Auteur : Maavia Lacrima
Disclamer : J'aurais beau dire ce que je veux, les perso ne sont pas à moi…
Raiting : M
Notes inutile de l'auteur : Hello ! Non non, je ne suis point morte et cette fic non plus ! Pour ma défense, je devais poster ce week-end, mais entre le site qui refusait mon doc word et le wifi de mes grands-parents qui décide de macher quand il veut, ce fut compliqué... Mais voilà tout de même la suite taaaant attendue !
Keur.
- Capitaine !
Shunsui poussa un bref soupir, apostrophé dès son arrivée. Il lança un regard morne et fatigué à sa lieutenante qui marchait d'un bon pas vers lui, le regard sévère. Cependant, contrairement à ce qu'il pensait, la jeune femme ne vint pas lui faire de sermon.
Pourtant elle aurait pu, elle avait tous les droits de le faire. N'importe qui aurait été agacé par le fait qu'il n'ait fourni aucun travail depuis longtemps. Mais là non. Elle n'était pas sotte, son capitaine ne s'était presque pas rendu dans sa division depuis le début de la journée, excepté une fois où il avait semblé terriblement soucieux et tourmenté. Non, décidément, elle ne pouvait pas lui en vouloir. Bien que fainéant et frivole, Shunsui Kyōraku savait prendre ses responsabilités et surtout gérer une situation, quelle qu'elle soit. Et après avoir été, comme tous les hauts gradés du Seireitei, mise au courant de l'état de santé d'Ukitake, elle savait que le brun n'était pas allé batifoler dans un coin ou autres choses du genre. Pour une fois, elle savait qu'il avait dû passer une journée lourde et épuisante, ce que le regard las qu'il lui lançait confirmait.
Nanao s'avança vers lui et déposa une main douce sur son épaule, souriant tristement en le sentant tendu. Il avait besoin de repos, c'était flagrant. Et si son corps était encore droit et vigoureux, elle redoutait avec raison un épuisement mental. Bien entendu, en tant que capitaine, le brun avait un entraînement dans les situations complexes et émotionnellement difficiles. Et c'était sans doute la raison qui faisait qu'elle s'inquiétait autant pour lui. Après tout, qu'est-ce qui pourrait troubler autant un capitaine entraîné ? Quelle sorte de violence avait dû être déployée pour qu'e Shunsui Kyōraku doive ainsi ployer sous son poids ? Tout cela était anormal, et son instinct lui soufflait que tout ce qui s'était déroulé durant la journée l'avait fait saturer. Le conseil, la quasi fuite qu'il avait effectué, la nouvelle manifestation de la maladie d'Ukitake et enfin le simple fait qu'il ne pointe pas plus le bout de son nez dans sa division. Et maintenant qu'il était de retour, il avait la mine plus que soucieuse.
Shunsui soupira discrètement et se rendit dans ses quartiers, épuisé. C'était limite s'il s'était aperçu de la présence de sa jeune subordonné qui tentait vainement de le soulager d'un poids quelconque. Mais bon, il savait très bien que ce n'était pas possible. Pour une fois, Nanao ne pouvait rien pour lui, malgré toute la bonne volonté qu'elle avait.
Il entra silencieusement dans sa chambre, posant avec lassitude son chapeau sur son matelas. Petit matelas, rarement utilisé. Pourquoi aurait-il eu besoin d'un lit, lui qui couchait chez toutes les jeunes Shinigamis du Seireitei ? Et pourtant… Sa couche était humble. Pas de décorations sur les murs, pas de couvertures soyeuses et riches. Rien. On aurait presque pu penser de cette chambre, si elle ne se trouvait pas au cœur même de la 8eme division, qu'elle appartenait à un Shinigami de basse classe.
Il poussa un bref soupir et retira également son manteau, délivrant ses épaisses boucles brunes sur ses épaules. Il sourit tristement et déposa ses deux épingles finement forgées sur le coin de son bureau, lequel était encombré de papiers en tout genre qu'il aurait dû trier depuis longtemps. Il ferma les yeux, s'allongeant un bref instant, se repassant en boucle les deniers événement de la journée.
C'était plus possible. Tout ça, tout ce qui se passait devait cesser.
Il était l'un des plus vieux capitaine, et sans aucun doute le plus impertinent. Yamamoto l'écouterai au besoin. Il fallait vraiment faire quelque chose avant que les choses ne dégénèrent. Si ce n'était pas déjà le cas. Cent ans auparavant, jamais un capitaine n'aurait été lâchement assassiné au sein même du Gotei 13, et jamais on aurait laissé un autre se faire agresser. Personne ne se serait abaissé à de tels actes. Si seulement les temps n'avaient pas tant changés… S'il était resté une pointe de cet honneur passé qui faisait la gloire des Shinigamis…
Mais c'était trop tard.
Il n'y avait plus rien à faire, si ce n'était attendre. L'exécution de Rukia aurait lieu dans quelques jours et Byakuya ne semblait pas enclin à négocier avec le capitaine commandant pour l'empêcher. Ukitake, déjà au plus mal ne pourrait l'aider à sceller le Zanpakuto qui accomplirait le rituel. Elle était perdue. La 13eme division au complet était perdue.
C'était trop tard. Encore.
Shunsui déposa son large chapeau sur son visage, désirant à tout prix se reposer. Toute son énergie avait été puisée durant son entrevue avec Jushiro. Il n'en pouvait sincèrement plus. Son reiatsu avait fortement baissé en quelques heures, et un peu de repos s'imposait. Il laissa le sommeil s'insinuer en lui, offrant à son corps et son esprit fatigués un peu de répit.
Les heures s'écoulèrent avec une lenteur exaspérante sur le Seireitei, froides et mornes. Seul le léger tic-tac monotone d'une vieille horloge terrestre dans les quartiers de la sixième division tranchait ce silence assourdissant. Dans son lit, un homme aux longs cheveux brun fixait le plafond, une moue froide sur le visage. Ses yeux gris et sans joie détaillaient chaque parcelle de cet endroit qu'il connaissait par cœur.
Byakuya ferma les yeux, cherchant à oublier tout ce qui s'était passé dans la journée. Mais il n'en était tout simplement pas capable. Cependant, il tentait de toute son âme de rejeter les souvenirs de son acte qui, semblables à des lions en cage, tournaient sans arrêt dans son esprit. Un cercle incessant d'images et de son qu'il désirait sincèrement effacer.
Plus loin, du haut de ses quartiers, dominant la totalité du Seireitei, Yamamoto observait son « royaume » en silence. Rien de ce qui s'était déroulé ces dernières heures ne lui avait échappé. Comment un reiatsu aussi plein de détresse pouvait passer inaperçu aux yeux du Capitaine Commandant ? Et pourtant, il n'avait rien fait. Il savait, avait su avant tout le monde même. Et il n'avait pas esquissé le moindre geste pour aider son ancien élève. Il avait attendu que tout soit fini, observant la diminution désespérée de l'énergie spirituelle de Jushiro comme un spectateur attentif.
Il laissa un regard empli de tristesse dériver sur le Gotei 13 endormi. En silence, il scrutait la pénombre, ressentant la présence de chacun de ses Shinigamis dans le Seireitei. Les petites flammes de reiatsu plus ou moins vives selon les individus brillaient sous ses paupières qu'il avait fermées. Tous, il les ressentait tous. Puis il dériva vers une zone qu'il avait inconsciemment évitée.
La 4ème division.
Là, les flammes étaient tremblants, vacillantes. Rien à voir avec la détermination des autres reiatsu qu'il avait vu ressentir ailleurs. Il y avait bien ceux des Shinigamis soignants qui tournaient autour de ces âmes frêles. Parmi elles, une plus vive, qui pourtant était des plus instables. Yamamoto fronça imperceptiblement les sourcils, se concentrant enfin sur le reiatsu du capitaine brisé.
La flamme était puissante, semblant pleine d'énergie. Et soudain, elle vacillait, devenant une braise à la limite de s'éteindre. Puis à nouveau, elle se ravivait, explosant de toute part, dans un cycle infernal de souffrance incohérent.
Yamamoto ne dit mot, n'esquissant pas le moindre geste. Il restait froid et impassible devant la souffrance d'un de ses plus vieux capitaines. Ukitake avait un sens de l'honneur très développé, il le savait. Il n'accepterait jamais de l'aide apportée par de la pitié. Et il était trop tard pour lui apporter autre chose.
Tout cela n'avait été qu'un incident de parcours. Depuis le début de l'affaire Aizen, tout allait de travers. Sans doute que le stress et la pression auxquels les capitaines avaient été soumis les avaient fait craquer ? Un, du tout du moins. Kuchiki Byakuya, sans doute le plus accablé par tout ce qui se passait.
Dans un certain sens, bien qu'il condamnait ses actes, le Capitaine Commandant le comprenait. Le noble avait perdu sa femme et se retrouvait obligé de laisser sa belle-sœur se faire tuer. Pourtant tous savaient pertinemment que ce qu'elle avait fait ne méritait pas une telle condamnation. Alors peut-être…
Peut-être que son geste avait été désespéré. Qu'il espérait pourvoir changer sa place avec Rukia par un acte bien plus marquant que créer un Shinigami remplaçant… Bien qu'il soit fort pour savoir ce qui se tramait dans l'esprit de ses Shinigamis, Yamamoto devait bien avouer que les intentions de Kuchiki lui restaient floues. Jamais il n'avait vraiment compris Kuchiki, et jamais il n'avait vraiment cherché à le comprendre.
Au contraire Shunsui était facilement déchiffrable. Jushiro aussi. Ces deux-là étaient les mêmes. Toshiro un peu brouillon, mais sans doute le plus facilement manipulable. Trop jeune, portant un regard encore candide sur le monde. Kenpachi n'avait jamais eu qu'un seul objectif, Komamura, bien que discret restait très conformiste et emprisonné dans ses principes, voulant toujours et encore prouver que malgré ses apparences, il était un capitaine puissant et méritant. Oui, décidemment, Kuchiki était le plus énigmatique des capitaines.
Yamamoto poussa un bref soupir, sentant une migraine pointer le bout de son nez. Finalement, le Seireitei au complet se perdait. Et malheureusement, il ne pouvait pas intervenir. Enfin si. Humainement parlant, il se devait d'intervenir. Mais il n'en avait pas le droit s'il faisait quelque chose, les tensions augmenteraient à nouveau et le Seireitei finirait dans une guerre civile. Et ce n'était pas envisageable. La guerre des Quincy avait déjà laissé des séquelles irréversibles dans l'esprit de certains, et il était impensable de vouloir plonger à nouveau dans un tel chaos.
Une main se posa brusquement sur l'épaule du vieil homme, et il eut un bref sursaut. Tout à ses réflexions, il n'avait pas surveillé ses arrières et n'avait pas entendu son lieutenant s'approcher de lui, une légère ride d'inquiétude plissant son front.
- La nuit est calme, vous devriez renter, maître Yamamoto.
Le vieil homme laissa ses épaules s'affaisser un peu. Le poids de la totale responsabilité des treize divisions et de la Soul Society lui pesait plus qu'il ne laissait paraître. Mille ans qu'il dirigeait ce lieu et il avait déjà traversé de nombreuses crises. Entrer à nouveau dans une période trouble n'était pas pour lui plaire. Trop d'éléments s'entrecroisaient, donnant un mélange complexe à analyser.
Qui était avec qui ? Quels étaient les objectifs, les revendications de chacun ? Et comment parvenir à satisfaire tous les partis qui étaient prêt à tout pour obtenir gain de cause ?
Sentant le trouble de son capitaine, Sasakibe donna une nouvelle pression sur son épaule, le fixant en silence. Il ne voulait en rien le brusquer ou le couper dans ses réflexions, mais voilà. Il était tard, voire même tôt. Le Gotei était pour l'heure calme et silencieux, rien ne servait de s'échauffer l'esprit comme ça. Yamamoto était, même s'il le démentait furieusement, un vieil homme à part entière. Celui-ci hocha la tête, et quitta son poste d'observation, retournant dans ses quartiers. Il laissa la nuit reprendre ses droits, la lune reprenant sa place comme spectatrice principale de la ville.
Demain était un autre jour.
Oui, un autre jour. Une simple répétition des mêmes choses, jours après jours. Le temps, une belle farce. Là pour se repérer, sans plus d'utilité. La vie, une routine, un cercle sans fin. Jushiro l'avait compris depuis peu. Sa nuit avait été, comme Yamamoto l'avait silencieusement observé, terriblement tourmentée. Les cauchemars s'étaient succédés, et à chaque fois, il avait rouvert les yeux alors qu'une jeune Shinigami qui lui était inconnue tentait tant bien que mal de le calmer, caressant ses cheveux ou utilisant son reiatsu pour le stabiliser. Et ce n'était pas forcément la meilleure chose qui puisse lui arriver…
Dans la pénombre de la chambre qui lui avait été attribuée, l'albinos fixait intensément le plafond, enfin calme pour la première fois de la nuit. II savait bien que ce n'était qu'une accalmie, que bientôt, quelqu'un entrerait dans la pièce dans le but de l'aider. Et ce, sans comprendre qu'il voulait juste être seul. Et bien entendu, par reflexe, il repousserait cette personne. Il le savait que trop bien, et attendait avec anxiété la prochaine crise de panique qui le secouerait.
Il fut secoué d'un frisson d'appréhension en entendant dans le couloir, des pas qui se rapprochaient dangereusement de sa porte. Il se crispa en voyant la poignée s'abaisser et la porte tourner sur ses gonds. Il tourna aussitôt la tête vers la fenêtre, refusant même de savoir qui était entré. Il n'avait aucunement envie que son supplice recommence. Et qui que fut le Shinigami qui venait de pénétrer dans la chambre, il refusait catégoriquement de lui accorder sa confiance. La seule chose qu'il voulait du nouveau venu était son départ.
Il serra les dents et ferma les yeux, attendant que son bourreau vienne à lui. Puis les secondes commencèrent à se faire longues. Lentement, voyant que rien ne se produisait ni ne bougeait et qu'on ne lui faisait rien, Jushiro se décontracta légèrement, et tourna la tête pour savoir qui avait investi son nouveau domaine.
- R-Retsu…
C'était d'une petite voix timide qu'il avait prononcé le nom de sa collègue tressée. Il était tout de même soulagé : au moins il connaissait cette personne, tant dans sa nature humaine que dans son professionnalisme. Il ne ferait pas de crise de panique cette fois, et cette simple pensée lui faisait l'effet d'un soulagement intense.
Unohana sourit gentiment, n'amorçant pas le moindre mouvement vers le malade. Elle ne le pensait pas capable de supporter un rapprochement trop rapide. Elle déposa les médicaments sur le meuble et s'assit calmement sur le fauteuil, observant en silence son collègue. Il allait mieux. Physiquement du moins, il semblait remis. Certes, il gardait de nombreuses cicatrices dans son cou et sur l'ensemble de son corps, mais il pourrait se battre correctement dans quelques jours. Si besoin de se battre il y avait.
Non, elle n'avait pas spécialement d'inquiétudes pour ses blessures physiques, il était un capitaine. Certes, malade et plus faible que d'autres, mais il était aux commandes de la 13ème division depuis une centaine d'années, et ce n'était pas demain la veille qu'il allait mourir. Mais elle restait terriblement inquiète pour d'éventuelles séquelles psychologiques.
Personne ne sortait indemne d'un viol, jamais. Qui, après ça, qui aurait pu revivre d'une joie éclatante, d'un sourire toujours présent et d'une volonté à toujours aider autrui ? Personne. Et encore moins Jushiro Ukitake qui était affaibli, comme après chacune de ses crises de tuberculose. Il ne pourrait sans doute plus redevenir celui-là même qu'il était, le capitaine albinos rieur et chaleureux que tous connaissait au sein du Seireitei. De ce qu'elle savait, c'était un autre capitaine qui l'avait agressé. Un collègue, quelqu'un qu'il voyait et connaissait de longue date. Elle ignorait qui était le coupable, et au fond, elle ne voulait pas savoir. Comment, après avoir appris, pourrait-elle le regarder en face ? Comment réagirait-elle en l'apprenant ? Sans doute qu'elle voudrait venger Jushiro. Faire payer à son agresseur ce qu'il lui avait fait subir. Une vengeance froide, sans sentiments. Mais… Comment garder une forme de morale ? Un semblant d'humanité ? Il fallait lui faire payer, bien entendu, mais à quel prix ?
Un mouvement de la part de Jushiro fit sortir Unohana de ses réflexions. A force de patience et parce qu'il avait senti qu'elle n'était pas là pour le soigner, l'albinos avait peu à peu cédé à la confiance. Confiance en cette femme qui ne semblait rien vouloir de lui et qu'il connaissait depuis presque aussi longtemps que Shunsui. Il tendit une main douce vers elle, le regard perdu. Alors très lentement, la capitaine brune s'avança vers lui, dans des gestes ralentis pour ne pas le brusquer. Elle s'assit sur le bord du lit sous le regard attentif du malade.
- Retsu… Ce n'est pas ma faute…
La femme fronça les sourcils. Dans la voix de son ami, se trouvait une pointe de tristesse, mêlée à une supplication à peine dissimulée. Et lorsque des larmes jaillirent des yeux émeraude et souffrants de Jushiro, elle n'hésita pas un instant. Bien qu'elle se doive de rester professionnellement neutre, elle n'était pas capable d'ignorer la détresse du jeune homme.
Délicatement elle lui passa un bras sur l'épaule et le serra contre sa poitrine. Et au lieu de se braquer, ce qui aurait pu être le cas, sachant ses rapports actuels avec le corps d'autrui, le capitaine aux cheveux blancs se décrispa totalement. Un lourd sanglot le secoua et il se blottit contre sa plus ancienne collègue, laissant les fleuves salés couler sur ses joues. Il ne cherchait pas spécialement de réconfort de sa part, seulement une épaule sur laquelle s'appuyer.
Depuis l'agression, il ne vivait plus que dans la peur, la crainte d'une nouvelle violence incompréhensible à son égard. Et enfin, il pouvait évacuer la pression, se cachant dans l'étreinte rassurante d'Unohana. Il ferma les yeux, cessant rapidement ses pleurs. Il n'avait plus rien à pleurer, son corps était complètement déshydraté. Il resta là, secoué de spasmes silencieux, cherchant à disparaitre dans ses bras. Il était fatigué, avait froid, faim, soif, et sentait atrocement vide, sans la moindre importance.
Tendrement, la capitaine caressa ses cheveux blancs, les lissant par la même occasion. Elle passa une main dans son dos, passant la couverture sur son corps tremblotant. Elle le sentait perdu, presque abandonné. Et l'aider était bien compliqué. Elle ne voulait pas le prendre en pitié, l'aider par pure compassion, en oubliant ce qu'il était. Le grade avant tout, l'honneur et le respect. Le bien-être passait après.
- Non.
Jushiro se crispa et releva un regard désemparé vers elle. A aucun moment, il n'avait pensé qu'elle prendrait la parole. Il avait supposé à juste titre qu'elle le garderait contre elle en silence, le laisserait pleurer pour se soulager. Il n'avait pas imaginé qu'elle se manifesterait autrement. Ni même qu'elle avait pu l'écouter. Alors non, il ne comprenait pas son intervention. Sentant qu'il était perdu, Unohana lui sourit avec un certain amusement, chassant partiellement les dernières craintes d'Ukitake. Elle semblait parfaitement sereine. Et pas le moins du monde agressive ou dangereuse. Si bien que le regard désemparé de Jushiro se mua en un regard trahissant une certaine curiosité.
- Non Jushiro, ce n'est pas de ta faute. Tu le sais mieux que quiconque…
La parcelle de curiosité disparu bien vite, remplacée par de la culpabilité. Retsu se rendit bien vite compte que ce qu'elle venait de dire avait opéré un nouveau changement chez le jeune homme, l'inverse de celui qu'elle aurait espéré. Elle jura mentalement pour lui avoir rappelé ce qu'il avait, pendant une brève seconde, oublié. Elle secoua la tête, soupirant intérieurement. Délicatement, elle lui releva le visage. Il était de son devoir de médecin de l'aider, de lui expliquer posément la suite des évènements.
- Tu n'es pas coupable, Jushiro. Rien de ce qui est arrivé n'est de ta faute, tu n'as pas décidé d'être malade, tu n'as pas voulu que Kuchiki donne ses pouvoirs à cet humain et tu n'as pas choisis de devenir la cible d'un pervers psychopathe [1]. Jushiro, je sais que tu ne vas pas aimer entendre ça, mais dans l'histoire, tu es la victime. Tu n'as rien dit, rien choisis, rien voulu… Tout ça t'est tombé dessus et tu n'as rien fait contre. Juu, comprends ça s'il te plait, uniquement ça… Personne ne t'en veut, tu n'as rien fait. Je suis sincère, vraiment.
Elle passa une main douce sur la joue du capitaine qui ne l'avait pas un seul instant quittée du regard. Il ne savait plus quoi penser, les paroles de son amie l'avaient touchées, tant en bien qu'en mal. Ainsi, on ne lui en voulait pas d'être un poids pour la 13ème division et la Soul Society au complet. Mais il était pathétique dans le rôle que le meneur de cette sombre mascarade lui avait attribué. Il n'était qu'un pantin qui subissait, incapable de faire la moindre chose pour se défendre. Et ça lui faisait du mal. Il n'avait plus rien à faire au poste de capitaine. S'il n'était pas capable de préserver son corps, comment pourrait-il protéger ses subordonnés ?
Alors qu'il recommençait à se morfondre et plonger dans une dépression, une bouteille d'eau apparu dans son champ de vision. Il se tendit instantanément et recula, alternant entre la bouteille et Unohana qui la lui tendait en souriant. Son regard doux semblait attendre qu'il la prenne, si bien que timidement, supposant que rien de fâcheux ne lui arriverait, il prit la bouteille. Il recula et se blottit sous la couverture, ne lâchant pas du regard la brune à la tresse. Il avait, certes, toujours confiance en elle, mais confiance n'excluait pas prudence.
Après une petite minute d'hésitation, la soif fut plus forte que le reste. Jushiro ouvrit finalement la bouteille qu'il but, tout d'abord lentement, avec timidité, puis rapidement, avec avidité. Crise de tuberculose, hurlements de douleurs, sanglots, supplication, pleurs et crises de panique… A aucun moment il ne s'était hydraté. Alors enfin, le liquide béni venait couler dans sa gorge en feu, lui apportant réconfort. Pas grand-chose, mais une inquiétude de moins.
Il reposa doucement la bouteille vide sur la table de chevet et remercia Unohana d'une voix rauque. Il baissa la tête, ne se sentant pas d'affronter la douceur et la bienveillance de la jeune femme. Il se mordilla la lèvre et releva finalement les yeux vers elle, tourmenté [2].
- Tu sais… Tu as raison. Je… Je n'ai rien fait, rien. Je suis inutile, je n'ai rien fait. Je n'ai pas lutté, je n'ai rien pu faire ! C'est… C'est ça, hein ? Ce que vous cherchez à défendre avec de pâles excuses ?!
Alors que son ton montait, son regard était devenu luisant de colère, masquant une souffrance immense. Il désigna d'un geste las son corps qu'il dévoila aux yeux d'Unohana. Il portait certes la chemise d'hôpital, mais mis à part… Et la soigneuse ne pouvait pas ignorer ce corps trop maigre, ses vêtements flottant autour de lui. Et dans son cou, sur ses bras, son dos et ses poignets, elle distinguait clairement les marques rouges et autres bleus, preuves de ce qui s'était passé. En cet instant, avec un peu de recul et avec les paroles de Jushiro, la capitaine reconnaissait que ce corps pâle semblait des plus fragile, vulnérable.
Et c'était un état que l'on ne pouvait pas vraiment défendre lorsqu'on savait que le corps appartenait à un capitaine du Seireitei. Ce n'était pas une chose que l'on pouvait défendre. Il se devait d'être puissant. Assez fort pour protéger ses subordonnés. Et Rukia en faisait partie… Effectivement, c'était risible. On ne pouvait qu'approuver les dires de Jushiro sur lui-même.
Retsu baissa silencieusement la tête, ne pouvant rien dire. Et Jushiro se prit cette réaction de plein fouet. Il était parfaitement sérieux lorsqu'il avait pris la parole, mais… Mais il avait eu, au fond de lui, le mince espoir qu'Unohana réfute ses dires, qu'elle lui donne une foule d'arguments pour lui prouver qu'il était encore valide, qu'il pouvait toujours être un capitaine de division honorable.
Il vit rouge. Sans le vouloir, il laissa éclater sa rage et son impuissance sur Unohana qui n'avait rien demandé. Il la repoussa brutalement, la faisant vivement reculer. Si elle n'avait pas eu une certaine maîtrise de soi, elle aurait immédiatement dégainé son Zanpakuto dans l'optique de se défendre. Elle regarda silencieusement son ami se perdre dans une colère incomparable.
Il n'y avait pas mille solutions, Jushiro était fou de rage contre lui-même, contre le monde entier. Et elle ne pouvait rien pour lui, de peur d'attiser cette fureur. Ce qui n'était sans doute pas des plus recommandé dans l'instant.
Unohana recula doucement et sortit de la pièce, entendant le cri de rage de Jushiro, suivit d'un éclat de verre brisé et de sanglots étouffés. Elle se passa une main fébrile sur le visage et se rendit dans son bureau, les yeux hagards. Elle ne comprenait pas le soudain accès de rage de son ami, certes, il avait dû être blessé par le fait d'être une victime, qu'il ait été brisé et malmené, mais… Jamais il ne s'énervait ainsi. Rares avaient été les fois où Ukitake Jushiro s'était mis en colère. Et lorsque c'était le cas, il avait toujours été notion d'une colère froide, méthodique, et ce pour des raisons précises en rapport à des personnes précises et des évènements précis. Tout dérapait si même le capitaine de l'espoir, le plus calme et le plus pacifique d'entre eux perdait les pédales…
Elle se ressaisit vivement, s'interdisant de se plonger dans un état second, dans une réflexion trop intense qui lui amènerait trop d'inquiétude. Elle fit apparaître un papillon de l'Enfer qu'elle envoya à Kyōraku. Il était le dernier recourt qu'elle avait pour calmer les nerfs mis à rude épreuve de Jushiro.
[1] Huhu, coucou ! =3
[2] Nono c'pour toi ça 3
Voilà voilà ! Encore une fois, je suis navrée pour ma longue absence… Ce chapitre en plus, n'était pas le plus génial de tous. Il marque un peu une transition, entre les différents points de vue des personnages, la fin de la nuit et le changement chez Jushiro.
Enfin bref, j'ai moi-même trouvé ce chapitre un peu 'chiant'. La suite viendra dans l'été je pense, d'ici là portez-vous bien, ciao tout le monde, peace !
(Et un grand merci à ma correctrice aussi, parce que sans elle, on n'en serait pas là…)
