Série : Les inachevés

Disclaimer : Au sein de cette histoire, je manipule les personnages et l'univers d'Harry Potter qui appartiennent à qui de droit. Il sera également fait mention de plusieurs contes qui sont des histoires originales qui m'appartiennent donc.

Bêta : Aucune. Je cherche toujours )

Rated : M (notamment en raison de violence morale)

Note : Vous m'avez fait tellement plaisir en me bombardant de review que j'ai décidé de vous mettre un autre chapitre immédiatement. Sérieusement : vous êtes géniaux :D Je rappelle que vous pouvez me retrouver sur FB sur la page « Les petits textes et autres défis de Diri ».

Sur la question du Happy End, cette histoire n'est pas destinée à être un drama. Donc vous pouvez avoir plutôt bon espoir.

Chapitre 6 : Le conte d'Heybrahel

Sirius observa le dos de son jeune mari qui s'éloignait. Il venait de le frapper, pour une broutille en plus, et Draco continuait à lui servir respectueusement du « vous », du « s'il-vous-plait » et du « monsieur ». Autant de mots qui ne faisaient que l'énerver ! Ce sale serpentard tentait de le rabaisser par son calme à toute épreuve… et à dire vrai, il y arrivait.

Dans le tiroir de la commode derrière lui, il y avait un livre de défense contre les forces du mal. Rémus était venu lui rendre visite, il y a quelques jours, et avait emmené le livre disant qu'il venait de l'inscrire au programme. Draco ne devait pas encore l'avoir et il en aurait besoin pour mener une scolarité correcte. Sirius n'avait pas voulu lui mentir mais il n'avait pas su lui dire la vérité. Il avait bredouillé qu'il donnerait le livre au garçon s'il faisait quoique ce soit pour le mériter. Ce n'était pas comme s'il lui en laissait la moindre occasion.

A l'étage, Draco appuya du bout des doigts sur le berceau, provoquant un léger balancement. Rien de très important, juste assez pour qu'il bouge. Il se mit à fredonner une chanson de son enfance.

« Les gobelins veillent sur toi. La chandelle est allumée. Elle éclairera tes pensées. Les elfes ont déjà tissé, les plus belles couvertures, pour que les rêves viennent t'habiter. Le phénix viendra te couver, dans son bec il emmènera, oh, les trois frères farfadets. Ils te couvriront de chance et garderont l'horreur au loin. Oh bébé. La magie danse pour toi. Oh bébé. La magie est en toi. Les fées jurent de rester loin. Les ogres, enfermés à clé, sont tous contenus par les nains. Les fantômes glissent sur toi, ne t'inquiète pas de leurs chants. Ils sont la mémoire ancestrale. »

La chanson continuait, parcourant le bestiaire du monde magique en long en large et en travers. C'était une jolie chanson. Sa mère lui avait révélé en riant, que ce n'était pas elle mais son père qui la lui chantait quand il était tout petit. Elle préférait lui lire les contes et légendes sorcières. L'enfant que l'on attendait à présent de Draco n'aurait ni père ni mère qui en mérite le nom. Il se sentait tellement jeune, bien trop pour enfanter.

La porte s'ouvrit dans son dos et il se retourna brutalement. Sirius se tenait dans l'embrasure. Machinalement, le jeune homme recula. Après les menaces qu'il lui avait faite, il ne pouvait qu'avoir peur de ce qui pouvait le mener jusqu'ici.

- Tu chantais ?

- En effet, une comptine de mon enfance.

- Je pensais les Malfoys trop noble pour s'abaisser à chanter ce genre de chanson.

- Mes parents sont aimants.

La façon dont Sirius ricana à cette affirmation donna à Draco des envies de meurtres. Il ne pouvait pas insulter ses parents comme si de rien n'était. Ses parents avaient peut-être bien des tords mais pas celui de ne pas aimer leur famille.

- De ridicules mangemorts encapuchonnés, des parents aimants. Venaient-ils te bercer les bras encore sanglants ? Une famille de meurtrier.

Le jeune homme aurait pu s'écrier qu'il n'avait jamais tué, mais le ton de l'homme était trop dangereux. Tout son être lui criait de fuir. Seulement voilà, il ne pouvait pas. Dans son dos, la fenêtre était toujours fausse et aucune porte n'aurait pu l'aider, alors il restait là, immobile. A craindre la prochaine décision de l'homme.

- Répond-moi !

- Ils … se…

Il bredouilla d'une façon bien peu convenable, ce qui tira un rire, si proche d'un aboiement à Sirius. L'homme s'approcha, il le dominait totalement de par sa taille. Draco recula et butta contre le berceau si proche. Il s'y raccrocha, d'une main blanche, pâle, inquiète, frissonnante.

- J'ai une idée. Puisque tu as tellement envie d'écrire à ta salope de mère, je vais te laisser lui écrire. Tu vas rédiger le conte d'Heybrahel.

- Heybra… Non !

- Non ?

- C'est de la torture ! Laissez-les en dehors de ça !

- Oh mais c'est toi qui tenait à le leur dire.

- Est-ce le sort que vous me réservez ? Les médicomages savent soigner ce genre d'acte de nos jours !

- Oui. Ils savent. Mais encore faudrait-il que tu en vois un.

D'un geste de baguette, Sirius fit apparaître un très joli parchemin, un encrier et un petit support, puis réitéra son ordre. Draco devait écrire. Ce n'était pas par pure cruauté qu'il faisait ça ou qu'il insultait Narcissa, seulement la souffrance du garçon rendrait ses mots d'autant plus vrais. Sirius savait que la nouvelle de l'achat du berceau, qu'il avait cru discrète, avait déjà fait le tour du monde sorcier … La venue d'un enfant ne pourrait plus être cachée aussi bien qu'il ne l'aurait voulu.

Draco fut poussé jusqu'à son lit et contraint de s'asseoir. Sirius avait les doigts fermement contracté sur son épaule quand il lui demanda d'une voix mauvaise s'il devait vraiment se mettre en colère. Le garçon fit non de la tête alors que les larmes lui montaient aux yeux. Lorsqu'il saisit la plume ses doigts tremblaient et péniblement, il traça les premières lettres, la gorge affreusement douloureuse de contenir ses sanglots.

« Père, Mère,

On m'a demandé de vous écrire le conte d'Heybrahel. Livre III des légendes d'Egypte antiques. Je rédige ce conte de mémoire et j'espère que vous saurez pardonner mes lacunes.

Il était une fois, un jeune paysan qui travaillait le long des champs au bord du Nil. Le sol était noir à cause du limon. A cette époque lointaine, les grandes pyramides n'avaient pas encore vu le jour, mais l'une d'elle était en construction. Le Pharaon qui l'érigeait était un puissant sorcier et sa ville sorcière était florissante. Il s'appelait Tankho'ep. Ces réalisations changeraient le monde antique. Tankho'ep avait plusieurs obsessions. La première était l'éclat du soleil. Le célèbre 'lumos' actuel n'existait pas alors, seules des flammes, dangereuses et destructrices, pouvaient sortir des baguettes. La lumière ne le faisait pas directement. Ce ne fut néanmoins pas lui qui parvient à créer ce sort, bien qu'il fit énormément progresser ses contemporains. Tankho'ep ne voulait pas domestiquer la lumière qu'il voyait du soleil, mais celle, lointaine, des étoiles de la nuit. Sa seconde obsession était son amour pour Denrek. Denrek était l'un des hommes de sa cours. Il se morfondait à l'idée qu'il aurait beau l'aimer, il ne pourrait jamais créer la vie avec lui. Cette obsession le mena très loin. Il fit prendre des paysans, qui devinrent ses esclaves et ses cobayes, pour des expérimentations. Il ne souhaitait pas prendre de risque avec Denrek, son amour. Il parvient à mettre la vie entre les mains d'Akhamet, mais la vie mourut à la première brise. Il recommença avec Strinf, mais la vie mourut au premier éclat du jour. Cette vie était si fragile que la moindre perturbation l'anéantissait. C'était un réel désespoir pour Tankho'ep. Il décida de travailler sur un sort permettant d'insérer cette vie au cœur du ventre des pères, à la façon des femmes. Mais une fois dans l'organisme le père et la petite vie mourrait. Tankho'ep décida d'insérer la vie dans une légère protection, seul le père mourut, la petite vie survécut et fut de nouveau implanté dans une autre personne. Il s'agissait de Heybrahel. La vie grossit, déformant son corps comme aucun homme n'avait été déformé jusque-là. Il devient évident que l'enfant était suffisamment grand, au bout du temps d'une grossesse de femme et l'on sortit l'enfant. Il fallut pour cela, mutiler Heybrahel d'une partie de son ventre. Il mourut suite aux blessures, mais une petite fille naquit. Elle grandit et vécut heureuse. Plus tard, on raconte que Denrek eut un fils, hors de son corps, Tankho'ep avait inventé les cocons. On raconte également qu'Heybrahel fut aperçu à plusieurs reprises. Il était fantôme et cachait honteusement aux regards son ventre.

On dit également qu'Heybrahel fut l'espoir et le sacrifice nécessaire au progrès et l'on rendit hommage à ses parents pour avoir accepté cette perte. »

Sirius relu la lettre et sourit goguenard. Tout n'était pas exact dans la légende ou plutôt, il y avait des non-dits, des lacunes choisies avec soin. Draco n'avait pas écrit la colère d'Heybrahel et sa haine envers ses parents qui l'avaient lâchement abandonné aux mains d'un mage noir car c'était ainsi que l'œuvre globale du terrible Tankho'ep avait été vu. La suite directe de cette légende était le conte d'Eva, la mère d'Heybrahel. Une femme courageuse et pieuse, totalement dévouée à son mage blanc. Elle avait laissé Heybrahel pour qu'il serve d'espion à leur cause. Le jeune homme était mort en la maudissant.

- Finement joué. Ça me va. Dors à présent.

Draco s'effondra en pleurs. Son histoire était si différente de celle d'Heybrahel et il aimait tant ses parents. Cette lettre et ce qu'elle signifiait les anéantirait. Sirius allait-il vraiment le promettre à ce sinistre sort ?

Note de fin : Premier gros morceau original, c'est un peu stressant pour moi … J'espère que ça vous a plu !