Titre : Crows Zero II
Traductrice : AngealSword
Base : Crows Zero II
Crows Zero II
Chapitre deux
By Avalon-Shiranui
« - Les Yakuza sont généralement associés au terme 'violence' depuis que la violence peut s'appliquer à n'importe quel crime, mais ce n'est pas surprenant qu'ils soient désignés ainsi quand ils font des choses comme le chantage, l'extorsion, la fraude, l'assassinat, etc… Les Yakuza ont un ordre hiérarchique, et l'organisation exige une dévotion complète et totale de tous ses membres. Des initiations sont prévues pour les nouveaux qui doivent alors se couper le petit doigt pour montrer leur dévouement. En 2005, il y a eu plus de 86.000 membres connus de l'organisation Yakuza… »
« - Zzzzzzzzzzzzz… » La classe rigola alors qu'Hana gisait sur ses bras, la bouche légèrement entrouverte tandis que ses ronflements emplissaient l'air.
Le professeur soupira et tourna la tête vers elle qui se trouvait sur un siège côté fenêtre. « - Yamada-chan. »
« - Zzzzzzzzzzzzzzz…. »
Il tendit la main, claqua des doigts, puis tapota la tête d'Hana. « - Yamada-chan. »
Hana cligna des yeux d'un air endormi et leva la tête pour faire un contact visuel. Son visage était large et carré, mais même avec sa quarantaine passée, il attirait encore les regards avec ses beaux cheveux bruns. Il avait un léger air fanfaron et la plupart des étudiants l'appréciaient, ce qui expliquait pourquoi la classe était si attentive. Elle sourit malgré son air sombre. « - Sensei ? »
« - Si tu veux dormir, Yamada-chan, peut-être devrais-tu arrêter de venir en classe et rester au lit. »
« - Ne soyez pas bête, sensei. Si je manque trop de classe, je vais me faire expulser. » Elle sourit puis reposa sa tête sur ses bras. « - Mais je dois obtenir au moins six heures de sommeil, sinon je vais somnoler durant le cours de photographie. Désolée, Takaguchi-sensei, mais c'est un besoin absolu, je dois… »
Soudain, Hana sentit des doigts comme des griffes se resserraient autour de sa nuque et il la remettait rapidement droite sur son siège. « - Alors récupère ton sommeil chez toi et pas dans ma classe ! Penses-tu que je vais te réveiller tous les jours ? Hein ? »
« - Je peux… pas respirer… »
« - Un peu d'asphyxie t'aideras à dormir, fainéante ! »
Hana se frotta distraitement la nuque alors qu'elle marchait sur le campus. La réaction de Takaguchi avait été excessive. Ce n'était pas comme si elle perturbait quelque chose d'important. Pourquoi avaient-ils honnêtement besoin de savoir quelque chose sur les Yakuza ? Est-ce que l'école prévoyait de recruter des Yakuza après l'obtention du diplôme ? Non ? Alors pourquoi ce cours ? Elle fit la moue et continua à se masser la nuque. « - Yaro. » Murmura-t-elle dans un souffle.
« - Bien, bien, bien. » Fit une voix qui provoqua un frisson le long de la colonne vertébrale d'Hana, la figeant. L'orateur était une fille de son âge, habillée d'un jean, d'une chemisette et d'escarpin noirs. Ses longs cheveux étaient teints en blond et retombés en boucle sur ses épaules et son dos. Elle s'approcha d'Hana avec un sourire narquois. « - Si ce n'est pas l'infâme Belle au Bois Dormant. »
Hana serra inconsciemment les doigts en un poing, mais elle garda une voix neutre. « - Asako-chan. »
Asako posa stratégiquement ses mains sur ses hanches sinueuses. Tout ce qu'elle faisait, elle le faisait comme si elle posait pour une photo. « - J'ai entendu dire que tu n'avais pas encore soumis ton projet pour la compétition. Tu n'es pas à court d'idée, n'est-ce pas ? »
Hana se força à sourire. « - La perfection prend du temps. »
Asako haussa sarcastiquement un sourcil. « - Es-tu devenu photogénique ? » Deux filles qui l'accompagnaient ricanèrent, mais, bien que leur réaction lui arrache un sourire victorieux, il était évident qu'elle n'avait pas besoin de leur soutien pour se sentir triompher. Hana ne répondit pas.
« - Laisse-moi rendre les choses claires pour toi, Hana-chan. Ne te fais aucune illusion, je vais gagner cette compétition, et quand mon travail sera exposé dans une galerie, je m'assurerais auprès de mon père que ton travail ne soit jamais revu. » Elle pencha doucement la tête. « - Jamais. »
Hana lui fit un sourire polit. « - Comment ? Est-ce qu'il va crever les yeux de tout le monde ? »
Le sourire d'Asako chuta mais pas son attitude. « - Ne dépasse pas la limite, la pauvre. Lorsque j'en aurais fini avec toi, tu ne voudras même plus tenir un appareil photo de nouveau. »
« - C'est une bonne chose aussi. » Hana secoua la tête et regarda ouvertement Asako. « - Si je prends une photo du paysage en ce moment, ça pourrait faire pleurer les petits enfants. »
« - C'est drôle. »
Hana haussa les sourcils. « - Je n'essayais pas d'être drôle. » Elle se tourna et s'éloigna d'Asako qui écarquilla les yeux, mais il y avait plus d'une chose qui devait être fait. Sans s'arrêter de marcher, elle se retourna. « - Asako ! » Asako la foudroya du regard. « - Bonne chance pour la compétition. » Elle sourit délibérément mais, quand elle se retourna, il retomba immédiatement.
Elle avait de très sérieux ennuis.
Pour une raison qu'elle n'avait pas encore été en mesure d'identifier, personne n'était disponible pour lui prêter un appareil photo sur un court terme. Peut-être qu'elle n'aurait pas dû laisser sous-entendre qu'elle n'avait pas d'idées. La nouvelle s'était répandit rapidement, et sans doute que la disparition soudaine de son appareil photo n'avait pas échappé au grand cycle de ragot déformés. Quelque soit la raison pour laquelle personne n'avait soudainement aucun appareil à lui prêter, son problème demeurait. Donc, il n'y avait vraiment pas d'autre alternative.
Elle marchait sur le trottoir avec une frénésie déterminée. Il devait y avoir un moyen de le forcer, mais comment ? Peut-être qu'elle pourrait essayer de lui faire du chantage. Là encore, elle n'avait aucune protection s'il décidait de la faire taire. Aucun moyen non plus de passer par un de ses amis pour lui parler, et elle doutait qu'elle puisse en persuader l'un d'eux. Peut-être que la courtoisie lui permettrait d'atteindre son objectif ? Et un peu de baratin pourrait fonctionner. Nah, aucun risque après hier. La clé du cœur d'un homme était dans son ventre, mais Tamao ne semblait pas du genre à être si facilement berné. Elle pouvait être coquette si elle le souhaitait.
La pensée lui fit grincer des dents. Elle ne voulait pas, pas si c'était pour des raisons superficielles, mais il devait y avoir un moyen de le convaincre.
Hana leva les yeux et eut tout juste le temps d'esquiver sur le côté avant d'entrer en collision avec quelqu'un. Elle s'arrêta et le regarda continuer d'avancer lentement. « - Takiya Genji ? » Il s'arrêta et se tourna vers elle et elle sourit. « - Oo, c'est toi ! Tu te souviens de moi depuis hier ? »
Il la dévisagea pendant quelques secondes puis hocha la tête. « - La copine de Serizawa. »
Elle fronça les sourcils et aboya : « - Je ne suis pas sa copine. »
Genji haussa les épaules et regarda ailleurs. « - Oh. »
L'hostilité disparue et Hana lui fit un sourire d'excuse. « - As-tu vu Serizawa ? J'ai besoin de lui parler. »
Il hocha la tête et tendit le bras dans la direction qui se trouvait derrière elle. « - Il est à la station. » Puis il partit.
Le sourire d'Hana s'élargit et elle mit ses mains en coupe autour de sa bouche. « - Takiya Genji ! Tu es assez mignon quand tu n'es pas en colère ! » Il agita la main une fois sans ralentir, mais elle sourit et continua son chemin.
Genji avait raison, non pas qu'elle doutait vraiment de lui. Tamao était à la station-service délabrée en train de jouer à jeter une énorme fléchette fait-main tandis que Tokio se tenait sur le côté, lui tournant le dos, et faisant des commentaires humoristiques. Hana regarda Tamao levait le bras et lancer de nouveau la fléchette à travers la station vers une cible faite aussi à la main.
Peut-être que ce n'était pas si mal d'être prise pour sa copine. Il était beau tout en étant naturel, et son regard pouvait facilement réduire au silence toute opposition, un talent dont elle aurait bien eu envie de posséder aussi. Mais il est vrai que sa situation pouvait difficilement être comparée à Housen déclarant la guerre à Suzuran, mais elle n'était pas sans ses ennemis. Beaucoup de gens ne voulaient pas la voir gagner, et certains faisaient de grands efforts pour rendre ses progrès difficiles. Avec quelqu'un comme Tamao à ses côtés, même si c'était juste des commérages, la plupart de ses adversaire seraient dissuadés de lui chercher querelle.
Mais, Tamao n'était pas du genre à se mêler d'altercation aussi futile.
Et puis, peu importe sa situation ou comment il était beau, elle n'était pas ici pour s'apitoyer sur son sort mais pour avoir justice. Alors, elle carra les épaules et redressa le menton. « - SERIZAWA TAMAO ! »
Si elle ne le connaissait pas mieux, elle aurait juré avoir vu ses cheveux se dressaient sur sa nuque alors qu'il se tournait lentement vers elle. Il avait certainement ressenti une légère once de panique, et cette pensée la fit sourire alors qu'elle s'avançait.
« - Hana-chan. » Tokio sourit nerveusement en se redressant. « - Qu'est-ce que tu… »
« - Tokio. » Interrompit-elle sèchement en levant un doigt pour lui intimer le silence. « - Fais-nous une faveur : reste là et tais-toi. » Elle lui fit un petit sourire crispé puis s'arrêta en face de Tamao, qui avait repris son air ennuyé. « - Ne me fais pas perdre mon temps, Serizawa. Tu sais pourquoi je suis ici. »
Tamao haussa les épaules. « - Le manque d'une meilleure idée ? »
« - Je n'ai aucune patience pour tes pitreries, et tu n'es pas mignon, Serizawa. » En fait, il l'était. Trop. S'il n'était pas un tel connard, il pourrait être complètement irrésistible. « - J'ai besoin de l'argent et j'en ai besoin maintenant. » Elle tendit la main et ses doigts bougèrent de manière expectative.
Tamao regarda sa paume, puis elle. « - Tu t'attends à ce que j'ai huit cent dollars dans ma poche ou quoi ? »
« - Tokio a dit que tu allais me rembourser, donc fais-le. »
« - En fait… » Commença Tokio.
« - Tokio. » Siffla-t-il en lui lança un regard noir. « - Le silence est la clé, tu te souviens ? » Elle reporta son regard noir sur Tamao. « - Je suis à court de temps, et franchement je ne veux pas le gaspiller avec toi. Donne-moi juste ce que tu me dois et tout sera terminé. Veux-tu vraiment que je vienne te harceler tous les jours ? »
Tamao fronça les sourcils. « - Hm. Je comprends ton point de vue. »
Elle essaya de ne pas lui sauter à la gorge. « - Bien. Donc tu comprends aussi mon besoin d'argent. Donne-le-moi. »
Il haussa les épaules. « - Je ne l'ai pas. »
Hana baissa la main et se mordit la langue. Il ne l'avait pas ? Pouvait-il vraiment l'avoir de toute façon ? « - Très bien. » Fit-elle en plissant les lèvres. « - On va faire un deal. J'ai besoin de cet argent maintenant, mais puisque huit cent dollars c'est un peu trop, nous allons diviser la somme. Je vais me débrouiller pour me procurer la moitié et tu me donneras l'autre moitié. Tu me rembourseras le reste plus tard, mais j'ai besoin d'un appareil dès que possible. »
« - Et comment comptes-tu que l'un d'entre nous arrive à se procurer quatre cent dollars en… ? »
« - Deux semaines. »
Il rigola. « - Deux semaines. Tu veux que je les sorte d'un chapeau magique ? »
« - Je me fiche de la façon dont tu l'obtiendras, débrouilles-toi, connard ! » Hana retint de le frapper, mais ne put se retenir de le bousculer alors qu'elle s'éloignait. « - Et je reviendrais chaque jour pour m'assurer que tu n'essayes pas de me duper ! »
Comment avait-elle pu en arriver là ? Un travail était une bonne idée, mais il y avait des lignes directrices. Son horaire scolaire dictait son temps libre, de sorte que le travail devait être flexible. Elle voulait seulement travailler le temps de se procurer l'argent et pas plus, alors elle devait trouver un employeur qui accepterait de la prendre sur un court terme. Enfin, et surtout, elle devait être payé vite et bien. Où est-ce qu'elle pourrait trouver un tel emploi dans un délai si court ?
Peut-être qu'elle aurait dû rester ferme sur sa demande. Mais, elle n'avait pas vraiment envie de l'irriter. Elle savait que de traiter longuement avec des gens récalcitrants, ne faisait que les irriter au-delà des mots. D'autre part, elle ne pouvait pas laisser couler. Et puis, s'il ne tenait pas compte de la moitié du paiement, maintenant qu'elle connaissait son nom, elle pourrait le menacer de poursuites judiciaires. Même s'il était un voyou ou autre, il finirait bien par se faire coincer s'il essayait de fuir.
Mais elle était certaine qu'il n'essaierait jamais ça. C'était un idiot, mais d'autres qualités étaient perceptibles. Hana avait appris au fil des années à capter les secrets avec son appareil photo, mais elle était aussi habile pour les trouver avec ses propres yeux. Il était peut-être petit, mais ses larges épaules et son regard montraient qu'il pouvait être redoutable. Et son physique n'était pas sans finesse. Son regard pourrait faire taire des généraux et mener indiscutablement une armée.
Il était dangereux s'il voulait l'être.
Il gardait souvent les mains ouvertes et effleuraient à peine les choses du bout de ses doigts. La puissance derrière eux ne faisait aucun doute, prête quand il en avait besoin, mais ne cherchant pas une occasion de faire ses preuves, il pouvait être constructif ainsi que destructrice. Cette ombre autour de sa bouche, une bouche parfaite soit dit en passant, et ses yeux intenses. Elle n'y avait jamais vu une seule once de douceur, juste un léger moment de panique face à l'ingérence de Genji qui lui avait montrait tout ce qu'elle avait besoin de savoir sur à quel point ils pouvaient être tendre. Si les yeux pouvaient être tendre alors l'homme le pouvait.
Hana croisa les bras sur sa poitrine et regarda le ciel. Comment un homme visiblement si destructif pouvait lui procurer de tels sentiments incontrôlables ? Elle était toujours préoccupée par ce qui pourrait arriver si elle poussait trop loin, mais c'était plus une peur de l'inconnu qu'une peur de lui.
« - Oie ! »
Hana sortit de sa rêverie juste au moment où sa tête allait cogner dans une enseigne. Elle recula sous l'impact et porta les mains à son visage. « - Putain… sale fis de…. »
« - Tout va bien ? » Un petit homme corpulent sortit d'un bâtiment pour s'approcher d'elle. « - Es-tu blessée ? Laisse-moi voir ! » Il la força à enlever ses mains et inspecta son nez endoloris. « - Il ne semble pas cassé. Nous devrions peut-être mettre un peu de glace dessus juste pour être sûr. Viens à l'intérieur. »
Elle se frotta aigrement le pont de son nez et fixa l'enseigne incriminé. Puis elle cligna des yeux. « - Ginko ? » Elle sourit. « - Un bar. »
Ce soir, c'était sa première nuit. Elle n'avait jamais travaillée dans un bar avant, mais le propriétaire disait qu'elle prendrait ses marques en peu de temps si elle tenait sur ses pieds et qu'elle était vive d'esprit. Elle aimait à penser qu'elle possédait ses deux qualités, au moins suffisamment pour faire bonne impression. Il lui avait donné suffisamment de temps pour rentrer à la maison pour se laver, se changer, peut-être prendre un petit en-cas, mais elle devait revenir tout de suite.
Comment devait s'habiller une serveuse de bar ? Elle n'avait jamais vraiment passé de temps dans un bar, mais ça ne devait pas être si difficile. Jouer la prudence était le mieux. Hum, mais elle avait besoin d'argent rapidement et de bons conseils avaient besoins d'un petit effort supplémentaire.
Hana se décida pour une jupe noire et un chemisier de couleur crème sans manche avec un décolleté audacieux mais pas impudique. Elle choisit des bottes noires à talons plats au lieu de talons hauts. Aucun travail ne valait ce genre de douleur. Lavée et habillée, elle coiffa rapidement ses cheveux couleur caramel et coupé court à la dernière mode et quelques mèches encadraient confortablement son visage. Elle se mit un trait d'eye-liner noir pour seul maquillage. Pas mal, se dit-elle en se regardant dans le miroir. « - Fonce ! »
Le patron fut content de la voir au moment où elle revint. Un flot de client était arrivé pendant son absence, et une des serveuses étaient absentes. Ce serait une nuit intensif.
Au final, elle ne se débrouillait pas si mal. Parfois, elle confondait les commandes, mais avait réussi à s'en sortir sans faire tomber de verre ou déraper. Elle avait juste accidentellement renversé son plateau sur le barman, mais c'était un grand gars qui prit ça avec bonhomie. La foule ne cessait de croître alors que la nuit s'avançait, et elle remarqua un groupe de jeune pénétrer dans le bar.
Parmi eux, vêtu d'une chemise à motif et d'un short, se trouvait Serizawa Tamao. Il était en plein milieu d'une conversation, mais il l'aperçut seulement une seconde après qu'elle le vit. Elle resta immobile sur place, en attente des boissons, et il resta silencieux pendant quelques instants. Puis il se tourna légèrement et suivit ses amis vers une table de billard.
C'était un peu gênant d'être surprise par lui. Il savait probablement qu'elle n'était pas une employée régulière ici, assembler les morceaux du puzzle ne serait pas difficile. Mais elle avait besoin d'argent, donc, mettant sa fierté dans un coin sombre, elle porta les boissons à une table puis se dirigea vers eux. « - Que puis-je pour vous, les gars ? »
Les garçons étaient exactement les même qu'à la station-service. Génial, une nouvelle humiliation. « - Tu es la fille à l'appareil photo ! » S'écria l'un des jumeau en souriant. « - Que fais-tu ici ? »
« - Et tu es sexy. » Ajouta l'autre avec un clin d'œil taquin.
Hana ne put s'empêcher de rougir mais sa mâchoire se contracta. « - Nous sommes assez occupés ce soir. Je vous apporte quelque chose ou pas ? »
Tamao se saisit d'une queue de billard mais ne la regarda pas. « - Voilà comment tu vas obtenir la moitié ? »
Elle fronça le nez. « - Ce n'est pas tes affaires. Je devrais te demander ce que tu fais ? » Les autres gars décidèrent visiblement de rester hors de la conversation car ils commencèrent à jouer et parler entre eux sans les regarder.
Il haussa les épaules. « - Es-tu sûr que tu es faite pour ce travail ? N'es-tu pas d'une classe plus aisée de la ville comparé à nous ? »
Elle n'aimait pas la façon dont il lui disait ça. « - Je peux prendre soin de moi. Qu'en est-il de toi ? Si tu me donnais simplement les huit cent dollars, je n'aurais pas à être ici. »
« - N'est-ce pas contre la politique de l'école que les élèves aient ce genre de travail ? »
« - Je suis à l'université, je peux travailler où je veux. »
Il la regarda brièvement et sourit. « - Tu as l'air plutôt jeune pour une vieille dame. »
Hana tapa du pied. « - Oie ! J'ai été diplômé un an plus tôt ! Nous avons le même âge, connard ! Bien que je doute que nous aurions été dans la même classe en d'autre circonstance. Comment un idiot comme toi a-t-il pu même réussi à entrer au lycée ? »
« - Oie. » Intervint alors Tokio. « - Hana-chan, tu ne devrais pas parler comme ça des gens sur qui tu ne sais rien. »
« - Qu'est-ce que je ne sais pas ? » Elle désigna Tamao du menton mais garda les yeux rivés sur Tokio. « - Il a détruit un bien privé sans se poser de question puis refuse de prendre la responsabilité de ses fausses idées et de ses réactions excessives. Puis il ose insinuer que je suis une prude vielle femme qui ne peut pas travailler ? Il est le seul qui ne sait rien de moi, sauf que je ne tolère pas les connards et si tu n'es pas content, Tatsukawa Tokio, je n'en ai rien à foutre ! »
Tamao marcha autour de la table de billard et se pencha vers les premières boules. Il tira et se redressa. « - Tu ne devrais pas travailler ici. Cet endroit ne te convient pas. »
Hana fit la moue. « - Je te l'ai dit, j'ai besoin d'argent et je ne peux pas compter sur toi. Je n'ai pas le choix. » Elle pivota pour les quitter. « - Si vous ne commandez rien alors… »
Tamao attrapa son coude et la ramena. Il garda les yeux sur le jeu mais ne la lâcha pas. « - Je vais payer pour ton appareil photo, donc arrête de travailler ici. »
Elle fronça les sourcils. « - Doshite ? »
« - Parce que je le dis. » Répondit-il sèchement et il la lâcha pour jouer son tour.
Hana ricana. « - Bien essayé, mais je ne suis pas crédule. » Et elle s'éloigna d'eux.
Il était si exaspérant parfois ! Pourquoi tous les étudiants de Suzuran devaient être de tels salauds ? Surtout ceux à qui elle avait à faire. Mais sa colère s'évanouit temporairement lorsqu'un bras se glissa autour de sa taille et qu'on la tirait vers le bas. Elle cligna des yeux lorsqu'elle se retrouva face à un homme d'âge mûr et visiblement ivre, et s'arracha furieusement de ses bras. « - Lâchez-moi ! »
« - Juste un baiser ma mignonne ! » Il pencha les lèvres vers elle et s'approchait un peu trop. « - Juste un baiser ! »
« - Non ! » Elle voulut s'éloigner mais son emprise était trop forte. « - Lâchez-moi ! »
La tête de l'homme fut soudainement relevée et un troisième bras fut passé autour de taille, l'arrachant de la prise de l'homme ivre et elle se retrouva contre le corps solide et protecteur de Tamao. Elle serra sa chemise instinctivement et se pressa contre lui. Son bras s'enroula autour de sa taille tandis qu'il fixait l'homme. « - Ne touche pas à ma copine. »
L'homme leva défensivement les mains. « - Hé… Hé, je ne savais pas qu'elle était avec toi. Désolé mec, oublions tout ça, d'accord ? »
« - Dehors. »
« - Ouais, c'est ça, je vais partir ! » Il trébucha alors qu'il se précipitait à travers le bar et disparut par la porte.
Tamao tourna la tête vers Hana qui fixait silencieusement la sortie de l'homme. « - Tu vois ? Tu dois arrêter de travailler là. Des mecs comme ça, ils ne vont pas t'emmerder de temps en temps, ça sera tous les jours. » Il laissa tomber son bras et glissa ses mains dans ses poches. Mais elle le tenait toujours par la chemise et ne fit pas un geste pour le lâcher. Les gens les regardaient et même son gang, mais sa prise resta ferme. « - Tu n'es pas vraiment ma copine, baka. Lâche-moi. » Lui aboya-t-il.
Elle se secoua et s'éloigna alors, se rendant compte que maintenant qu'elle le tenait encore. Elle s'éclaircit la gorge et se détourna. « - Il faut que je me remette au travail. » Cette fois, il ne l'arrêta pas.
Hana se laissa tomber sur son lit et regarda nerveusement le plafond. Son cœur battait toujours la chamade… tout était arrivé si vite ! Elle ouvrit sa main et regarda sa paume. Elle sentait encore cette chemise à motif contre ses doigts et le léger parfum de sa peau. L'empreinte de son corps contre le sien avait laissé des traces invisibles à son encontre. Et elle voulait en sentir plus.
Hana secoua la tête et laissa tomber ses mains sur sa poitrine. Le pervers ne l'avait pas autant effrayé qu'elle le pensait. Elle avait été choquée certes, mais il ne lui avait pas fallu longtemps pour s'adapter. Elle aurait voulu que Tamao soit encore là, quand un autre homme avait fait une autre tentative un peu plus tard. Son empreinte de main lui resterait sur le visage pour le restant de la semaine, elle en était certaine.
Elle se retourna et serra son oreiller dans ses bras. Elle inspira à nouveau l'odeur. Comme elle désirait l'avoir lui plutôt que simplement son odeur. Sa main serra son tee-shirt. A cet instant, chaque partie de son corps le voulait.
Serizawa Tamao.
« - Les Yakuza ont toujours été là depuis le début de l'histoire du Japon, mais leurs origines exactes ne sont pas claires. Il est supposé, bien sûr, que ça a commencé comme une série de petites branches qui sont finalement devenus au fil du temps les Yakuza d'aujourd'hui. Quelqu'un connait les trois branches principales de la période Edo qui pouvaient être des Yakuza ? » Takaguchi observa les mains levées. « - Yamada-chan. »
Hana cligna des yeux en sortant de sa rêverie puis se détourna de la fenêtre. « - Hai ? »
« - Peux-tu me nommer les trois branches de criminalité ? »
Elle jeta un regard oblique sur Jun qui porta sa main à ses yeux puis hocha la tête. « - Hai. Tekiya, bakuto et baka. »
« - Mieux connu en tant que… ? »
« - Colporteur, parieur et assassins. Tekiya a commencé au plus bas échelon, mais aujourd'hui ils ont l'aspect commercial. Malheureusement pour les Yakuza, ils sont le plus souvent confondus par leurs antécédents bakuto. Le fonctionnement légitime d'une entreprise en moins. Personne ne peut reconnaitre les paris comme un acte illégal. Même les gangs d'aujourd'hui peuvent se définir en conséquence de leurs revenus primaires, que se soit professionnel ou pas. Ou, bien sûr, l'assassinat. »
Takaguchi la regardait en silence. Il n'avait pas l'air choqué mais tout le monde la regardait avec surprise. « - Correct, Yamada-chan. Il semblerait que tu apprends beaucoup dans tes rêveries. » La classe se mit à rire, et elle sourit aussi, non sans rougeur légèrement. « - Mis à part les Yakuza directs, quelles sont les identités filiale commune des Yakuza ? »
« - Yankees ! » Cria un étudiant avec enthousiasme et la classe rigola de nouveau.
« - Et le Bosozoku. » Ajouta malicieusement Jun.
Hana fronça les sourcils et remarqua alors que Takaguchi la regardait toujours. Elle détourna la tête pour se remettre à regarder par la fenêtre.
« - Yamada-chan. » Hana s'arrêta à mi-chemin de la porte et se retourna. « - Peux-tu rester quelques instants ? Je veux te parler ? »
Elle salua Jun et s'approcha du bureau de Takaguchi. « - Sensei ? »
Il posa ses lunettes sur son bureau, massa ses yeux fatigués et s'appuya contre le tableau. « - Impressionnant travail aujourd'hui. Je ne m'attendais pas à ce que tu saches autant de chose sur quelque chose que tu n'aimes pas. »
Hana bougea, mal à l'aise. « - J'ai besoin de suivre les cours, non ? »
Il secoua la tête. « - Pas vraiment. Cette classe n'est pas importante pour toi qui a déjà d'assez bonnes notes. Ca pourrait faire baisser ta moyenne un peu, mais tu es loin de l'échec, de sorte que des efforts dans cette matière n'est pas nécessaire. Ce qui me rend curieux, Yamada-chan, pourquoi ce soudain intérêt ? »
Elle hésita puis regarda autour d'elle pour s'assurer que personne ne s'attardait dans le coin et se pencha en avant. « - Je vais utiliser des Yankees pour mon projet. »
Il haussa un sourcil. « - Yankees ? Doshite ? »
Elle pinça les lèvres d'un air songeur. « - Eh bien, c'est comme vous l'avez dit. Les Yankees sont mêlés tout le temps avec les Yakuza, et pour de bonnes raisons, mais ils peuvent difficilement être comparés. D'après mon expérience, les Yankees sont vigilants avec un code moral subjectif. Les Yakuza sont beaucoup plus stricts et sournois. Je voudrais montrer la différenciation en capturant l'esprit de ces rares jeunes Yankees qui se perdent lors de l'initiation Yakuza, ou qui meurent peu après. »
Takaguchi secoua la tête. « - Mais s'approcher de Yankees est dangereux. Je dois vraiment insister… »
Elle frappa dans ses mains et pencha la tête. « - S'il vous plait, gardez ça secret, sensei ! C'est très important pour moi ! »
Il croisa les bras sur sa poitrine. « - Tu tiens vraiment à ce projet ? »
Elle leva les yeux et hocha lentement la tête. « - Hai. »
Il fit une pause puis haussa les épaules. « - D'accord. Mais sois prudente. »
Hana sourit et s'inclina à plusieurs reprises. « - Arigato, sensei ! Arigato ! » Elle courut vers la porte, mais il l'appela de nouveau. Elle cligna des yeux avec curiosité.
« - Je prends un gros risque en laissant couler. Tu ferais mieux de gagner le concours. Compris ? »
Elle leva le pouce et fit un clin d'œil. « - C'est dans le sac, Takaguchi-sensei. » Et elle courut en direction de son prochain cours.
THUMP…
THUMP…
THUMP…
Le barman regarda les doigts tambourinant d'Hana sur le bar alors qu'il essuyait des verres. Elle regardait silencieusement la porte, le menton appuyait dans une paume alors que l'autre frappait régulièrement le bois. Elle avait à peine bougé de son tabouret durant la dernière heure.
« - Oie, Hana-chan. »
Elle soupira. « - Nani ? »
Il se pencha sur le bar et sourit. « - Je ne pense pas qu'il va venir ce soir. »
Elle arrêta de tambouriner et lentement les yeux vers lui. « - Nani ? »
Il rigola et essuya le bar. « - Serizawa Tamao. Il ne vient pas tous les jours au bar, tu sais. »
Hana fit la moue. « - Oie, Tenjo-sama. Ne soyez pas si présomptueux. Je ne l'attendais pas. »
Il gloussa de nouveau et posa un coude sur le bar. « - Bien sûr, tu ne l'attends pas. » Il jeta son torchon sur elle alors qu'il se dirigeait vers la réserve. « - Essuie les tables. Je reviens dans une seconde pour t'aider à mettre en place les chaises. »
« - Hai. » Elle prit le torchon et regarda autour d'elle. Les tables n'étaient pas vraiment très propres. Elle jura. Puis elle sauta de son tabouret et jeta le torchon sur la table la plus proche. « - Baka. Tu n'as même pas pris la peine de t'assurer si je revenais travailler ou non. » Mais alors, pourquoi est-ce que c'était important qu'il s'en soucie ?
Pourquoi demandait-elle encore ? Elle savait exactement pourquoi elle s'en souciait. Un mec physiquement bien, qui ne s'en soucierait pas ? Mais c'était vraiment ridicule. Elle était photographe, des mecs physiquement bien, elle en voyait tous les jours. Pourquoi faisait-elle une fixation ? Il n'était même pas bien entretenu. Pas du tout respectable ou charmant.
Mais sombre et séduisant.
Hana secoua la tête et se gifla légèrement les joues. « - Vide ton esprit, Hana-chan. Vide. Ton. Esprit. »
« - Très bien ! Que faisons-nous maintenant ? »
« - Nani ? »
Les oreilles d'Hana se manifestèrent à la voix. C'était l'un des jumeaux Yankee, elle le savait. Mais pourquoi seraient-ils sur son campus ? Il faisait sombre, mais pas assez sombre pour…
Elle s'arrêta et regarda autour d'elle. Oh. Elle s'était égarée. Comment était-elle arrivée à la station-service ? Était-ce ses pensées qui avaient corrompu son corps ? Elle haleta à cette pensée et serra ses bras autour d'elle. « - Que faire si je deviens perverse aussi ? » Elle gémit.
« - Nous allons rejoindre GPS. » Parla de nouveau le jumeau. Elle dressa l'oreille une fois de plus et se glissa dans l'obscurité pour mieux voir.
« - Qu'est-ce que tu racontes ? » Demanda le gars aux tresses, abasourdi.
« - Comme j'ai dis. » Répéta fermement le jumeau. « - Nous allons rejoindre GPS. »
« - Oie. » Fit le brun au visage sévère. Elle ne savait pas avec certitude s'il était méchant, mais il avait en tout cas une allure vraiment menaçante. « - C'est quoi ce bordel ? »
« - Nous avons perdu. » Répondit l'autre jumeau. « - Donc il est logique qu'on rejoigne l'équipe gagnante. »
« - Qu'as-tu dis, salaud ? » Le brun l'attrapa par le col de sa chemise. Et pendant un bref instant, les muscles d'Hana la firent faire un pas en avant.
« - Tokaji ! » Tamao regardait la zone éclairée en face de Tokio. « - Laisse-les faire ce qu'ils veulent. »
Elle s'arrêta. Tokaji lâcha le jumeau mais continua à le regarder sombrement. Mais pas Tamao. Il semblait se désintéresser de la scène, comme si rien ne se passait. Il n'avait pas l'air fâché du tout. Il était presque… elle faillit en rire… doux.
« - Désolé. » Fit le premier jumeau, pas le moins du monde affecté par la confrontation avec Tokaji. « - Mais maintenant, nous allons suivre Genji. » Ils s'approchèrent alors de Tamao et Tokio et sourirent. « - Tokio-kun, lèves-toi. » Tokio semblait confus. « - Allez, lèves-toi ! » Il le fit curieusement et l'un des jumeaux lui prit la main. Il avait quelque chose dans la paume et il le remit à Tokio.
« - N'oublie pas, Tête Fracassée, avec Super-Glue, c'est réparée ! » S'écrièrent les jumeaux ensemble. Tokio semblait encore confus et le second jumeau lui tapota la poitrine. « - Fais attention à toi. »
Hana sourit. « - Kawaii. » Encore mieux, alors qu'elle faisait deux autres pas en avant, elle vit quelque chose de plus inhabituel. Tamao souriait aussi.
C'était ce qu'elle voulait capturer avec son appareil photo. Cette amitié tacite qui ne connaissait pas les loyautés, l'existence seulement. Les jumeaux changeaient de camps, ils quittaient Tamao pour rejoindre Genji, elle ne savait pas ce que cela impliquait, mais ils restaient respectueux envers les membres de la faction Serizawa. Ils étaient collés ensemble, peu importe le patron qu'ils servaient. Honneur… non, plus doux et plus fort encore, l'amitié, qui ne le permettrait jamais autrement. C'était le genre de gang que menait Tamao.
« - Hé ! » Elle sursauta et réalisa alors qu'elle ne s'était pas cachée quand les jumeaux étaient passés. Le premier sourit. « - Dame photo ! Hana-chan ! »
Hana s'inclina. « - Konbanwa. »
Le deuxième jumeau se tourna. « - Serizawa-kun ! Ton amie est là ! »
« - Hein ? » Ses joues s'empourprèrent et elle commença à reculer. « - Je… je ne suis pas… »
« - Ne sois pas timide ! » Le premier jumeau attrapa son bras et la poussa au centre de la lumière. « - Elle est venu pour te voir, Serizawa-kun. Je suis tellement envieux. »
« - C'est exact. » Le deuxième jumeau s'approcha d'elle et sourit en voyant son visage rouge. « - J'adorerais qu'une fille aussi mignonne vienne me voir. »
Hana se mordit la lèvre inférieure, puis arracha son bras de la prise du jumeau, le forçant à la lâcher. « - Je pensais que vous deviez partir ? »
« - Ohhhh. » Fit-il en riant. « - Elle veut Serizawa pour elle toute seule. »
Elle refusa d'être exacerbée et redressa le menton. « - Eh bien ? Pourquoi êtes-vous encore là ? »
« - Ah ! » Le premier jumeau frappa dans ses mains. « - C'est vrai ! Nous devrions laisser les tourtereaux seuls, hein ? » Il passa son bras autour des épaules de son frère et ils s'éloignèrent.
Hana les regarda partir, essayant de contrôler ses rougeurs, et se tourna ensuite vers les garçons restants. « - Serizawa, je peux te parler une seconde ? »
Tokaji et le gars aux tresses échangèrent un regard légèrement espiègle et Tokio sourit. Ce qui n'arrangea rien à ses rougeurs, mais Tamao hocha la tête. « - D'accord. » Il la suivit hors de la lumière vers un coin sombre.
Elle regarda la route sombre. « - Ca ne te dérange pas qu'ils se joignent à Genji ? »
Il la regarda. « - Je ne peux pas forcer la loyauté. »
Elle hocha la tête. « - Je suppose que non, mais je ne pense pas que leur loyauté pour toi a vraiment diminué. Si tu les appelles, ils viendraient. » Elle lui fit face et son regarda la transperça à un tel point que son cœur manqua de jaillir de sa poitrine. Quel genre de personne pouvait faire un tel effet ? Pourquoi fallait-il qu'il lui fasse cet effet sur elle ? « - Housen est assez calme. Ca ne t'inquiète pas ? »
Son regard ne cilla pas. « - Que fais-tu ici ? »
Hana s'éclaircit nerveusement la gorge. « - Je euh… je rentrais du travail. Je suppose que j'ai pris la mauvaise rue. J'ai entendu des voix. »
Il sourit. « - Takeshi et Manabu ne savent pas être discret. »
« - Je vois. » Elle regarda la direction que les jumeaux avaient pris. Takeshi et Manabu. Ils semblaient de bons gars derrière ce ridicule style Yankee-Bosozoku. « - Je les aime bien. »
« - Ne sont-ils pas trop stupide selon tes critères ? »
Encore une fois, la condescendance. « - Tu ne sais rien sur mes amis, Serizawa ! »
Il soupira et tira une cigarette de sa poche, l'alluma et tira une bouffée. « - De quoi voulais-tu parler ? Encore de l'argent ? »
« - Tu me dois huit cent dollars. »
« - Et je te l'ai dis, je n'ai pas cet argent. Je suis encore un lycéen, vieille femme. Comment pourrais-je obtenir un emploi bien rémunéré pendant mon temps libre ? »
« - Oie ! Je suis étudiante aussi, tu sais ! Mon éducation est plus importante que la tienne en fait ! La fac n'est pas une sinécure comme le lycée et ce n'est pas moins cher non plus. Si je peux trouver le temps pour faire ma part, tu devrais avoir le temps de le faire aussi ! »
« - Que m'importe ton argent ? »
Elle saisit le col de sa chemise avant que son esprit ne puisse la prévenir de faire autrement. « - Je te l'ai déjà dis, j'ai besoin de cet argent ! »
Il sourit et secoua la tête. « - Tu es presque en train de mendier déjà. Peut-être que tu le fais plus poliment, tu obtiendras de meilleurs résultats. »
Hana leva le bras, mais il attrapa son poignet sans même ciller. Il n'était pas assez rapide cependant pour empêcher les ongles de sa main libre de venir égratigner la peau exposé de son cou. Il tira sur son poignet et la pressa contre sa poitrine. Elle lutta pour se libérer, mais en vain. « - Laisse-moi partir, connard ! »
« - Mendier n'est pas plus facile ? » Il pencha la tête. « - Tu t'habille sexy pour une bande de gars dans un bar pour gagner plus de fric. Tu as déjà mis ta fierté de côté, alors quel est le mal de mendier ? »
« - Pourquoi te soucies-tu de comment je fais ma part ? »
« - Parce que. » S'exclama-t-il. « - Je n'aime pas que les autres gars te touche. Ou te parle. Ou te regarde. Je n'ai pas confiance en ces gars-là. »
Les représailles d'Hana s'envolèrent instantanément et elle écarquilla les yeux. Était-il jaloux ? Non, pas Tamao, la jalousie était trop superficielle. Protecteur alors ? Quoi qu'il en soit, cela fit revenir en force ses rougeurs. Mais elle ne pouvait pas abandonner le combat pour l'instant.
« - Si tu me donnais l'argent, tu n'aurais pas à voir d'autre gars autour de moi. » Elle s'arracha à sa prise et il la laissa faire. « - Je dois obtenir cet argent dès que possible. Je n'ai pas le temps de déconner comme vous autres. Mon avenir est en jeu. » Elle réussit malgré ses rougeurs à le fusiller du regard et se détourna. « - Et je n'ai pas de temps pour toi. Je me procurerais l'argent moi-même ! »
Alors qu'elle disparaissait, Tamao se tourna vers la station-service. Tokio se tenait juste au bord de la lumière, le toisant sciemment. Ils se regardèrent pendant quelques secondes avant que Tamao ne soupire, jette sa cigarette et s'enfonce dans l'obscurité.
Était-elle suivie ? Elle en avait l'impression. Plusieurs fois elle s'était retournée, mais personne n'était visible. Il faisait si noir. Alors qu'elle approchait du campus, sa peur se dissipa quelque peu, mais elle accéléra le pas, désireuse de se débarrasser complètement de cette impression. Elle pouvait voir son immeuble situé à la lisière du campus, plus très loin.
« - Oh mon dieu, qu'est-ce que la grande Hana-chan fait-elle seule dehors le soir ? »
Hana sursauta à la voix mais fut soulagée de voir que ce n'était qu'Asako… ce qu'elle n'aurait jamais cru possible. « - Asako tu m'as fais peur. Que fais-tu dehors ? »
« - Je te posais la même question. » Elle s'approcha d'elle et l'observa d'un air soupçonneux. « - Tu parles d'une tenue. Essayes-tu de gagner quelques voix en montrant ton corps médiocre ? Honnêtement, Hana-chan, je ne pensais pas que tu étais de ce genre-là. »
Hana se força à sourire. « - Je ne cherche pas à m'attirer des voix, Asako-chan. »
Asako s'arrêta à quelques pas d'elle, mais ne souriait plus. « - Vraiment ? Quel genre de personne essayes-tu d'attirer en tant que serveuse dans un bar, Hana-chan ? » Hana sentit un frisson glacé la traverser et Asako rigola. « - Murai-kun m'a dit qu'il t'avait vu dans ce bar la nuit dernière, travaillant comme serveuse. Quel est le problème de la fille de la campagne ? Plus assez d'argent en réserve ? »
Hana la foudroya du regard. « - Ce que je fais de mon temps libre, ainsi que ma situation financière, ne te regarde pas. »
« - Ne t'inquiète pas. Si tu es vraiment désespérée, tu peux toujours me quémander de l'argent. Si tu me supplie vraiment bien, je pourrais même te laisser utiliser mon appareil photo. Puisque le tien n'est plus en état de fonctionner. »
La contenance d'Hana chuta. Comment savait-elle ?
« - Je t'ai dis que tu n'y arriverais jamais. Les pauvres comme toi ne peuvent jamais surmonter les sacrifices nécessaires pour réussir en affaire. Finalement, d'une manière ou d'une autre, tu seras toujours vaincu par la seule chose à laquelle tu cherches à échapper : la pauvreté. Pas étonnant que tu n'ais pas soumis ton projet encore. Je pense que l'exposition à la galerie est pour moi maintenant, n'est-ce pas. A moins… » Elle ricana. « - Que tu es d'autres moyens de gagner ? T'exhiber devant les juges comme tu le fais au bar peut-être ? »
L'insulte la frappa de plein fouet. La colère d'Hana bouillonnait, mais sa fierté était trop blessée pour penser à répliquer. Mais maintenant, ça serait plus un moyen de défense.
« - Oie. »
Son corps se raidit et pendant un bref instant, son cœur cessa de battre. Puis un bras passa dans son dos et se posa sur son épaule alors que les battements reprenaient à vif allure. Elle tourna la tête et fut stupéfaite de voir le beau visage qui accompagnait cette voix autoritaire. « - Serizawa. »
« - Qui es-tu ? » Interrogea Asako. Sa voix contenait un peu d'insolence, mais pas assez pour offenser. Elle était intriguée par ce nouveau venu, et à en juger par la façon dont elle le regarder, c'était une curiosité enchantée.
« - Serizawa Tamao. Je suis le copain d'Hana. » Les yeux d'Hana s'arrondirent comme des ballons à air chaud, mais resta muette. Asako était aussi abasourdie. « - Ne t'inquiète pas pour le projet d'Hana. Je vais lui acheter un nouvel appareil photo bientôt, et elle a déjà son sujet. Elle n'aura pas besoin de temps supplémentaire pour le soumettre. » Il sourit poliment puis regarda Hana. « - N'est-ce pas, Hana-chan ? »
Hana cligna des yeux, baissa son regard écarquillé, puis hocha rapidement la tête. « - Hai. Je serais dans les temps, pour sûr. »
« - Alors, Asako, n'est-ce pas ? Puisque nous sommes tous ici, confiant, pourquoi ne pas faire un pari ? » Les yeux d'Hana s'écarquillèrent encore plus mais il regardait Asako avec un sourire amical, un sourire qu'elle savait entièrement faux, mais il pouvait facilement tromper les autres.
L'égo d'Asako se renforça au défi. « - Qu'obtiendrais-je si je gagne ? »
Sa réponse fut simple. « - Moi. Je laisserais tomber Hana pour toi. » Le cœur d'Hana se serra. L'idée était si répugnante, et pourtant il le disait sur un ton léger. « - J'ai toujours eu un faible pour les femmes de grande taille. »
Le sourire d'Asako était heureux. « - Ça sonne bien pour moi. »
« - Mais si Hana gagne. » Fit-il en souriant. « - Tu lui présenteras des excuses. Publiquement. »
Ça, ça ne plaisait pas à Asako. L'once de confiance et de supériorité qu'elle ressentait disparu un instant, remplacé par une incertitude. Mais Hana tira légèrement sur sa manche, énervée par la conversation et le contact rétablie sa vigilance. « - C'est un pari. »
Tamao sourit de nouveau. « - Bien. Nous te verrons dans deux semaines alors. » Il laissa tomber son bras de son épaule et attrapa sa main. « - Allons-y, Hana-chan. » Et il la tira de là.
Hana voulut regarder par-dessus de son épaule, mais elle était certaine qu'elle rencontrerait le regard flamboyant d'Asako. Ils continuèrent à avancer jusqu'à ce qu'ils soient hors de portée de voix et elle tira sur le bras de Tamao. Il s'arrêta brusquement et lui fit face, mais ne lâcha pas sa main. « - Tu n'aurais pas dû rendre les choses encore plus mauvaises entre Asako et moi. Tu n'avais vraiment pas besoin de rajouter de l'huile sur le feu. »
« - Oie. » S'écria-t-il sèchement. « - J'ai risqué beaucoup là aussi. Dire que je veux être avec une vieille, tu sais que ça peut nuire à ma réputation ? »
« - Personne ne t'a demandé de le faire. » Elle ne voulait pas une autre altercation juste après en avoir eu une avec Asako. Une personne ne pouvait pas en encaisser autant en une seule journée. « - Je ne sais pas quelles étaient tes intentions, mais tu aurais dû réfléchir avant. Si tu es intéressé par Asako, tu n'avais pas besoin de… »
« - Ne me case pas avec cette poupée Barbie. » S'exclama-t-il. « - Je ne l'ai pas fait pour moi. Je l'ai fais pour toi. »
« - Moi, je n'ai même pas d'appareil photo et je n'ai plus vraiment de sujet depuis… ah oui… que c'est "une invasion de la vie privée de prendre des photos de personnes… »
« - … Sans le leur dire." C'est ce que j'ai dis. Il suffisait juste de nous dire quand tu allais prendre des photos. » Elle détourna les yeux et il sourit. « - Tu voulais qu'on soit les modèles de ton projet, non ? Donc, avec nous et un nouvel appareil photo, tu devrais trouver assez de compétences requises pour gagner le pari. »
Hana le foudroya du regard. « - Et où vais-je trouver un bon appareil photo ? »
« - Je t'ai dis que je m'occuperais de ça. Alors arrête de travailler au bar. » Il lâcha finalement sa main et s'approcha, son visage reflétant une mine sévère. « - Si je découvre qu'un autre gars t'a touché, tu es morte. Okay ? » Et il passa devant elle.
Hana prit une grande inspiration et fit volte-face. « - Oie ! » Il s'arrêta. Elle pinça les lèvres et referma les bras contre sa poitrine. « - Si tu prétends encore que je suis ta petite-amie, je pourrais être arrêté pour pédophilie. Arrête de te vanter avec ces mensonges si tu veux que j'ai assez de temps pour gagner. »
Tamao se tourna et lui sourit. Un vrai sourire, pas un de ces sourire superficiel ou trompeur. Pas même un de ses sourires dangereux. Un doux sourire amusé. « - Ne te flattes pas, vieille femme. » Puis il disparut.
Jun s'étouffa avec son jus de fruit et se frappa la poitrine par réflexe. « - Tu es folle ? Tu es allée là-bas ? »
« - Bien sûr. » Répondit sèchement Hana, essuyant quelques éclaboussures de jus de fruit de son bras. « - As-tu sincèrement cru que je laisserais filer huit cent dollars, juste comme ça ? »
« - Est-ce que huit cent dollars vaut vraiment nos vies ? Tu es retourné parler à ces voyous et leur chef voyou ? »
« - Oui. » Répondit-elle fermement.
Jun resta calme. Et silencieux pendant si longtemps que son regard persistant la mit mal à l'aise et elle détourna la tête. Il n'était pas dupe. « - Tu l'aimes, n'est-ce pas ? »
Hana écarquilla les yeux avec incrédulité, mais sentit ses joues rougir. « - Non ! »
Il roula des yeux et porta un doigt à ses lèvres. « - Et tu vas quitter ce travail ? »
« - Non ! Je ne peux pas lui faire confiance pour tenir sa parole ! Que faire si j'arrête et qu'il se joue seulement de moi ? » Elle s'arrêta. Tamao, joué ? C'était peu probable. « - Je vais devoir me débrouiller seule pour l'instant. »
Jun était très amusé par toute cette conversation. « - Et s'il se fâche ? Ne penses-tu pas qu'il va se venger ? »
« - Tamao ne me ferait jamais rien de mal. »
Il sourit. « - Tamao ? »
Hana grogna férocement et se leva prestement. « - Je vais me préparer pour le travail ! »
Alors qu'elle s'éloignait, elle savait que Jun avait raison sur un point. Elle devait rester loin de tout rassemblement entre Housen et Suzuran. Si elle l'aurait fait dès le début, elle ne serait pas dans ce bateau en train de couler avec Asako. Comment pouvait-elle prendre de tels risques alors que le facteur déterminant était Serizawa Tamao lui devant huit cent dollar qu'il n'avait pas et lui acheter un appareil photo ? C'était un désastre imminent.
A vrai dire, cependant, elle croyait peut-être qu'il pouvait bien faire quelque chose de la sorte. L'acte en lui-même lui semblait hors de portée, mais il avait donné sa parole. Si elle savait bien une chose de lui, c'était que sa parole était sa vie. Un Yankee pauvre en guerre… qu'avait-il à part sa parole et tout ce que ça comportait ?
Mais elle l'admirait pour ça.
Hana pénétra dans son appartement et alla directement se doucher. Retournant dans sa chambre pour prendre des vêtements, elle retira la serviette de ses cheveux et leva les yeux. Elle fit deux pas et s'arrêta.
Son ordinateur portable était fermé sur son bureau encombré, et, posé dessus, se trouvait pour huit cent dollars, la copie conforme de son ancien appareil photo. Elle ne chercha pas à comprendre comment il était arrivé là, mais se dirigea à la place vers le bureau et toucha la belle machine noire.
Le contact la fit frissonner. « - Tamao. » Il l'avait fait. Il l'avait vraiment fait. Après tout ce temps passé à le harceler, il avait quand même tenu parole. Et pour quoi ? Pour lui faire quitter cet emploi qu'il n'aimait pas ? Ou pour faire ravaler ses mots à Asako ? Ou peut-être une évidence : pour qu'elle le lâche.
Elle sourit et prit l'appareil photo en main avec des mains expertes. « - Serizawa Tamao, tu n'es pas encore débarrassé de moi pour l'instant. » Elle fit fonctionner avec brio le flash. « - Maintenant, je peux battre Asako, donc je compte bien te garder pour moi toute seule. » L'image était parfaite, aussi parfaite que celui qui l'avait emmené ici. Parce que je crois que je t'aime vraiment, Yankee.
Le propriétaire du bar était triste face à sa démission subite. Il avait insisté pour qu'elle réfléchisse parce qu'elle s'était vite adaptée et qu'elle se débrouillait bien, mais elle refusa poliment. « - Ça a été un plaisir de vous rencontrer, Tenjo-sama. Je reviendrais vous rendre visite. » Elle le salua et se dirigea vers la porte.
« - Qu'est-ce que c'est alors ? » Il s'appuya contre le bar et son visage ridé se fendit en un large sourire. « - Ton copain n'aime pas que tu travailles ici ? »
Hana sourit et se tourna lentement. Son expression fit sourire un peu plus l'homme alors qu'elle hochait la tête. « - Non, il n'aime pas. » Ils absorbèrent agréablement l'information tous les deux, puis elle sortit du bar. Elle n'avait pas travaillée aussi longtemps ici pour que ça lui manquera beaucoup, mais Tenjo lui manquerait. Il était amusant et c'était un barman et un patron idéal.
Hana leva les bras en l'air et s'étira longuement. « - Je suis si heureuse ! » S'écria-t-elle dans le silence de la rue. Elle avait l'impression d'être sur un petit nuage alors qu'elle marchait. Demain, elle prendrait son appareil photo et irait prendre des photos parfaites. Que se soit de Tamao ou de la station-service, elle savait qu'elle finirait dans les temps et qu'elle remporterait le concours.
Elle ne cherchait même pas à se venger d'Asako. Tout ce qu'elle voulait, c'était capturer ses muses à travers les photos, puis montrer au monde entier combien ils sous-estimaient et stéréotypaient ce qu'ils étaient. Tout n'était pas que violence et guerre de gang. Ils y avaient des gens qui pouvaient être de belles personnes.
Son esprit dériva vers le sourire de Tamao. Oui, tout à fait beau.
« - Maintenant, Washio Gotta est à Hosen ! A l'attaque ! »
Hana s'arrêta. Hosen ? Puis il y eut des cris et des hurlements et c'était si soudain dans le calme de la nuit que ça semblait contre-nature. Elle se pencha par-dessus la balustrade et découvrit le chaos qui régnait. Hosen contre Suzuran.
Aucun des gars en blanc ne lui semblait familier, mais deux des gars de Suzuran faisait parti du gang de Takiya Genji. Juste derrière eux, deux silhouettes encore plus familières. « - Takeshi ! Manabu ! » Ils se battaient rapidement et avec précision, mais ils ne pouvaient pas se défendre contre autant d'adversaire, et un poing finit par atterrir dans l'œil gauche de Manabu. « - Manabu ! »
Puis elle s'élança, se dirigeant en courant vers les escaliers pour se jeter dans la mêlée.
A suivre…
