Note de l'auteur: J'écris cette histoire au jour le jour, je ne sais donc pas à quoi va ressembler la fin (un tout petit peu, c'est tout) ni ce qu'il y aura entre temps. A chaque fois que je publie un chapitre, j'attends les commentaires pour pouvoir me lancer dans l'écriture du suivant. C'est eux qui me motivent. J'ai de l'inspiration mais je ne crois pas que ce soit tout. Je me suis un peu forcé pour écrire ce chapitre parce que je n'ai justement eu aucun commentaire et s'il ne m'avait pas autant inspiré je ne sais pas si j'y serai arrivé. Tout ça simplement pour dire que si l'histoire ne plaît pas, ou si n'importe quelle autre chose ne plaît pas, j'aimerai réellement qu'on me le dise. Je cherche avant tout à distraire et à faire rêver et pour cela il faut que je sache quoi faire pour m'améliorer.

Alors voilà, c'était ma longue note du jour…

Maintenant Bonne Lecture! C'est un chapitre avec beaucoup de réflexions de la part de Rosalie, vous êtes prévenus…


J'essayais de faire comme d'habitude. De faire comme lors de toutes ces fois où nous avions déménagé au cours du siècle écoulé. J'essayais. Sincèrement. D'un côté, je me disais que j'avais brillamment réussi. De l'autre, celui que je cachais, je savais pertinemment que non, ce n'était pas la même chose. C'était différent. Et cela, pour tout un tas de raisons.

A première vue, notre maison était vide. Pourtant, dès que l'on s'aventurait plus en détail dedans, on remarquait que ce n'était définitivement pas le cas. L'absence de salle à manger de cuisine ne signifiait strictement rien en thermes de meubles en moins à déménager avec nous. Les livres de Carlisle étaient ce qui prenait le plus de place. Puis venait nos gardes robes, à Alice et à moi. Finalement, c'était la musique des garçons. Leurs chaînes stéréo et leurs CDs.

Et puis il y avait tout le reste. Les inclassables. Les témoins d'une vie. Ce qui prenait de la place mais en même temps n'occupait pas d'espace. Les choses qui s'étaient tellement incrustées dans nos vies, vie longue de près d'un siècle, pour pouvoir dire qu'elles n'en faisaient pas partie, qu'elles n'étaient que des objets.

Pour moi, ce n'était pas grand-chose. Des vestiges de Rochester. Des vestiges des différents endroits où nous avions vécu. Des vestiges de chaque lune de miel passé avec Emmet. Mais passé les vestiges, il y avait les souvenirs.

Il y avait cette boîte à musique. Dieu que c'est cliché… Je ne connaissais pas le nom de la musique qu'elle jouait (et à vrai dire, je ne le connais toujours pas) mais au-delà de la musique, c'était justement les souvenirs. La différence entre les vestiges et les souvenirs? Les vestiges ne voulaient plus rien dire. Je les gardais uniquement pour ne pas oublier, une sorte de post-it permanent posés sur un bureau imaginaire.

Les souvenirs, eux, avaient une vie. Une vie propre, au-delà de moi, de ma misérable existence, qu'elle fut éternelle ou non. Les souvenirs ne se fanaient pas. Les souvenirs ne s'en allaient jamais. Les souvenirs vivaient et continueraient toujours de vivre.

Comme la musique douce et répétitive qui s'échappait sans discontinuer de la boîte posée sur mes genoux. Je m'étais assise contre mon mur. Un rayon de soleil curieux s'était posé sur la peau de mon visage et me faisait redécouvrir, l'espace de quelques minutes, la chaleur naturelle. Celle à laquelle je n'avais plus droit depuis que j'avais acquis l'immortalité.

Et j'écoutais.

Simplement.

C'étaient des tergiversions creuses qui m'agitaient. Je n'allais aller nulle part en résonnant de cette façon puisque quoi qu'il arrive nous devions partir. Ma chambre n'était plus ma chambre. Ce n'était plus qu'une pièce remplie de cartons. Je ne savais pas moi-même que je possédais autant de choses. Surtout autant de livres. Je prenais la chose pour être l'exclusivité de Carlisle dans la famille mais il fallait croire que ce n'était pas le cas.

Je posais la petite boîte de musique sur le sol et me levait promptement pour en ouvrir un à la recherche d'un livre bien précis. Après l'avoir trouvée, je retournais m'asseoir à ma place, adossée à mon mur. C'était alors que je repoussais la petite boîte à musique qu'une petite feuille se décolla du dessous. J'allais la recoller avec du scotch là où, normalement, personne n'était supposé pouvoir la trouver. Trouver cette photo. Mais je n'en fis rien. Elle se retrouva nichée au creux de ma paume sans que je ne m'en rende compte. Une photo.

J'aurai aisément pu la classer dans la catégorie des vestiges. Après tout, il y en avait tant d'autres comme celle-là, des photos de ma famille, avant. Ma vraie famille, celle à laquelle j'appartenais par le sang.

Celui qui était désormais frigorifié dans mes veines.

Le noir et blanc de la photo ne s'était pas abîmés. Ma mère me tenait par les épaules. Moi, la gamine de 8 ans au premier plan, deux courtes tresses blondes ornant son visage de part et d'autre. Mon père enserrait la taille de ma mère. Et tout autour de nous, le reste de la famille. Mes oncles, mes tantes, mes cousins… Tous sans exception.

Pourquoi cette photo, celle là et pas une autre? Parce que c'était l'époque où mes parents ne pensaient pas encore à leur classe sociale, où ma beauté n'était pas un jouet et encore moins un outil à l'usage de mon père. C'était à cette époque là…

Je laissais choir par terre le livre que j'étais partie chercher. Je me contentai de laisser tourner la musique en contemplant cette photo. Et si mon père n'avait pas changé? Et si les apparences n'avaient jamais compté pour personne? Et si je n'avais pas été belle? Et si je n'avais jamais rencontré Royce?...

Je ne serai pas assise dans cette pièce à écouter une musique dont j'ignorais le nom, me demandant si partir était ou non le bon choix.

Je ne serai pas une buveuse de sang, une chasseuse dans le plus mauvais sens du terme.

Je ne serai pas jalouse au point d'en mourir d'une humaine.

C'est alors qu'une constatation s'imposa à moi.

Je ne serai également et tout simplement pas Rosalie Hale.

Le livre était un cadeau que Vera m'avait fait, une fois, il y avait de cela tellement longtemps. Pour mon anniversaire je crois bien. C'était tout ce qu'elle avait pu m'offrir. Je lui avais avoué un peu auparavant à quel point je l'enviais d'avoir son petit garçon. A quel point j'avais moi aussi envie d'être mère. Alors elle me l'avait offert, ce petit livre relié, extraordinaire beau à sa façon: Recueils de Contes et Nouvelles Pour Enfants. Il comprenait à peu près tous les contes possibles et imaginables. J'adorais les lire.

Pour un bébé qui ne naîtrait jamais.


Vestiges et souvenirs. Il y en avait tellement d'autres. Tellement, tellement d'autres…


"Rose?"

Je sursautais. Je ne l'avais pas entendu.

"Edward, tu m'as fait peur…" Me justifiai-je.

Il entra dans la pièce non sans avoir refermé la porte derrière lui. Plus par politesse qu'autre chose. Porte fermée ou ouverte, les autres entendaient tout.

"Je t'entends depuis tout à l'heure tu sais." Essaya-t-il d'engager la conversation.

Je réalisai alors que la musique s'était tue depuis un moment. Je ne m'en était même pas rendue compte.

"Bien sûr que je le sais." Répondis-je aussitôt, cassante comme à mon habitude.

Il s'approcha et s'assit à côté de moi. Sa peau se mit à briller alors que nous partagions le rayon de soleil. Je réalisai alors que c'était sans doute moi aussi l'image que je donnais depuis tout à l'heure.

"Arrête de te torturer Rose." Murmura-t-il.

Je me tus, cherchant en vain quelque chose à lui rétorquer.

"Je ne peux peut-être pas te comprendre Rose, mais au moins je sais ce que tu ressens."

"Tu ne devais pas partir par hasard?" Le coupais-je.

Il me regardait, je le savais, mais je persistais à garder mon regard tourné vers la fenêtre. Puis sans mise en garde, il se redressa et se retrouva en une fraction de seconde près de la porte.

"Au revoir Rose."

"Edward…" L'interpellai-je alors.

Il me restait une seule chose à lui dire.

"Tu vas la détruire. Tu n'imagines même pas à quel point et de quelle façon. Mais si tu pars, tu vas la détruire encore plus sûrement et profondément que ne l'aurait fait Laurent. La mort n'est rien tu sais. Nous sommes morts. Mais ce que tu vas lui infliger…"

Je ne l'avais pas regardé durant cette tirade. Pas même un seul regard. Il quitta la pièce, refermant en douceur la porte derrière lui. Je savais que c'était fini. Qu'il avait abandonné Forks. Que je ne le reverrai pas avant un long moment. Je savais tout cela.

Je posai à nouveau ma petite boîte sur mes genoux et remontait le tourniquet pour qu'elle se remette à jouer. Mais avant de le relâcher, je ne pus m'empêcher de lâcher:

"Au revoir Edward."

Pas un murmure. Pas même un soupir.

Et la musique se remit en marche. L'air m'emplit de nouveau toute entière et je me laissais à nouveau bercer par cette mélodie si douce et si simple. Cette boîte à musique je l'avais acheté la veille de ma rencontre avec Emmet. Durant tout le temps qu'avait duré sa transformation, j'avais tenu cette misérable petite boîte sur mes genoux alors que j'étais à son chevet. Durant des jours et des jours de souffrance, j'étais restée à fredonner à son oreille, pour l'apaiser.

Par la fenêtre, le crépuscule tombait.

Edward était parti. Bella était sans doute en ruines. Nous allions partir à notre tour, recommencer une autre vie. C'est alors que la voix d'Alice parvint à mes oreilles:

"Ecoute Rose. Je vais passer chez Bella une dernière fois lui dire au revoir. Je ne peux pas m'en aller comme ça."

"D'accord." Répondis-je d'un ton neutre.

"Tu ne veux pas venir?" Demanda-t-elle alors de façon plus hésitante.

"Je lui ai déjà fait mes adieux Alice."

Elle se tut. Je refermai d'un claquement sec la boîte à musique.

Le lendemain, nous partions.


Voilà! J'aime bien ce chapitre parce que bon, à la base la fic est sur Rose donc… Je sais que la boîte à musique fait très cliché mais j'ai pas pu m'en empêcher parce qu'en même temps c'est neutre. On remarquera que je n'ai pas du tout décrit la musique…

J'espère que vous avez aimé! J'apprécie énormément les critiques. J'écris pour divertir mais j'aime que l'on commente mon travail, comme n'importe quel auteur je suppose.