Chapitre 6 – Le peuple Kyrati
Le lendemain, après que Sati lui ait refait son bandage, Aliya décida de l'accompagner au marché. A la vue de la population, Aliya eut un étrange sentiment. Le marché était vivant, mais il y avait comme une tension générale, comme celle qu'elle avait ressentie à son arrivée. Elle éprouva de la peine en voyant les maisons délabrées et n'osait imaginer les conditions de vie quotidiennes. Voyant la jeune femme dans cet état, Sati lui confia quelques faits.
-Pagan a changé beaucoup de vies en arrivant ici. D'abord compatissant et dévoué, il s'est ensuite montré froid et avide de pouvoir quand il monta sur le trône. Ne pensant qu'à lui-même, il négligeait le peuple. Mais il l'abandonna quand Ishwari le quitta. Des villages sont menacés de servir de champs de batailles contre le Sentier d'Or, qui n'a pas autant l'air de se soucier de la population qu'il ne le prétend...
-Mon dieu…
-Malgré tout, il fait son possible pour purifier son « peuple adoptif » en neutralisant les terroristes.
Elle fut interrompue par une enfant qui tomba et se mit à pleurer près d'Aliya. Cette dernière se baissa et aida la petite à se relever. Elle la calma d'une voix si douce que l'enfant la regarda avec des grands yeux brillants. C'est alors qu'un adolescent arriva en courant.
-Urja ! Je t'avais dit de ne pas courir ! Ah, bonjour, Sati !
-Bonjour, Sanjay, comment vas-tu ? La petite fait encore des siennes, à ce que je vois.
-Ouais, elle n'arrête pas de courir partout ! Résultat, elle tombe et pleure tout le temps !
Le jeune garçon posa ensuite ses yeux sur Aliya et se figea.
-Sanjay, je te présente Aliya, c'est…
-Aliya ? La tueuse de panthère ?!
Aliya fut étonnée : la connaissait-on jusqu'ici? Les gens ayant entendu le jeune homme posèrent leur attention sur la jeune femme avant de se mettre à chuchoter.
-Haha…oui, je crois bien que c'est moi…
-Vous êtes trop forte ! Vous pourrez m'apprendre ? Il paraît que le combat était génialissime !
-Hein ? Mais…
-Il faut que j'y aille ! Allez, Urja ! Maman nous attend ! Bye, Sati !
Il prit sa petite sœur dans ses bras avant de partir en courant.
-Ah…Quelle pile, ce petit !
-C'est clair. Tu as l'air de bien le connaître.
-Sa mère est une amie.
Pendant leurs emplettes, Aliya se dit qu'il serait bien d'aller à la rencontre de ce peuple meurtri. Après avoir demandé à Eli d'agrandir son périmètre autorisé – ce qu'il fit après un moment d'hésitation – elle se rendit dans les villages environnants. Les paysages détenaient un charme irrésistible et elle en prenait plein la vue à chaque sortie. Les montagnes et les forêts plus ou moins luxuriantes faisaient un duo parfait. Après un moment de méfiance, les villageois se montrèrent accueillants et chaleureux, au grand plaisir de la jeune femme. Beaucoup lui racontaient le temps où la guerre était quotidienne une effroyable période qu'Aliya refusait d'imaginer, tant cela devait être affreux.
Elle raconta le ressenti de son expérience à Sati.
-J'ai vraiment eu l'impression qu'ils avaient besoin d'un sauveur…Quelques uns mettent encore des espoirs dans le Sentier d'Or, mais beaucoup le traitent de « ramassis de gorilles » désireux de vengeance…
Aujourd'hui, j'ai pu assister à une incinération…ça…brûlait ma curiosité, si je puis dire…la sœur du défunt m'a dit que c'était arrivé suite à un affrontement entre les deux camps…
J'ai admiré leurs sourires…mais ça fait vraiment mal de ressentir leur peine…crois-tu que leurs souffrances s'arrêteront un jour ?
-Je ne peux malheureusement pas te répondre, ma chérie. Il faudrait un véritable miracle pour que tout s'arrête.
-Dis, Sati…si jamais, je…je deviens assez forte…crois-tu que je pourrais tous les sauver ? Ou trouver un terrain d'entente ?
-Ton aspiration à la paix est admirable. Malheureusement, je doute que tu réussisses sur tous les plans…ce conflit existe depuis bien trop longtemps. Même Pagan est las de cette situation, mais comme il tient cette « organisation » pour responsable de sa peine, il continue à se battre.
-Hm…Il serait peut-être temps qu'il se libère du passé, non ?
-Il n'y arrive pas…il tenait trop aux sentiments qu'il a ressenti au temps où il était avec Ishwari et Lakshmana. Il est normal qu'il tienne à faire payer ceux qui ont contribué à lui arracher son sourire.
-Je peux comprendre ça, mais rien ne lui rendra ses êtres chers…
Sati avait les larmes aux yeux. Aliya lui prit la main et la couvrit d'un regard rassurant.
-Je ne te promets pas la lune, mais…si je deviens assez forte, peut-être que je serai capable de rendre le sourire à tout le monde, y compris Min. Personne ne devrait avoir à porter le poids d'une si lourde peine, même pas ce dandy drogué à la couleur rose.
-Tu es vraiment adorable. Veille toutefois à rester réaliste, d'accord ? N'en fais pas trop.
-Je vais essayer.
Elles se sourirent.
Quelques temps avant de se coucher, quelqu'un frappa à la porte. Aliya, intriguée, se leva pour l'ouvrir.
-Ma chère colombe…
-…
-Je souhaitais prendre connaissance de l'état de ta blessure.
-Je ne sens plus rien.
-Fort bien ! Tu pourras donc commencer ta formation de mercenaire demain, comme prévu ! Es-tu impatiente ?
-Oui, bien que stressée…
-Tout se passera bien.
-Comment pouvez-vous en être aussi sûr ?
-Je le sens.
Il la regardait d'un air confiant. Au fond, elle espérait qu'il ait raison. Il entreprit de partir, en souhaitant une bonne nuit à son petit oiseau.
-Dîtes…
-Oui, très chère ?
-…C'est une maladie, ces vêtements roses ? Ça va quand même jusqu'à votre peignoir…
-Cette couleur est très importante à mes yeux. Et puis, ne me va-t-elle pas à la perfection ?
-…Vous n'êtes qu'un grand narcissique.
-Je prends ça pour un compliment ! Dors bien, ma douce.
Il s'éloigna. Aliya se posa sur son lit et tenta de trouver cette fameuse valeur qu'il apportait à la douce couleur.
Ah…douce couleur…alors quelque chose de doux ? Elle leva la tête et contemplait un bouquet sur une console. D'abord rêveuse, elle finit par faire le rapprochement à la vue de la rose. Un doux amour. Elle esquissa un tendre sourire avant de fermer les yeux et penser à sa première journée d'entraînement.
