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Pairing : Thor/Loki

Rating : Toujours K, et malgré mes doutes, pas besoin d'y remédier.

Note et blabla : Je crois que m'excuser serait un peu redondant. Mais quand même. Je m'excuse infiniment pour le retard considérable que je prends avec cette fic. Je devais l'écrire et le publier pour le Bal de Noël, c'est dire. Mais manque de temps, d'énergie, d'inspiration, voilà. Toutefois, permettons nous les réjouissances, car voici l'avant-dernier chapitre ! Ou tout du moins, le dernier chapitre avant l'épilogue ! Pas pardonnée ? Tant pis j'aurais essayé.

Viens le moment du bla bla mythologique, non ? Bon. Haustlong est donc un des "plus anciennes sources littéraires de la mythologie nordique". Il décrit plusieurs choses, mais naturellement, l'épisode le plus important de ce poème, qui fait partie de "l'Edda de Snorri" est l'enlèvement de la déesse Iduun, trompée par Loki. Voici pour vous.

Bonne lecture !


Chapitre 6 : Haustlǫng

Thrymheim était la résidence de Thjazi, un énième géant des glaces. Enfin, l'on n'était pas à Jotunheim pour rien. C'était comme aller dans un zoo et être surpris de voir des animaux. Ou des poissons dans un aquarium. Bon, l'idée était comprise. Loki se dit qu'il devait arrêter de penser autant et se concentrer sur Thrymheim. Selon les mortels que Thor affectionnait tant, son nom signifiait « maison bruyante » en vieux norrois.

Et il n'y avait aucunement besoin de se demander pourquoi. Le vacarme qui s'échappait de cette bicoque était insupportable. C'était même à se demander comment Loki pouvait encore s'entendre penser. Du haut de la colline sur laquelle lui et Thor se tenaient, ils pouvaient voir les immenses jardins symétriques qui surplombaient le gigantesque palais de pierre noir aux fenêtres et autres contours striés d'or. Les jardins s'étendaient sur près de deux cent mètres, voire plus, ponctués de fontaines glacées représentant des princes Jötun rutilants de grâce ou des princesses terrassant des asgardiens. Mais la paix relative de ces jardins ordonnés contrastait avec le capharnaüm qui s'échappait des grandes fenêtres d'or. Des bruits de vaisselles brisés, des hurlements, des chocs discontinus entre le bois et le métal. C'était même à se demander comment tout cela arrivait jusqu'à eux alors qu'ils surplombaient l'entrée des jardins de plusieurs dizaines de mètres. A côté de Thor, Loki soupira profondément. Et c'était à lui qu'on cousait les lèvres.

Thor lui, réfléchissait à comment ils pourraient récupérer Iduûn au milieu de tout ce carnage. Tenter une approche diplomatique n'était pas réellement dans ses options, il devait bien l'avouer. Mais de là à jouer les espions et tenter une infiltration silencieuse, il n'en était pas non plus certain. Malheureusement pour lui, Thor était un dieu du tonnerre, un guerrier bruyant. Pas un espion qui sautait de toit en toit grâce à des flèches truquées ou une espionne assez discrète pour surprendre Loki. Un guerrier bruyant, oui. Alors peut-être serait-il dans son élément finalement.

D'un simple coup de marteau, Thor défonça l'immense portail qui les séparait des jardins. Loki, lui, s'étonnait du silence presque religieux qui régnait dans l'endroit. Pas un garde, pas un soldat, personne pour garder la demeure. Sur Midgard, il ne disait pas, les dispositifs de sécurité étaient légions et il suffisait de passer un coup de téléphone pour rameuter les forces de l'ordre autour de la maison d'un riche propriétaire même s'il ne payait pas ses taxes. (Pour les ghettos c'était un autre problème mais plus tard cette discussion.) Toujours était-il que, même s'il le déplorait, son peuple d'origine –qu'il avait voulu décimer mais passons encore- n'avait pas suivi la même évolution technologique et restait bloqué à l'époque où l'on avait encore besoin de vraies personnes pour se sentir en sécurité. Tout ça pour dire que le silence apparent des jardins l'alertait plus que tout. Il coula un regard à Thor, qui lui aussi observait les alentours d'un air méfiant, la démarche assurée.

Alors qu'ils arrivaient devant la porte, un imposant bruit de détonation se fit entendre. Thor se jeta sur Loki et tous deux se retrouvèrent ventre à terre, dans l'herbe et la neige, alors que la double porte sortait violemment de ses gonds, et volait au-dessus d'eux avant d'aller s'écraser contre la statue la plus proche, se répandant en confettis de bois sur la glace. Loki redressa vivement la tête et regarda derrière lui, les yeux ronds, alors que Thor serrait la mâchoire et rappelait Mjöllnir à lui. Cependant, rien n'arrivait. Pas une personne, un habitant, pour sortir de la maison. A peu de choses près, Thor aurait pu croire que la porte avait explosée d'elle-même. Loki fut le premier à se remettre sur ses pieds, et se dirigea vers la porte.

« Loki att… »

Le Laufeyson leva les deux doigts, intimant à son frère le silence. Sourcils froncés, il s'avança à pas discrets vers la porte, qui n'était à présent qu'un trou béant taillé dans la pierre noire. Toujours rien. La lumière de l'intérieur du palais se répandait sur l'entrée du jardin, laissant passer quelques petites billes phosphorescentes qui flottaient dans les airs avec la grâce et la légèreté de flocons de neiges. Arrivé devant la porte, Loki leva la main. Alors qu'il s'approchait de l'entrée, parut devant lui une sorte de rideau d'or, qui repoussa sa main comme un aimant. Un sortilège. Intéressant. Donc même si la porte avait sauté, personne ne pouvait entrer.

Ou sortir.

« Qu'est-ce que c'est ? » Demanda Thor en arrivant à son niveau.

Loki tourna la tête vers lui avec indignation, faisant claquer ses cheveux noirs contre son visage pâle. Thor plissa les lèvres, l'air subitement mal à l'aise.

« Désolé, » articula-t-il.

Le plus jeune opina, l'air de lui dire « oui, tu devrais ». Puis, d'un geste, il demanda à son aîné de reculer de quelques pas. Thor s'exécuta, se disant qu'il ne devait pas interférer. Loki ferma les yeux, gardant la main levée. Il colla la pulpe de son pouce à celle de son index, avant de faire un grand geste de la main.

Il y eut une violente bourrasque de vent, brève, mais puissante. Le manteau de Loki et la cape de Thor décrivirent un élégant drapé alors que de nombreux flocons s'arrachaient du drap de poudreuse qui recouvrait le jardin. La poussière blanche décrivit quelques spirales dans les airs, alors que le rideau d'or se dissipait en une dizaine de petites lucioles qui s'envolèrent au loin. Malgré les fils de fer qui retenaient ses lèvres, Loki arbora un léger rictus, à la fois dédaigneux et fier. Ce sur quoi il recula d'un pas et s'inclina devant Thor, à la manière d'un galant laissant entrer sa dame. Thor qui, les deux sourcils levés, hésita quelques instants.

« Tu me laisse passer devant pour t'assurer que le sortilège est bien levé ? » Ironisa-t-il.

Loki, haussant un sourcil sarcastique, hocha la tête. Thor soupira et s'avança de nouveau jusqu'à la porte, alors que son cadet levait quelques instants les yeux vers le ciel nocturne. Le fils d'Odin tendit la main à travers le seuil, mais rien n'arrivait. Si bien qu'il fit passer un pied, puis le second dans l'entrée. Loki consentit à le suivre.

Le vacarme était toujours terrible, semblant retentir dans toutes les pièces de la maison. Les deux compagnons d'infortune regardèrent à droite, puis à gauche, avant de se fixer. Du doigt, Loki pointa le couloir de droite, et Thor celui de gauche. Le blond et le brun soupirèrent alors de concert, se faisant face. Tout cela se joua sur un « pierre-feuille-ciseaux », en trois temps. Ils n'eurent même pas besoin d'en discuter, le concours s'imposa de lui-même. Loki finit par triompher, à deux contre un, e se détourna victorieusement, de manière dramatique, s'avançant à grandes enjambées dans le couloir, Thor sur les talons.

Les couloirs étaient inexplicablement hauts de plafond. Sur ceux-ci et sur les murs se trouvaient un nombre incalculable de bas-reliefs tous aussi glauques les uns sur les autres, qui donnaient l'impression de se mouvoir lentement, comme des danseurs qui craignaient d'être découverts par leur bourreau. Le sol était couvert de tapis à poils longs, noyant les chevilles des deux visiteurs qui se contentaient de suivre les lanternes. Et le boucan.

Bientôt, aux bruits de vaisselles brisées s'ajoutèrent des sons qui semblèrent bien être des cris de rage, ou de désespoir. Ou les deux à la fois. Se retrouvant face à un escalier, Thor et Loki se regardèrent de nouveau, soudain incertains. Toutefois, ils n'eurent pas d'autres choix. Ils n'avaient pas fait tout ce chemin pour rien après tout.

« Oh hé ! Tonnais une voix féminine. J'ai dit que je voulais m'en aller ! Aujourd'hui ! »

S'en suivit une nouvelle avalanche de vaisselle maltraitée. A un moment donné, Loki fut certain qu'une fenêtre avait éclatée. Lui et Thor débouchèrent enfin dans un grand hall, au sol couvert de mosaïque, jonché de nourriture et de morceaux de bois -chaises et tables éclatées à n'en pas douter. Il y avait également, comme on pouvait s'y attendre, environ une demi-tonne d'assiettes et de verres en miettes, plusieurs armures jotuns au sol, et même des sculptures mises à mal. Au milieu de ce carnage, une femme immense à la peau noire et aux cheveux frisés, qui envoyait ce qu'elle trouvait sur les murs en pestant et en feulant de rage, se pliant parfois en deux en hurlant, comme prise de violentes douleurs. Thor reconnut immédiatement Iduûn dans sa robe blanche et couverte de bijoux d'or. Il s'en allait pour descendre les dernières marches, l'asgardienne ne les ayant manifestement pas encore remarqués, mais Loki leva la main, la posant sur la poitrine de l'aîné. Celui-ci cessa tout mouvement, fronçant les sourcils et interrogeant le ténébreux du regard mais celui-ci agita les doigts de l'autre main. Face à la dernière marche de l'escalier parut un rideau d'or similaire à celui qui se trouvait devant la porte d'entrée. Loki fit le même geste que précédemment, et le rideau se dissipa. Thor n'attendit pas plus pour bondir des dernières marches. Au grand dam de Loki.

« Iduûn ! » S'exclama le dieu du tonnerre.

L'interpellée se retourna immédiatement, faisant battre ses frisettes contre sa peau. Reconnaissant Thor, elle écarquilla les yeux, seulement, alors qu'elle allait faire un pas en avant, elle aperçut Loki. Qui comprit que ses jours étaient sauvagement comptés maintenant qu'elle savait qu'il était là. En un rien de temps, la déesse furieuse fut devant lui, et lui décrocha un uppercut violent qui le propulsa au sol. Et qu'il avait peut-être mérité. Même si, à ses yeux, ce n'était pas réellement une raison.

« Tu as osé venir, toi, s'exclama Iduûn. Après tout ce que j'ai dû traverser à cause de toi ! »

Loki se contenta de hausser les épaules, regardant la gardienne des pommes d'un air faussement innocent. Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'elle se permit de le détailler, et fronça les sourcils, secouant son poing.

« Mais qu'est-il arrivé à ta bouche ? »

Loki haussa les épaules de nouveau. Thor revint à leur niveau, abattant sa main calleuse contre l'épaule d'Iduûn. Celle-ci se tendit brusquement, avant de se détendre en reconnaissant la face du fils d'Odin.

« Gente Iduûn, dit-il, vous ne pouvez pas savoir à quel point nous sommes heureux de vous avoir retrouvée. Nous venons vous ramener à Asgard.

- Il vaudrait mieux, oui, rugit Iduûn, merci beaucoup.

- Où sont les pommes, » demanda cependant Thor.

Iduûn roula des yeux. Naturellement on ne venait pas la chercher parce qu'elle manquait à quelqu'un ou parce que l'on pensait à elle. Non. On venait chercher Iduûn parce que les prétendus dieux les plus puissants des neuf royaumes avaient besoin de conserver leur éternelle jeunesse sans se mettre au botox. C'était flatteur, sincèrement. Ça lui réchauffait le cœur de voir qu'elle était aussi appréciée en tant que personne. Se pensant, elle pointa du doigt un coin du hall. Sur une petite colonne était posé le panier rempli de pommes d'or. Les yeux de Thor se mirent à briller d'intérêt alors qu'une détonation se faisait entendre au-dessus de leurs têtes. Le trio sursauta, accrochant leurs yeux au plafond peint.

« Voilà Thjazi qui revient. »

Le silence a dû l'interpeller, se dit Loki qui ne fut jamais aussi malheureux d'être réduit au silence. Thor souleva son marteau.

« Laissez-moi l'affronter, » dit-il.

Alors qu'Iduûn hochait la tête avec véhémence et faisait craquer ses jointures avec l'envie plus qu'explicite de lui prêter main forte, Loki roula des yeux. Sérieusement, s'il les laissait faire, tout cela risquait de très mal finir. Les bruits de pas du géant des glaces étaient audibles de là où ils étaient. Ce qui leur donnait un indice sur la taille de leur hôte. Et aussi de pourquoi cet endroit était appelé la « maison bruyante ». Toutefois Loki ne s'embarrassa pas de formalité et se tourna vers Iduûn. Celle-ci allait parler, mais d'un simple geste de la main, il envoya une traînée verte vers elle. Le temps que Thor se retourne, la déesse avait été transformée en noix, atterrissant au creux de la paume pâle du fils de Laufey.

« Loki, » rugit Thor.

Son frère ne lui laissa pas le temps de s'indigner. Au lieu de ça, il se tourna vers lui, et posa sa main froide sur le cou puissant de son aîné. Ses yeux, cette fois-ci d'un vert puissant et reconnaissable, se plantèrent dans les cercles océaniques des yeux de Thor. Ce dernier cessa tout mouvement, le visage caressé par le souffle frais de l'autre. Les pas du géant se faisaient toujours entendre dans le couloir. Et ils s'approchaient. Loki déglutit. Il ne pouvait pas parler, ni même écrire. Mais il voulait que Thor comprenne. Que Thor le laisse agir. Certes, depuis le début de cette aventure, il ne s'était pas montré digne de confiance et avait même trahi la confiance que le fils d'Odin avait tenté de lui accorder. Le fil sur ses lèvres en était la preuve. Seulement ils n'avaient plus le temps pour les farces, ils n'avaient plus le temps pour les jeux et les faux-semblants. Il voulait juste que tout cela s'arrête, et que tous soient en sécurité de nouveau. Et parce que ses yeux brillaient du vert de la sincérité, Thor sembla le comprendre. Sa mâchoire se resserra sensiblement, mais il hocha la tête. Il était temps d'arrêter les affrontements. Il était temps d'arrêter de se battre. Il était temps de rentrer à la maison.

Alors il brandit son marteau tandis que Loki s'en allait récupérer le panier rempli de pommes d'or. Il jeta la noix dedans, et retourna auprès de Thor, qui passa ses mains autour de ses hanches.

« Heimdall ! » S'exclama-t-il.

Le tonnerre et le Bifröst s'abattirent sur eux.


Loki atterrit lourdement sur le sol, avec Thor. Tous deux roulèrent sur la surface de verre du pont arc-en-ciel, qui séparait le palais d'Odin de la tour d'Heimdall. Thor se retrouva sur le dos, stoppant du même coup la course de Loki qui se retrouvait contre son abdomen. Ce dernier grogna, les articulations douloureuses, alors que le fils d'Odin, sous lui, riait comme un gamin euphorique. Loki le fixa quelques instants dans le but évident de le culpabiliser, mais la mine radieuse de Thor, et la manière dont son rire lui échappait presque involontairement, avec ses petites fossettes qu'il avait au coin des yeux et ces étoiles au fond de ses prunelles, faillirent calmer ses foudres. Faillirent, puisque non seulement Loki se rendait compte que quelque chose clochait, mais en plus, la noix qu'il avait fourré dans le panier, à savoir Iduûn donc –pour les deux qui dormaient au fond-, recouvra sa forme originelle. Pour la faire courte, Iduûn redevint Iduûn. Et comme n'importe qui pouvait s'y attendre, elle était furieuse.

« Loki, » entonna-t-elle d'un ton menaçant, rejetant un pan de sa robe derrière elle pour dégager son bras.

Cependant, remarquant où elle se trouvait, elle aussi ne manqua pas de se taire. Sourcils froncés, elle admira le paysage comme si elle ne s'était jamais retrouvée sur ce pont, foncièrement incrédule.

« Où est Heimdall, s'enquit-elle. Pourquoi sommes-nous ici au lieu d'être… »

Loki hocha la tête, tentant de dire que c'était exactement les questions qu'il se posait pendant que Thor se marrait comme une baleine. Le fils de Laufey se redressa, avant de tendre la main au dieu du tonnerre, toujours allongé sur le dos. Ce geste d'altruisme gratuit sembla étonner le fils d'Odin, mais seulement une seconde. Sa main s'abattit sur celle de Loki, et ce dernier l'aida à se relever. Rappelant Mjöllnir à lui, Thor sembla recouvrer son sérieux, avisant le pont arc-en-ciel pendant qu'Iduûn s'affairait à ramasser les pommes qui avaient roulé un peu plus loin, pour les remettre dans son panier.

« Quelque chose a dû perturber le fonctionnement du Bifröst, » dit alors Thor.

En plus du lieu insolite, leur atterrissage plus que brutal était une preuve à retenir.

Et personne n'eut le temps de se demander pourquoi. A une dizaine de mètres du trio, l'air se mettait à onduler, comme soumis à une chaleur intense, avant qu'un bruit de craquement mêlé à un son de succion insupportable ne se fasse ouïr. Alors le ciel sembla se déchirer devant eux. S'échappa du tissu céleste en lambeaux un gigantesque aigle noire, aux plumes striées d'or et au bec du feu, qui hurla en direction des étoiles, en dominant tout le pont arc-en-ciel de son ombre. Iduûn écarquilla les yeux, mais fouilla dans les pans de sa robe pour en sortir une dague, les dents serrées et prête à en découdre.

« C'est Thjazi, articula-t-elle, la rage au fond de la gorge. Il faut croire que tu n'es pas le seul Jötun à avoir don de magie et de métamorphose, Laufeyson. »

Alors que Thor grognait, se préparant au combat, Loki pencha la tête sur le côté, remerciant silencieusement Iduûn d'imposer l'évidence. Il aurait peut-être dû laisser Thor l'affronter finalement. Pas Iduûn, hein. Le géant. La magie se mit à lui chatouiller le bout des doigts, mais la gardienne des pommes d'or se tourna vers lui. Quoi ? Elle allait encore le frapper ?

« Ramène-les au palais d'Odin. Thjazi, c'est notre affaire. »

Sur ce, elle lui tendit le panier béni. Les fruits brillaient, semblant capter la lumière des étoiles. Loki écarquilla les yeux. Son ventre se comprima soudainement.

Peut-être ne l'avouerait-il jamais mais soudain, il se mit à hésiter. A douter. A douter d'être digne de la confiance qu'Iduûn venait de placer en lui, en lui confiant ce qu'elle avait de plus cher alors même qu'elle avait été capturé par sa faute. Et aussi celle de Thor, qui hocha la tête dans sa direction, ne semblant aucunement craindre un retour de bâton et lui confiant ce qui était certainement la partie la plus importante de toute cette mission. Loki inspira, tentant de calmer le tremblement de ses mains alors qu'il se saisissait du panier. Il tenterait d'y arriver. D'être digne de cette confiance que venaient de lui accorder les deux asgardiens.

Loki fit immédiatement volte-face et s'en alla en courant vers le palais d'Odin. Il était à bout de nerfs et déjà à bout de souffle. Toutes ces utilisations de la magie lui avaient ôté les derniers restes d'énergie, si bien qu'il ne pouvait même pas tenter de se transformer en animal ou quoi que ce soit pour arriver plus vite. Mieux valait garder la magie pour les situations de dernier recours. Pour le moment, il n'avait plus que ses jambes.

Alors que l'aigle fondait sur eux, Thor fut le premier à lancer l'attaque. Celui-ci envoya la foudre en direction de l'animal, dont le hurlement fut un déchirement semblant provenir des profondeurs des grottes de glace de Jotunheim elles-mêmes. Il piqua vers le fils d'Odin à toute vitesse, soulevant avec lui les vents et autres forces invisibles. Ce fut le moment qu'Iduûn choisit pour attaquer à son tour, bondissant avec rage, épée brandie au-dessus de sa tête. Elle abattit sa lame sur le crâne de l'oiseau. Le métal s'infiltra entre les plumes jusqu'à croiser la chair et l'os, mais cela ne fut pas suffisant. L'aigle se mit à secouer la tête, sans cesser de piailler, et d'un coup de bec, Iduûn fut envoyée dans les airs. Celle-ci fut propulsée contre le pont. Elle glissa sur le verre, avant de relever la tête, et de se craquer le coup. Elle fusa de nouveau vers le monstrueux volatile, donnant un violent coup d'épée sur une de ses ailes. Thor, au même moment, brandit son marteau, qu'il chargea de foudre, pour l'abattre sur la tête et le dos de son ennemi. Le corps de l'oiseau se mit à se contorsionner, comme si tous ses os se brisaient simultanément, désarticulant ses ailes et son cou, alors qu'il dirigeait ses yeux pleins de rage vers Thor et hurlait à nouveau. En un coup d'aile, il fut au niveau du fils d'Odin. Son bec enflammé se referma sur le poitrail de Thor, qui le frappa de son marteau par plusieurs fois, au niveau de l'œil et du bec. Alors Thjazi le lâcha subitement, l'envoyant s'écraser contre le pont arc-en-ciel. Puis sa tête se tourna vers Iduûn, et il piailla dans sa direction, les ailes de son cou se hérissant autour de sa tête mutilée.

Le bruit du choc fit se retourner Loki, alors qu'il arrivait presque au bout du pont arc-en-ciel. Au loin, il pouvait apercevoir la silhouette de l'aigle, lutter contre une petite forme vêtue de blanc, qu'il identifia comme Iduûn. Loki plissa les yeux. Mais où était Thor ?

Bien que se sachant géant des glaces, il ne put retenir un frisson d'effroi en reconnaissant la silhouette du dieu du tonnerre, écrasée sur le pont arc-en-ciel. Si bien qu'il en oublia les pommes. Il en oublia le palais d'Odin, et ce qu'il y avait à faire.

Aucun de ces dieux arrogants n'aurait ces pommes si cela devait lui coûter la vie de Thor. C'était absolument hors de question. Loki lâcha le panier, laissant les fruits d'or s'écrouler contre le verre, ses jambes le portant déjà loin, bien loin de là.

Le coup d'épée d'Iduûn contre la jugulaire de l'aigle eut le plaisir d'arracher à l'animal un peu de sang. Mais malgré ses plumes brûlées, son œil meurtri et ses os désarticulés, Thjazi ne semblait pas particulièrement enclin à se rendre. Il prit encore de l'altitude, la rage s'échappant par son bec et s'écoulant par son œil saignant, avant de piquer à nouveau droit ers la déesse.

Loki tomba presque à genou devant la silhouette de Thor. Il lui fallut peu de temps pour comprendre que le dieu du tonnerre avait perdu connaissance. Les bras tremblants et frêles du brun passèrent autour de la taille de son aîné, qu'il remit sur le dos. Il ne pouvait même pas l'appeler. Il ne pouvait pas dire son nom, tenter de lui parler pour le ramener à la vie. Ses mains pâles se mirent à tapoter sur les joues hâlée du blond, mais Thor, la bouche entrouverte, semblait bien loin de lui à présent. Loki se mit à lui secouer les épaules alors que retentissait au loin un fracas insoutenable. Sans lâcher le corps massif de Thor, le Laufeyson tourna la tête. Iduûn était toujours aux prises avec l'oiseau et avec tout le respect qu'il avait pour elle, Loki devait s'efforcer de constater qu'elle était en position de faiblesse. L'oiseau regagnait de l'altitude, et la menaçait de son mec et de ses serres. Tant que cette créature était dans les airs, elle n'avait aucune chance. Alors Loki tendit la main. Son bras tremblait, et son visage était tout couvert de sueur, mais force était de constater qu'il n'avait d'autre choix que de donner ce qui lui restait.

Les ailes de Thjazi s'enflammèrent avec la soudaineté d'un bûcher funéraire. L'or et l'écarlate brûlants se mirent à lui lécher les plumes, lui arrachant un cri de douleur si perçant qu'une bourrasque de vent glacé manqua de peu d'emporter Iduûn au loin. Les pieds fermement ancré dans le sol, la déesse plaça ses deux mains brunes devant son visage pour se protéger les yeux, avant de regarder de nouveau au-dessus d'elle. L'aigle tournait en rond, rendu fou par la douleur, les flammes gagnant du terrain sur son plumage, la silhouette bientôt étouffé par la fumée, car les battements de ses ailes ne faisaient qu'attiser la flamme. Alors Thjazi piqua droit dans la direction opposée à celle d'Iduûn. Droit sur celui qui lui avait fait offense.

Droit sur Loki.

Le fils de Laufey écarquilla les yeux en apercevant l'aigle noir qui, aussi furieux qu'enflammé, se dirigeait chez lui à grand battement d'ailes, porteur de flamme et de fumée. Son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine. Ses mains tremblantes se firent moites. Alors il secoua Thor avec plus d'entrain encore, grognant aussi fort qu'il le pouvait. Sa main froide se posa sur la joue du flavescent, dont le souffle diminuait de seconde en seconde. Non, se répétait continuellement Loki, non, non.

Le sang se répandait tout autour de lui, inondant la cape et recouvrant le verre aux milles couleurs. Loki, les yeux brillants, se mit à regarder autour de lui, cherchant de l'aide, du secours, quelqu'un. Quelque chose.

Il aperçut Mjöllnir, quelques mètres plus loin. Et plus loin encore, mais se rapprochant, l'aigle géant qui semblait décider à en découdre avec lui. Loki inspira un grand coup. C'était complètement fou. Il ne serait jamais assez fort pour le faire. Pour ainsi dire, il n'avait jamais été assez fort pour le faire.

Mais il fallait qu'il fasse quelque chose. Il fallait que tout cela s'arrête. Parce que si l'aigle passait, il ne manquerait pas de mettre Asgard à feu et à sang, tout comme il l'était déjà lui-même. Avec tous les Ases complètement mis à terre, ce serait comme marcher sur une terre déjà désertée. Et autant que Loki se moquait éperdument de ce qui arrivait à Odin et à sa cour de pigeon, autant ce n'était pas la même chose pour Thor. Il fallait qu'il le sauve. Qu'il le sauve de cette fureur qu'il avait lui-même provoquée. Alors Loki se releva, et se mit à courir droit devant. Il fallait que ça marche. Il fallait que ça marche parce qu'un gigantesque aigle enflammé se dirigeait vers lui. Il fallait que sa marche parce que s'il échouait, il était mort. Et parce que ce n'était pas seulement sa vie qui se jouait à présent. Il fallait que ce stupide marteau coopère parce que cette fois, Loki ne pensait pas à lui. Au contraire, il pensait à tout, sauf à lui. Loki tendit la main.

Ce n'était pas question d'être fort.

C'était question d'être digne.


Fiou ! et voilà ! ça aura été long et douloureux mais j'y suis arrivé. Je m'excuse d'avance si des fautes traînent encore, je suis aussi épuisée que peu douée pour les relectures. Toutefois j'espère que ce chapitre vous aura plu :) Merci à vous !