Merci à AmbreOnyx, Ryhn et Lilie58 de leurs commentaires
CHAPITRE 6
Bureaux du F.B.I.
Comme s'il avait été attiré par la réflexion de son frère, Charlie choisit ce moment pour pointer son nez.
- Salut Don, je te dérange là ?
- Non pas du tout, entre. Tu as quelque chose pour moi ?
- Ce serait plutôt à moi de te poser cette question.
Charlie entra dans la pièce, salua distraitement le compagnon de son frère, sans vraiment prendre le temps de le regarder et alla directement poser son portable sur la table.
- Ben oui, reprit-il, parce qu'avec le peu d'éléments que tu m'as donnés, je ne peux pas faire grand-chose.
- Je croyais que les maths pouvaient tout faire, ironisa gentiment Don.
- Elles peuvent beaucoup mais pas tout. Si je n'ai pas les bonnes données, aucune équation ne peut émerger et tant que les postulats de départ…
A ce moment-là, Charlie aperçut le sourire moqueur de son aîné et il sourit à son tour, quittant son mode « professeur » :
- D'accord, j'ai compris ! Je me fais avoir à chaque fois. Non sérieusement, tu as quelque chose ?
- Oui, justement. En fait il s'agit d'un poseur de bombes en série.
- Quoi ? Mais comment le sais-tu ?
- Et bien l'agent qui enquête sur cet homme nous a fait un topo et…
- … et tu n'as pas jugé utile que je sois là pendant celui-ci bien sûr ?
- Je suis navré Charlie, j'ai oublié.
- Ravi de voir combien tu te soucies de moi !
- Arrête ! Tu sais bien que ça n'a rien à voir. Simplement, j'avais la tête ailleurs et…
- La tête ailleurs ? Et en quel honneur ?
C'est ce moment que choisit Mike pour intervenir :
- Et bien, je dirai en mon honneur sans doute !
Eberlué Charlie se tourna vers le nouvel arrivant, semblant vraisemblablement se demander qui était ce type et pourquoi il s'immisçait dans sa conversation avec son frère. Et puis soudain son visage se figea tandis qu'une expression d'étonnement se peignait sur sa face :
- Mais… Attends… Tu es… C'est toi Mickaël ?
- Et oui p'tit génie, c'est bien moi.
- Ouais… Pas de doute, c'est bien toi ! maugréa Charlie, soudain totalement fermé.
Ainsi c'était ça le fin mot de l'histoire : Mickaël Duddley Spooner revenait dans le paysage et son frère, comme autrefois, le suivait sans plus se préoccuper de son cadet ! Il se souvenait d'avoir beaucoup souffert dans son adolescence de l'attachement que Don avait pour Mike. Il aurait tant voulu pouvoir partager avec lui des moments comme les deux amis en connaissaient. Et aujourd'hui Mike revenait et à peine paraissait-il que, déjà, son aîné semblait le reléguer aux oubliettes.
Sentant le danger, pressentant peut-être ce qui était en train de se passer dans la tête de son petit frère si émotif, Don s'empressa d'intervenir d'un ton qui se voulait léger :
- Tu imagines ça frangin ? L'agent qui enquête sur ce maniaque à la bombe n'est autre que ce vieux Mikey !
- Quoi ? Tu veux dire que tu es au F.B.I. ?
- Je te remercie d'avoir l'air aussi surpris ! Ca fait plaisir ! ironisa Mickaël.
- Faut me comprendre : je n'aurais pas parié un cent là-dessus, crois-moi.
- Tout comme je n'aurais pas parié un cent sur le fait que tu puisses devenir consultant au F.B.I. grâce à tes maths !
Les deux hommes se jaugèrent du regard et Don soupira : ce qu'il craignait était en train d'arriver. Entre ces deux-là, la vieille inimitié matinée de rivalité ne manquait pas de refaire surface. Ca n'augurait rien de bon pour la suite de l'enquête.
- Bon ça va les gars ! Il me semble qu'on a plus important à faire qu'à chercher si la place de chacun est justifiée. Vous avez tous les deux fait vos preuves dans vos domaines respectifs et à partir de là je pense que chacun de vous peut accorder à l'autre la même attention qu'il accorderait à un inconnu dans la même position non ?
Charlie fut le premier à répondre :
- Bien sûr. C'est simplement que j'ai été surpris, voilà tout.
- De toute façon, c'est toi qui dirige donc…, conclut Mike.
- Alors revenons-en à notre affaire. Je vais te faire un topo de ce que nous savons, reprit Don à l'intention de son frère.
- C'aurait tout de même été plus simple si tu m'avais fait venir à temps, répliqua celui-ci, ramené à sa première contrariété.
- Je sais, mais ce qui est fait est fait non ? Inutile de se lamenter là-dessus.
Le ton de Don était un peu plus sec qu'il ne l'aurait voulu, sans doute parce qu'il se reprochait son oubli et qu'il était conscient que celui-ci avait blessé son frère. Le visage de ce dernier se ferma à l'algarade. Mais il ne répliqua pas et s'assit derrière son portable, attendant que son frère lui fasse son rapport.
Celui-ci, assisté de Mickaël qui venait parfois préciser certains points, lui fit un compte-rendu détaillé des informations qu'ils avaient maintenant en leur possession.
- Voilà, dit-il lorsqu'il eut terminé son exposé, tu crois pouvoir tirer quelque chose de tout ça ?
- Et bien, je pense que oui. En étudiant les réseaux sociaux ainsi que les mouvements sous-jacents je devrai pouvoir… Quoi ? s'interrompit-il soudain en dardant un regard excédé sur Mickaël qui le regardait d'un air goguenard.
- Excuse-moi p'tit génie. Mais je reste un peu dubitatif sur ta capacité à attraper ce type à l'aide de tes maths alors qu'il m'échappe depuis cinq ans !
Exaspéré à la fois par le surnom et par la manière dont l'agent lui parlait, Charlie faillit sortir de ses gonds. Mais Don l'avait devancé :
- C'est toi qui a tort Mikey. Charlie, et il insista lourdement sur le prénom pour bien faire comprendre à son ami d'avoir à cesser de l'affubler de ce surnom qu'il détestait, Charlie nous a bien souvent aidé à trouver des pistes dans des affaires tout aussi nébuleuses que celles-là. Il a un regard exceptionnellement acéré sur certains détails qui nous échappent totalement : sa culture scientifique je suppose !
Charlie jeta un regard de reconnaissance à son frère en même temps que son cœur se gonflait de joie à l'entendre ainsi louer son travail.
- O.K. Si tu le dis, abdiqua Mike l'air bien peu convaincu mais apparemment peu désireux d'entrer en conflit avec Don.
- Tu penses pouvoir nous trouver quelque chose ? demanda alors ce dernier en reportant son attention sur son cadet.
- Ecoute, je vais mettre tout ça en équations et je devrai pouvoir te proposer une ou deux pistes dans quelques heures. Par contre j'aurai besoin de tout ce que tu as sur les victimes, continua-t-il à l'intention de Mickaël.
- Pour quoi faire ? demanda aussitôt celui-ci. Je ne vois pas bien à quoi ça pourra te servir.
- Il y a peut-être un lien que vous n'avez pas établi et qui permettra de dégager un schéma.
- Sans vouloir te vexer Charlie, si des agents chevronnés n'ont rien trouvé, que crois-tu que tu pourras trouver toi ?
Charlie soupira de lassitude : décidément cet homme n'avait pas changé. Lorsqu'ils étaient au lycée, il l'écrasait de son mépris et ne prenait jamais en compte ce qu'il pouvait dire, quel que soit le sujet, et même quand tout lui prouvait qu'il avait tort. Il aimait simplement se dresser contre lui, juste pour le plaisir de l'ennuyer. Et en règle générale il entraînait Don dans son opposition, ce que Charlie, à ce jour encore, n'avait pas réussi à lui pardonner.
- Ecoute, je ne te demande pas de croire à ce que je fais. Tu n'as qu'à me fournir ce que je demande et tu verras bien.
- C'est du temps perdu.
Don intervint à son tour :
- Mike, si Charlie te dit qu'il a besoin de ces éléments inutile de discuter, tu les lui donnes et un point c'est tout !
Cette fois-ci l'agent se tourna franchement vers son ami :
- Alors c'est ça maintenant ? C'est Charlie qui dirige ? Je croyais que c'était toi le chef de ce service !
- C'est moi le chef, en effet, coupa Don que l'attitude de Mike commençait à énerver sérieusement. Et en tant que chef je sais que je n'ai jamais eu qu'à me louer des services de Charlie. Donc je lui fais entièrement confiance, et s'il dit qu'il lui faut ces données, c'est qu'il les lui faut. Tu veux l'arrêter ou non ton bomber ?
- Bien sûr !
- Alors arrête de pinailler et fournis à Charlie ce dont il a besoin ! Et vite !
Maté Mike ne répliqua pas. Il se contenta de donner au mathématicien les éléments dont il disposait puis il sortit de la pièce, sans un mot.
Charlie regarda son frère, indécis :
- Je suis désolé Don, je ne voulais pas le vexer mais…
- Tu as fait ce qu'il fallait Charlie, tu n'as pas à t'inquiéter. C'est Mikey, tu le connais, ça va lui passer.
- Oui mais…
- Quoi ?
- Et bien, avant tu n'aurais jamais pris mon parti contre lui, alors ça a dû lui faire un drôle de choc !
- Avant j'étais un jeune crétin qui ne s'était pas aperçu que son petit frère pouvait aussi être son meilleur ami OK ?
Un grand sourire vint éclairer le visage de Charlie à ce qui ressemblait furieusement à une vraie déclaration d'affection dans la bouche de son si réservé frère aîné.
- Son meilleur ami ? Tu pourrais répéter ça ?
Mais déjà Don s'était repris :
- Et puis quoi encore ? Et d'abord qu'est-ce que tu fais encore là à traîner dans mes pattes ? Au boulot et que ça saute ! Il faut qu'on arrête ce type au plus vite !
- D'accord, j'y cours esclavagiste !
- Et tiens moi au courant ! cria Don alors que Charlie était déjà hors de la pièce.
- Compte sur moi ! lui répondit le mathématicien sur le même ton tout en levant la main en signe de salut.
Un sourire sur le visage, Don regarda son frère s'éloigner. Un soupir amusé lui échappa puis il quitta la pièce à son tour pour aller retrouver le reste de son équipe.
En tout cas, pensa-t-il soudain grave, il allait devoir avoir une sérieuse conversation avec Mike. Celui-ci devait se rendre compte qu'ils n'étaient plus des gamins et que désormais Charlie était des leurs. Ils avaient besoin de lui et, quand bien même ça n'aurait pas été le cas, Don ne laisserait pas son ami blesser son petit frère : il n'avait que trop laissé faire quand ils étaient adolescents. Maintenant c'était terminé.
(à suivre)
