Auteur : Rhysenn (/s/193202/1/IrresistiblePoison)
Titre : Irresistible Poison
Genre : Drame / Romance
Résumé : Le poison n'est pas toujours mortel - Draco apprend qu'il y a d'autres manières de souffrir tout en survivant.
Paring : HPDM
Avertissement : Attention, il s'agit d'un slash (relations entre personnes du même sexe).
Rating : T
Disclaimer : Les persos appartiennent à JKR, et l'histoire à Rhysenn - autrement dit, rien ne m'appartient, seulement la traduction.
Réponses aux reviews :
Toölie: Je reçois ta review au moment où je publie le nouveau chapitre! Oui, Draco est de plus en plus affecté par la potion... et c'est pas fini! Et Harry, eh bien, il commence à se poser des questions sur ses vrais sentiments. Merci pour ta review en tout cas!
Miione: Oui, à vrai dire, l'émeraude est la couleur de ses yeux, donc forcément c'est assorti... Mais Harry a caché la bague sous sa robe (oups j'ai déjà dévoilé un peu de ce chapitre..). Merci pour ta review!
angelinadelacour: Merci, j'espère que cette suite te plaira! Oui, il a réussi à se retenir cette fois xD...
Voici donc déjà le chapitre 7! J'ai enfin séparé les différentes scènes (en fait le site enlevait les séparations que je faisais avec word...). Bonne lecture!
Chapitre 7 : Fidèles Cicatrices
Alors tu devrais connaître les invisibles blessures
Que les flèches perçantes de l'amour font.
Il n'y avait aucun cours le samedi matin, et alors que le déjeuner approchait, Harry se pelotonna devant la cheminée. Son sourcil était froncé d'une manière que certains pourraient appeler intelligente alors qu'il essayait de se concentrer sur les mots du livre tenu ouvert devant lui, qui déblatérait d'horribles phrases sans fin sans le moindre signe d'un point à l'horizon.
Ron avait insisté pour descendre au terrain de Quidditch espionner la stratégie des Serpentards, puisqu'ils avaient réservé pour s'entraîner ce matin-là. Depuis la nuit dernière lorsqu'il était retourné au dortoir, et ce matin pendant tout le petit déjeuner, Harry avait écouté Ron fulminer sur le fait qu'il avait trouvé Malfoy se cachant et 'espionnant' autour du terrain. Harry n'avait pas essayé de le dissuader de sa petite excursion, puisqu'il voulait parler à Hermione en privé des évènements qui avaient eu lieu dans le débarras.
Hermione était assise à côté de lui, absorbée par sa lecture ; à ce moment-là, alors qu'Harry avait laissé tomber la lecture du texte et le parcourait juste rapidement cherchant l'expression 'potion d'amour', elle leva la tête et demanda, "Alors c'est tout ce que le livre disait ? La phrase latine Traicit et fati litora magnus amor ?"
"Et ce vers de deux lignes", acquiesça Harry en vérifiant sur le bout de papier posé entre eux, quand il eut écrit tout ce dont il pouvait se rappeler de ce qui était lisible dans le livre de sorts (Draco l'avait ramené avec lui). "C'est tout ce qu'il y avait – le reste a été déchiré."
"Hmm", a dit Hermione, mâchonnant avec délicatesse le bout de sa plume, "Eh bien, il n'y a pas l'air d'y avoir la moindre référence à cette phrase latine dans n'importe lequel des livres de magie. J'ai passé ces dernières heures à vérifier les index, les concordances, tout – ça n'apparaît nulle part."
"Et pour le court poème ?" pressa Harry.
Hermione secoua la tête. "C'est bien trop vague pour être référencé où que ce soit – Une émotion chimique, faussement réelle; le pouvoir de blesser, et le pouvoir de guérir. Je suppose que même si je pouvais vérifier, il n'y aurait rien non plus – ce livre de sorts semble être le seul endroit où quoi que ce soit faisant référence aux potions d'amour apparaît." Elle lança un regard à Harry. " Quoi que ce soit de légal et d'orthodoxe dont nous avons connaissance, du moins. Pille la bibliothèque des Malfoy et je suis sûre qu'ils proposent même des recettes de potions d'amour de différents parfums."
Harry se fendit d'un sourire. "Alors tu as vérifié si ce que la fiole contenait était une potion d'amour ?"
Hermione haussa légèrement les épaules. "Tout ce que je peux dire, c'est que ça y ressemble à coup sûr. Si je voulais en avoir le cœur net il faudrait que je teste ça dans un laboratoire de Potions, et celui de Rogue est à prendre en considération… et ce n'est pas comme si je pouvais goûter la potion pour voir si c'en est vraiment."
"Non, non", dit rapidement Harry, se demandant vaguement comment il ferait si Hermione se retrouvait sous l'effet de la potion, elle aussi. "Ce ne sera pas nécessaire pour ce qui est du test en labo. Je veux dire, je suis suffisamment convaincu que Malfoy dit la vérité."
Hermione avait été profondément fascinée par l'histoire de la blessure au couteau de Malfoy, et l'avait faite répéter au moins trois fois par Harry pour qu'elle puisse exactement analyser la provenance de la miraculeuse guérison. Elle ne pouvait toujours pas l'expliquer, et Harry avait commencé à être plutôt écœuré par les multiples rappels de ce qu'il s'était passé.
Elle acquiesça lentement, réfléchissant profondément. "L'effet de guérison que tu as eu sur Malfoy – c'est quasiment incroyable, que tu aies un tel pouvoir sur lui. Je veux dire, n'est-ce pas effrayant ? D'avoir un tel contrôle sur quelqu'un d'autre ?"
"D'après Malfoy, tout ce que la potion d'amour fait vraiment, c'est recréer l'effet de l'amour véritable – que tu ferais n'importe quoi pour la personne aimée, et de ce fait, c'est ainsi qu'il ou elle a une emprise totale sur toi." Harry s'arrêta pensivement. "Ça a un sens, vraiment. Mais tu as raison, c'est effrayant. J'ai aussi eu un anévrisme quand Malfoy s'est poignardé avec le couteau que je tenais." Il frissonna.
Hermione sourit et secoua la tête. "Ron aurait donné n'importe quoi pour être à ta place – et Malfoy n'aurait même pas à guider sa main, vu comme Ron est en rogne contre lui en ce moment."
Une pensée vint soudain à l'esprit d'Harry, accompagnée d'une farouche, profonde terreur. "Hermione – tu n'as pas parlé à Ron de ça, n'est-ce pas ?"
Hermione lui lança un regard pointu. "As-tu vu Ron te foncer dedans avec une pioche récemment ?"
"Non." Les lèvres d'Harry se contractèrent en un petit sourire de soulagement. "Ne lui dis pas, d'accord ?"
L'expression d'Hermione devint sobre. "Mais tu ne vas pas lui cacher ça pour toujours, n'est-ce pas ?"
Harry parut alarmé. "Pour toujours ? Bon Dieu, non, cette foutue situation n'est pas supposée durer aussi longtemps. Rappelle-toi, nous cherchons actuellement une façon de nous débarrasser de ça ?"
"Je sais," Hermione eut l'air légèrement contratiée. "Mais quand même – ça ne va pas, de garder Ron dans le noir à propos de ce que nous faisons."
Harry eut l'air sincèrement troublé ; il soupira et ferma son livre, repoussant ses lunettes sur son nez. "Tu crois que je ne me sens pas très mal pour ça aussi ? Je déteste l'idée de cacher des choses à Ron autant que toi – je veux dire, il a toujours été là pour moi quand j'avais besoin de lui. C'est horrible de ne pas lui dire, mais, vraiment – " Harry eut un geste d'impuissance, "qu'est-ce que je peux faire ? Ron va me mettre en petits morceaux s'il découvre ça, et il va faire de la poudre de talc de Malfoy."
"Et tu as l'intention de compromettre ton amitié avec Ron, au cas pas-si-invraisemblable où il découvrirait ?" Hermione lança un regard sceptique à Harry. Tout ça en jeu, juste pour Malfoy ?"
Harry eut l'air affligé. "Qu'est-ce que tu espères que je fasse, Hermione ?" Il passa une main dans ses cheveux en bataille dans un geste de frustration désespérée. "Malfoy m'a fait ouvrir sa poitrine la nuit dernière, et je suis retourné dans ma chambre les mains toujours tachées de son sang. Et Dieu sait ce qui va arriver si je n'essais pas au moins de l'aider – il pourrait imploser, ou quelque chose de plus horrible que ça. Et de l'autre côté il y a Ron, et je déteste réellement lui cacher des choses, mais…" sa voix s'estompa, il était incapable de retranscrire ses pensées confuses même en mots.
"Tu penses qu'il y ait ne serait-ce qu'une infime chance pour que Ron comprenne ?" demanda Hermione, bien qu'elle connaisse les chances irréfutables qui faisaient qu'il était plus vraisemblable de voir le basilic faire un pique-nique avec toi sans te prendre pour son pique-nique, que de voir Ron Weasley accepter un jour d'aider Draco Malfoy en quoi que ce soit, que ce soit pour nouer une cravate ou pour renverser l'effet d'une potion d'amour.
Harry hésita, et sembla chercher ses mots. "Disons les choses de cette manière : Malfoy a toujours été un vrai salaud avec Ron, pas de doute là-dessus. Et si Ron apprenait tout ça, imagine quelle parfaite opportunité de revanche ce serait. Il pourrait vraiment faire du mal à Malfoy en retour à toute la rancune qu'il y a entre eux – et je ne pense vraiment pas que Malfoy soit dans un quelconque état actuellement pour ce genre de choses. Ce ne serait simplement pas juste." Il soupira et haussa inutilement les épaules. "Ce n'est pas non plus de la faute de Ron. C'est juste la nature humaine – il faudrait un saint pour ne pas réagir de cette façon."
"Et tu n'en es pas un." songea calmement Hermione, presque pour elle-même.
Harry cligna des yeux. "Qu'est-ce que tu veux dire ?"
Hermione leva les yeux, regardant directement Harry. "Tu ne penses pas comme ça," dit-elle simplement. "Malfoy ne t'as pas beaucoup mieux traité que Ron. Il a déjà essayé de te mettre dans le pétrin un nombre incalculable de fois, et souvent de la pire, de la plus méchante manière possible. Et maintenant, tu es dans la position idéale pour lui faire payer chèrement tout ce qu'il t'a fait, une situation que, il faut l'admettre, Ron n'aurait manquée pour rien au monde – mais ce n'est pas du tout ce que tu fais."
Harry lâcha un autre soupir. "Je ne sais pas vraiment pourquoi je fais ça, non plus," confessa t-il d'un air désabusé, ses yeux verts se voilant d'une brume pensive, embrumés par le souvenir. "C'est juste que cette histoire de potion d'amour – c'est mortellement sérieux, d'après ce que j'en ai vu. Ce n'est pas juste comme marquer des buts ou se réconcilier avec quelqu'un que tu n'aimes pas – ça implique de véritables émotions qui sont hors du commun, et en plus de ça le sang et la douleur et, pour ce que tu en sais, la vie ou la mort."
Hermione fronça légèrement le nez. "Et le fait que nous nous occupions actuellement du bien-être de Malfoy ne t'inquiète pas le moins du monde." Son ton était un ton de dégoût.
Harry secoua la tête. "Je me fiche de Malfoy – je ne l'aide que parce qu'il en a besoin. Il est plus question d'obligation que de bonne volonté – il y a une différence."
"Une très vague différence." marmonna doucement Hermione. "Mais Harry, est-tu sûr de vouloir faire ça ? Tu n'as aucune idée des conséquences d'une potion d'amour. Elles relèvent sérieusement de la Magie Noire, Harry. Réfléchis consciencieusement à ce dans quoi tu te mets ici, et à si tu es prêt à aller jusqu'au bout de tout ça. Parce que je pense qu'il serait mieux que tu te tiennes éloigné de ça dès le début plutôt que de ne t'engager qu'à moitié auprès de Malfoy."
Harry retira distraitement la bague que Draco lui avait donnée, qu'il portait sur une fine chaîne d'argent autour de son cou, dissimulée sous sa robe. Il passa la chaîne par-dessus sa tête et tint la bague dans sa main, faisant courir lentement son doigt sur la lisse, froide bande de métal, tâtant les contours définis de la surface de chaque cristal. Harry fut frappé de plus belle par leur beauté simple, élégante sans besoin d'être élaborée, le vert et le violet s'alternant dans une pastel, cristalline sorte de mélange et de contraste.
Quand il avait montré la bague à Hermione plus tôt, elle l'avait immédiatement éloignée de lui et avait procédé à la soumettre à une série de Sorts de Détection et à des charmes de détection de malédiction. Toutefois, elle s'avéra être complètement neutre, et elle dut finalement la rendre à Harry, bien que soupçonneuse. "Malfoy ne m'a pas l'air du genre généreux," avait-elle dit. "Il ne va pas prêter des bijoux pour rien."
Comme Harry inclinait la bague sous un angle différent, l'améthyste et le jade brillèrent captant successivement les rayons du soleil qui filtraient de l'extérieur, tirant deux éclats de couleur pure du spectre de l'arc-en-ciel et les réfléchissant dans une éblouissante lumière qui semblait briller de sa propre lueur de blanc pur.
Et faiblement et lentement dans son esprit, comme une bruine d'automne, Harry entendit Draco disant,
L'améthyste est supposée guérir, apportant protection et clarté d'esprit.
Harry se sentit confus, mal à l'aise et très incertain, alors qu'il fixait tristement les langues de feu dansant dans la cheminée, gardée allumée même pendant la journée pour repousser le froid de l'hiver. C'était toujours comme cela – tout semblait si clair et simple lorsque tout ce qu'il voyait était Malfoy, ses yeux brillant d'une prière silencieuse et son sourire bordé d'une douleur électrique, calme mais néanmoins visible.
L'émeraude repousse le mal, et… elle fait ressortir la couleur de tes yeux.
Et à chaque fois qu'il avait vu Malfoy ainsi, fervemment désespéré et l'âme brisée, son sens inné de ce qui était bon lui avait affirmé qu'il devait l'aider, peu importe comment. Pas pour quoi que ce soit d'autre, mais parce que c'était la bonne et donc la seule chose à faire.
Mais quand il était loin de Malfoy – les choses étaient différentes. La réalité plantait ses crocs dans le côté bienveillant de son esprit, injectant un venin d'appréhension et de doute, et la bonne chose à faire ne semblait plus aussi claire que du cristal comme auparavant. Même si il s'était convaincu que Malfoy n'avait pas inventé toute l'histoire de la potion d'amour, il avait toujours un mauvais pressentiment à propos de tout cela.
"Tu n'as pas la motivation de vraiment vouloir aller jusqu'au bout de cette histoire," dit franchement Hermione l'air pensif, exprimant les sentiments qu'Harry avait du mal à tout à fait identifier. "Mais tu sais que tu as besoin de faire quelque chose, d'une façon ou d'une autre, pour que tu puisses te dire que tu as fait de ton mieux."
Harry renonça à articuler ses pensées agitées en quelque chose qui aurait ne serait-ce qu'un début de sens – elles n'étaient actuellement qu'un mélange confus d'émotions contrastées, à peu près aussi miscibles que de l'eau et du kérosène, et aussi volatiles que si l'on avait mis une flamme en contact avec cette mixture.
"Je veux juste que ça s'arrange le plus vite possible, pour que nous puissions tous les deux reprendre nos vies," dit lentement Harry, tentant d'envelopper son esprit autour des mots qu'il prononçait, comme tentant de déterminer s'ils s'harmonisaient avec ses vrais sentiments. "Je veux juste que les choses retournent à la normale, quand elles avaient carrément plus de sens qu'elles n'en ont maintenant."
"Et c'est ce que tu veux vraiment." dit posément Hermione, d'un ton mesuré.
Ce n'était pas vraiment une question, et cela n'offrait pas non plus l'assurance d'être une constatation. Harry était content que cela ne demande pas de réponse, car il n'était pas certain qu'il aurait pu y donner une réponse définie. Des décisions étaient difficiles, spécialement lorsque la vie de quelqu'un d'autre était menacée dans l'équation, et le fait que cette personne soit Draco Malfoy jetait tout hors de la balance et hors de la fenêtre. Ce n'était pas la peine de tenter de rationaliser, quand cette simple idée était déjà insensée.
"Je ne sais pas." Harry décida de laisser le problème globalement non résolu. Les raisons viendraient plus tard, comme le faisaient toujours les regrets. "Mais ce que je sais c'est que je ne peux pas m'éloigner, pas maintenant. Donc c'est un important et stratégique barrage où le chemin dévie."
Avant qu'Hermione ne puisse répondre à cela, le portrait s'ouvrit et Ron entra en rampant, chaud et rouge soit d'excitation soit parce qu'il avait été poursuivi pendant tout le chemin du retour à la salle commune par des Serpentards qui l'avaient surpris dans sa joyeuse petite mission de reconnaissance.
"Ah !" triompha Ron avec jubilation, bondissant à l'endroit où Harry et Hermione étaient blottis devant la cheminée. Il s'affala à côté d'eux, le teint rosé de ses deux joues s'harmonisant
parfaitement avec le roux flamboyant de ses cheveux, faisant ressortir ses tâches de rousseur. "J'ai réussi à observer une grande partie de l'entraînement des Serpentards et j'ai compris leur stratégie – c'est parfait."
"Oh vraiment," remarqua Hermione sèchement, elle avait désapprouvé Ron sur le fait d'aller espionner dès le début. "Je pensais que c'était ce que tu avais dit à propos de notre plan d'action."
Ron la foudroya du regard. "Parfait pour nous, je veux dire. Regarde," il se tourna vers Harry, et se mit à faire des gestes animés avec ses mains, pointant des lieux invisibles dans l'air alors qu'il expliquait le fonctionnement de la Top-Secrète Stratégie de Quidditch Serpentarde, parlant très rapidement. Harry la trouva de plus en plus dure à imaginer lorsque les lieux inexistants se déplaçaient, et à la fin il se contenta d'écouter les commentaires de Ron. Apparemment les Serpentards jouaient avec une formation d'aile avant intensive, ce qui voulait dire que le centre du terrain serait plus ouvert et vulnérable, ce qui favorisait les Gryffondors car leurs Poursuiveurs étaient plus efficaces lorsqu'ils jouaient en milieu de terrain.
"Et le meilleur de tout ça est que Malfoy avait vraiment l'air à côté de la plaque pendant l'entraînement, ce qui a vraiment été très amusant à observer," sourit Ron triomphalement. "S'il continue à ne pas être en forme, tu vas bien t'amuser en faisant des cercles autour de lui mercredi."
Hermione jeta un coup d'œil à Harry, et vit que ses yeux étaient soudain brillants d'attention, alors qu'il demandait d'un ton neutre forcé, "Qu'est-ce que tu veux dire, à côté de la plaque ?"
"Il volait horriblement," expliqua joyeusement Ron, l'air toujours aussi content de lui. "Il avait l'air de ne pas se concentrer très bien sur ce qu'il faisait – à deux reprises il a faillit se faire renverser de son balai par un Cognard. C'était hilarant. S'il vole comme ça pendant le match, la seule chose dont tu devras te soucier, Harry, sera de ne pas finir par rire tellement fort que tu en oublierais d'attraper le Vif."
"Très complaisant, n'est-ce pas, Ron ?" demanda Hermione d'un ton tranchant. "Malfoy n'est pas aussi bon qu'Harry, mais il ne vole certainement pas aussi mal, ou il n'aurait pas été nommé capitaine."
Les yeux de Ron se durcirent d'une sombre tension. "Tu crois vraiment ça, Hermione ? Avec Lucius Malfoy de retour au gouvernement, il n'a pas besoin de tirer beaucoup de ficelles pour placer son fils comme capitaine d'équipe." La généreuse contribution de Lucius Malfoy à Ste Mangouste et à d'autres institutions d'assistance sociale avait sollicité suffisamment d'appui au sein des cercles du Ministère pour le réintégrer comme membre du conseil de Poudlard.
Ron les regarda tous deux avec une fierté féroce, ce qui rappela fortement à Harry Olivier Dubois. "Et dans tous les matchs qu'ils ont joué contre nous, vous avez déjà vu Malfoy attraper le Vif ? Pas une fois."
Hermione semblait trop absorbée par son observation furtive de la réaction d'Harry pour répondre ; Ron se tourna alors vers Harry, ses yeux bleus flamboyant d'une profonde et féroce intensité. "Tu dois le battre, Harry," dit-il sérieusement, "Montre-lui que l'argent ne pourra jamais acheter le talent, ou une réelle victoire. Montre-lui qu'avoir un père influent ne veut rien dire s'il a besoin de tricher pour essayer de gagner, et que c'est perdu d'avance." Ron prit une profonde, enfiévrée respiration, et continua, "Parce que j'ai besoin de le voir échouer une fois de plus, pour tout ce qu'il nous a fait."
Même si Ron avait dit 'nous', Hermione et Harry savaient tous deux qu'il voulait en fait dire 'moi'. Hermione pouvait voir la soif brute de revanche tellement évidente dans les yeux de Ron, et pendant un instant cela l'effraya, comment des rancunes de longue date inculquées par des rivalités entre familles pouvaient engendrer une telle colère et une telle haine. Elle examina Harry, et vit le regard de confusion tiraillant le visage d'Harry, les lignes troublées marquées par une petite grimace, même quand il donna un accord restreint et dit un doux "Bien sûr", évitant le regard de Ron et le sien.
Oh non, déplora Hermione intérieurement, un serrement de terreur se mettant en mouvement au fond de son estomac, un présage de choses déplaisantes. C'est un désastre attendant juste d'arriver.
Draco émergea fraîchement d'une douche, ses cheveux blonds aussi glissants que de la soie trempée, fins et filetés de perles d'eau argentées à leurs extrémités. Il secoua légèrement la tête, puis repoussa la mèche égarée qui pendait humidement devant ses yeux alors qu'il retournait à son dortoir pour déposer ses affaires de Quidditch.
Bien sûr, Draco avait vu Ron se cacher furtivement derrière les haies jalonnant le terrain pendant la séance d'entraînement des Serpentards. L'imbécile roux avait essayé d'être le plus discret possible, sans résultat – il avait eu l'air du buisson en feu se déplaçant parmi les branchages dépourvus de feuilles. Ce n'était certainement pas la meilleure méthode de camouflage, et Draco ricana intérieurement tellement Ron avait vraiment parut ridicule, se glissant alentours comme cela.
Mais en même temps il se souvenait aussi des mots que Ron lui avait dis la veille, lancés avec du dépit et une âpre malice : Le jour où tu tomberas enfin avec un énorme fracas, saches que c'est exactement ce que tu mérites.
Draco ferma les yeux et s'assit lourdement au pied de son lit, considérant brièvement l'horreur de ce qui arriverait si Weasley découvrait sa situation avec la potion d'amour. La seule pensée de l'humiliation était suffisante pour faire frissonner Draco. La rivalité qu'il avait l'habitude de partager avec Harry était une chose ; la haine qui coulait entre lui et Weasley, comme un rivière noire se prolongeant de génération en génération en était une toute autre. Et cela avait été suffisamment dur de ravaler sa fierté pour demander de l'aide à Harry ; mais s'il avait à supporter le fait que Ron soit au courant, Draco suspectait fortement qu'il allait juste spontanément s'enflammer.
Harry n'avait pas parlé à Ron de la potion d'amour, Draco résolut finalement sans un certain malaise qu'il n'avait pas pu. Draco savait que si Weasley avait découvert, il n'aurait certainement pas eut la décence de garder cela pour lui, et l'instant d'après tout Poudlard le saurait, et son père – Draco interrompu sa pensée, ne voulant même pas penser plus longtemps à cela. Non, Harry ne le dirait pas à Weasley. Ou le ferait-il ?
Draco pensa à la première fois qu'il avait défié Harry dans un duel de sorciers à leur première année, alors qu'il avait déjà secrètement averti Rusard du fait que les Gryffondors seraient hors du lit dans la salle des trophées. Il se souvenait toujours de la raison pour laquelle il avait fait une chose aussi lâche, c'était parce qu'en fait il avait été intimidé par Harry, le petit, maigre garçon aux cheveux noirs qui avait si froidement refusé sa poignée de main d'amitié. Et quand Harry avait d'une façon inattendue accepté de l'affronter dans un duel de sorcier, Draco avait intérieurement paniqué – et parce qu'il n'avait pas été sûr qu'il gagnerait, tout ce dont il avait voulu s'assurer était qu'ils perdraient. Il voulait voir Harry avoir des ennuis, que la gloire qui avait semblé lui venir sans aucun effort lui soit ôtée.
Saches que c'est exactement ce que tu mérites. Encore les mots de Ron, résonnants à l'orée de sa conscience, faisant écho à une acceptation de mauvais augure au fond de lui. Pour tout ce qu'il avait fait à Harry, pour toutes les méchancetés qu'il avait lancées dans sa direction… peut-être que Weasley avait raison, pour une fois. Peut-être que c'était ce qu'il méritait. Ou peut-être que c'était juste la potion d'amour qui parlait.
Et la nuit dernière. Il avait eut besoin de chaque once de bonne volonté pour se restreindre de faire quoi que ce soit qui aurait pu donner à Harry l'impression qu'il était un dépravé maniaque du sexe à la recherche d'émotions fortes. Bien sûr, pour sa part Harry n'avait pas eu l'air du tout enclin à se divertir d'un bécot de plus – mais Draco avait réalisé qu'il ne voulait pas plus qu'embrasser Harry pour le simple contact physique. Il voulait sentir Harry derrière le baiser, sentir quelque chose d'autre que des lèvres sans réaction refroidies par le choc ou la répulsion ; il ne voulait pas savoir par quoi, bien que ce devait probablement être une combinaison des deux.
La potion d'amour ne palpitait plus en lui comme un courant de vie dès qu'Harry était dans les parages ; par contre, cela avait été remplacé par une douloureuse et languissante pulsation, comme de l'électricité statique, tour à tour des courants de pensées glacés qui étaient ensuite projetés dans une vrille. C'était maintenant une sorte de douleur mature, comme une situation chronique qui commençait à infiltrer la moelle de ses os – et cette marée insidieuse de poison chimique l'effrayait plus que jamais, parce qu'il commençait à oublier la façon dont il avait eut l'habitude d'haïr Harry. Maintenant tout ce dont il pouvait se souvenir était le sentiment torsadé et vide qui s'enflammait comme un feu glacé dès qu'Harry s'approchait de lui ; une image creuse d'amour, comme le reflet de la fumée dans les miroirs, mais qui restait néanmoins de l'amour.
"Bordel, qu'est-ce que –?"
Harry fixait Draco, d'abord de la surprise puis de la compréhension et enfin de l'indignation se répandant sur son visage. Draco le regarda calmement, un rapide sourire soulevant les bords de ses lèvres, et il avait presque l'air amusé lorsqu'Harry lança un autre regard énervé au parchemin roulé que Draco tenait dans sa main, puis lorsqu'il commença à lui crier dessus.
"Qu'est-ce que tu essaies de foutre, Malfoy ?" La voix d'Harry brûlait de rage, et il arracha le rouleau des mains sans résistance de Draco. "Tu veux encore m'attirer des ennuis ? Est-ce qu'on est de retour à la case départ, dans laquelle je suis en fait supposé surveiller mes arrières pour éviter tes sales tours bon marché, au lieu de t'aider à résoudre le problème de la potion d'amour ? C'est ça ?"
Draco eut l'air légèrement secoué par la tirade furieuse d'Harry. "Non," répondit-il, son ton de voix calmement conciliant. "Je voulais juste te parler, c'est tout. Je n'ai pas réussi à trouver un quelconque autre moment où tu étais seul."
"Oh," fit Harry sarcastiquement. "Je vois. Tu voles mon devoir et me fais renvoyer de cours pour ça, mais tout va bien parce que tu sais, ma note de milieu de trimestre n'importe pas tant que ça, pas pour toi du moins." Il regarda furieusement et d'un air venimeux Draco. "Franchement, Malfoy ! Est-ce que tout tourne juste autour de toi ? Tu veux faire de moi un génie tant que tu y est, pour que tu puisses me fourrer dans une bouteille et me mander dès que tu voudras simplement me parler un peu ?"
Draco se mordit la lèvre inférieure, se sentant légèrement pris de remords – le cours de Métamorphose se déroulait à ce moment même, et il avait furtivement prononcé une formule magique sans que McGonagall ne le remarque pendant qu'elle était tournée et avait pris le devoir maison d'Harry sur sa table. Résultat, elle avait questionné Harry sur le fait qu'il avait échoué à rendre son devoir, ce à quoi Harry avait protesté disant qu'il l'avait rendu, et le professeur lui avait dit de retourner le chercher à son dortoir. Rendu nerveux et perplexe par la mystérieuse disparition de son rouleau de devoir, Harry avait quitté la salle de classe, dans laquelle Draco s'était aussi excusé d'un besoin d'aller aux toilettes avant de courir après Harry, le rattrapant finalement ici dans le couloir du troisième étage, près de la statue de la sorcière borgne.
"Je ne vole pas tes devoirs," Protesta faiblement Draco, prenant soigneusement en compte à quel point Harry semblait en colère – et l'était probablement – contre lui. "J'allais le rendre."
"Tu sais, pourquoi tu n'essaierais pas ce concept avec l'argent des gens la prochaine fois, et fais-moi savoir d'Azkaban si c'est une bonne excuse ou pas." dit froidement Harry.
Draco prit une profonde inspiration pour se calmer, pour ne pas laisser échapper quelque chose de méchant et rendre Harry encore plus en rogne contre lui. "Regarde," dit-il lentement, ses yeux brûlant significativement, "c'est déjà lundi. Le match est dans deux jours, Potter, et je n'ai toujours rien trouvé qui pourrait marcher. Je voulais juste te demander si tu avais une idée," Draco s'arrêta, et ajouta, "n'importe laquelle."
L'expression d'Harry s'adoucit légèrement; il comprenait le désespoir de Malfoy, parce qu'en vérité il reflétait un peu sa propre urgence, qui était la raison pour laquelle il vérifiait régulièrement si Hermione avait fait un quelconque progrès dans sa recherche d'un antidote à la potion d'amour. La progression avait jusqu'ici été lente, bien qu'elle ait dit qu'elle avait quelques pistes possibles.
Harry soupira, passant une main dans ses cheveux, dégageant ses mèches de devant ses yeux ; se tenant devant lui Draco se demanda affablement comment le geste si banal de passer des doigts dans des cheveux pouvait sembler aussi érotique – ce qui était le cas, d'une façon presque douloureuse. Bien sûr, seul Harry pouvait avoir un tel effet sur lui. Chacun de ses mouvements brûlait d'un charme obscur, ce magnétisme naturel répandait le poison mercuriel émergeant dans son sang, le réduisant en cendres telle l'attaque d'une lame fantôme.
"Il ne semble pas y avoir d'antidote à la potion d'amour où que ce soit dans les livres de magie de référence, du moins dans ceux qui nous ont été accessibles," disait Harry, et Draco retourna brusquement au présent alors qu'un seul mot le secouait, ramenant ses pensées vagues à une tranchante mise au point.
"Nous ?" interrompit Draco d'une manière significative, ses yeux fusillant ceux d'Harry, son regard perçant.
Harry hésita un instant; ses joues se colorèrent imperceptiblement, comme embarrassé d'avoir divulgué quelque chose qu'il n'avait pas eut l'intention de divulguer, mais quand il parla sa voix était calme et mesurée. "J'ai demandé à Hermione de m'aider dans la recherche."
Draco sentit son cœur cogner contre sa cage thoracique avec un bruit écœurant, et pendant un instant sa respiration s'arrêta, avant qu'un flot de sang ne revienne violemment dans ses veines avec un éclat de tonnerre. "Tu lui en as parlé ?"
Harry releva le menton avec un air de défi. "Si quelqu'un peut aider à ça, c'est Hermione. Et elle est suffisamment loyale pour garder un secret, je ne peux pas en dire autant de toi."
Draco se demanda vaguement si Harry faisait allusion à l'accident avec le dragon de Hagrid, à leur première année. Mais à ce moment-là il était trop horrifié par la révélation du fait que lui et Harry n'étaient pas les seules âmes vivantes au courant de ce qui était arrivé, qu'Harry, en qui il avait confiance pour une quelconque raison insensée, était allé en parler à Granger, qui en avait probablement eut le plus grand éclat de rire de sa vie.
Draco jura de frustration et donna un coup de pied dans le mur de pierre à côté d'eux pour faire bonne mesure, son pied manquant de peu le coin du piédestal de la sorcière borgne. "Je ne peux pas croire que tu en aies parlé à Granger ! Bon sang, à quoi tu pensais, Potter ? Je ne t'ai pas dit de garder ça absolument secret ?"
"Non tu ne l'as pas fait, en fait," riposta Harry, l'ennui et l'irritation étincelant dans ses yeux vert clair, "Je pense que la plupart du temps, avant même d'en arriver à ce point, tu cessais de parler et commençait par contre à m'embrasser."
"Va te faire foutre, Potter," siffla Draco, avançant d'un pas, un feu noir dans les yeux.
La colère avait atteint son point culminant comme des pointes acérées de métal chauffé bouillant, et Harry repoussa brutalement Draco en arrière; son dos heurta le mur avec un dur impact qui avait dut être douloureux, bien que Draco ne laissa apparaître aucune douleur physique, seulement les indications d'une autre sorte de douleur qui fumaient comme un feu dissimulé dans ses yeux.
"Tu commences sérieusement à me faire chier comme personne ne l'avait fait avant." grogna Harry, un mélange de rage et de dégoût se consumant comme une flamme brûlant à petit feu derrière ses yeux vert foncé (1), comme des anneaux de gazon calciné. "Une fois de plus, tu détiens d'ors et déjà le record actuel, alors ne dépasse pas les limites, Malfoy."
La poitrine de Draco se gonfla de fureur contenue, et il fusilla Harry du regard. "Tu t'es déjà demandé pourquoi je n'ai jamais même pensé à aborder l'un des professeurs pour demander de l'aide, pourquoi j'ai en fait demandé à toi au lieu de Rogue, par exemple, qui en saurait franchement beaucoup plus sur les potions d'amour ? Tu sais combien les choses vont devenir sérieuses si ça se propage dans le reste de Poudlard ? Il ne tient qu'à un fil pour que quelqu'un rapporte ça aux autorités de l'école, et devine le père de qui est au conseil d'administration ?" Draco avait haussé la voix maintenant, avec une note presque hystérique dans celle-ci. "Tu as la moindre idée de ce qui va m'arriver si mon père le découvre ?"
"Hermione n'en parlera à aucun des professeurs !" répondit Harry avec colère, l'air totalement enragé. "Elle est mon amie et je lui fais confiance, et je sais que si elle promet de le garder pour elle, elle le fera."
"Je n'en suis pas si sûr." La voix de Draco s'approchait d'un amer cynisme ; il devint soudainement presque douloureusement conscient du poids de la paume d'Harry pressée contre sa poitrine, ce qui émit un frisson à travers lui comme une adrénaline enfiévrée. "Tu ne t'en rends pas compte, putain ? Elle me hait, Potter, et tu viens juste de lui donner le moyen parfait de se venger de moi."
"Tes péchés passés te poursuivent, pas vrai ?" La voix d'Harry était glaciale, son ton complaisamment détaché. "Peut-être que ça t'y fera penser à deux fois avant d'appeler Hermione Sang-de-Bourbe, et de recommencer à te moquer de la famille de Ron."
Une autre pensée traversa soudainement Draco, si terrible et effrayante qu'elle draina sa colère comme un brume s'évanouissant dans une chaudière, tandis qu'il s'effondrait en arrière contre le mur de désespoir et une froide, profonde horreur le submergea, des marées glaciales qui cristallisaient sa peur et la figeaient dans une éternité gelée.
"S'il te plaît dis-moi que tu ne l'as pas dit à Weasley." La voix de Draco sonnait hébétée et distante, et profondément défaite.
Harry cligna des yeux, légèrement surpris ; c'était la première fois qu'il entendait Draco dire 's'il te plaît'. Draco ne l'avait jamais dit avant, même pas quand il avait demandé à Harry de l'aider – et Harry observa le spectre de douleur qui dansait sur le visage de Draco, une triste réalisation, une fierté s'effritant et un désespoir absolu, un noir dessin d'obscurité et de misère. Et après avoir vu Malfoy prendre tout avec tellement de distance dans l'enjambée qu'il avait faite avec un calme forcé, Harry sut aussi quel était le point de rupture quand il vit cela, et il sut que ce serait l'humiliation ultime, plus que Draco ne pourrait en supporter – si Ron était au courant pour la potion d'amour, Ron qui était l'ennemi de Draco d'une façon beaucoup plus retranchée qu'Harry ne l'avait jamais été.
"Non," dit Harry, surpris lui-même par la douceur de son ton ; il vit Draco lever les yeux, une lueur d'espoir dans ses yeux pâles. Harry sentit sa propre colère disparaître, diminuant aussi vite qu'elle avait émergé, parce qu'il était horriblement difficile de rester en colère devant une telle désolation. "Non, je ne lui ai pas dit. Et Hermione non plus."
Contrairement à ce à quoi Harry s'attendait, une expression d'immense soulagement ne balaya pas le visage de Draco, pas plus que l'étincelle d'espoir dans les yeux gris glacés de Draco, qui demeuraient ternes et brumeux comme du verre dépoli. Harry ne pouvait pas vraiment lire les émotions qui miroitaient derrière eux. L'expression de Draco demeurait abattue, même face au réconfort d'Harry ; c'était comme si ce moment d'horreur avait été si brutal et désolant qu'il avait frappé aussi profondément que la réalité l'aurait fait, et Draco restait titubant sous l'impact, comme le manque de ressort d'un élastique qui aurait été étiré bien trop loin de ses limites d'élasticité.
Les mots d'Harry permirent d'adoucir substantiellement l'hystérie qui avait balayé Draco à la mention de Ron – maintenant il ferma les yeux, mais la lourde réalisation de sa propre vulnérabilité déclencha une nouvelle, frénétique vague de panique. Et Draco avait peur, tout à coup, du point auquel cette situation lui avait enlevé tout contrôle de lui-même ; combien facilement maintenant les autres personnes pouvaient l'affecter, et lui faire ressentir des choses qu'il n'avait jamais ressenties auparavant, pas avec cette intensité – des sentiments de peur et d'horreur, autant que des sentiments d'envie et de désir.
Draco réalisa que la main d'Harry était toujours contre sa poitrine; la cicatrice de la blessure de couteau se mouvait sous le contact d'Harry, une intime connexion entre eux forgée sur un accord du sang. La position inconsciente de la main d'Harry contre la cicatrice amena une curieuse attaque de sensations, qui brûlaient mais n'étaient pas douloureuses, une flamme transie seulement alimentée par sa confusion, et Draco frémit involontairement.
Harry vit Draco tressaillir légèrement, comme de douleur, et il se souvint soudainement que sa main pressait l'endroit où le couteau avait tranché – il retira rapidement sa main, et fixa Draco avec une inquiétude renouvelée. "Est-ce que je t'ai fait mal ?"
Quelle question ironique, pensa fadement Draco, même quand il sentit les doigts d'Harry effleurer délicatement sa robe, à l'endroit qui recouvrait juste la cicatrice. À chaque instant où nous sommes ensemble, tu me fais mal, même si tu ne le sais pas.
Harry repoussa doucement le tissu de la robe de Draco, dénudant une partie de l'épaule gauche de Draco d'une manière décente ; il inspecta soigneusement la cicatrice d'une manière presque clinique, qui s'était maintenant estompée en une pâle raie argentée à peine visible sur la peau claire de Draco. Draco ferma les yeux alors qu'il se soumettait au contact fluide des mains d'Harry se déplaçant légèrement sur sa peau dans une caresse accidentelle, et c'était comme le paradis, des rêves d'or et…
Derrière les paupières fermées les rêves familiers prirent vie, les compagnons séduisants de ses nuits, calcinés dans son esprit comme du miel brûlant laissant un arrière-goût amer ; Draco se sentit glisser hors de la faible prise de la réalité alors qu'il se laissait noyer dans des rêves éveillés, comme –
Les mains d'Harry glissaient sur ses bras, et Harry se penchait près de lui, chuchotant des mots contre ses lèvres qui avaient un goût aigre et sucré comme du vin, l'intoxiquant. Les doigts d'Harry se frayaient malicieusement un chemin le long de l'aile de son épaule, écartant ses vêtements, les faisant négligemment tomber au loin. La chaleur de la paume d'Harry contre sa peau nue le faisait frissonner ; les mains d'Harry caressaient en la parcourant sa poitrine, et Harry embrassait sa bouche avec une tendresse qui faisait fondre la froideur à l'intérieur de lui, le remplissant d'une chaleur merveilleuse. Il haletait doucement en guise de réponse, impuissant de plaisir, et la langue d'Harry parcourait lentement le long de sa lèvre inférieure ; ses propres mains se déplaçaient pour s'accrocher autour du cou d'Harry, les attirant près l'un de l'autre, et c'est seulement ensuite qu'il se sentit finalement entier, complet…
Les yeux de Draco s'ouvrirent en un éclair, et il s'avança soudainement vers Harry, rompant la courte distance entre eux. Harry cligna des yeux, laissant ses mains tomber de l'épaule de Draco où il examinait la cicatrice ; tout à coup ils étaient si proches que les mains de Draco effleuraient les siennes, qui étaient maintenant rigidement gardées sur ses flancs.
Harry prit une profonde et apaisante respiration, puis commença à demander, "Malfoy, qu'est-ce que –"
"Je fais ces rêves," dit soudainement Draco, prenant Harry de court ; Harry pouvait sentir la chaleur du corps de Draco alignée contre la sienne, et bien que Draco n'ait pas parlé plus fortement qu'un chuchotement, Harry ne pouvait entendre que sa voix, tellement ils étaient proches. Les yeux de Draco semblaient distants et vagues, et il continua, "Je rêve de toi, et dans ces rêves tu es –"
"Malfoy," dit tranquillement Harry, bien qu'il ne s'éloigne pas, sans non plus repousser Draco. "Nous devons aller en cours."
Bien sûr, Harry ne pourrait jamais réellement comprendre. Draco regarda profondément dans les yeux d'Harry, d'un vert pur comme l'émeraude, émeraude qui était supposée guérir et protéger, mais qui par contre l'exposait à une telle vulnérabilité, sur laquelle il n'avait aucun contrôle. D'où il se tenait Draco pouvait respirer la douce senteur qui était si unique à Harry ; aveuglé par l'impulsion et le désir il se pencha en avant, et sa bouche effleura les lèvres sans réaction d'Harry pendant le murmure d'un instant –
Chaque fois que je t'embrasse, ça fait mal.
La manière de Draco avait été insistante avant, mais pas puissante comme cela ; Harry était surpris, presque alarmé lorsqu'il sentit Draco le pousser contre le mur. Les mains de Draco remontaient rapidement pour tenir son visage, et Draco se penchait en avant, ses lèvres se fermant sur celles d'Harry –
"Arrête ça, Draco." dit Harry, plus fermement cette fois, et il détourna son visage de Draco, brisant le baiser; Draco sembla sortir de sa stupeur, et il semblait piqué lorsqu'il se recula, les yeux écarquillés et brillants comme d'une vive fièvre.
Chaque fois que tu me repousses, je ne ressens que la douleur.
Draco recula d'un pas instable, sentant son visage s'empourprer de gêne et de désir non satisfait ; pas tout à fait de la passion, mais certainement un désir très intense, un qui faisait que tout ce qu'il voulait, c'était jeter Harry contre le mur et l'embrasser jusqu'à ce que la soif s'en aille, mais Draco savait que cela ne serait même pas suffisant à réprimer les pulsions de la potion.
Le doux choc de la soudaine agressivité de Draco disparut, et Harry sentit une vague de sympathie lorsqu'il vit l'air misérable sur le visage de Draco, la torture silencieuse de rêves qui ne pouvaient simplement pas se coaliser avec la réalité – Harry savait combien dérangeants ils devaient être, comment les fils invisibles des rêves pouvaient emmêler et compliquer la réalité. Une réalité altérée, dans le cas de Draco.
"Regarde," dit Harry, regardant attentivement Draco, "Hermione a fait beaucoup de recherches pendant le week end, et elle pense qu'elle a quelques pistes qui pourraient nous amener quelque part. Je pense vraiment que tu devrais lui parler directement de ça – et je te tabasserais personnellement si tu es odieux avec elle, parce qu'elle a travaillé très dur juste pour nous aider. Sans elle, je ne pense pas que j'aurais le temps de passer tous ces livres de magie au crible, et toi non plus, avec tous les entraînements de Quidditch que nous avons. Alors tu lui dois un grand gain de temps, Malfoy."
Draco avait un regard lointain alors qu'il haussa les épaules, presque insensible. "Ce que tu penses être le mieux."
Pour Draco, même si Harry lui avait permis de l'embrasser à nouveau n'avait pas d'importance maintenant. Le fossé béant pouvait être rempli, mais seulement pendant l'instant fugace où il tiendrait Harry, quand il serait inondé par la sensation d'être si près de lui, goûtant la vertigineuse douceur de la bouche d'Harry, sentant la vivifiante chaleur de son corps. Mais quand Harry le repousserait finalement une fois de plus, brisant l'intimité comme un murmure brisant le silence, tout s'effondrerait et se dissoudrait pour retourner aux ombres de la désolation.
Tout s'écroulerait.
Harry jeta un regard prudent alentours – heureusement, tout le monde était sûrement en classe, alors leur petit intermède présent ne serait probablement remarqué par aucun élève. Mais Rusard était une autre affaire… et McGonagall pourrait commencer à se demander ce qui lui prenait autant de temps.
Harry jeta un coup d'œil à sa montre. "Je serai pris par les cours et l'entraînement de Quidditch pendant le reste de la journée, alors que dis-tu de demain, après le déjeuner ? Nous avons encore réservé le terrain dans l'après-midi mais je peux extraire un peu de temps pour te voir, et Hermione peut être là aussi." Harry nota intérieurement que de cette façon, Ron serait probablement trop occupé par l'entraînement de Quidditch pour remarquer sa brève disparition et l'absence d'Hermione. "J'espère que demain Hermione aura plus d'idées à nous faire partager."
"Et si elle n'en a pas ?" demanda doucement Draco, et sa voix était creuse. "Et s'il n'y avait simplement aucun moyen de guérir ça ?"
"Ne dis pas ça. Ça n'aide vraiment pas." Harry lança un regard sévère à Draco. "Tu ne pourrais pas être un peu plus enthousiaste et positif à propos de ça ?"
"Enthousiaste ?" répéta Draco maussadement. "Je suis empoisonné par une potion d'amour, et à chaque fois que je te vois je veux juste mourir. Si l'enthousiasme était contagieux, Potter, alors je serais incontestablement immunisé."
"Juste…" La voix d'Harry dérailla, et il lâcha un soupir las. "Aies juste un peu de foi, d'accord ? Je fais aussi de mon mieux pour trouver une solution, tu sais."
"Je sais." Dit doucement Draco, lançant un coup d'oeil en biais à Harry, ses cils inférieurs obscurcissant efficacement les émotions dans ses yeux. Puis il tendit la main et prit l'essai de Métamorphose des mains d'Harry. "Je vais revenir en premier et replacer ça sur sa table pour que quand tu entres, il soit déjà là, et elle pensera simplement qu'elle ne l'a pas vu en vérifiant plus tôt."
Harry regarda Malfoy se tourner brusquement et s'en aller, ses pas doux trahissant son calme abattu ; encore, Draco continuait à se tenir avec un équilibre remarquable, chaque pas mesuré et décidé, si contraire à la confusion de son esprit qui était tellement évidente à Harry. C'était un miracle que la fierté de Draco soit restée intacte, même si son contrôle était en lambeaux ; il continuait à avoir l'air si calme, même si Harry savait qu'il était lentement en train de tomber en morceaux de l'intérieur, un lent mouvement de brisure – et Harry savait aussi que sa propre présence ne faisait que catalyser la désintégration continue de la détermination de Draco.
Si nous ne trouvons pas une solution à ça rapidement, pensa sinistrement Harry, les choses pourraient devenir trop sérieuses pour que nous puissions les contrôler, et quelqu'un pourrait finir blessé. Gravement.
"Bien." Harry s'éclaircit la voix, espérant que la tension, l'atmosphère de méfiance s'éclairciraient aussi. Son regard passa de Draco à Hermione, assis à l'opposé l'un de l'autre, tous les deux occupés à échanger des regards hostiles et prudents.
Ils étaient dans la salle vide d'Enchantements après le déjeuner d'un mardi nuageux, la veille de l'affrontement Gryffondor-Serpentard. Harry avait arrangé la petite rencontre privée entre eux trois, qui à première vue, ne se déroulerait pas du tout en douceur. Hermione avait grommelé qu'elle avait dû porter ses livres pendant tout le trajet jusqu'à la salle d'Enchantements, et Draco avait eut l'air maussade dès lors qu'il avait mis les pieds dans la salle dix minutes auparavant. Aucun d'entre eux n'avait dit un mot directement à l'autre, et Harry commençait à se demander si cela avait été une si bonne idée finalement.
"Bien," répéta Harry, lançant une œillade implorante à Hermione ; elle refusait toujours de regarder directement Malfoy, mais empoigna par contre un livre sur le haut de la pile qu'elle commença à feuilleter.
"Bien quoi, Potter ?" soupira Draco avec colère ; ses bras étaient croisés sur sa poitrine et il avait l'air ennuyé et impatient. "Sommes-nous ici pour une séance de méditation de yoga, ou va-t-on véritablement parler de ce qui était prévu ?"
Hermione posa son livre, et regarda furieusement Draco, son aversion clairement apparente. "Tu sais, si tu n'as rien de bien à dire, c'est moins fatiguant de ne pas le dire."
"Ah, notre bonne sœur parle." Draco afficha un petit sourire satisfait, "Je commençait à me demander si tu t'étais vraiment endormie sur ta chaise."
"Assez !" plaça Harry, lançant à Draco un regard réprobateur. "Malfoy, calme-toi et arrête d'énerver Hermione. Elle essaie de trouver quelque chose."
"'Essayer' étant le mot essentiel ici." coupa Draco avec mépris, la familière malice se reflétant dans ses yeux.
Les yeux d'Hermione étincelèrent de colère et elle eut l'air d'être sur le point de riposter quelque chose avant qu'Harry ne la coupe rapidement. Il marmonna quelques mots à Hermione pour lui dire de se calmer, puis il procéda à empoigner Draco par le bras, le tirant brusquement sur ses pieds et le propulsant hors de la salle de classe.
Lorsqu'ils furent à l'extérieur, Harry fit tourner Draco et le fit s'écraser contre le mur du couloir avec une telle force et une telle soudaineté que Draco laissa échapper un faible halètement de surprise. Harry empoigna le col de la chemise de Draco, et le secoua, bien que non vicieusement ; les yeux d'Harry brillaient d'un mélange de fureur et d'exaspération, et Draco pouvait sentir l'intensité de son émotion traversant comme un courant de vie l'endroit où le poing d'Harry était appuyé contre sa poitrine.
"C'était pour quoi, ça, bon sang, Malfoy ?" Grogna Harry, montrant la salle de classe d'un signe de tête d'une manière significative. "Elle essaie vraiment de t'aider, tu sais ça ? Hermione a beaucoup de choses bien meilleures à faire que de fouiller dans des tas et des tas de livres juste pour en savoir plus sur les potions d'amour et s'il y a une issue concevable à ce bordel – elle n'a aucune raison de faire ça pour toi, étant donné combien odieux tu as été avec elle, et es toujours !"
"Je ne lui fais pas confiance, voilà pourquoi !" rétorqua Draco, donnant voix à ses véritables sentiments. "Juste parce qu'elle est intelligente et compétente en matière de livres, est-ce que ça veut dire que je suis supposé mettre ma vie entre ses mains ? Je ne la connais même pas, pour l'amour de Dieu !"
"C'est vrai," répliqua Harry, férocement défensif. "Tu ne connais pas Hermione. Parce que si tu la connaissais, tu saurais qu'elle est à peu près l'amie la plus gentille, la plus prête à faire des sacrifices que tu puisses trouver. Tu saurais qu'elle sera toujours à tes côtés quoi que tu fasses, même si elle le désapprouve fortement, mais juste parce que tu es son ami, elle aura la volonté de braver une tempête avec toi, quel qu'en soit le prix." Harry s'arrêta pour prendre une profonde inspiration, et sa voix trembla de rage contenue. "Tu ne la connais pas, Malfoy, et tu lui dois bien plus que tu ne penses, à commencer par des excuses. Alors le moins que tu puisses faire maintenant, c'est lui montrer le respect qu'elle mérite."
Draco eut effectivement la grâce d'avoir l'air légèrement soumis alors qu'Harry le ramenait dans la salle de classe ; Hermione lui lança un regard menaçant alors qu'il prenait son siège, mais il évita son regard et eut soudainement l'air avidement intéressé par un minuscule scarabée rampant sur le bord d'un bureau, qu'il commença à pousser avec le bout de sa baguette, marmonnant une formule à voix basse. Les ailes du scarabée vrombirent, et il eut l'air de vouloir s'envoler mais sous l'emprise de la baguette de Draco, il ne sembla pas être capable d'en faire autant. Il eut un mouvement brusque et bourdonna sur place.
"Arrête ça !" dit Hermione d'une voix stridente, fixant le scarabée avec de l'horreur dans les yeux ; les souvenirs de l'araignée qu'elle avait vue être torturée par l'imposteur de Maugrey Fol-Œil étaient restés trop vifs. "Cesse ça, Malfoy !"
Draco leva sa baguette, et le sort quelconque qu'il avait utilisé fut brisé ; le scarabée fit bourdonner ses ailes faiblement, l'air blessé, avant de ramper dans un lieu sûr aussi vite qu'il le pouvait. Draco le regarda s'échapper avec indolence, conscient des regards horrifiés d'Harry et d'Hermione fixés sur lui. Il leur retourna leurs regards surpris avec une expression neutre, et haussa nonchalamment les épaules, comme pour dire Qu'est-ce que vous regardez ?
Hermione eut l'air légèrement secouée ; Harry se pencha et lui chuchota quelque chose, des mots réconfortants pour la calmer quelque peu. Draco se sentit étrangement troublé, presque énervé de voir cette tendre, intime sorte de geste d'Harry se penchant pour chuchoter à l'oreille d'Hermione, même si c'était purement platonique entre eux – cela ré-éveilla un désir volatil à l'intérieur de lui, frémissant à travers ses veines à chaque battement de cœur, portant le poison qui coulait dans son sang, dans son âme.
Lançant à Malfoy un autre regard révolté et scandalisé, Hermione reporta son attention sur un morceau de parchemin déchiré placé proprement dans l'un des livres. "Bien, j'ai quelque nouvelles à rapporter sur ce que j'ai trouvé jusqu'ici." annonça-t-elle.
"De bonnes ou de mauvaises nouvelles ?" demanda Draco d'un ton morne.
Hermione lui lança un regard tranchant et inflexible, et dit d'une traite, "Je suppose que ça doit être bon, puisque le fait que ça ait tout à voir avec toi satisfait largement le quota de mauvaises nouvelles. »
"Qu'est-ce que tu as trouvé ?" intervint rapidement Harry, avant que Draco ne puisse donner voix à une riposte ; il regrettait d'avoir pu imaginer qu'Hermione Granger et Draco Malfoy pourraient jamais passer même cinq minutes ensemble dans la même pièce sans que l'un d'eux n'enfle et ne se retrouve collé au plafond. Maintenant, Harry était le seul à maintenir une paix maladroite.
Hermione prit un autre livre et l'ouvrit d'un coup sec à une page qu'elle avait cornée. "J'ai réussi à trouver la source de la citation latine inscrite sur le livre de sorts de Malfoy. La raison pour laquelle il n'y avait aucune référence à elle dans aucun des sorts de magie concordants, est qu'il provient en fait d'un poème épique Moldu, qui remonte au premier siècle avant J-C."
"Moldu ? " interrompit Draco, d'un air dégoûté. "Mais c'est une ancienne potion purement magique, n'est-ce pas ? Pourquoi est-ce que ça a quoi que ce soit à voir avec les Moldus ?"
Hermione eut l'air clairement irritée par l'indélicatesse de Malfoy. "Je pense que c'est intentionnel," répondit-elle, lançant un regard très pointu à Draco, "cela amène juste à montrer que la portée de la potion d'amour est universelle – que tu sois sorcier ou Moldu, tu n'est pas immunisé contre les effets d'un amour provoqué. Ce qui est parfaitement significatif, à mon avis."
A la surprise d'Hermione, Draco ne contesta pas sa position, il demeura simplement silencieux. Elle remarqua aussi que son regard s'attardait sur Harry, qui ne voyait pas Draco le fixer, étant trop absorbé par ce qu'elle expliquait. Hermione pris une note stupéfaite de la façon dont Draco regardait Harry, puis poursuivit, "En tout cas, il y a une mythologie assez intéressante tissée autour de cette citation."
"De quoi parle le mythe ?" questionna Harry, semblant intéressé.
"Eh bien," Hermione consulta un bref résumé qu'elle avait rédigé, "la légende disait qu'une jeune femme grecque, Laodamia, se maria à Protesilaus, le roi de Phylace. Toutefois, Protesilaus dut quitter Laodamia peu après leur mariage pour aller se battre à Troie, où il était commandant de bataille. Mais un oracle avait aussi prophétisé que le premier grec à toucher le sol troyen serait aussi le premier à mourir."
"Laisse-moi deviner." Draco roula des yeux. "Ce Protesilaus bondit sur le rivage à la minute où ils arrivent, tout enthousiaste à propos de ça. Ou mieux, il comprend mal l'oracle, alors il bondit hors du navire et nage jusqu'au rivage, pensant qu'il va gagner un prix pour avoir débarqué le premier. C'est comme ça que ça se passe ?"
"Eh bien," concéda Hermione à contrecœur, d'une manière très digne, "c'est en fait plutôt ce qui arriva, mais pas aussi grotesque que la description de Malfoy des évènements. Certaines histoires énoncent que les grecs apprirent la prophétie et, en arrivant à Troie, étaient hésitants à débarquer. Protesilaus, toutefois, sauta héroïquement sur le rivage et abattit plusieurs troyens. D'autres histoires ont dit que les grecs n'étaient pas au courant de la prophétie et que Protesilaus était le premiers sur le rivage brûlant simplement d'impatience."
Draco eut un reniflement de triomphe, et fit un bruit qui ressemblait à "Ha ! Ce stupide con."
"Quoi qu'il en soit," continua Hermione, "la prophétie s'avéra être vraie, et Protesilaus fut bientôt le premier grec à mourir sur le sol troyen." Elle eut l'air réellement attristée par cela. "Après avoir appris sa mort, Laodamia pleura son mari perdu avec une telle intensité qu'Hermès lui-même consentit à ramener Protesilaus sur la terre des vivants pour trois heures, pour qu'ils puissent être ensemble une dernière fois."
Harry grimaça légèrement. "Et où est-ce que la citation latine figure dans tout ça ?"
"Un poète nommé Propertius décris l'amour immortel et endurant qui existe entre Protesilaus et Laodamia dans un poème dans le premier volume de ses Elégies, et c'est là qu'apparaît la citation latine." Hermione consulta les notes qu'elle avait écrites. "Traicit et fati litora magnus amor – si on le traduit, cela suit les lignes d' 'Un grand amour traverse les rives du destin.'"
"Quelque chose comme ça," marmonna Draco pour lui-même. Il leva les yeux vers Hermione, une expression voiléede défi ennuyé dans les yeux. "Qu'est-ce qui arrive ensuite ? Ils sont réunis
et vivent heureux pour toujours sachant béatement que leur histoire d'amour sera répétée, jusqu'à la nausée, dans toutes les générations à venir ?"
"Non," répondit Hermione, lançant à Draco un regard frémissant. "Lorsque les trois heures furent écoulées, Protesilaus devait à nouveau mourir, alors Laodamia se jeta dans son bûcher funéraire, et mourut avec lui."
Il y eut un bref silence stupéfait par le violent et brusque dénouement du récit tragique.
"C'est sûr que c'est une histoire joyeuse," remarqua finalement Draco avec un accent traînant et sarcastique, " ça nous remonte vraiment le moral, parce que ce n'est pas comme si nous avions tous été pleins d'entrain récemment."
"Malfoy," lança Harry d'un ton sec en avertissement, et Draco remua dans son siège en essayant de son mieux d'ignorer le regard tranchant qu'Harry lui lançait. Harry se retourna vers Hermione. "Que penses-tu que signifie ce mythe ?"
"Peut-être sommes-nous supposés aller nous faire rôtir un moment," suggéra inutilement Draco, "vous savez, comme un baptême du feu. Très significatif et tout ça."
"Oh, s'il te plaît, fais donc," dit sèchement Hermione, sa voix légèrement contrôlée, "Nous aurions une quantité de travail entière en moins si tu t'en allais simplement et si tu faisais bouillir la tête. Peut-être le reste de ton corps aussi, tant que tu y es."
Avant que Draco ne puisse trouver quelque chose à dire à ça, Harry jeta un coup d'œil à sa montre et gémit. "Je suis en retard pour l'entraînement de Quidditch – je dois vraiment partir maintenant." Il s'arrêta, puis surprit l'expression horrifiée d'Hermione. "Quoi ? Qu'est-ce qui ne va pas ?"
"Tu t'en vas ? Tu t'en vas à l'entraînement de Quidditch maintenant ?" Hermione semblait positivement abasourdie. "Tu n'es pas vraiment en train de partir et de nous abandonner ici, n'est-ce pas ?"
"Hum," dit Harry avec inquiétude, "c'était à peu près ce que je voulais dire lorsque j'ai dit 'partir', bien qu' 'abandonner' sonne plutôt brutal."
"Harry," dit fermement Hermione, lançant un perçant, significatif regard à Harry. "Puis-je te parler un moment – à l'extérieur ?"
"Attaque de la conscience, Granger ?" commenta acerbement Draco, alors qu'Harry et Hermione se levaient tous deux. "Je ne me rappelle pas de toi ayant déjà eut le moindre scrupule à me critiquer en face."
Hermione l'ignora, prit Harry par le bras et le poussa hors de la salle de classe, fermant bruyamment la porte derrière eux. Elle se tourna pour le regarder, de l'incrédulité et de l'exaspération dans les yeux. "Je ne peux pas le croire – tu t'en vas et me laisse seule avec Malfoy ?"
"Je ne peux pas l'empêcher," dit Harry sur un ton d'excuse, un regard implorant dans les yeux, si sincère qu'il adoucit l'expression ennuyée d'Hermione. "Je dois aller à l'entraînement de Quidditch maintenant, ou Ron et les autres vont commencer à se demander où je suis et venir me chercher." Il s'arrêta. "Ne laisse juste pas Malfoy t'avoir, Herm – je lui ai déjà parlé, et je ne pense pas qu'il soit vraiment en position d'être complètement méchant."
"C'est à coup sûr une perspective enthousiasmante pour l'après-midi." Hermione croisa les bras sur sa poitrine, et regarda Harry d'un air grincheux. "Je décline toutes responsabilités pour les moindres injures corporelles que Malfoy pourrait recevoir pour l'odieux, insupportable imbécile qu'il est. Il détient déjà l'honneur douteux d'être la seule personne que j'ai giflée de ma vie."
"Ne t'inquiète pas, tu vas y arriver." Harry se fendit d'un sourire désabusé et fatigué ; et alors qu'il se tournait pour partir, il ajouta doucement, "Merci beaucoup, Hermione."
"Hmmpf," fut tout ce qu'Hermione souffla en réponse ; avec un autre sourire rapide, Harry se précipita le long du couloir et disparut tout au fond en bas de la cage d'escalier.
Hermione se tint où elle était pendant quelques longs moments, regardant Harry partir.
Comment me suis-je retrouvée là-dedans ? se demanda-t-elle à elle-même, sans petite mesure de chagrin. Je vais maintenant être coincée avec Malfoy pendant la plus grande partie de l'après-midi. Ou devrais-je dire, la pire partie. Si ce n'est pas pour Harry… sa voix mentale dérailla, et elle ferma les yeux, renforçant sa résolution. Je fais ça pour Harry, pas Malfoy. Elle estima qu'elle ferait bien de se rappeler constamment de cela. Pour Harry.
Hermione soupira alors qu'elle se tournait et retournait piteusement à la salle d'Enchantements. Elle marqua une halte devant la porte fermée, et pris quelques profondes inspirations pour se ressaisir ; et avait le fort sentiment qu'elle allait avoir besoin de chaque once qu'elle pourrait rassembler.
TBC...
(1) Moui, ses yeux semblent changer de couleur avec son humeur xD.
Voilà, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, les reviews me font toujours très plaisir!
