7.

Debout devant la fenêtre, Salmanille suivait du regard Alguérande, Alveyron et Pouchy lancés dans une bataille rangée de boules de neige à quelques pas de la section des douves du château.

Albator se rapprocha d'elle, posant un châle soyeux sur ses épaules.

- Le retour de son père a fait un immense bien au petit, remarqua-t-elle. Il s'est à nouveau ouvert au monde et épanoui.

- L'inverse est très vrai aussi, murmura son époux. Avoir ses enfants auprès de lui a mis du baume au cœur si meurtri d'Alguérande. Madaryne est bien présente en eux, mais ils ont tous compris que la vie devenait continuer, en attendant. Reviens près de la cheminée, les flammes sont réconfortantes et le thé est bien chaud.

Guidée par les bras apaisants de son mari, Salmanille se rassit dans le fauteuil.

Un instant, ce dernier l'observa.

- Tu sembles préoccupée, ma douce. Je sais que les soucis ne manquent pas, que la petite famille d'Algie nous inquiète quant à son avenir, et qu'Alcéllya doit toujours rester allongée jusqu'à la naissance de son bébé, mais tu ne m'as pas habitué à garder quelque chose pour toi ?

Salmanille eut un petit rire sans joie.

- Décidément, vous les Mâles Alphas, vous ne verrez jamais ce qui est en train de ce jouer juste devant votre nez ?

- Mais encore ?

- Cette Shynovae est au château depuis presque deux mois…

- Et alors ? poursuivit Albator qui effectivement ne voyait toujours pas où sa femme voulait en venir !

- Alguérande et elle sont très proches.

- Bien sûr. Ils étaient camarades de chambrée à l'Académie. Ils ont dès lors fait leurs débuts ensemble. Et ils sont tous les deux de remarquables commandants de cuirassé. Avec tous ces points communs, rien d'étonnant à ce qu'ils profitent de ces semaines de retrouvailles amicales !

Salmanille se releva brusquement.

- Mais tu es borné, aveugle, ou quoi ? ! siffla-t-elle à la stupéfaction du grand brun balafré. C'est Madaryne l'épouse d'Alguérande !

- Personne ne l'ignore.

- Sauf que cette Kordenbach donne l'impression de vouloir investir la place, jeta violemment Salmanille. Alguérande n'a jamais fait mystère qu'elle le trouvait très à son goût du temps de leurs études ! Et si elle sent la place chaude, elle n'avait que ces deux mois pour tenter de faire son trou !

- Tu affabules complètement. Kordenbach est parfaitement consciente qu'Alguérande n'aime que Madaryne et qu'il attend désespérément son retour, tout comme il a peut-être su tout au fond de lui-même qu'ils se retrouveraient même divorcés ! Et même si cette jeune femme avait encore des sentiments pour Alguérande, elle ne menacerait pas leur mariage, car Algie ne le lui pardonnerait jamais !

- C'est bien ce que je disais : tu es complètement aveugle ! persista rageusement Salmanille. En deux mois elle est devenue presque indispensable à Alguérande, l'épaule sur laquelle se reposer, nous reléguant au second plan, tous !

- Tu ne serais pas un peu jalouse qu'une inconnue fasse plus de bien que nous à l'un de nos enfants ?

- Je suis lucide ! Alguérande a bien trop de chagrin que pour se rendre compte des manœuvres. J'ai à le protéger, il est mon fils !

- Il est adulte aussi. Et nous avons à lui faire confiance. Crois-moi, il ne laisserait jamais Shynovae opérer un rapprochement vraiment intime. C'est Madaryne, et personne d'autre, qu'il attend pour éclairer sa vie.

- J'espère que tu as raison. Il est si fragile et si pur, notre petit poussin !

- Hum, ce ne seraient pas les premiers qualificatifs qui me seraient venus à l'esprit pour le décrire, mais ce n'est pas faux, rit Albator. Allez, chasse ces pensées noires, ma belle. Je ne te veux qu'à moi et ce n'est pas une gamine qui me fera détourner l'œil de toi !

- Mais j'espère bien, mon Pirate préféré. Qu'elle tourne seulement autour de toi et je lui dévisse la tête !

- Avec une garde du corps telle que toi, je n'ai vraiment aucun souci à me faire, fit-il en riant franchement.

- En parlant de corps, nous sommes seuls et pour un bon moment encore, remarqua Salmanille, apaisée, coquine.

- Aurais-tu une idée derrière la tête ?

- Si tu le devines, je te laisserai la mettre en pratique !


Battant des bras dans la neige, Alveyron s'était ensuite relevé, glissa sa moufle dans la main gantée de son père.

- Regarde, on dirait moi avec des ailes !

- Oui, c'est exactement ça ! approuva Alguérande. Tu mérites les plus belles ailes qui soient. Des ailes de cygne !

Le garçonnet réfléchit un moment, visualisant l'image dans son esprit.

- Ce serait amusant, mais bizarre ! conclut-il.

Il sautilla sur place.

- J'ai froid…

- Oui, rentrons, approuva Pouchy. Je ne serais pas contre un grand vin chaud et du lait à la cannelle pour toi, Alfie !

Se dirigeant vers l'une des entrées du château, Alguérande sourit à la vue de Shynovae qui les attendait, ayant fait préparer lesdits breuvages.

- Prenant un des bols sur le plateau tenu par la domestique, Shynovae le lui tendit.

- Bois, ça va te réchauffer.