Un miroir ne sert pas uniquement à réfléchir des reflets
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Ce fut les yeux bleus, brillants, confiants et insondables de Dumbledore qui empêchèrent Lily de sombrer. Elle resta droite, digne, sans quitter du regard ces deux prunelles emplies de lumière, si rassurante dans ces ténèbres qui menaçaient de l'engloutir. A côté d'elle, Clément s'affaissa contre le mur, le visage livide. Elle sentit Hugo chercher sa main à tâtons et elle agrippa ses doigts pour les serrer entre les siens. Un long silence s'installa, lourd et pesant, un de ceux qui ne veulent rien dire tout en sous entendant beaucoup.
Sans se départir de son sourire bienveillant, le vieux professeur cilla. Et Lily poussa un gémissement. Elle se laissa glisser par terre, les yeux fermés, le corps tremblant. Hugo se laissa entraîner avec elle, et son bras entoura les épaules de la jeune fille, offrant une protection dérisoire mais nécessaire. Ce fut Clément qui retrouva le premier l'usage de la parole. Il déglutit bruyamment, le regard vide, et murmura :
- C'est à cause du miroir, n'est-ce pas ?
- En effet, répondit calmement Dumbledore. Comme l'a très justement expliqué votre amie, il montre notre désir le plus cher. Mais il possède de nombreuses autres facultés, beaucoup plus puissantes. Lorsque le miroir se rend compte que vos sentiments sont purs, et dépourvus d'avidités, il peut dans une certaine mesure, exaucer vos désirs. Pardonnez mon manque apparent de modestie, mais cet objet est l'une de mes plus brillants inventions.
- Vous pensez être drôle ?
Le ton d'Hugo était cassant, tranchant et ironique. Sa main sur l'épaule de Lily était crispée, et son visage fermé. Dumbledore l'examina avec attention et pour la première fois depuis la début de cette conversation, son sourire disparu. Ses yeux bleus scintillèrent d'un sentiment inconnu et indéfinissable, qui l'emmena à parler avec une compassion qu'il n'avait jusqu'alors pas manifesté.
- Absolument pas. Je ne fais que vous exposer les faits. Si vous voulez bien me suivre, je pense que nous serons plus à l'aise dans mon bureau.
Et sans attendre de voir si les adolescents le suivaient, il tourna les talons et s'avança lentement le long du couloir. Abasourdis, les trois amis le regardèrent s'éloigner sans rien dire, perdus au milieu de ces explications qu'ils ne parvenaient pas à entendre. Sans vraiment savoir pourquoi, ils lui emboîtèrent finalement le pas. Ce fut un geste machinal, comme un automatisme. Lily songea curieusement que cet homme avait le pouvoir extraordinaire de se faire obéir dans n'importe quelle circonstance.
Le trajet se déroula sans qu'aucun d'eux ne prononce un mot. C'était un de ces moments si particulier qui rendent le silence indispensable et la parole dérisoire. Ils avançaient d'un pas tranquille mais saccadé, qui trahissait leur inquiétude et leur angoisse, mais rien d'autre dans leur attitude n'aurait pu laisser paraître qu'un quelconque phénomène impensable venait de se produire. Leurs visages affichaient la plus incroyable des neutralités, et leurs corps -bien que tendus- n'étaient pas raides. Étrangement, le calme et la sérénité apparente de Dumbledore avaient rassurés les adolescents. Et au fur et à mesure qu'ils progressaient vers leur destination, leurs démarches devenaient plus tranquilles, plus posées. Plus rassurées, en vérité. Ce ne fut que lorsqu'ils arrivèrent devant la statue de pierre qui gardait le passage secret menant vers le bureau directoriale que la peur repris le dessus. Leurs yeux se plissèrent, leurs doigts tressaillirent et de fines gouttes rondes coulèrent le long de leurs joues devenues blanches. Ces signes si minimes, invisibles de l'extérieur, n'atteignirent pas Dumbledore qui leur sourit, prononça le mot de passe et s'écarta calmement pour les laisser passer.
Un sentiment étrange semblait flotter dans l'excentrique bureau lorsque l'escalier de pierre déposa les adolescents à l'entrée de la pièce. Les talons de Lily claquèrent avec force et froideur sur le sol qui semblait glacé. La veste de son frère toujours serrée sur ses minces épaules, la jeune femme avait le corps secoué de frissons. Ce n'était pas tant la douce fraîcheur qui la faisait trembler que la sensation de ne rien maîtriser. Cette situation semblait totalement invraisemblable et la fille Potter avait une envie grandissante de se pincer pour parvenir à se réveiller. Car cela n'était qu'un rêve. Il ne pouvait en être autrement. Alors qu'elle fermait les yeux une main se posa doucement sur la sienne et la força à lâcher le manteau qui tenait seul sur ses épaules. Elle sourit doucement, croyant reconnaître l'étreinte d'Hugo, et parvint grâce à ces doigts qui enlaçaient les siens à franchir la porte menant au bureau directoriale. Ce ne fut qu'une fois à l'intérieure que ses paupières s'ouvrirent et qu'elle se rendit compte que Clément se tenait près d'elle. Elle comprit, il lui sourit. Sans vraiment réfléchir, elle lui rendit cette tendre gentillesse et serra plus fort encore sa main, trouvant dans ce contact un point d'ancrage salutaire.
Sans paraître se soucier des tourments des trois amis, Dumbledore alla s'asseoir à son bureau avec un sourire. Par-dessus ses lunettes en demi-lune, ses yeux d'un bleu perçant scrutaient Lily, Hugo et Clément avec une attention embarrassante. Avec une mimique amusée, le jeune Weasley se souvint que son oncle lui avait parlé de ce regard, celui qui donnait l'impression d'être passée aux rayons X. Il l'avait décrit comme courant, chez le vieil homme, et avait eu une lueur de tendresse dans ses prunelles émeraude lorsqu'il avait insisté sur le fait qu'on n'en ressortait jamais vraiment indemne.
- Vous m'avez donné votre nom, jeune fille. Maintenant, j'aimerais avoir ceux de vos amis.
La voix du vieil homme était calme et sereine, mais résonna comme une sentence dans cette pièce silencieuse. Les doigts de Clément serrèrent ceux de Lily qui l'encouragea d'une pression ferme et rassurante.
- Je suis Clément Agostini.
- Hugo Weasley, chuchota le rouquin sans lever les yeux.
- Nous sommes cousins, ne put s'empêcher d'ajouter la fille Potter.
- Je vois, répondit Dumbledore.
Lui dont le stoïcisme avait choqué les adolescents paraissait désormais inquiet. Ces noms semblaient éveiller en lui une plus grande peur que les faits eux-mêmes.
- Je me doutais qu'un jour ce miroir poserait problème. Depuis sa création, il a rendu un nombre incalculable d'élèves fous. Mais j'avoue que jamais je n'aurais imaginé me retrouver confronté à une telle situation. Peut-être, Lily, pourriez-vous m'expliquer ce qui s'est produit pour que cela arrive ?
- Et bien... J'ai vu certaines personnes du passé dans la glace et je l'ai malencontreusement touché.
La jeune fille se mordit la lèvre, sa culpabilité encore plus forte qu'auparavant. Cette discussion la mettait mal à l'aise, car elle rendait les évènements plus réels et d'autant plus effrayants.
- Je vois. Je suppose que vous êtes une parente de James Potter.
- Je suis sa petite fille. Et celle de Lily Evans.
Une lueur d'étonnement passa dans le regard azur du vieil homme qui se pencha légèrement en avant, les sourcils froncés.
- Il faut que vous me racontiez tout. Autant que faire se peut, je n'en tiendrai aucun compte dans mes actes. Mais pour pouvoir vous aider, il me faut savoir la situation de votre époque, et les péripéties qui vous ont amené ici.
Les trois adolescents échangèrent un regard inquiet. Devaient-ils vraiment faire confiance à Dumbledore ? Si quelque chose changeait dans le passé, quelles conséquences cela aurait-il dans l'avenir ? Tout pouvait être modifié. Peut-être même ne naîtraient-ils jamais. Mais d'un commun accord muet, leur décision fut prise. Car, sans vraiment pouvoir ou peut-être même vouloir l'admettre, ils savaient que personne n'était plus fiable que la personne assise en face d'eux. Leurs parents leur en avaient tellement parlé ! Il était vénéré de tous, adulé de chacun. Et rien n'avait prouvé que tous ces gens avaient eu tort d'accorder leur confiance à cet homme.
- Très bien, répondit alors Lily, sa main toujours dans celle de son ami. Nous allons tout vous dire.
Et elle le fit. Durant un temps qui leur parut à tous interminable, elle conta l'histoire de ses grands-parents, de son père, la mort de Voldemort, leur propre enfance et leur arrivée ici. Elle parla de la vieille dame, cette inconnue qui avait sans le savoir ou le vouloir provoquer tout cela. Lorsqu'elle se tut enfin, la nuit était tombée au dehors, dans le parc tellement différent à cette époque.
Un long silence s'installa. Les mains croisées, les coudes posés sur son bureau, Dumbledore ne fit rien pour le rompre. Il restait immobile, ses prunelles emplies d'un sentiment qui semblait être de la fierté. Clément serrait avec force les doigts de Lily, et la jeune fille s'accrochait à ce contact comme à une bouée de sauvetage.
- Monsieur ?
Hugo s'était penché en avant, ses cheveux d'un brun clair, presque roux, retombant légèrement sur ses yeux inquiets, cachant en partie son regard en chocolat pur. Il semblait trembler, et la tension que son corps dégageait était presque palpable. Dumbledore se racla la gorge.
- Merci. Cela me rassure énormément de savoir tout cela. Et ces informations vont être utiles pour tenter de vous ramener d'où vous venez.
- Vous pensez être en mesure d'y arriver ? demanda Lily.
- Je vais tout faire pour, miss Potter. Vous devez vous en remettre à moi et me laissez faire. Ayez confiance.
- J'ai confiance, professeur. C'est juste que je n'ai aucune idée de comment faire, de comment agir. Je veux dire... Où allons-nous rester en attendant que vous parveniez à nous envoyer dans le futur ?
- Et bien ici. A Poudlard. En tant qu'étudiants.
Les adolescents ouvrirent grand les yeux. Mais le vieil homme paraissait très sérieux. Il les observait de son regard inquisiteur, avec un calme apparent qui semblait bouillir.
- Vous êtes sûr, monsieur ?
- Absolument.
- Mais comment présenter ça aux autres élèves ?
- Et bien il va falloir ruser un peu.
Sous l'air ébahi des trois amis, Dumbledore sourit. Il se leva de son fauteuil, contourna son large bureau et vint se placer derrière Hugo, Lily et Clément qui se retournèrent pour lui faire face. Dans ce mouvement, les doigts de ces deux derniers se délièrent et une sensation de vide envahit Lily qui se sentit frissonner. Elle ouvrit et referma sa main dans le vide, la gorge nouée.
- Miss Potter ?
- Oui, professeur ? répondit-elle sans vraiment y penser.
- Je suis vraiment désolée, mais vous allez devoir utiliser votre deuxième prénom aussi longtemps que vous serez ici. Votre ressemblance avec votre grand-mère est déjà une trop grande source de suspicion. De plus, vous le comprendrez, votre nom de famille ne peut être prononcé. Désormais, vous vous ferez appeler Barrier. Cela vous convient-il ?
- Oui, professeur, répéta la jeune fille.
Elle se sentait fiévreuse. Tous ces changements, toutes ces contraintes et ces mensonges... Tout était de sa faute. Rien de ceci ne serait arrivé si elle n'avait pas été aussi curieuse. Les larmes lui montèrent aux yeux, mais elle les essuya d'un revers de main, en s'ordonnant de ne pas se rendre ridicule.
- Quand à vous, messieurs, vos prénoms ne posent aucun problème. Néanmoins, en ce qui vous concerne Monsieur Weasley, je vous propose le nom de Tudor.
- Hugo Tudor. Très bien, professeur.
- Parfait.
Dumbledore eut un large sourire. Mais le temps d'un bref instant, si court qu'elle songea avoir rêvé, Lily crut voir une immense inquiétude dans ses prunelles bleutées. Avec un serrement de coeur, elle comprit que son attitude calme et posée n'était qu'une façade pour les rassurer. Au fond de lui, le vieil homme savait que la situation était grave, importante, allant à l'encontre de toutes règles. Et que cela n'avait rien d'ordinaire. Mais Dumbledore cilla, et ce trop court instant s'évapora. Il glissa entre les doigts de la jeune fille et lui échappa, aussi facilement que de la vapeur d'eau, telle une fumée volage.
- Je suis vraiment désolée que vous ayez à vivre ça, ajouta-t-il dans un murmure. Cela n'aurait jamais dû se produire.
- Ce n'est pas de votre faute, répondit Hugo, presque machinalement. Nous n'aurions jamais dû aller dans cette maison. Je n'ai pas empêché Lily d'y entrer et maintenant...
Il ne termina pas sa phrase, passant une main angoissée dans ses cheveux. Son regard trahissait sa profonde confusion et la peur de cet inconnu qui s'ouvrait devant eux.
- Je veillerai personnellement à ce que tout se déroule bien jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée. Ne vous inquiétez pas, jeunes gens. Personne ne sera au courant. Pas même les professeurs. Vous ne devez en aucun cas en parler à qui que ce soit. Pour le reste de l'école, vous serez des étrangers venus étudier à Poudlard.
- Mais pourquoi ?
- Si nous voulons que l'équilibre du temps soit préservé, il faut à tout prix essayer de ne rien changer. Si votre histoire se savait, le futur en serait modifié.
Les trois adolescents ne répliquèrent pas. Ils savaient que Dumbledore avait raison. Hugo poussa un soupir, Clément frissonna et Lily sentit ses yeux se remplirent de larmes. Qu'allaient devenir ses parents ? Rien ne pouvait leur laisser penser qu'elle allait bien. Ils allaient imaginer le pire, elle n'avait aucun moyen de leur faire savoir qu'elle était en vie. Pour eux, elle devait déjà être morte.
- Fleur de Lys, tu vas bien ?
Lily se retourna si vite vers son cousin qu'elle ne s'en rendit même pas compte. C'était comme si son corps avait réagi seul, poussé par la rage qui venait de l'envahir à l'entente de ces mots stupides. Elle se retint de crier, posa ses mains sur ses hanches et prit le ton le plus ironique qu'elle put, les sanglots déformant sa voix.
- Mais évidemment, Hugo ! Bien sûr, je vais parfaitement bien ! Nous sommes coincés ici par ma faute, nos parents doivent être effondrés, je n'ai absolument aucune idée de comment nous allons faire pour nous en sortir et tu me poses des questions si idiotes que je me demande si c'est bien toi qui vient de parler ! Je ne peux pas aller mieux ! Pourquoi, tu en doutais ?
Un long silence suivit cette déclaration. Le jeune Weasley sentit sa gorge se nouer, et la culpabilité se lut clairement sur ses traits alors qu'il n'osait pas prononcer un mot, de peur de dire de nouveau quelque chose de stupide. A la vue de ce si évident signe de regret, la colère de Lily fondit aussi vite qu'elle était apparue. Elle se mordit la lèvre et posa une main sur la joue de son cousin, ses yeux océan remplis de remords.
- Excuses moi, Hugo, je suis désolée... Je ne voulais pas dire ça, je ne sais pas ce qui m'a pris... Evidemment que tu n'y es pour rien !
- Ce n'est pas grave. Ma question était en effet déplacée. Forcement que tu ne vas pas bien ! Comme aucun de nous. Mais ce n'est pas de ta faute.
Lily secoua la tête. Elle n'en était pas aussi sûre que son meilleur ami. Faisant comme si rien ne s'était passé, Dumbledore reprit la parole.
- Vous passerez sous le Choixpeau magique. Ce n'est qu'une simple formalité, évidemment, mais cela donnera plus de crédibilité à votre histoire. Au festin de début d'année, lorsque les premières années seront répartis, je vous présenterai et ce sera votre tour.
Les adolescents échangèrent un regard. Ils étaient bien obligés d'accepter. Le vieil homme savait beaucoup mieux qu'eux ce qu'il convenait de faire, et ils ne pouvaient s'en sortir sans aide.
- Si vous pensez que c'est ce qu'il faut faire, monsieur, alors c'est ce que nous ferons, déclara Clément qui répondait pour ses amis.
Dumbledore sourit. Mais ce fut un geste presque las, épuisé, vide de sens et dénué de malice, qui ne se refléta pas dans ses yeux bleus teintés d'inquiétude. Le sage observa un long instant les trois amis. Puis, il posa une main protectrice sur l'épaule de Lily et sa tête se pencha légèrement sur le côté.
- Je pense que vous devriez aller vous reposer. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, venez me voir à toute heure, de jour comme de nuit. Je vous promets que je ne laisserai rien de fâcheux vous arriver. Dans trois jours, les élèves arriveront et vous prendrez place parmi eux. D'ici là, je vous cacherai. Ainsi, personne ne sera au courant de votre présence, et je m'occuperai d'informer les professeurs de l'histoire que vous avez approuvée.
- Où devons-nous rester ?
- Ici. Personne ne rentre dans mon bureau sans autorisation et je ferai en sorte que vous ne soyez pas dérangé.
Il sortit sa baguette magique et presque machinalement, bougea légèrement son poignet. Trois lits apparurent aussitôt dans un coin reculé de la pièce, sous les yeux ébahis des anciens directeurs et directrices de Poudlard qui n'avaient pas prononcés un mot depuis le début de l'entretien.
- Dormez. Je vous donnerai de plus amples information et de nouvelles directives demain, lorsque j'aurais réfléchi à la situation.
Caressant doucement sa barbe argenté, comme pour réfléchir, il se dirigea finalement vers la porte de son bureau qu'il ouvrit. Alors qu'il s'apprêtait à sortir, il se retourna une dernière fois vers les adolescents et leur lança un regard perçant, rempli de compréhension.
- Je suis désolé.
Et, silencieusement, il quitta la pièce. Lily se laissa tomber sur une chaise, les jambes faibles. Hugo passa nerveusement la main dans ses cheveux aux reflets cuivrés. Clément ferma les yeux. Aucun des trois amis ne prononça un mot, et la pièce fut plongée dans un silence pesant. Plusieurs minutes passèrent, lourdes et suffocantes, mais ils restaient figés, la gorge nouée, incapable de parler. Ce fut finalement Hugo qui décida de briser le silence. Il posa une main sur l'épaule de sa cousine et esquissa un pâle sourire qui se voulait encourageant.
- Au moins, on est ensemble ! déclara-t-il sur un ton faussement enjoué.
Cette phrase résonna d'une étrange manière dans la grande pièce à l'aspect si particulier et ni Clément ni Lily ne réagirent. Ils se contentèrent de regarder leur ami qui se tut de nouveau, conscient que rien de ce qu'il pourrait dire ne les égayerait. Le jeune Agostini poussa un soupir et secoua la tête, comme pour se ressaisir.
- Bon, on ne va pas continuer à se morfondre ! Ce qui est fait est fait. Lily, ce n'est pas de ta faute, je t'assure ! Nous ne t'en voulons pas. Alors souris et essayons de profiter de la situation. Je suis sûre que si l'on réfléchit, il doit y avoir des points positifs !
Lily eut un petit rire moqueur et se releva brutalement. Ses mains nerveusement croisées, elle jeta un regard presque apeuré aux deux garçons.
- Ah oui ? Comme quoi ? Le fait qu'on ne ressortira probablement jamais de cette époque ? Que personne dans notre présent ne sait ce qu'il nous est arrivé ? Ou bien tout simplement le fait que Dumbledore a essayé de le cacher, mais qu'il est aussi paumé que nous ?
Elle se tourna vers la fenêtre près d'elle, ses cheveux d'un roux brillant ternis par l'épaisseur de la nuit au dehors. Son regard se fit vague, presque flou, et ses yeux bleus semblèrent se perdre dans l'immensité des ténèbres qu'elle regardait.
- Et puis, chuchota-t-elle, je m'appelle Luna, maintenant.
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Nos peurs peuvent parfois s'y laisser transparaître
