Je demeurais abasourdi en entendant la voix d'Aro. Que pouvait-il me vouloir, à moi et pas à Carlisle ?

-Oui ? Ai-je répondu d'une voix un peu inquiète.

-Ne soit pas surpris, c'est Carlisle qui m'a donné ton numéro…

-C'est que vous m'appeliez moi, qui me surprend...

Il eut un léger rire triste.

-Les Volturis ont un devoir de mémoire Edward, je suis surpris que ton loup ne t'ai pas déjà tué, c'est exceptionnel…

-Bella lui a demandé de me laisser en vie.

-La cruelle… Peux-tu mettre le haut-parleur s'il te plait ? Mieux vaut qu'ils entendent…

J'ai écarté le téléphone de mon oreille, et ai expliqué.

-C'est Aro Volturi. Il est de ceux qui définissent nos lois et les font respecter… Il veut vous parler…

Sans répondre à leurs questions muettes, car j'en étais tout simplement incapable, j'ai enclenché le bouton du haut-parleur, et la voix d'Aro a retenti dans le silence de plomb qui s'était abattu sur la meute…

-Bonjour à vous, loups descendants d'Ephraïm Black. Comme vous l'a dit Edward, je suis Aro Volturi, je tiens à préciser que mes frères, Marcus et Caïus, écoutent également notre conversation… Avant que vous ne vous mettiez à parler de guerre, sachez simplement que les Volturi, et moi en particulier, avons un rôle de mémoire… L'apparition d'un calice est un évènement rarissime, qui arrive à peine une fois en plusieurs siècles, c'est pourquoi nous avons décidé de nous en souvenir… Que cette sagesse ne soit pas oubliée, et puisse servir aux générations futures… Mon pouvoir me donne le don de connaitre les pensées les plus profondes des gens, et cela rien qu'en les touchant. Il est donc de mon devoir de me souvenir de l'amour, mais aussi de la souffrance d'Edward… Nous allons donc rendre visite au clan Cullen très bientôt, nous aimerions rencontrer Edward, à l'endroit et au moment qu'il vous plaira, bien sûr. Nous arriverons, mes frères et moi, d'ici la fin de la journée…

Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer une incohérence…

-Pour venir ici d'Italie, il faut au moins deux jours de voyage…

-Si on vient en avion, Edward, pas si on vient à la nage…

-Que… Vous n'êtes pas obligés de venir aussi vite !

-C'est déjà exceptionnel que ton calice t'ai laissé en vie aussi longtemps Edward ! D'habitude, nous arrivons trop tard et le loup a déjà tué le vampire… Puisque la, je peux servir à quelque chose… Et puis, honnêtement Edward, je préfère venir maintenant, tant que la douleur est encore faible…

-Pourquoi êtes-vous aussi conciliants ? A grogné Sam.

-Parce que c'est mieux pour tout le monde, que ce soit pour Marcus et moi, à cause de nos pouvoirs, ou pour Caïus…

-Marcus a le pouvoir de voir les liens entre les gens, c'est ça ? Ai-je répondu, mais quel est le rapport avec Caïus ?

-C'est exact, Marcus verra les liens qui te lient à ton calice, il verra donc les liens d'amour, mais aussi de souffrance… Quant à Caïus… Le premier calice de l'histoire, ou du moins, le premier recensé par notre dynastie, était le sien…

-Que… Tu veux dire que depuis plusieurs siècles, Caïus vit en ayant été rejeté par son calice ?

-Non, Edward. C'est pire. Je t'ai dit l'autre jour qu'en temps normal, le vampire mourait, du moins charnellement, en même temps que son calice, ce qui lui évitait de souffrir plus longtemps. Eh bien pour diverses raisons, cette règle ne s'applique pas à lui…

J'ai pris une expression horrifiée. Cela ne faisait qu'un jour, et même si je n'en parlais pas, la souffrance était déjà insupportable ! C'était une véritable torture de savoir Jacob si proche, et pourtant si loin de moi, et Caïus ressentais cette souffrance, qui grandissait chaque jour, et cela malgré la mort de son calice ? Je comprenais maintenant ce qui l'avait rendu si amer…

J'ai entendu quelques voix et Aro qui passait le téléphone. Peu de temps après, la voix de Caïus a retenti…

-Je hais parler de ça, Cullen, alors écoute moi bien ! Mon calice était un loup russe du nom de Quillan. Il était doux, gentil, adorait la vie et était répugné par la mort, même celle qu'il devait infliger à ses ennemis naturels, les vampires. Lorsque je l'ai reconnu comme mon calice, il a décidé de me laisser une chance, et pendant quelques mois trop courts, nous avons été merveilleusement heureux. Jusqu'à ce que la meute découvre notre relation. Quillan a été banni, et les loups ont voulu me tuer. Nous nous sommes enfuis. Mais Quillan n'arrivait pas à surmonter la perte de sa meute, il n'arrivait pas à oublier sa famille, et même moi, je ne pouvais rien y faire! Il s'est enfoncé dans la dépression, et sa santé a fini par se dégrader. J'ai alors passé un pacte avec la meute: ils réintégraient Quillan, et le traitaient en ami, en frère, comme si rien ne s'était passé, et en échange, j'effaçais toute trace de notre relation de sa mémoire et je disparaissais de sa vie. Quillan m'a oublié, et je l'ai mené sur le chemin de son imprégné, j'ai disparu de sa vie, et bien que j'ai senti au plus profond de moi l'atroce souffrance qui signifiait sa mort, elle ne m'a pas frappé. Parce que sacrifier son propre bonheur au profit de celui de son calice est apparemment la seule et unique chance pour le vampire de lui survivre. Si je l'avais su plus tôt, j'aurais sans doute envoyé valser mon instinct et tranché la gorge de Quillan! Peut-être que je serais mort avec lui et que je l'aurais retrouvé par la suite. Ou peut-être ma punition aurait-elle été identique…

Sa déclaration a été suivie par un silence complet, autant à Volterra, qu'ici, avec la meute… Il y avait tant d'amertume dans sa voix, que je n'ai même pas eu conscience de me tourner vers Jacob et Sam et de leur lancer un regard suppliant pour qu'ils ne réagissent pas comme ça, des larmes de venin coulaient sur mes joues, car j'imaginais aisément la souffrance de Caïus, et elle pouvait si facilement devenir mienne… Aro a reprit le téléphone…

-Edward ? Loups ? Maintenant, vous savez tout. Nous arriverons sans doute peu de temps avant la nuit, nous ne vous voulons aucun mal, nous voulons simplement voir Edward, nous rappellerons lorsque nous serons arrivés… Ah, si, une dernière chose… Je m'adresse ici au calice d'Edward. Je suppose qu'il t'en a déjà parlé, mais le cas échéant, si tu décides de le tuer, son corps se transformera en une poussière que nous viendrons recueillir. Si un jour tu regrettes ton geste, la porte de Volterra te sera toujours ouverte si tu souhaites le ramener à la vie. Il suffira d'une goutte de ton sang, préviens-nous par les Cullen…

Et il a raccroché.

J'ai poussé un soupir. Je m'apprêtais à m'en aller, lorsque Billy et Sam m'ont retenu…

-Edward… A commencé Billy.

-Si Jacob et Billy sont d'accord, je t'autorise à rester à proximité de la réserve, et à en franchir les frontières quand tu le veux, a dit Sam, mais cela semblait lui coûter cher…

J'ai regardé Billy, qui a hoché la tête. J'ai regardé Jacob, qui me fixait d'un air indéfinissable…

D'accord… A-t-il pensé. J'en pleurais…

-Merci, Jake… Ai-je répondu. Deux mois, trois, maximum… Tu ne me remarqueras même pas…

Et je suis parti.