Chapitre 7 :

- Non, Commandant. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.

Debout devant l'écran de contrôle qui le reliait à la salle des Capitaines, Renji croisait les bras, le visage fermé. En face de lui, Yamamoto et les autres Capitaines. Le plus haut gradé des treize divisions ne comprenait pas ses explications et cela le contrariait. Comment être plus clair ?

Soï Fon pris la parole :

- Alors, tu as voulu dire quoi, exactement ?

Renji soupira discrètement. Il était en train de passer pour un abruti devant le conseil tout entier et personne ne semblait vouloir l'aider. Un bref coup d'œil à son Capitaine, immobile et les yeux clos, lui indiqua que celui-ci était autant disposé à lui venir en aide que d'embrasser Ichigo à pleine bouche:

- Je crois Capitaine, que le mieux est que vous voyez par vous-même.

Les doigts de Renji volèrent sur le clavier attenant à l'écran puis il lança une vidéo, afin que les personnes en face de lui réalisent à quel point sa tâche était ardue. L'enregistrement commençait la semaine dernière et finissait ce matin. Renji sélectionna un florilège des extraits les plus marquants et appuya sur la touche « entrée ». Comme ça, ils allaient comprendre…

Sur l'écran, on pouvait maintenant voir trois protagonistes. Encadrée des deux shinigamis dédiés à son entrainement, la Ten no Shisha regardait avec intérêt la salle située sous le magasin de l'ancien capitaine. Puis Ichigo brandit doucement Zangetsu devant son nez et lui lança :

- Allez, fait comme moi tu vas apprendre à te mettre en garde. On verra le combat en lui-même plus tard. Il faut d'abord que tu apprennes les positions de base.

Elle pencha la tête sur le côté, dubitative :

- Tu as conscience que ton Zanpakutô me fait dix fois et que je n'ai jamais tenu d'arme entre mes mains de ma vie ?

- Ouais. C'est bien pour ça qu'il faut qu'on commence depuis le début.

Résignée, elle porta la main à sa taille et posa ses doigts sur la garde. Gauchère… Mais lorsqu'elle dégaina l'arme de son fourreau, une chose inattendue se produisit : libérée, la puissance de son Zanpakutô explosa, clouant Renji et Ichigo à terre aussi efficacement qu'un inquisiteur l'aurait fait avec sa victime sur un pilori.

Elle demeura interdite, épouvantée pendant un instant, puis tomba à genoux à son tour : stimulée par le pouvoir gigantesque, sa pierre de Seki la dévorait. Elle lâcha son arme et instantanément, les deux hommes en face d'elle purent relever la tête, visiblement souffrants.

Ichigo s'avança en rampant à demi vers elle et l'aida à rengainer son arme. Allongée au sol, les yeux écarquillés, elle semblait aussi terrorisée qu'une enfant face à un monstre sorti tout droit de ses pires cauchemars :

- Que s'est-il passé ?

Personne ne lui répondit, car aucun des deux n'avait de réponse à lui fournir.

Puis la bande vidéo avança, deux jours plus tard. Dans cet extrait, elle se tenait face à Renji avec un katana d'entrainement en bois. Celui-ci attaqua brusquement, lui faisant face. Ses entrainements avec Madarame avaient rendues ses attaques redoutables, difficilement prévisibles et maitrisables pour son adversaire.

Mais contre toute attente, elle para très facilement son attaque avec une rapidité fulgurante, en se mettant de profil par rapport à son adversaire et enroula Zabimaru autour de sa propre lame de bois. Puis, avec un mouvement sec, elle leva le bras, envoyant par la même occasion le Zanpakutô de son adversaire valdinguer dans les airs.

Durant ce même temps, elle avait pivoté sur elle-même et était maintenant dans le dos de Renji, son katana pointé entre ses omoplates. Tout cela avait pris moins de deux secondes. Elle semblait abasourdie.

- Comment j'ai fait ça ?

Renji continua d'avancer encore dans la diffusion de la vidéo. Le dernier extrait datait de ce matin même. Cette fois, elle était face aux deux Shinigami qui brandissaient leurs armes face à elle. Elle semblait être extrêmement concentrée et tira lentement un de ses Zanpakutô de son fourreau.

L'explosion de son reiatsu eu lieu comme la fois précédente, mais ni elle ni ses deux adversaires n'en souffrirent visiblement. Ichigo se rua vers elle le premier, Renji une seconde plus tard. Elle se baissa et para le coup de la gigantesque lame d'un geste souple de son Zanpakutô, tandis qu'elle tendait sa paume vide vers son deuxième assaillant.

Un éclair rouge en jaillit, d'une puissance telle qu'il alla creuser un véritable cratère dans la pierre située derrière Renji. Ce dernier n'avait eu la vie sauve que grâce à ses reflexes, qui lui avaient permis de se jeter au sol afin d'éviter l'attaque d'énergie pure à temps.

Puis Renji appuya sur la touche « Stop » et se tourna vers l'assemblée de capitaines.

- Impressionnant…Murmura le Capitaine Kyoraku.

Visiblement, il venait de résumer en un mot tous ce que les personnes réunies dans la pièce avaient en tête. Ce fut le Capitaine Ukitake qui prit le relais, énonçant les faits qui l'avaient marqué :

- Du Bakûdo sans une seule parole d'incantation… Et elle a réussi à maitriser suffisamment son reiatsu pour l'adapter à son combat ! Et tout cela en à peine une semaine, alors que nous avions compté sur un mois au minimum…

Le Capitaine Yamamoto fit taire le brouhaha ambiant d'un coup de canne au sol. Il jeta un imperceptible coup d'œil au Capitaine de la 6ème division. Celui-ci eu un très léger hochement de tête, suffisamment discret pour être invisible aux yeux des autres personnes présentes. Puis le Général des armées de la cour s'adressa à Renji :

- Au vu des images que vous venez de nous montrer, vice-Capitaine Abaraï, il est clair que votre entrainement est devenu plus qu'insuffisant. Prévenez la Ten no Shisha qu'elle doit venir ici afin de le parfaire ses connaissances auprès de gens plus compétents.

Impassible devant la grossièreté latente de son chef qui mettait en cause son inefficacité, Renji s'inclina :

- A vos ordres, Commandant.

Lorsque le guerrier aux cheveux rouges se releva, le vieux Yamamoto lui avait déjà tourné le dos et l'écran qui le reliait à la Soul Society ne tarda pas à devenir noir.

Alors Renji soupira. Il devait aller annoncer la nouvelle à la jeune femme et la Déesse seule savait comment elle allait réagir. Il avait l'impression qu'elle l'aimait bien, mais était-ce peut être parce qu'il avait réussit à ne pas lui montrer à quel point sa puissance l'effrayait.


La Soul Society… Rien qu'à l'idée de me rendre là bas, peut être même à tout jamais, m'excite et m'angoisse à la fois. Vais-je réussir à m'adapter ? Vais-je réussir tout court ? Tellement d'enjeux dans mes aptitudes que je ne maitrise pas, que la pression est en train de s'installer, en fait : devenir une guerrière, m'adapter à une nouvelle ville, une nouvelle langue, un nouveau mode de vie, de nouvelles responsabilités, tout en tirant un trait définitif sur ce qui est mon « moi » actuel.

Bizarrement, je n'éprouve rien d'autre qu'une immense curiosité teinté d'appréhension, mais pas de regrets. On dirait que mon ancienne vie ici est arrivée à son terme. Comme si j'étais pressée d'en commencer une nouvelle, ailleurs. Tourner la page, même définitivement, je l'ai déjà fait en quittant la France, l'Europe, l'Occident pour venir vivre dans ce pays compliqué et fascinant. Alors changer de monde pour un autre…

C'est le milieu de l'après midi. Je suis dehors dans la cour du magasin d'Urahara, en attendant que le portail s'ouvre. Renji et Ichigo sont partis devant, afin de mettre en place avec les shinigamis de l'autre côté les modalités de mon déplacement. Les habitants de la maisonnée sont absents et le clan des autres possesseurs de pouvoirs sont en classe.

Je suis seule.

Est-ce que quelqu'un a seulement envisagé que je pouvais avoir besoin de réconfort et que j'en suis encore à la phase Caliméro ? J'aimerai brusquement avoir quatre ans et qu'on me dorlote comme tel, me laisser faire et ne me soucier de rien…

J'en suis à ces interrogations quand deux choses se passent simultanément : le portail vient d'apparaitre dans une projection de lumière aveuglante et je sens la main de Yoruichi se poser sur mon épaule. Ses sens de félins sont drôlement pratiques, finalement.

Depuis mon arrivée ici, nous avons passé le plus clair de notre temps ensemble, quand je n'étais pas en train de m'entrainer avec Ichigo et Renji. C'est elle qui m'a insufflé la force de ne pas baisser les bras. Mais comment lui avouer que sans elle je me sens désemparée? Et puis, à quoi cela servirait, de toute façon ?

Aussi quand les différentes séries de portes s'ouvrent enfin devant nous, je redresse la tête pour m'avancer vers le portail, avec plus de détermination que j'en avais tout à l'heure. Renji et Ichigo sont revenus comme convenu et Byakuya Kuchiki également. Je me persuade que mes soudains battements de cœur désordonnés ne sont dus qu'à la nervosité de mon voyage futur.

Il ne me regarde pas, qui est plus est. Il semble être ailleurs, déjà reparti vers son monde et non pas présent dans le mien avec nous. Ichigo s'avance et mû par une impulsion soudaine, refait le même geste que Yoruichi tout à l'heure. Il pose sa main sur mon épaule.

J'arrive à extirper de mes lèvres un embryon de sourire.

- Ca va aller, t'inquiète. Et puis si c'est trop dur ou que t'en as ras le bol, tu reviens ici, d'accord ?

Je pose ma main sur la sienne. Ma grimace devient presque un vrai sourire.

- Ouais. Je sais.

Et avant que le courage ne me manque totalement, je me dirige vers la porte en papier de riz ouvert sur l'autre monde. Le Capitaine Kuchiki n'a pas un regard pour moi lorsque je la franchis juste après lui. Alors je fixe mon attention sur le petit papillon noir qui vient voleter devant moi et me dirige vers la lumière qui irradie de l'autre côté. Un chuintement discret de panneau coulissant et je sais que je suis arrivée dan la Soul Society, laissant le monde terrestre derrière moi.

La lumière qui règne sur le Seireiteï est aveuglante. Un soleil si brillant, même dans le sud de la France en plein été, je n'en ai pas trouvé de semblable. La température est douce et une légère brise rafraichit agréablement l'ensemble. La « Douceur de vivre » .Ca commence bien.

Nous avons débarqués devant une porte de bois haute de plusieurs mètres, dont les deux battants sont grands ouverts. Ce soit être une division, mais laquelle ? Mes deux accompagnateurs s'y dirigent d'un pas sûr. Ce doit être certainement la sixième…

Je fais le vide dans mon esprit, à défaut de pouvoir remettre mon estomac à sa place initiale et fait de même. Comme je suis derrière eux, leurs hautes statures me bouchent un peu la vue, mais je ne peux m'empêcher de regarder avidement le panorama qui s'offre moi et de constater l'immensité des lieux.

Ce n'est pas le seul élément de décor qui soit spectaculaire : j'ai beau connaitre le paysage par les animes, je suis impressionnée quand je regarde les hautes murailles autour de moi. La texture des pierres qui composent le sol, la perspective sur un jardin en face de nous, le bleu du ciel sans nuages… j'ai l'impression d'être dans un décor à la perfection absolue.

Noriaki à vraiment donné une reproduction fidèle de la Soul Society, sans en préciser que cette fameuse perfection est quasi insupportable. C'est si pleinement, totalement beau que c'en est déroutant. Pour plagier Baudelaire, je dirai qu'ici tout n'est que beauté, luxe et calme.

De plus, toute cette énergie latente, irradiant des personnes et même des bâtiments… Je comprends pourquoi cet endroit s'appelle la Société des Ames : seuls des êtres immortels sont capables d'en ressentir et d'en apprécier la quintessence. Alors y vivre… Tiens, d'ailleurs, vivre pour eux, c'est quoi exactement ? Je vais bientôt être l'une des leurs, autant cerner le problème rapidement.

En apparence, ils ne sont préoccupés que par le maintien de l'ordre, leur tâches au sein de leur division respectives, obéir aveuglément à leurs chefs … Pas de politique autre que celle là, pas de mercantilisme outrancier, aucun des travers du monde réel. D'autres préoccupations gèrent cette vie ici, malgré son aspect si policée de prime abord.

Et puis, en ce qui me concerne, je dois oublier les bruits de la ville, son rythme, son stress. Oublier tout court. A moi de trouver ma place… J'ai la sensation que cela ne va pas être aussi aisé que ce que je voudrais.

Nous venons d'arriver au pied d'une volée de marche qui amène au bâtiment principal.

C'est la profonde salutation d'un groupe de shinigami devant le Capitaine et le vice-Capitaine qui me fait dire que nous sommes effectivement au sein de leur division.

Mais en les regardant plus attentivement, je m'aperçois que je me plante complètement : ce ne sont pas des shinigamis armés au sein d'une division quelconque, mais des serviteurs. Et même s'ils manifestent leur respect à Renji, c'est devant le Capitaine qu'ils s'inclinent.

Alors je comprends.

Je suis au domaine Kuchiki.

Joie.

Je n'ose même plus respirer, pour la peine.

Néanmoins, les deux hommes ont continué d'avancer, montant les marches puis longeant le bâtiment par le couloir latéral en bois, ouvert sur le jardin. Je n'ai pas vu à quel moment ils ont enlevé leur sandales, mais je me sens complètement à côté de la plaque avec mes chaussures qui résonnent sur le bois précieux à chacun de mes pas.

Arrivé devant une des nombreuses portes en papier de riz qui constituent le couloir, le maitre des lieux daigne enfin se tourner vers moi et me regarder. Mais c'est Renji qui parle :

- Vos appartements, Ten no Shisha.

Je hausse un sourcil aussi expressif que celui de Mona Lisa. Renji qui me donne dans le titre honorifique alors que la veille il me mettait des grandes claques dans le dos pour m'encourager ? Pourtant, toutes les vannes qui viennent à mon secours chaque fois que je suis embarrassée me restent en travers de la gorge et je ne pipe pas mot.

Renji poursuit et je note le soudain vouvoiement au passage :

- Le Commandant Yamamoto a préféré demander au Capitaine Kuchiki de vous surv…

Mon regard coupe dans son élan l'action de sa langue et empêche le mot qu'il ne faut pas me dire de franchir ses lèvres. Renji est décidément très rapide pour cerner les gens, quand il veut. Et agir en conséquence.

Il se reprend très vite :

- De veiller à ce que vous ne manquiez de rien.

Pendant ce temps, le principal intéressé me tourne consciencieusement le dos, les yeux clos. Impassible bloc de glace hautain et je m'enfoutiste. Est-ce le même homme qui m'a rattrapé d'un toit ?

- Votre entrainement va différer de celui que vous commencé dans le monde réel avec Ichigo et moi. Dorénavant, ce seront des Capitaines vos adversaires.

Celui de la 6ème division tourne légèrement le menton par-dessus son épaule pour enfin me parler :

V- otre entrainement commencera demain matin à six heures précises. Soyez à l'heure.

Et avant que je n'aie eu le temps d'ouvrir la bouche, ils sont déjà partis, me laissant les bras ballants devant la porte coulissante en papier de riz.