Chapitre 7 :
Cela faisait vingt-quatre heures.
Vingt-quatre heures que j'avais été témoin de la perversion du genre humain.
Vingt-quatre heures que Hanji avait entraîné une certaine personne loin de la séance de torture.
Vingt-quatre heures sans avoir revu Levi.
J'ai presque envie d'aller le trouver et de m'excuser, mais il y a un petit problème à ça. Premièrement, je n'ai pas la moindre idée d'où il peut être actuellement. Deuxièmement, je ne sais pas pour quel motif je m'excuserai. Pour qu'il ait dû me sauver ? Pour la cruauté de Zackly ? Je ne sais pas. La seule chose dont je suis certain, c'est que j'ai besoin de parler avec quelqu'un. Mince, je me contenterais même de Mike. En fait, cela serait probablement l'idéal. Il me laisserait pousser mon coup de gueule, en laissant échapper un grognement de temps à autre si nécessaire.
Je soupire en m'allongeant sur mon lit. Zackly nous avait immédiatement congédier après l'incident avec Levi. Il ne m'avait pas donner la moindre explication à propos de ce qui s'était passé et m'avait juste laissé en tirer mes propres conclusions. Aucune ne présageait rien de bon.
Je ne savais pas quoi faire après que nous ayons pu disposer, je suis donc simplement retourné dans ma chambre et j'ai verrouillé ma porte. Je n'en suis pas sorti sauf pour rejoindre la communauté lors des repas et soulager mes besoins naturels. J'avais imaginé que Levi pointerait au moins le bout de son nez à l'heure de manger mais à chaque fois, il ne venait pas. À chaque fois, je m'étais assis dans ce stupide box en me disant qu'il allait s'y glisser d'une minute à l'autre, une tasse à café à la main. À chaque fois, j'ai mangé seul.
Je ferme les yeux et j'essaie d'élaborer un plan. Merde, Armin avait raison, c'était pour ça que je ne ferais jamais un bon stratège. Je dois trouver Hanji. Si Levi ne veut voir personne, soit. J'ai simplement besoin de quelqu'un.
Le bruit de quelqu'un qui frappe à la porte me fait presque sauter au plafond. Je me lève à contre-cœur puis, la déverrouille pour voir de qui il s'agit.
Erwin se tient, grand et robuste, devant ma porte. « Ça te dérange si j'entre ? » Je ne réponds pas, préférant simplement laisser la porte ouverte tandis que je me retourne. Tiens, le voilà le côté adolescent en crise qu'il me manquait. Avec un peu de chance, il comprendrait le message. Le son de lourds pas me fait savoir qu'il l'a saisis. Je m'assois sur le lit pendant qu'il prend la chaise de mon bureau.
« Je crois qu'on doit parler de ce qui est arrivé. » Qu'y avait-il à dire ? J'ai vu un groupe de personne approuver la torture d'un morts-vivants. Il n'y a rien à expliquer, ce que j'ai vu était assez explicite. Comme je ne réponds pas, il soupire, « Je sais que c'était... dure à regarder, mais les gens ici, sont– »
« Des monstres ? » je fis en lui coupant la parole. Je ne l'ai toujours pas regardé dans les yeux, craignant qu'au moment où je le ferais, toute ma persévérance s'évanouisse.
« Eren, je suis désolé que tu ais eu à voir ça mais, c'est comme ça que ces gens tiennent le coup. Je n'approuve pas ça non plus. Si tu as remarqué, je n'y ai pas assisté. Mais, ce n'est parce que nous ne l'approuvons pas que ça s'arrêtera. » Je croise finalement son regard. Erwin est un homme bien. Je peux voir dans son regard qu'il sait que ce rituel est mal, mais il a raison nous ne pouvions pas y mettre un terme.
« C'est bon, je comprends. » je lui réponds en agrippant très fort les draps, car tout ce que je suis en train de dire sonne faux. C'était comme si mon corps reniait les mots qui sortaient de ma bouche.
« Je suis au courant pour Levi aussi. » Je ne peux retenir un hoquet de surprise. Je ne pourrais pas supporter le regard d'Erwin si c'est de cela qu'il veut discuter, mes yeux retournent alors sur le sol. « Il est très courageux, mais chaque chose ici doit rester à sa place. » Il passe sous silence certaines choses, comme s'il voulait que je remplisse les blancs moi-même. « Je me suis dit que tu devrais savoir que je lui ai parlé de ce qui est arrivé, et il ne te reproche rien. » Une vague de soulagement me traverse, maintenant que je sais que Levi n'est pas en colère contre moi pour ce qui est arrivé lors de la séance de torture.
Attendez.
Erwin n'a jamais dit qu'il n'était pas en colère. Il a juste dit que Levi ne me reprochait rien. À ce que je sache, ce type a une cible de fléchette avec ma photo au centre.
J'ai besoin de le voir.
J'ai besoin de vérifier ce que je crois.
Euh, pas à propos de la cible... mais la partie ''pas en colère contre moi''.
« Est-ce que tu sais où il est ? »
Erwin sourit comme s'il s'était attendu à cela, « Chambre 26, troisième étage. » Je ne lui dis même pas au revoir et me précipite hors de ma chambre. Je me dirige vers la cage d'escalier située au bout du couloir. Je ne suis qu'à un étage au-dessus de lui, donc il ne me faut pas longtemps pour attendre le sien. Mes yeux scrutent rapidement chaque numéro de chambre, cherchant frénétiquement le 26.
26.
26.
26.
Les chiffres en laiton me guidant comme la lumière d'un phare, je trouve enfin sa chambre. En prenant une grande inspiration, je lève la main pour frapper à la porte.
Pas de réponse.
Quoi ? Erwin ne m'aurait pas menti. Non ? Je frappe encore une fois, cette fois un peu plus désespéré.
De nouveau, le silence. Rien d'autre que l'écho de mes coups contre la porte résonnant à travers le couloir.
Je refuse de croire qu'Erwin m'ait envoyé jusqu'ici pour rien. Je réessaie, mais plus fort cette fois.
« Putain, je te jure Hanji, si c'est encore toi je vais te carrer tes lunettes si profondément dans le– » Après qu'il est ouvert la porte à la volée, Levi se fige en voyant mon visage apparaître. Il me regarde de haut en bas, une fois, puis une seconde avant de s'apprêter à me claquer immédiatement la porte au nez.
« Hé ! » Je passe ma botte dans l'encadrement de la porte, l'empêchant ainsi de la fermer complètement.
« Qu'est-ce que tu veux ? » dit-il à travers la fente.
« Je suis venu pour... merde, tu pourrais, s'il-te-plaît, libérer mon pied ? » Levi relâche la porte et me laisse m'appuyer contre l'embrasure. « Je suis venu pour... euh voir comment tu allais. » Cela paraît stupide sortant de ma bouche et à en juger par le visage de Levi, il le pense aussi. Il lève un sourcil, dubitatif.
« Je vais bien, maintenant va-t'en. » Son choix de mot me fait grincer des dents mais, je ne fais pas le moindre geste pour quitter ma place. Levi n'apprécie visiblement pas ma détermination car, avant que je n'ai eu le temps de réagir, il claque la porte sur mon pied .
« Aïe, espèce d'enfoiré ! » Bon, cela ne se passe pas exactement comme je l'avais prévu. Mais, est-ce que j'avais cru pouvoir voir ce connard aujourd'hui ? Non, donc je suppose que je devrais m'estimer heureux... même s'il ne semble pas apprécier l'intérêt que je lui porte. « Est-ce que tu peux arrêter deux secondes de te comporter comme un sale con, que je puisse te dire quelque chose ? » La porte est pratiquement refermée et la seule chose que je peux voir, c'est son regard noir à travers la fente. Cela me fait penser à un chat d'appartement, effrayé par des invités. Je suppose qu'il a finalement compris que je ne m'en irai pas puisqu'il ouvre la porte, en signe de défaite.
« Très bien, mais retire tes putains de chaussures, sale porc. » Je lui lance un regard étonné mais dès que je vois sa chambre, je comprends pourquoi il me l'ordonne. Je ne dirais pas que sa chambre est impeccable, parce que ce mot n'existe pas pendant l'apocalypse zombie mais je dois avouer que c'est probablement l'endroit habité le plus propre que j'ai vu depuis que le monde a plongé dans le chaos.
Tandis que je retire mes chaussures, je grimace parce que, mince, ce connard ne m'a loupé. « J'ai mal au pied maintenant, merci beaucoup, vraiment. »
Levi soupire en s'asseyant au bout de son lit, « Je m'excuserais bien, mais tu essayais de rentrer par effraction. »
« Tu ne te serais pas excusé de toute façon. »
« Bravo, tu apprends vite. » Je relève un sourcil, ne sachant pas si je devais me sentir offensé ou non. Je décide que je ne devrais pas cracher dans la soupe. Hypothétiquement parlant. Voici que Levi m'autorise à entrer dans sa chambre, paré à écouter ce que j'avais à dire. Pour une raison étrange, j'ai l'impression que je n'aurais plus cette chance.
Je tire la chaise de son bureau, de la même façon qu'Erwin l'avait fait dans ma chambre. « Alors, comment vas-tu ? »
Il avait posé ses coudes sur ses genoux, les doigts entrelacés, « Je croyais qu'on avait déjà parlé de ça. » Le soir où Levi et moi avions dîner ensemble me revient en tête et je me rappelle qu'il n'apprécie pas forcément qu'on se soucie de lui.
« Ouais mais bon, on peut pas vraiment dire que ça rentre dans la catégorie ''conneries de couple marié''. »
« Oh ? » Je fais de mon mieux pour ne pas me mettre en colère, car je suis sûr à cent pour cent que ce n'est pas ce que veut Levi. Mais, merde, c'était presque comme s'il avait oublié ce qu'il s'est passé hier. Peut-être qu'il essayait juste de ne pas s'en souvenir. Est-ce que je n'avais pas retenu la leçon, à propos de ne pas m'immiscer dans dans la vie de Levi ? Bon, il n'y a qu'un seul moyen de le savoir.
« Tu sais très bien ce que je veux dire. Pourquoi est-ce que tu restes cloîtré ici ? » Il ne semble pas surpris que j'aborde le sujet si rapidement. Pour dire vrai, il semble s'y attendre ; comme s'il avait déjà une réponse toute prête pour moi.
« Depuis quand t'es devenu ma nounou ? »
Je réplique rapidement, « Depuis que tu as laissé Zackly te frapper comme si tu n'étais qu'une petite pute désobéissante. »
Mince, Eren, dis-lui ce que tu ressens vraiment.
Je m'attends à ce que Levi me demande de partir, peut-être à ce qu'il me botte le cul pour faire bonne mesure car je venais juste de dépasser les bornes avec mon commentaire. Mais, il n'en fait rien. Il reste calme et fixe silencieusement le tapis marron disposé au sol. Maintenant que je l'observe, je remarque à quel point il a l'air débraillé. Ce désordre me semble étranger à Levi. Ses cheveux sont gras et en bataille, sa chemise blanche est boutonné du dimanche au lundi, une des manches est remontée tandis que l'autre atteint son poignet. Cela ne ressemble pas à Levi. Je ne devrais probablement pas mais, avant que je ne me rende compte de ce que je fais, je suis déjà en train de m'approcher de son lit. Je m'assois à côté de lui et attends qu'il prenne la parole.
« Tu devrais écouter Zackly, tu sais ? » Il ne dit pas ça avec méchanceté, sa voix est plutôt mêlée de regrets. « Je ne suis pas quelqu'un de bien, je ne l'ai jamais été et... » Il ferme fort les yeux comme si cette idée lui faisait de la peine, « et je ne pense pas que ça va changer. » Il rouvre les paupières et me regarde, ses iris argentés capturant les miennes de couleur verte. J'ai envie de demander ce qu'il veut dire par là, mais je ne veux pas plomber l'ambiance. Ce n'est pas comme s'il allait me le dire de toute façon.
« Je suis désolé. » Je ne sais pas exactement pourquoi je m'excuse, mais c'est déjà sorti de ma bouche avant que je ne puisse me retenir.
« Pour quoi ? »
Je ne sais pas pourquoi mais, je savais qu'il ne me laisserait pas m'excuser sans raison.
J'hésite, qu'est-ce que je peux dire ? Que je suis désolé que Zackly soit un connard ? Que ta vie ait été apparemment aussi pourrie que la mienne ?
« Pour t'avoir traité de pute.» je laisse échapper.
Levi rit. Pas un sourire en coin. Pas un ricanement. Pas même un de ses rires sarcastiques qu'il avait lorsqu' il jouait au gros con. Il rit. Et... je ne peux m'empêcher de penser que c'est un son plutôt merveilleux.
« On m'a traité de bien pire. » Il cogne son genou contre le mien et sourit.
Je relève le coin des lèvres, en un petit sourire et cela fait tilt.
Je crois que Levi est mon ami.
Bordel de merde.
–
« Nous partons bientôt pour une nouvelle mission de ravitaillement, et Zackly veut que tu viennes. » J'aurais vraiment aimé qu'Erwin me laisse finir ma bouchée de ragoût avant de m'annoncer la pseudo-bombe. Je m'étouffe sur mon ragoût avant qu'il ne puisse descendre par le bon tuyau. Putain, je le savais que cette vieille sorcière aurait ma peau d'une manière ou d'une autre. Je couvre ma bouche avec ma main pour empêcher les morceaux d'être recrachés sur la table.
« Rappelez-moi pourquoi ils autorisent les animaux au réfectoire, s'il-vous-plaît ? » Levi était réapparu aux heures de repas depuis que je l'avais rejoint dans sa chambre. Je ne peux pas dire que cela a pris longtemps, puisque cela ne fait que deux jours que je lui avais rendu visite. Néanmoins, nous partageons toujours le même box. Pendant certains repas, Erwin et Hanji nous rejoignaient, au grand mécontentement de Levi. Il disait quelque chose comme ''trop de monde pour un petit box'' mais il ne le disait pas avec suffisamment de venin pour que j'en vienne à penser que cela le dérangeait vraiment. Le ton désintéressé de Levi me pousse à lancer à ce dernier, assis en face de moi, un regard noir. J'essaie de lui donner un coup de pied sous la table, mais il me frappe le premier au tibia.
« Putain ! » Ma jambe se lève instinctivement, et mon genou cogne dans le dessous de la table, la faisant vibrer au passage. Hanji et Erwin me regarde curieusement alors que je m'occupe de mon tibia enflé.
« Tu vas bien, Eren ? » demande Hanji en ayant toujours l'air fortement perplexe.
« Ah, ouais. Merde. Je vais bien, je vais bien. »
« Le gamin essayait de me faire du pied. »
C'est quoi ce délire ?
On est peut être amis désormais, mais Levi reste un connard.
Amis-ennemis.
« Non, c'est pas ce que je faisais, espèce de connard ! » Nous avons attiré l'attention de personnes qui se trouvent à d'autres tables et qui à présent, se sont retournés pour regarder le spectacle. Et si, ça, c'était faire du pied, c'est que vraiment tous les collégiens m'ont menti, bon sang. J'essaie de lui donner un autre coup de pied, mais cela ne me vaut qu'un autre coup dans le même tibia. « Oh mon Dieu, va te faire foutre. » je gémis aussi calmement que possible tandis que je pose mon front sur la table. Erwin et Hanji rient de nos singeries, mais honnêtement, je ne trouve pas cela tellement drôle.
« Levi, sois gentil. » Le ton de la voix d'Erwin ne fait rien, sinon encourager le con à continuer.
« C'est le petit merdeux qui a commencé. » Peu importe, espèce de gnome.
« Quoiqu'il en soit, » commence Erwin, « Zackly voulait que je rassemble une équipe, et il a demandé spécifiquement à ce que tu en fasses partie. » La version hardcore de ''faire du pied'' m'avait distrait de ce qu'avait dit Erwin à la base. Je reviens sur Terre lorsque le nom de Zackly m'arrive aux oreilles. Je n'avais pas aperçu l'homme depuis l'incident avec Levi, mais je ne peux pas m'empêcher de me sentir nerveux à l'idée de le revoir. Un affreux bleu s'était développé sur la joue de Levi, sous la force de la gifle de Zackly. Mes sourcils tiquent. Ouais, je ne veux vraiment pas revoir ce vieux con de si tôt.
Je relève ma tête de la table, « Pourquoi ? »
« Il n'a rien dit, hormis que tu devrais venir. Si j'avais à deviner, je dirais qu'il teste probablement ta loyauté. » Ma loyauté ? Comment une mission de ravitaillement va évaluer ça ?
Erwin remarque que j'essaie de décrypter ses mots. « Je n'y réfléchirais pas trop à ta place, Eren. Sa définition de la loyauté se résume à être capable de suivre les ordres, te défendre, etc... »
Hanji se réveille et essaie d'alléger la tension soudaine. « Tu sais, botter des culs et noter le nom de tes futures victimes. »
« N'écoutes pas la Bigleuse. »
« Rappelles-moi d'ajouter ton nom à ma liste, Levi. » Il roule des orbites et ignore sa menace. Comment sont-ils devenus amis ? Je ne le saurais jamais.
J'ai envie de demander à Erwin qui il prévoit de recruter pour l'excursion, mais bizarrement j'ai la sensation de déjà connaître la réponse. Et cela me flanque une putain de trouille. Je ne veux pas encore finir seul. Je ne peux pas finir seul.
En dépit de mon bon sens, je lui demande, « Alors, qui d'autre vient ? ». Un nuage sombre semble s'abattre sur la tablée. C'est comme si Hanji et Levi savaient déjà aussi.
« Hé bien, tu sais pour toi. Je mène l'expédition, alors évidemment, je dois y aller. Ensuite, il y a plusieurs habitants de Stohess que tu n'as probablement pas encore rencontrés et qui viennent. Et bien sûr, Mike, Hanji, et... » Je tressaille avant que Erwin ne prononce le dernier nom, « Levi ». J'aimerais n'en avoir rien à faire que quelque chose arrive à ses personnes. Je souhaiterais pouvoir me renfermer comme Levi ou Mikasa. Mais, je ne peux pas.
« Hé, Eren, ne t'inquiètes pas. Erwin m'a dit que la mission devrait être du gâteau. La seule raison pour laquelle on est si nombreux à y aller, c'est parce qu'il y a une montagne de trucs à ramasser. » J'apprécie que Hanji essaie de me remonter le moral, mais rien de ce qu'elle dit ne peut me débarrasser de la crainte qui venait soudainement de s'emparer de mon esprit.
Je sens le pied de Levi taper dans le mien sous la table, sauf que cette fois, le geste est doux. Je laisse mon regard croiser le sien, et il hoche légèrement la tête. C'est comme s'il essayait de me confirmer les mots de Hanji. Pour une raison que j'ignore, ce mouvement calme la tempête qui fait rage dans mon ventre.
Mais pourquoi ?
Pourquoi est-ce que j'ai besoin de l'aval de Levi pour accepter le fait que peut-être nous n'allions pas tous mourir ? C'est bizarre, ce sentiment. Et je n'arrive pas l'identifier exactement. Peut-être que c'est la sensation d'une vengeance tardive coulant dans mes veines. Il a essayé de me tuer. J'essaie de me rappeler qu'il a fait plus qu'il n'en faut pour se racheter, mais cela me donne l'impression d'être fou. Quel genre de personne pardonne aussi facilement à leur ''presque meurtrier'' ? Hé bien, moi apparemment. De toute évidence, je suis une sorte de masochiste.
La même question résonne dans ma tête : Pourquoi ?
Je regarde Levi siroter tranquillement son thé, tourmentant mon esprit pour y trouver une réponse. Il me surprend à le fixer, mais au lieu de détourner les yeux, je maintiens le contact. Et je trouve ma réponse.
C'est l'émotion dans ses yeux qui rend ses actions si faciles à pardonner, n'est-ce pas ? Cette mer grise tremblante de rage, de regrets et d'indifférence le tout rassemblé en un. Cela paraît être une raison absolument ridicule, mais je l'accepte. Parce que c'est vrai. Et traitez-moi de fou, mais quelque chose dans mes tripes me dit que ma morsure n'était pas la seule raison pour laquelle il s'était retenu de me tuer. Cette pensée a mijoté dans ma tête depuis que j'ai quitté sa chambre, il y a deux jours. Quelque chose me faisait me demander s'il m'avait réellement sauvé à cause de mon immunité. Sur le moment, j'ai cru que l'expression qu'il portait dans son regard, quand il avait essayé de me tuer, était de la colère, de la fougue. Mais ce n'était pas ça. C'était quelque chose de complètement différent. Remord. Honte. Chagrin. Mais, peut-être qu'il est fou et qu'il me faudra une autre tentative d'homicide pour m'en rendre compte ; mais je lui ai pardonné, pas vrai ?
Le pardon, ce mot sonne inconnu.
Mais il me semble également juste.
–
Zackly a requis ma présence dans son bureau de fortune. Le bâtiment auquel on me conduit à l'air d'avoir un jour abrité une agence immobilière, mais le panneau est trop usé pour que j'en sois sûr. En passant les portes, une sonnette teinte, alertant Zackly de ma présence. Il se tient au milieu de la petite pièce dans laquelle on me fit entrer. Un unique bureau décore la pièce, complété par des chaises de chaque côté. C'est sombre et obscur, la seule lumière provenant de la porte en verre derrière moi.
Je suis nerveux. C'est la première fois que je revois l'homme depuis qu'ils se sont amuser au jeu de la piñata sadique. J'éprouve de la colère pure envers cet homme, et j'en sais la raison. Je devrais être fou de rage vis-à-vis du spectacle qu'il a mis en scène avec le zombie, mais ce qui me met le plus en hors de moi, c'est la façon dont il a maltraité Levi.
« Prends un siège, Eren. » Sa main tendue guide mon regard vers la chaise, et je marche jusqu'à elle, mal à l'aise, pour m'y asseoir. Zackly fait le tour du bureau et se place dans le siège en face de moi, de l'autre côté du meuble. Ses coudes sont posés sur la table de manière décontractée, ses doigts se joignant pour former un triangle au devant sa bouche.
« J'imagine que Erwin t'a communiqué les détails de la prochaine mission de ravitaillement ? » Je savais que c'était la raison pour laquelle j'avais été escorté jusqu'au quartier général de Zackly, mais au fin fond de mon esprit, je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a d'autres choses sur lesquelles l'homme devrait entrer dans les détails. Comme pourquoi ils pensent que la mutilation de zombie est une activité récréative. Je réalise dans ma confusion, que Zackly attends toujours ma réponse.
« Je... oui. » En vérité, Erwin ne m'a laissé savoir que le strict minimum. Je savais que nous allions voyager hors des murs, mais c'était à peu près tout. Non, je savais qui allait venir.
« Alors, je suppose qu'il a exprimé mon désir que tu en sois. » Je déglutis, essayant ainsi d'avaler mon anxiété.
« Oui. » J'en suis revenu aux réponses courtes. Je ne me fais pas nécessairement confiance pour m'empêcher d'exiger de lui une explication pour ses actes lors du spectacle d'horreur dont j'ai été témoin quelques jours auparavant.
Zackly soupire, visiblement agacé par mes réponses courtes. « Eren, je peux voir que tu es en colère après moi. Mais, ce que j'ai fait était nécessaire. Nous devons maintenir l'ordre, ou au moins un semblant de ce mot. Si j'avais laissé Levi s'en aller impuni, que crois-tu que les autres auraient pensés de moi ? » J'ai la sensation que c'est une de ces questions qui ne sont pas censées trouver de réponse. Que je suis juste censé laisser Zackly finir sa harangue. « Incompétent. C'est ce qu'ils auraient pensé. Le fait que je ne puisse pas contrôler une petite rébellion se serait, sans aucun doute, répandue comme une traînée de poudre. Tu comprends ? »
Oui, Zackly. Je comprends exactement ce que tu veux dire.
Les mots sortent avant que je ne puis y penser à deux fois. « Alors, c'est une sorte de dictature ? C'est ça ? » Mes mains serrent la base de la chaise comme un étau. L'audace de Zackly est effroyable. Il a mis une putain de gifle à Levi, et il est là, assis en face de moi, à essayer de le justifier. Bon sang, il essaie de justifier pourquoi les survivants ressentent le besoin de tabasser un mort-vivant sans-défense. Wow, je n'aurais jamais pensé utiliser les mots ''sans défense'' et ''mort-vivant'' dans la même phrase.
« Je crois que tu as besoin de te calmer, Eren. » Je n'ai pas remarqué que visiblement je tremblais jusqu'à ce que Zackly n'attire mon attention là-dessus. Non, je n'ai pas besoin de me calmer, putain. « J'avais espéré discuter des plans pour la missions de ravitaillement, mais si tu continues à agir si agressivement alors je crains de devoir t'envoyer dans ta chambre pour la nuit. Tu comprends, Eren ? » Est-ce que c'est le même homme qui m'avait dit, il y a juste quelques nuits de cela, qu'il n'était pas mon père ? Que je pouvais faire mes propres choix ?
Hé ben, je choisis d'être fou de rage.
« Peu importe ce qu'il se passe ici... laissez-moi en dehors de ça. » Je formule cela aussi gentiment que possible, parce qu'énerver Zackly davantage ne me semble pas être un plan raisonnable.
« Je vois. » Son regard s'obscurcir en quelque chose de froid, de mauvais. « Eren, pourquoi crois-tu que nous aillons survécu aussi longtemps ? » Je ne réponds pas, tout en serrant encore les côtés de ma chaise. « Nous survivons, parce que nous avons l'ordre. La stabilité, si tu préfères. Je t'ai offert une part de paradis sur Terre, avec une chance de faire tes preuves et de te joindre la communauté. A présent, tu peux choisir de manger cette part de tarte ou je peux te la fourré dans ta putain de gorge. » Mes yeux s'agrandissent, et je dois me rappeler du discours de Hannes. « D'une manière ou d'une autre, Eren, tu resteras ici. Que tu choisisses de profiter de ton séjour ou non, ça, ça ne dépend que de toi. » S'il veut me garder ici, alors pourquoi est-ce qu'il me laisse sortir des murs ? Est-ce qu'il crois que je vais pas essayer de m'échapper ? Zackly n'est pas un homme stupide et je pense qu'il a déjà en quelques sortes, les réponses à ces questions muettes. Néanmoins, je réalise que ma colère ne va pas aider à tourner la situation actuelle en ma faveur j'essaie donc de me calmer. Je peux pratiquement entendre Armin dans mon oreille m'ordonner de respirer.
« Je comprends. » Ma réponse surprend Zackly. De toute évidence, il s'attendait à ce que je continue le combat. Une expression soulagé se répand sur son visage.
« Brave garçon. Bien, où en étions nous ? »
Je n'arrive pas à dormir. J'essaie tout. Mince, j'essaie même de compter les putain de moutons. Mais le sommeil est une maîtresse fourbe et elle ne fera pas d'exception pour un simple garçon.
Va te faire foutre, Shadis. Je suis super poétique.
J'étire mes bras au-dessus de ma tête en baillant bruyamment. J'aimerais bien voir l'heure qu'il est mais, Erwin m'a fait savoir que les bougies étaient interdites dans les petites pièces. La seule chose que je peux faire dans mon minuscule espace, c'est penser. Et, j'ai appris par expérience que tu ne sais jamais à quel point tu es foutu, jusqu'à ce que tu te retrouves coincé dans une pièce avec tes propres pensées. C'est terrifiant. Ces sentiments te consument tandis que tu essaies de les repousser en vain parce que plus tu essaies de les dissimuler, plus forts ils deviennent. Ils se cramponnent fortement à toi, te rappellent la moindre de tes erreurs et te font douter de tes décisions. Si j'avais agi plus vite, il serait toujours en vie si je ne m'étais pas mis à l'écart, elle ne nous aurait pas quitté.
Putain.
Je tire brutalement mes cheveux, jusqu'à ce que leurs racines commence à s'arracher de mon cuir chevelu. La douleur physique, je peux y faire face. Mentale ? C'est une autre paire de manches. Je tire plus fort. J'en ai besoin. J'ai besoin de sentir autre chose que du regret. Mais je n'y arriverais pas, pas vrai ? Même quand j'étais sûr que j'allais devenir fou (allez quoi, quelqu'un qui parle à du beurre de cacahuètes peut définitivement être considéré comme ''mentalement perturbé''), ces pensées surgissaient quand même en moi tel une terrible malédiction. Je pousse un profond soupire tandis que je me laisse aller à l'apitoiement. Me levant de mon lit, je vais pour récupérer mon sac-à-dos posé n'importe comment contre le mur. J'ouvre la fermeture éclair du compartiment et passe ma main à l'intérieur, sachant exactement ce que je cherche.
Le porte-feuille paraît usé au toucher mais après tout, il a survécu à l'enfer. Le fait qu'il soit encore en un seul morceau est un miracle en lui-même. Mes doigts fouillent dans ses replis jusqu'à ce qu'ils atteignent leur but. Alors que j'en sors l'objet, mes mains commencent à trembler contre mon gré. Cela m'arrive à chaque fois que je jette un coup d'œil à la photo.
C'est une photo de nous tous nous étant ma mère, mon père, Mikasa et moi. Je n'ai besoin d'aucune lumière pour voir ça. J'ai regardé cette photo plein de fois, des centaines de fois peut-être. Cela fait un certain temps qu'elle est gravée dans ma mémoire, désormais ; au cas où il lui arriverait quelque chose. Nous étions heureux sur cette photo. Non, mieux, nous étions sur un petit nuage C'était avant que quoique ce soit de mauvais ne se produise. Avant que Papa s'en aille. Avant que les morts-vivants apparaissent. Avant que Maman meure.
Je passe mon pouce là où je sais que son visage se trouve. C'est lui qui se démarque le plus sur la photo. Son sourire, ses yeux plein d'amour et de vie. Tout le monde me disait toujours que je tenais d'elle, et je dois admettre que c'était vrai. Je partageais ses traits mais je partageais aussi avec elle, la même volonté d'avoir une vie meilleure. Je sens les larmes se former avant qu'elles ne tombent et je décide que j'ai suffisamment ressassé tout cela pour la nuit. Je n'ai pas Mikasa ou Armin pour me consoler, à présent. Je n'ai que moi-même et je ne veux pas aller me coucher en pleurant. Remettant soigneusement la photo à sa place, je laisse tomber le porte-feuille au fond du sac-à-dos.
Alors que je re-dépose le sac contre le mur, je me rappelle à quel point j'étais prêt à tuer Levi pour avoir vu mes photos. À ce moment-là, cela semblait tellement grossier qu'il farfouille négligemment dans mes souvenirs. Et je l'aurais tué, si Hanji n'avait pas fait une apparition impromptue. Nan, quand j'y pense, ce couteau aurait probablement fait peu de dégâts. Mais j'aurais essayé.
J'ai vraiment un problème, pas vrai ? Essayer de tuer quelqu'un pour des photos.
Soudainement, l'atmosphère de ma chambre me paraît irrespirable et j'ai besoin d'air.
Je pousse les portes de l'hôtel et l'air froid me fouette le visage. Une promenade paraissait une bonne idée à l'étage, bien au chaud sous mes couvertures mais là, dans le vent glacé, je me dis que je devrais simplement retourner me morfondre dans ma chambre.
Et puis merde, je suis déjà dehors et je fais la faire cette putain de promenade. Alors que je commence à avancer, une main saisit mon épaule. Je ne m'attendais à voir Mike avant notre départ mais sa présence est la bienvenue. À vrai dire, je n'étais pas sûr d'avoir vraiment le droit de sortir si tard. D'une certaine manière, Mike devine mes projets d'escapade nocturne et marche déjà devant moi. Je me dépêche de le rejoindre et j'en viens rapidement à devoir ralentir pour adopter la même allure que lui. Cela ne va pas tellement être une promenade étant donné qu'il n'y a un seul chemin, mais je sens que j'en ai vraiment besoin. Mike reste toujours silencieux, ce qui ne m'étonne pas.
Je commence donc, ne m'attendant pas vraiment à une réponse, « La mission de ravitaillement est pour bientôt.» Il grogne en signe d'approbation. « Vous ne parlez pas beaucoup, pas vrai ?» Il s'arrête et pendant un instant, j'ai l'impression de l'avoir offensé.
« Parler peut te faire tuer. » Cet homme a raison. Je devrai sans doute prendre cela en considération.
Nous devenons silencieux, ce qui, pour la première fois depuis très longtemps, est étrangement agréable. Avant que je m'en rende compte, nous avons fait le tour complet de la rue et sommes de nouveau devant le Super 8. Mike se frotte vigoureusement les mains entre elles afin de lutter contre le froid. Une question me vient à l'esprit, effaçant toutes les pensées liées à la température.
« Mike, » Il dirige son regard vers moi. « cet endroit n'est pas normal, pas vrai ? » Il réfléchit à ma question pendant un moment, son expression toujours la même.
Puis il répond enfin, « Plus rien n'est normal désormais. »
Eh bien, bordel. Si je voulais une réponse si énigmatique, j'aurais demandé à Levi.
Je hausse les épaules, « Ouais. » S'il allait être ambigu, alors merde, moi aussi. Mike décide que ma réponse brève signifie qu'il est temps pour nous de retourner à l'intérieur de l'hôtel. Ou peut-être que c'est le vent gelé qui forme du givre blanc dans sa moustache normalement blonde. D'accord, j'exagère peut-être un peu mais, il fait super froid.
Il me tient la porte tandis que nous rentrons dans le Super 8. J'arrive à la cage d'escalier, mais la main de Mike sur mon épaule m'arrête. Je me retourne pour lui faire face et je suis surpris par ce que je vois. Son visage est aussi expressif que d'habitude, mais ses yeux... ses yeux ont l'air terrorisés. Par quoi ? Qu'est-ce qu'il lui fait si peur ?
« Eren, » il commence, la voix sonnant comme une prédiction, « tu dois partir d'ici. »
Quoi ?
Avant même que je puisse l'interroger, Mike a déjà relâché mon bras et commencé son ascension dans les escaliers.
Je dois partir. Je savais que cet endroit était super louche, merde. Pourquoi Mike essayait-il de me mettre en garde ? Non, de quoi Mike essayait-il de m'avertir ? Dans tous les cas, je suis certain que je ne suis pas prêt de fermer l'œil de sitôt.
Merci, connard.
TBC
réponse reviews par nami:
: Je crois que plus qu'Eren c'est Levi qui subit dans cette fic. On lui dit cent fois ! mais merci d'être entièrement d'accord avec nous et merci pour ton soutien.
Un petit Mouton : Bonjour a toi. Apparemment, il en pousse un par semaine jusqu'à nouvel ordre. Elle est très prenante cette fic malgré son développement lent. Contente de te faire plaisir en tout cas. Déplantater devrai être dans le dictionnaire comme cragnote qui veux dire crocrognon.
