Hermione sourit en voyant ce geste de paix et elle s'autorisa à souffler. Elle vit Ginny qui la regardait en haussant un sourcil mais elle ne lui répondit pas.

Sentant que la situation était tout de même tendue, elle lança la conversation sur un sujet qui distrayait invariablement les griffons présents, le quidditch. Cela ne manqua pas, chacun donnant son avis sur tel ou tel joueur, sur telle ou telle manœuvre ou encore sur telle ou telle équipe et cela permit également au Serpentard de la table d'interagir sans animosité avec les personnes assises.

Hermione souriait largement, même si elle s'était maintenant tue pour les observer.

Luna et Neville avait entamé un débat sur l'existence des joncheruines qui infestaient le gui, Susan et Hannah étaient trop loin pour qu'Hermione puisse les entendre et les autres conversaient ensemble, incluant volontiers Draco qui défendait volontiers son opinion sur une équipe qu'affectionnait particulièrement Harry contre les deux Weasley.

Quand les plats apparurent devant eux, elle entama son repas en se disant que pour une fois, tout irait bien pour eux. Draco qui profitait de ce que la nourriture intéressait trop Ron pour l'entraîner sur un nouveau débat se tourna vers la jeune femme à ses côtés.

— Merci Hermione. dit-il tout bas pour qu'elle seule l'entende.

— Pourquoi Draco?

— Pour m'avoir invité, pour t'être préoccupé de moi.

— Je t'en prie.

Ils mangèrent dans une bonne humeur surprenante compte-tenu de leur passé mais bienvenue après les événements qui les avaient tous frappés.

Hermione put constater que le jeune homme était brillant et cultivé, elle pouvait avoir une conversation très agréable avec lui comme des débats enflammés. Elle apprécia vraiment apprendre à connaître une personnalité extravertie et un esprit fin avec qui elle conversa durant tout le repas.

Quand celui-ci prit fin, les tables furent repoussées contre les murs pour certaines ou disparurent purement et simplement pour d'autres. La musique démarra et plusieurs couples s'avancèrent sur la piste.

Hermione s'apprêtait à aller s'asseoir quand une main la retint. Elle se retrouva dans les bras de son cavalier qui se positionnait face à elle. Malgré ses talons, elle devait quand même lever la tête pour le regarder dans les yeux.

Elle apprécia ses gestes assurés quand il plaça sa main droite sur sa taille sans trembler et par-dessus tout, son assurance alors qu'il l'entrainait dans une valse viennoise traditionnelle. Il dansait vraiment et ne la faisait pas juste tourner comme avaient pu le faire ses précédents cavaliers par le passé. Elle adorait ses amis, mais elle ne pouvait pas dire qu'ils savaient danser, pas comme le faisait Draco à ce moment.

Ce fut un réel plaisir de se sentir virevolter pour la sorcière, de se sentir ainsi dirigée dans une danse. Elle put d'ailleurs constater que les talents du jeune homme ne se limitaient pas à la valse, mais qu'il maîtrisait les danses standards de salon ce qui lui permit d'enchaîner plusieurs danses sans interruption.

Au bout d'un moment cependant, ses pieds demandèrent grâce et elle alla s'asseoir, suivie de son partenaire. Elle était également essoufflée et dut attendre quelques instants avant de parler.

— C'était vraiment incroyable! Merci Draco. Finit-elle par dire.

— Mais je t'en prie, c'était ma façon à moi de te remercier.

— C'était vraiment formidable. Je n'ai eu que rarement l'occasion de danser comme ça.

Il sourit doucement et tous deux se plongèrent dans la contemplation des couples sur la piste. Hermione regardait particulièrement Luna et Ginny qui ne s'étaient pas quittées une seconde.

— Elles vont bien ensemble je trouve. dit le sorcier.

— Pardon?

— Ginny et Luna, je trouve qu'elles vont vraiment bien ensemble.

— Oui je trouve aussi. D'ailleurs je trouve ça bien qu'il n'y ait pas plus de remarque que ça.

— Tu apprendras ma chère que l'homosexualité est largement plus acceptée dans le monde magique que dans le monde moldu.

— Vraiment? C'est bien ça, pour une fois que les sorciers sont en avance sur quelque chose. dit-elle quelque peu sarcastique.

— Comment ça? demanda Draco.

— Et bien en ce qui concerne les droits, les moldus ont quand même beaucoup plus d'avance que les sorciers en général.

— Ah bon? fit le blond circonspect.

— Quand j'entends les propos qu'on peut tenir sur les divorces ou encore les avortements, ça me parait évident!

— Mais ça n'a rien à voir!

— En quoi ça n'a rien à voir?

— Tu peux pas comparer l'homosexualité à un mariage ou aux enfants!

-Mais je ne compare pas! s'écria la sorcière. Je dis juste que tout comme il est admis et accepté que tout un chacun a le droit d'aimer qui il veut, il serait bon également de prendre en compte que l'amour ne dure parfois pas éternellement et que l'arrivée d'un enfant peut causer plus de malheur que de bonnes choses!

— Bon je te l'accorde, l'amour n'est pas toujours éternel et donc le divorce, ça se comprend. Mais un avortement? On parle quand même de la vie d'un enfant!

— Oui je suis d'accord avec toi sur ce point, sauf que tant qu'il n'est pas né, il dépend corps et âme de la femme qui le porte, il me paraît donc logique de penser à prendre en compte le choix des femmes de vouloir ou non faire grandir un enfant en elles. Je veux dire par là qu'il y a tellement de facteurs qui peuvent influencer une décision que la question ne peut pas juste être réduite à "on tue un petit enfant".

Elle apprécia la contradiction que lui apportait Draco sur ce point et pendant un long moment ils continuèrent à en discuter jusqu'à ce qu'une élève de Serpentard ne vienne les interrompre pour demander au jeune homme de danser avec elle. Hermione rit beaucoup de voir le blond aussi surpris mais elle le poussa vigoureusement dans les bras de la jeune fille en riant.

Elle se leva et marcha jusqu'au bar afin de boire un peu, cependant sa démarche était quelque peu mal assurée. Elle avançait le plus discrètement possible et surtout, essayant de ne percuter personne.

Ses efforts furent malheureusement vains et elle trébucha sur un pied qui se retrouva sur sa route. Elle se prépara à la chute en fermant les yeux et en repliant les bras devant son visage.

La chute ne vint cependant jamais et elle se retrouva entourée par deux bras. Elle ouvrit les yeux et prit conscience qu'elle était retenue par Rogue.

— Je pensais que vous saviez marcher miss. Ne vous l'a-t-on jamais appris?

— Si mais voyez-vous, j'ai été surprise par un pied solitaire, apparu inopinément devant mes jambes.

— Avez-vous songé à punir ce traître pied?

— Et bien je songeais surtout à éviter de me faire des bleus mais je crois que grâce à vous mon honneur est sauf.

— Vous m'en voyez ravi.

— Peut-être que vous pouvez me reposer maintenant? demanda Hermione dont la teinte des joues commençait à s'approcher dangereusement de celle de sa robe.

Rogue la reposa sur ses deux pieds, s'assurant tout de même qu'elle tenait effectivement debout.

Reprenant son périlleux chemin jusqu'à la table des boissons, Hermione était cependant suivi de son sauveur du jour qui vérifiait qu'elle ne réitérait pas son précédent exploit. Elle finit par arriver à bon port et se servit un grand verre d'eau qu'elle métamorphosa en martini.

Le professeur de potions la regarda surpris.

— Et bien miss Granger, imaginez qu'on vous ait vu…

— Allez-vous me dénoncer? demanda-t-elle en souriant.

— Je pense que je peux fermer les yeux pour ce soir.

— C'est très aimable à vous.

Elle sirotait tranquillement son verre tandis que son voisin buvait un whisky pur-feu.

Elle regardait Draco danser avec la jeune fille avec beaucoup de peine car celle-ci ne se laissait pas guider par son cavalier. Elle souriait et vit Harry, grand chevalier se porter au secours du Serpentard en l'enlevant à sa cavalière. Finalement ces deux-là n'étaient pas si différents l'un de l'autre.

Elle reporta son attention sur son voisin quand il s'éclaircit la gorge.

— Vous savez que vous avez fait une entrée très remarquée ce soir?

— Je vous assure que ce n'était pas prémédité. Mais je suppose qu'arriver avec Draco Malfoy peut effectivement provoquer quelques surprises.

— Et bien je pense que vous auriez eu le même impact si vous étiez venue seule.

— Ah vraiment?

— Vraiment miss. Mais puis-je vous demander comment vous en êtes arrivée à venir au bras d'un Serpentard?

— Je pense que monsieur Malfoy avait besoin de distraction ce soir et j'ai appris que c'était quelqu'un de très sympathique quand il se donne la peine de ne pas m'insulter.

— Vous êtes très généreuse miss.

— Non, je pense juste que tout le monde mérite une seconde chance s'il fait l'effort d'en faire la demande. Peu importe qu'on ait fait des mauvais choix sciemment ou non.

— N'est-ce pas un peu naïf comme raisonnement? L'on peut toujours tromper cette personne.

— J'ai dit que tout le monde méritait une seconde chance, je n'ai pas dit qu'il fallait en accorder plus professeur.

— Pourriez-vous cesser de m'appeler professeur, je ne suis plus le vôtre.

— Bien sûr, si vous cessez de me traiter comme votre élève.

— S'il n'y a que cela. dit-il en prenant son verre des mains de la sorcière qui protesta vivement. Voulez-vous m'accordez cette danse Hermione?

— C'eût été avec grand plaisir mais je crois que mes pieds ne peuvent plus danser avec ces chaussures.

— Oubliez-vous que vous êtes une sorcière?

— On ne touche pas à mes chaussures!

— Vous ne voulez donc pas danser avec moi? C'en est très vexant miss.

— Vous êtes borné!

Elle se pencha et retira ses chaussures, se retrouvant pieds nus. Elle avisa un quatrième année de Serpentard qui restait à proximité. Elle s'approcha de lui et lui tendit sa paire de sandales.

— J'aime beaucoup ces chaussures, s'il devait leur arriver quoi que ce soit, ceci incluant également les pertes, vous vous retrouverez en retenue jusqu'à la fin de l'année avec monsieur Rusard et je vous retirerai tellement de points que Serpentard sera incapable de remonter son score pour la coupe des quatre maisons.

L'élève acquiesça vivement, d'autant que son directeur de maison se trouvait à portée de voix. Hermione se retourna vers lui en souriant et attrapa le bras qu'il lui présentait.

— Vous devez vraiment tenir à ces chaussures.

— Vous vouliez danser.

— Vous auriez dû être à Serpentard.

— Venant de vous, je suppose que c'est un compliment?

— C'en est un.

— Je vous remercie. dit-elle finalement. Oh et s'il vous plaît, ne me marchez pas sur les pieds.

Elle put voir un micro sourire apparaître sur le visage de son cavalier qui commença à la faire danser. Se voyant entraîner dans un foxtrot, elle sourit plus largement encore.

— C'est une caractéristique propre aux Serpentard de bien savoir danser? demanda-t-elle.

— Disons que c'est une coutume fréquente.

Hermione oublia à ce moment ce qui se passait autour d'elle, se laissant emporter par l'autorité du sorcier qui la guidait, danse après danse, sans jamais faire un seul faux pas. La soirée se finit rapidement et les deux danseurs se séparèrent presque à regret.

Hermione alla récupérer ses sandales et accorda vingt points à l'élève en question pour avoir dû rester assis à surveiller une paire de chaussures. Elle revint rapidement vers son dernier cavalier qui la regardait une lueur amusée dans le regard.

— Vous ne comptez pas remettre vos chaussures? demanda-t-il.

— Non, je crains d'avoir bien trop mal aux pieds pour ça.

— Suivez-moi, je pense avoir quelque chose pour ça.

— Quoi vous feriez ça pour moi? demanda-t-elle surprise.

— Je crois que je suis quelque peu coupable de votre problème, il est donc normal que je tente d'y remédier.

Elle le suivit sans faire d'histoire, surtout parce qu'elle avait vraiment très mal et qu'elle-même n'avait plus de crème apaisante.

Ils marchèrent jusqu'aux appartements du sombre professeur qui fit entrer la jeune sorcière et la fit asseoir sur son canapé. Celle-ci remarqua qu'à part les couleurs et les meubles, l'agencement des pièces était sensiblement le même que chez elle.

Elle souffla en s'asseyant. Il revint avec un baume qu'il commença à appliquer généreusement en massant ses pieds endolori. Elle soupira de contentement.

— Vous savez que je pourrais le faire moi-même. dit-elle les yeux fermés.

— Certainement mais faites-moi donc croire que ça ne vous plaît pas.

Elle rit en l'entendant et le laissa continuer. Il s'arrêta quand ses deux pieds furent massés et les posa sur un coussin qu'il avait fait apparaître sur sa table. Il resta assis face à elle et la regarda longuement avant de prendre la parole.

— Miss, il y a une raison également pour que je vous aie abordé ce soir.

— Je m'en doutais un peu. dit-elle doucement. Qu'est-ce que vous me vouliez vraiment au départ?

— Quand je me suis trouvé mal il y a quelques semaines, vous m'avez dit que vous m'aviez déjà soigné, c'est donc à vous que je dois la vie n'est-ce pas?

Hermione était mal à l'aise et cherchait à échapper au regard pénétrant de son vis-à-vis.

— Et bien… on peut… on peut dire ça mais je n'ai pas fait tant que ça…

— J'ai une Dette envers vous Hermione.

— Non! Ne dites-pas ça, vous ne me devez rien du tout.

— Si, je vous dois la vie et surtout, je vous dois ma vie avec ma fille.

— Non…

— Merci. La coupa-t-il.

— Je vous en prie. Soupira-t-elle. Mais vous nous avez sauvés tellement de fois avant ça…

— Ca n'a pas d'importance. Vous le savez aussi bien que moi, j'ai une Dette de Vie envers vous.

— Vous n'avez rien du tout. dit-elle plus durement. Vous voulez savoir comment vous pouvez la régler? Restez vivant! Ayez une longue et belle vie avec Emilie et alors vous aurez payé votre Dette. dit-elle d'un ton qui n'admettait aucune réplique.