Disclaimer : Tous les personnages cités dans cette fanfiction (Deadpool, Spider-Man, Iron Man, etc) sont la propriété de Marvel Comics.
Music : The Neighbourhood — Daddy Issues


« Je suis affamée. »

Je mérite de mourir. Je me le suis longtemps rabâché quand j'étais petit. En écoutant une déclaration pareille, un psychologue tenterait de me soulager la conscience, de me rassurer sur le moment présent. Il me sortirait une phrase du style :

— Tu as un passé de dépressif, c'est normal de le ressasser de temps en temps. Le plus important, c'est qu'il est derrière toi maintenant.

Si je devais noter cette méthode d'encouragement sur une échelle de zéro à mille, je lui donnerais un nombre négatif. Je ne pense pas que la dépression puisse se situer dans le passé. Une fois que tu l'as accueilli chez toi, elle ne s'en va jamais vraiment. Parfois, elle gonfle comme un ballon de baudruche et t'écrase contre un mur, puis elle explose et toi avec. Parfois, elle se ratatine à un degré atomique. Elle devient une poussière et vole à travers la pièce. Quand tu y fais attention, tu peux toujours l'apercevoir entre les rayons de soleil de la fenêtre. Elle est toujours là. Elle attend le moment propice, celui où tu oublies qu'elle fait partie du décor.

Tu te fourvoies. Elle, elle ne t'oublie jamais.

Peu à peu, elle éponge tes humeurs et aspire ton énergie. Tapie dans l'ombre, elle te dévore subtilement. Silencieusement. C'est une bête captive que tu as appris à nourrir, juste assez pour qu'elle ne meure jamais tout à fait de faim. Le jour de trop, tu lui offres un festin et le lendemain, elle se déchaîne sous des airs de monstre sauvage. Trop tard, tu ne la domptes plus. Tu ne contrôles plus rien.

Il y a un milliard de façons de définir la dépression : on peut la comparer à quelque chose de plus consistant ou la parer d'une silhouette pour mieux la comprendre. On peut en faire une pile de dessins mélancoliques ou une bibliothèque de romans désenchantés. On peut aussi courir, mais il n'y a aucun moyen de la faire disparaître.

Pour ma part, mes illusions se sont très rapidement évanouies lorsqu'elle s'est faite maître de mes actions. J'ai arrêté de courir à la poursuite des criminels du quartier et depuis, je la nourris autant qu'elle le souhaite. Je n'entends parler qu'elle. Je la hais. Si seulement les mots avaient un impact sur elle, je le lui aurais déjà fait savoir...

« Je suis affamée. »

Ses mots ont pourtant un impact sur moi.