Mal à l'aise, les doigts de Rick pianotaient nerveusement sur sa cuisse. Il jeta un coup d'œil par la fenêtre de sa voiture, essayant de prendre un air naturel, et de faire comme si l'ambiance était parfaitement détendue. Il regarda Kate, assis au volant, du coin de l'œil, reporta son attention sur la voiture devant eux, puis osa lâcher :

« Tu es fâchée ».

« Non je ne le suis pas ».

« Kate... Je... On ne peut pas spécialement dire que ce soit ma faute si... si Gates nous a retiré de l'affaire... » commença Castle.

« C'est complètement la mienne. Mais heureusement, j'ai la chance de sortir avec un homme qui n'écoute absolument jamais ce qu'on lui dit et qui a une copie de toute l'affaire qui l'attend chez lui » répondit Kate en redémarrant lorsque le feu passa au vert.

Rick fronça ses yeux bleus, comme s'il venait soudain de réaliser quelque chose, puis il se redressa de quelques centimètres sur son siège.

« Ça veut dire... que je mérite une folle nuit de sexe ? »

« Non ».

« Quoi ? Je suis génial, tu viens de l'admettre ! »

« Non, j'ai dit que tu n'écoutais jamais ce qu'on te disait » nuança un peu vaguement Kate, concentrée sur la route.

« Kate, allez quoi. Je peux m'arranger pour mettre dehors ma mère ».

« Et Alexis ? »

« Et bien... crois-le ou non, c'est beaucoup moins compliqué de la mettre dehors. Alors que mère s'accroche depuis cinq ans. »

Nouveau feu rouge. Kate arrêta la voiture, et Rick tenta le tout pour le tout en s'emparant de sa main.

« Pitié ? »

« Je ne marche pas à la pitié ».

« Et si je résous l'affaire ? »

« Peut-être que j'envisagerais cette possibilité ».

« Pas juste » bouda Rick.

[***]

Rick glissa les clés dans la serrure de son appartement, Kate sur les talons, il déverrouilla la porte, puis il sembla se souvenir de la présence éventuelle d'Alexis, voir, plus embêtant, de Martha. Il passa donc la tête par la porte entrebaillée, mais l'endroit semblait désert. Il invita donc Kate à entrer, referma sèchement la porte derrière elle et la plaqua contre celle-ci.

« Toi, moi, la porte » proposa-t-il.

« Oh, je ne sais pas. Toi, moi et la porte, on l'a déjà fait, et j'ai l'impression que c'est devenu étrange entre elle et moi ».

Rick la fit taire en plaquant un baiser sur ses lèvres. Il retint un sourire triomphant en sentant presque aussitôt Kate céder à son baiser. Il le sentait, elle ne lui résistait que pour le principe. Il se sépara de ses lèvres, la soulevant du sol, la laissant nouer ses jambes autour de sa taille. Avec une lenteur mesurée, il fit descendre ses lèvres le long de sa mâchoire puis dans son cou. Il embrassa sa clavicule, libéra l'une de ses mains, jusque là sous les fesses de sa compagne, pour écarter légèrement le tissu qui couvrait sa poitrine. Elle lui arracha un soupir plus appuyé que les autres en frottant son bassin contre le sien. Il déposa un baiser sur le haut de sa poitrine, entre ses seins, et remonta sa bouche pour lui mordiller le cou. Il insista, du bout des dents, jusqu'à ce qu'un gémissement quasi infime s'échappe de ses lèvres.

« Ça c'est... parfaitement dégoûtant ».

Castle rouvrit brusquement les yeux en entendant la voix de sa fille, et lâcha Kate tellement soudainement que celle-ci se rattrapa de justesse sur ses jambes.

« Alexis ? Qu'est-ce que tu fais ici ! »

Kate baissa les yeux, semblant soudain trouver un intérêt certain à la pointe de ses chaussures, les mains croisées devant elle.

« Je... j'allais sortir » répondit la jeune fille, ses chaussures à talons à la main. « Maintenant j'aimerais qu'on me crève les yeux ».

« Oh, tu sais c'est... c'est parfaitement naturelle entre...deux adultes... »

« Consentants » compléta Kate.

« Parfaitement consentants » renchérit son père.

« C'est sans importance, je préfère... sortir avant que vous ne recommenciez à vous jetez dessus » esquiva Alexis.

Elle descendit presque les escaliers les yeux fermés, une main devant les yeux pour s'éviter d'avoir à regarder son père, puis elle se figea devant la porte. Elle hésitait très fortement à la toucher, là, tout de suite. Sans un mot, Kate lui ouvrit la porte et lâcha le plus naturellement possible :

« Passe une bonne soirée ».

La porte claqua derrière la jeune fille, et un silence un peu gêné s'étira entre Kate et Castle. Puis avec un sourire, Castle se tourna vers Kate.

« Bien... c'est une bonne chose je pense ».

« Quoi ? Ta fille qui nous surprend à deux doigts de passer à des relations... approfondies ? »

« Tu as vu sa réaction ? Elle était écarlate, gênée. Je suis sûr de ça, elle est encore vierge ».

Kate plissa les yeux, lèvres pincées, sans faire une réflexion, mais Castle remarqua son expression avant qu'elle n'ait le temps de la lui dissimuler.

« Quoi ? »

« Rien. »

« Kate » insista Rick. « Allez ».

« Rien, vraiment. Juste... juste qu'à son âge... je ne l'étais plus. Et je pense qu'elle était gênée parce que... tu es son père, et qu'elle ne sera jamais à l'aise avec l'idée que tu puisses avoir des relations sexuelles. Tu préfères commander quoi, chinois ou italien ? »

« Quoi ? » s'exclama Castle pendant que Kate se dirigeait vers la cuisine. « Tu penses que... qu'Alexis est... »

« Je ne pense rien du tout. Je dis juste que tu pourrais en discuter avec elle » répondit Kate. « Alors ? Chinois ou italien ? »

Elle attendit la réponse de Rick pendant plusieurs minutes, mais celui-ci était trop occupé à intégrer ce que Kate venait de lui dire. Il allait devoir parler de sexe, avec sa fille. Rien que cette idée lui donnait des frissons de nausées.

« Je suppose que tu t'en fiches. Chinois alors ».

[***]

« Donc... on sait que Cole Maddox était à l'hôtel jusqu'à trois heure et... douze minutes » marmonna Kate pour elle-même en notant l'information sur le tableau informatique de Rick. « Il est sorti grâce à l'ascenseur des employés, depuis le douzième étage. Ensuite, il a traversé le parking, et a pris une voiture... mais le problème, c'est qu'on ne sait pas la marque ou la couleur, elle est hors-champs... Tu sais si Ryan et Espo ont eu le temps de vérifier les caméras du trafic ? Peut-être qu'il y a moyen de récouper les informations. Peut-être... d'agrandir le reflet de l'image » murmura Kate en repassant la boucle de vidéo où l'on voyait un éclat lumineux passer sur une voiture.

Kate se retourna en n'entendant pas Rick répondre, et elle le découvrit, le regard dans le vague.

« Rick ? »

« Quoi ? Oui. Oui c'est ça. Sûrement ».

« Rick... »

« Ma fille ? Des relations... Je n'arrive même pas à le dire ! Rien que l'idée est parfaitement répugnante ! »

« Rick » répéta Kate.

« C'est mon bébé enfin ! Ma petite fille ! Je lui ai changé ses couches ! Comment pourrait-elle un jour avoir des relations... Et pourquoi as-tu ce sourire ! »

« Je te trouve mignon, c'est tout » avoua Kate en ajoutant sur le tableau le créneau pendant lequel elle avait eu Arianna au téléphone. « Un vrai papa-poule. C'est rassurant. »

« Et en quoi est-ce rassurant ? »

« Je me dis juste que tu seras un bon père pour nos enfants ».

« … Nos enfants ? » releva Rick.

Il se redressa sur le canapé et après une bonne minute, il osa demander, juste pour être sûr.

« Tu... tu veux des enfants ? Avec... Avec moi ? »

« Non, je pensais demander à Espo de m'aider pour ce coup. Mais tu seras celui qui les élèvera. »

« Kate ».

« Quoi ? Je suis sérieuse. Je me sens prête à ça. Pas tout de suite » nuança-t-elle. « Mais mon père t'aime bien. Je pense que c'est un signe. Et si nous avons des filles, je leur apprendrais à tirer sur les garçons trop entreprenants. »

« Tu peux apprendre à Alexis ? »

« Je plaisantais Rick ».

« Oh... »

Il y eut une nouvelle pause, puis Rick demanda :

« Ton père m'aime bien ? »

« Yep » répondit Kate, observant le tableau en quête d'une hypothèse.

« Chouette. Je pense que c'est le signe que nous devrions avoir notre nom de couple. Tu sais... un ship ? »

« Un ship ? Cela marche uniquement pour les couples de séries télévisés Rick. »

« Je pensais à... Kick. Contraction de nos deux prénoms. Ou Rate. mais ça sonne beaucoup moins bien. » poursuivit Castle sans l'écouter. « Ou Bestle. Mais là encore, on dirait le nom d'un mauvais gâteau... »

Kate se tourna définitivement vers lui, et elle eut la grande horreur de voir son visage s'illuminer, de la même façon qu'il s'illuminait lorsqu'une idée de conspiration lui venait à l'esprit pour expliquer une affaire.

« Caskett ! »

« … Caskett ? Vraiment ? Je n'appellerais même pas mon chat comme ça ! Maintenant, si tu le veux bien, retournons à notre affaire... »

« Vrai, tu as raison. Mais Caskett... »

« L'affaire Rick ».

« Oui, bon... Donc... Pour une raison encore inconnue, Maddox a quitté les lieux avant de tuer Arianna. Et il faut l'avouer, cela ne lui ressemble pas. C'est un tuer froid, méthodique. Pourquoi l'a-t-il laissé en vie ? C'est un témoin. »

« Elle n'a pas vu son visage » objecta Kate.

« Ça n'en demeure pas moins un échec pour lui. Je doute que ses employeurs acceptent l'idée qu'il n'ait pas tué tout le monde. Peut-être que la quatrième victime... Andrew Stone, l'a retardé. Il n'avait alors plus le temps pour s'occuper d'Arianna. Il a donc préféré s'éclipser pour pouvoir profiter d'une meilleure opportunité plus tard. Ce qui veut dire... »

« Gates a accepté de doubler la présence policière autour d'Arianna, elle a quitté l'hôpital aujourd'hui pour se rendre chez une amie pendant quelques jours. Je ne pense pas qu'il va frapper tout de suite. Il va attendre que l'affaire se tasse. Qu'il y ait moins de policiers, qu'on se méfie moins de lui. »

« Ou peut-être qu'il ne sait pas que nous savons que c'est lui. L'installation de la caméra est assez récente ».

« En tout cas, il nous manque toujours le mobile. »

« L'argent. C'est un contrat qu'on lui a demandé d'exécuter. »

« Non, ça ne colle pas, à cause de Jonathan Cavanaugh. Il meurt et quelques jours plus tard, Arianna Jones, qui le connaissait, manque de mourir ? Il lui a forcément dit quelque chose. C'est juste... qu'on ne sait pas quoi. Je ne suis même pas sûre qu'elle-même le sache. »

« Tu as eu le temps de voir son dossier ? »

« Accident de voiture, l'affaire a été classée sans suite ».

« Pourquoi ? »

« C'était un drogué. Les analyses ont montré qu'il était stone au volant quand il s'est planté dans l'Hudson, personne n'a poussé plus loin. »

« Mais maintenant, nous savons toi et moi que ça vaut la peine de pousser plus loin. Quelqu'un l'a peut-être aidé à être stone... »

« C'est ce que je me disais aussi. Tu sais l'amie que devait voir Arianna... celle que j'ai interrogé au poste. »

« Alessandra ? »

« Oui. Elle ne connaissait pas Jonathan, pas en personne en tout cas, mais elle m'a confié qu'Arianna lui en avait parlé. Elle mentionnait un ami qui avait eu des problèmes de drogues mais qui essayait de s'en sortir. Clean depuis des semaines. »

« Elle parlait de lui ? »

« Il faudrait lui demander pour être sûr... »

Kate commença à faire quelques pas, sans quitter le tableau des yeux, se mordillant la lèvre inférieure et tapotant un stylo contre ses doigts. Elle espérait vraiment que la solution allait lui apparaître magiquement, mais honnêtement, elle avait peu d'espoirs. Il lui manquait trop d'éléments. Elle n'avait même pas les rapports d'autopsie. Juste les résultats d'analyses montrant que les trois premières victimes, les Sullivan, avaient été les victimes d'une drogue expérimentale plutôt puissante. De quoi faire planer n'importe quel junkie. Et elle était prête à parier que cette même drogue était présente chez Jonathan Cavanaugh.

« Écoute Kate... il est trois heures du matin. Nous devrions... aller nous coucher. Nous reposer un

peu. »

Kate se tourna vers lui, et il se défendit aussitôt :

« J'ai dit se reposer. Si tu insinues que je voulais du sexe avec toi... »

« Rick... » soupira Kate.

[***]

Un bouquet de fleur dans les mains, Rick franchit les portes de l'ascenseur du commissariat. Il sortit de la cabine après une profonde inspiration, et se dirigea d'un pas ferme et résolu vers le bureau de Gates. il y avait réfléchit une bonne partie de la nuit, et cela lui avait semblé être l'unique solution. Il devait s'aplatir devant elle et la supplier de leur redonner l'affaire. C'était trop important pour Kate. Il frappa à la porte de son bureau, attendit patiemment qu'elle l'autorise à entrer, puis poussa la porte.

« Capitaine, c'est pour vous ».

« Et... que me vaut cette honneur ? » voulut savoir Gates en jetant à peine un regard au bouquet.

« Je viens vous demander de nous redonner l'affaire Sullivan madame ».

« Et pourquoi diable ferais-je cela ? » demanda Gates en remplissant un formulaire.

« Parce que... parce que je vous le demande. Que c'est important pour moi et... et pour Beckett. Et l'équipe. Et euh... parce que je vous ai apporté des fleurs ».

« Monsieur Castle »

« Je vous en supplie. Je peux me mettre à genoux » lâcha Rick, tentant le tout pour le tout.

« Ce matin, Arianna Jones est venue dans mon bureau. » expliqua Victoria en relevant enfin les yeux. « Apparemment, elle se souvenait d'un détail qu'elle voulait partager avec le détective Beckett. Elle a été... étonnée d'apprendre que je lui avais retiré l'enquête. Après un coup de fil du gouverneur plutôt désagréable je dois l'avouer, elle a réussi à me convaincre de vous redonner l'affaire. Je suppose qu'il est utile d'avoir des relations, n'est-ce pas ? »

« Euh... je suppose oui » répondit Castle, pas très sûr que ce fut la bonne réponse.

« Si vous retourniez travailler sur cette affaire Monsieur Castle ? »

« Vraiment ? Alors... vous n'avez pas besoin des fleurs ? »

« Enlevez-les de mon bureau avant que je ne les enfonce dans votre gorge » répondit Gates en revenant à son papier.

Rick ne resta pas plus longtemps pour savoir si effectivement, Gates allait ou non lui faire avaler ce bouquet. Il s'éclipsa de son bureau, sortant aussitôt son téléphone pour prévenir Kate de cette bonne nouvelle. Il eut à peine le temps de sortir son téléphone qu'il l'aperçut, à son bureau.

« C'est pour toi » annonça-t-il en lui remettant le bouquet de fleurs.

« Oh. En quelle occasion ? »

« Nous... sommes de retour sur l'affaire. Arianna Jones veut les meilleurs ».

« … Gates n'en a pas voulu n'est-ce pas ? »

« Oui » avoua Castle d'un air contrit.

Kate retint un sourire et abandonna le bouquet sur son bureau.

« Lanie vient d'appeler. Tu viens ? »