silence était revenu, chacun avait repris sa place et le chariot oublié dans un coin.
La voix de Kingsley Shacklebolt s'éleva, haut et clair :
- Bien, maintenant que le problème des Détraqueurs est réglé, nous allons aborder le second point de cette réunion que vous attendez tous, je le sais, avec impatience : Harry. Pour cela, je vais laisser la parole à Minerva.
" Mince, pensa Hermione, qu'est-ce qui se passe encore, nous sommes arrivés trop tard ! J'espère que Bill et Arthur nous donneront des explications ce soir au Terrier ! " Mais elle se reconcentra très vite pour la suite :
- Mes chers amis, je sais que tous ici vous préoccupez du sort d'Harry Potter. Malheureusement, je n'ai pas de bonnes nouvelles à vous apporter ! Depuis un mois qu'il fait l'objet de soins, Harry n'a toujours pas repris connaissance.
Un brouhaha s'éleva, dans lequel Ron et Hermione reconnurent la voix de M. Weasley, qui se plaignait d'être tenu à l'écart, lui et sa famille, alors qu'ils avaient toujours été là pour Harry, tout au long de ces années et qu'ils étaient prêts à l'accueillir chez eux afin de lui apporter leur affection ainsi que les soins dont il avait besoin.
- Nous savons tous ici, Arthur, que ta loyauté n'est pas en cause, la voix de McGonagall semblait lasse tout à coup, et nous ne doutons pas de votre amour pour Harry, mais, pour le moment l'endroit dans lequel se trouve Harry doit rester secret, c'est une question de sécurité. Vous vous rendez bien compte que le retour à la paix ne s'est pas opéré comme nous l'espérions. J'espère que les mesures envisagées contre les Détraqueurs porteront leurs fruits, mais en attendant, nous ne prendrons aucun risque. Harry n'est pas en état de se défendre. J'ai personnellement chargé Hagrid et Mme Pomfresh de veiller sur lui. Les mesures de sécurité ont été renforcées, j'ai moi-même installé des sortilèges de protection employés autrefois par les anciens. Tout ce que je peux vous dire, c'est que son état est stable mais nous n'avons noté aucun signe annonçant une prochaine reprise de conscience.
" Ainsi donc, pensait Hermione, c'est pour cela que nos hiboux ne l'ont pas trouvé ! Et moi qui comptais justement sur Hagrid pour nous aider à retrouver Harry ! "
- Mais justement Minerva, s'exclama M. Weasley, si tous vos remèdes n'ont pas marché jusqu'à présent, ne penses-tu pas que c'est peut-être d'être au milieu de ceux qui l'aiment qui pourrait nous ramener Harry ! Molly ne me pardonnera jamais de ne pas tout faire pour qu'il rentre à la maison !
Il y eu soudain un silence embarrassé, on entendit Kingsley toussoter, et Minerva reprit d'une voix plus forte :
- Je suis désolée Arthur, je ne voulais pas aborder le sujet, mais tu m'obliges à révéler certains points délicats : il s'agit de Mlle Granger.
En entendant son nom, Hermione se raidit et Ron eut un sursaut vite réprimé : qu'est-ce que son amie avait à voir avec tout ça ?
- Je dois vous révéler certains faits qui se sont déroulés à Poudlard et qui nous interrogent sérieusement sur le rôle tenu par cette jeune fille tout au long des tragiques évènements que nous avons vécus.
Hermione sentait Ron de plus en plus tendu tout contre elle et son cœur battait tellement fort qu'elle avait l'impression que tout le monde pouvait l'entendre. De quoi cette vieille chouette pouvait-elle être au courant ? Elle avait toujours été extrêmement prudente. C'est donc pour cela qu'elle l'avait empêchée de s'approcher d'Harry ce fameux soir…
- Nous avons en effet découvert que Mlle Granger n'avait jamais assisté aux cours d'Arithmancie auxquels elle prétendait se rendre et nous n'avons aucune idée de ce qu'elle pouvait bien faire et avec qui durant ces moments-là ! Avouez qu'un tel trou dans son emploi du temps et ce, pendant plusieurs années, apparaît comme plus que suspect ! Pourquoi n'a-t-elle jamais rien dit ? Du soutien de qui a-t-elle bénéficié pour que personne ne se doute de rien ?
Il y eut à ce moment-là un tonnerre d'exclamations, chacun faisant part de son indignation : comment se fait-il que cette information ait été tenue secrète ? pourquoi cette jeune fille n'avait-elle pas été arrêtée ? questionnée ? Au milieu de ce concert de voix, celle de Bill, plus forte que les autres se fit entendre :
- Êtes-vous en train de sous-entendre, Minerva, que mes parents hébergent sans le savoir une ennemie ? Elle ne peut pas être une Mangemort ! Vous savez très bien qu'elle est née-moldue. Quel intérêt aurait-elle à nuire à Harry ? Tout le monde sait très bien qu'elle et mon frère Ron ont toujours été à ses côtés tout au long des terribles épreuves qu'il a traversées. Ils ont autant combattu et autant souffert que lui, je ne vous permets pas d'en douter !
Bill parlait calmement et son indignation n'en avait que plus de force ! Hermione se sentait soulagée que quelqu'un prenne sa défense, même si elle savait au fond d'elle qu'après une telle révélation, plus rien ne serait plus jamais pareil !
- Bill, reprit Minerva, je n'accuse personne, mais reconnaissez que dans les conditions actuelles, nous ne devons prendre aucun risque. Mlle Granger est une brillante jeune personne. Nous ne voulons pas éveiller sa suspicion. Aussi est-il primordial que vous gardiez la même attitude à son égard. De toute façon, demain elle regagnera Poudlard et nous pourrons avoir un œil sur tous ses faits et gestes. Bien entendu, si rien de suspect n'apparaît dans son comportement, nous sommes prêts à lui redonner toute notre confiance après avoir eu des explications satisfaisantes.
