Chapitre V :
- J'l'ai trouvée ! s'exclama Milo d'une voix forte et alcoolisée en rentrant dans la chambre de Saga.
Celui-ci y discutait des derniers développements de l'enquête avec Camus. Développements peu concluants, puisque le Gémeau aîné n'avait guère réussi à obtenir d'autres informations, Armand semblant s'être montré particulièrement discret sur ses amours. En bien ou en mal, cela seules leurs investigations le leur révéleraient. Quant aux lettres, ils étaient tous tombés d'accord pour n'en violer l'intimité qu'en dernier ressort.
Saga était donc revenu prendre le repas de midi avec son cadet afin de discuter d'éventuelles nouvelles pistes, du moins jusqu'à l'arrivée de…
- Milo ! s'écria-t-il, atterré par l'état du Scorpion. Il est à peine deux heures de l'après-midi !
- Et ?
- Tu es ivre mort !
- Rond comme une queue de… Camus, mon petit glaçon à moi que j'aime si fort, c'est quoi l'esspression déjà ?
- « Pelle », répondit le Verseau en prenant le bras de son compagnon et en l'escortant vers le fauteuil le plus proche.
- Vouais ! Pelle ! Ou comme un pommeau d'fleuret. Faut être raccord… 'vec l'époque…
« A ce point là, c'est à se demander comment il a fait pour revenir ici », murmura Saga à Camus qui finissait d'installer son compagnon.
Hélas, pas assez murmuré pour l'oreille d'un certain arachnide un tantinet alcoolisé.
- J'ai r'trouvé mon Camus même au fin fond d'l'enfer ! Alors Paris… Pff !* En tous cas, voui, je suis raide rond, mais c'est pour la bonne cause. Piske j'l'ai trouvée !
- Qui ?
- L'Agnès ! Celle d'Armand ! Vi c'est moi, Milo du Scorpion, le plus fort des détectives ! Plus fort de Herlock, non, Sherlomes ? Nan plus… Camus ?
- Sherlock Holmes.
- Vi c'est ça, t'es trop fort mon Camus.
- Mais ce n'est pourtant pas moi qui ai retrouvé la trace d'Agnès.
- Soit pas triste, j'te f'rais un câlin pour te consoler… Maintenant ? tenta-t-il en tendant des bras vers Camus, ou du moins vers son double qui se trouvait à une bonne trentaine de centimètres plus à droite.
D'une main douce et ferme, Camus le replaça au fond du fauteuil.
- Agnès, Milo, où est-elle ? demanda-t-il d'une voix douce.
- Comment l'as-tu retrouvée ? ajouta Saga.
Mais si sa demande fit à peine tourner la tête de Milo, elle dévia en revanche immédiatement celle de Camus qui lui jeta un regard rien moins que polaire.
« Ben quoi ? » demanda-t-il à voix basse.
« Bravo, on va avoir droit à la version longue » et effectivement Milo commença à partir dans une explication alambiquée, fréquemment entrecoupée de déclarations enflammées à son Verseau rien qu'à lui qu'il aimait tellement si fort…
Mais qu'est ce qu'il avait bu pour en arriver là et surtout pourquoi ?
- … Donc, la p'tite soubrette, chez la vieille bique c'était celle d'Agnès. Paske Agnès l'était dame de compagnie d'une vieille, mais vieille cousine, plus vieille que Shion. J'vous jure. Et quand j'lui ai d'mandé, à la soubrette, pas à la vieille bique hein ! Ou qu'elle était l'Agnès – en tout bien tout honneur, mon Camus ! – ben oui qu'elle savait, qu'elle m'a dit. Parce qu'ya des gens qui sont venus chercher ses affaires. Et le gars qui conduisait la charrette, l'était du même patelin qu'elle, alors ils ont fait ami-ami et pas qu'en tout bien tout honneur là, si tu veux mon avis mon Camus.
- Bon et alors, s'énerva Saga.
- Laisse-le parler, temporisa Camus. Tu l'as lancé maintenant tu assumes…
- Donc son Jeannot, l'est venu avec une bonne sœur. Sœur Marie-Bernadette de la Divine Providence pour être précis. Paske faut être précis dans la vie. Surtout avec l'Antarès, paske sinon ça marche beaucoup moins bien et…
- Milo ?
- Vi mon Camus ?
- Agnès… demanda le Verseau, avant d'ajouter devant la lueur d'incompréhension total qui pointait dans les yeux de son Scorpion : Sœur Marie-Bernadette…
- Ah vi sœur Marie-Bernadette ! Alors cette bonne sœur, j'l'ai r'trouvé ! Tadaam !
Milo s'interrompit un moment. A cause de l'ivresse ou pour souligner son exploit. Difficile à dire.
- Et, où l'as-tu retrouvé ? lui demanda très gentiment Saga un long moment plus tard.
- Ben… dans une taverne, énonça Milo sur le ton de la plus parfaite évidence.
Saga, et pour le coup Camus aussi, ouvrirent de grands yeux.
- Euh, Milo, tu veux dire dans un couvent ? Non ?
- Nan, dans une taverne, parce que Sœur Marie-Bernadette, elle te distille un de ces petit alcool de prune… Waouh !
- Mais, il est complètement ivre, ça devient du grand n'importe quoi là, commenta Saga.
- Je dois reconnaitre que…
- Le v'la ! s'écria Milo en tirant une fiasque de sous sa chemise et en la posant violement sur la table. Prune de la Divine Providence ! Et ça mon Camus, c'est du bon ! ajouta-t-il avant d'en verser une bonne rasade dans le bouchon et de se l'engouffrer en une fois.
Autour de lui ni Saga ni Camus n'avaient esquissé un geste.
- Sincèr'ment, j'sais pas comment elle est logée l'Agnès. Mais je peux vous dire que dans leurs caves, les bonnes sœurs, elles te trafiquent des trucs pas très catholiques. T'en veux mon Camus ?
- Plus tard. Pour l'instant, si tu nous disais où se trouve son couvent ?
- Euh, j'sais plus bien. Mal au crâne. Mais y'avait un gros château pas loin qui m'faisait penser à Shura.
- Un château qui te faisait penser à Shura ?
- Ouais, gros, avec plein de tours et pas sympa du tout. Moche ! Presque autant que le prénom Michel…
Le Verseau resta silencieux. Oui, ce prénom ce n'était vraiment pas sa meilleure idée. Et Milo semblait bien parti pour le lui reprocher jusqu'à leur noce de diamant, au moins.
- … Bref, moche ! Qui donne vraiment pas envie de le visiter ! C'est une prison d'ailleurs…
- La Bastille ? tenta Camus.
- Vouais, c'est ça ! La Castille ! Comme Shura quoi ! Pask'il est espagnol Shura, faut pas l'oublier !
Camus croisa le regard de Saga qui inclina légèrement la tête en un geste indiquant clairement « Respect pour tes capacités de déduction ! ».
Auquel le Verseau répondit d'un léger haussement de sourcil signifiant « Merci, mais je n'ai guère de mérite, entre autre langue, je parle couramment le Milo. »
- … Donc mon Camus, le couvent en question. L'est pas loin… Il accueille plein de filles gênées ! D'après Sœur Marie-Bernadette.
- Gênées ? interrogea Saga à voit basse.
- Dans la gêne, traduisit le Verseau ignorant le regard interrogateur de Saga à ce changement de formulation.
- Ben cé c'que j'ai dit ! Saga, tu suis pas !
- Si si, l'assura aussitôt celui-ci.
- Et le couvent, tu te souviens de son nom ? Tu pourrais y retourner ?
- Y r'tourner ?
Saga et même Camus poussèrent un long soupir. Ca n'allait pas être facile.
- Il y en a beaucoup des couvents autour de la Bastille ? questionna le Gémeaux à voix basse.
- A mon avis ? Beaucoup trop, répondit Camus avant de retourner son attention vers Milo. Alors mon Milo, son nom ? Tu nous le dirais ? retenta Camus.
- Sœur Marie-Bernadette de la Divine Providence, j'vous ai dit !
Cette fois-ci, Saga leva les yeux au ciel.
- Non Milo, celui du couvent.
Le Scorpion regarda son amant avec deux grand yeux vides. « Mais qu'est ce qu'il lui voulait ? »
- Le nom du couvent Milo, insista gentiment Camus sans le quitter du regard.
- Euh, ché plus. Malalatête. Mais ya ka suivre la prune. Tout le monde la connait là-bas.
Saga et Camus échangèrent un regard. Aussi curieux que cela puisse paraitre, cela ce tenait comme raisonnement.
- Et qu'as-tu appris d'autre ? demanda Camus d'une voix douce et presque sirupeuse.
Bon, Saga ne dirait rien sur son ton, il était mal placé pour faire des commentaires. Camus connaissait bien son arachnide personnel et savait comment lui arracher des informations, même complètement bourré.
- Donc sœur Marie-Bernadette de la Divine Providence, ben elle dit que ça fait bien… Milo commença à compter sur ses doigts puis tendit une main victorieuse aux cinq doigts tendus devant eux. Un an ! Qu'elle est chez elle… Mais si elle a gouté à la prune… Ca ché pas ! déclara-t-il en s'envoyant une dernière lampée du dangereux breuvage.
- Donc, résumons, commença Saga. Agnès d'Oloron-Aspis, la douce amie de notre cher disparu, se trouve dans un couvent près de la Bastille depuis près d'un an.
- Mais c'est ce que j'ai dit ! Suit Saga, au lieu d'copier !
Le Gémeaux ainé leva les yeux vers son vis-à-vis – le sobre. D'un mouvement de tête, celui-ci l'enjoignit à ne pas faire attention à l'interruption de Milo. Ils avaient l'information, c'était le plus important.
- Milo ? l'interpella doucement le Verseau.
- Vi mon Camus ?
- Tu vas aller faire une petite sieste maintenant. D'accord ?
- Vi mon Camus.
Et Milo de commencer à se lever, mais arrivé à mi-course de cette difficile épreuve, il s'écroula presque sur le Verseau en criant à tue-tête.
- Je t'aime mon Camus !
- Je sais, répliqua le Verseau tout en soulevant son encombrant amant. Milo, tu vas aller te coucher maintenant, d'accord ?
-Tout seul ?
- Je t'accompagne.
- Mais je t'aime tu sais ?
- Je sais. Allez, fais un effort et mets un pied devant l'autre.
- Mais tu le sais ça hein ? supplia encore une fois Milo en se ventousant à son amant.
Cette fois, Camus s'abstint de répondre et d'un regard demanda l'aide de Saga. Celui-ci vint l'aider à se dégager et à porter leur ivrogne d'ami vers le lit.
- Sœur Marie-Bernadette, c'était en tout bien tout honneur ! Parce que je te suis fidèle jusqu'à la mort…
- Oui, je sais, répondit encore le Verseau en le déposant sur le matelas. Mais le Scorpion se redressa aussitôt. Et saisit le français au col.
- Nan, c'est vrai ! Fidèle jusqu'à la mort ! Même ta première mort… Même la seconde…
- Je sais Milo, je sais. Allez, allonges-toi, murmura Camus en le repoussant gentiment sur le lit.
- Même la troisième… Même la quatrième… même la cinquième… Camus ?
- Oui, répondit doucement le français en écartant tendrement une mèche de cheveux du front de son Scorpion personnel, dont la voix – tout comme les capacités de raisonnement – semblait de plus en plus lointaine.
- T'es mort combien de fois déjà ?
Camus ouvrait la bouche mais Milo l'interrompit :
- Nan, réponds pas ! Même une, c'était trop de toute façon.
- Chuuut…
Il fallait à tout prix éviter que Milo parte dans une crise de larme, même éthylique. Surtout éthylique. Heureusement, il le connaissait bien et savait qu'il ne fallait pas grand-chose pour faire passer son cyclothymique Scorpion d'un extrême à l'autre.
- Je suis là maintenant, murmura Camus caressant son front avant d'y déposer un doux baiser.
- Vi, c'est vrai… Câlin ?
- Plus tard mon Milo, souffla le Verseau en regardant les prunelles turquoise de son amant disparaitre lentement sous ses paupières. Dors bien, souffla-t-il encore alors que Milo sombrait dans un profond sommeil et qu'un ronflement sonore commençait à s'élever du lit.
Camus l'observa quelques instants, s'assurant de la sérénité de son sommeil.
- La dernière gorgée était vraiment de trop. Il est toujours comme ça quand il a bu ? ne put s'empêcher de demander Saga en désignant le dormeur du menton.
- Milo est quelqu'un de très affectueux, répondit le Verseau avec un regard tendre (pour qui le connaissait bien) en direction de son amant.
Saga lui releva les sourcils. « Affectueux » n'était pas précisément le mot qui lui était venu à l'esprit face à l'ivresse du Scorpion. Malheureusement son air dubitatif fut capté par le Verseau.
- Ton frère est assez différent… ajouta Camus, perfide en laissant sa phrase en suspend.
Saga se demanda un instant si c'était du lard ou du cochon. En tous cas, le message était clair, pas touche à Milo ! Il accepta sa défaite de bonne grâce. Après tout, il aurait fait pareil pour Mû. Il inclina donc la tête en guise d'excuse et suivit le Verseau vers le guéridon au fond de la chambre.
Camus s'y installa et déposa devant lui deux verres à liqueur qu'il remplit de la redoutable prune.
- A la tienne, dit-il à l'adresse de Saga en levant son verre avant de le vider d'un coup sec.
Saga le regarda un moment faire rouler le liquide brun dans sa bouche avant de l'avaler.
- Milo a raison, il est excellent. Tu ne bois pas ? Il constitue un excellent digestif, ajouta-t-il en se resservant.
Cette fois-ci, Saga leva son verre avec lui et le porta à sa bouche. Le temps qu'il se rende compte que les vapeurs qui étaient en train de lui ravager les neurones olfactifs étaient celles dégagées par la « prune », il l'avait avalée, se décapant la bouche, le gosier et l'œsophage par la même occasion.
- Déesse ! toussa-t-il. Mais ça titre combien ce truc ?
- Guère plus de 55°, je dirais. Par contre j'ai un fort doute sur le taux méthanol.
- Ah, parce qu'en plus c'est un poison !
- Comme tous les alcools distillés de façon artisanale. Tout est dans la dose.
- Génial. Et maintenant ? demanda Saga en tentant de retrouver un semblant de dignité.
Mais c'est que même dans son estomac, ce truc le brûlait encore !
- Maintenant, on attend le réveil de Milo et vous allez voir cette chère Agnès, déclara le Verseau en repoussant à regret la petite fiole de prune.
Apparemment, il avait jugé qu'il avait assez bu, ou que le taux de méthanol était trop important pour sa santé. Mais il aimait ça.
Par Athéna ! Kanon avait raison, le Verseau était vraiment redoutable !
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Attendant patiemment que la nuit tombe à l'ombre d'une porte cochère, Saga et Milo surveillaient l'entrée du couvent. Après une rapide enquête auprès du tavernier chez qui Milo s'était consciencieusement beurré plus tôt dans la journée, c'était de ses murs que provenait, la fameuse « Prune ».
En fait, pour être exact, Saga faisait le guet, Milo lui, luttait pour chasser les derniers miasmes de gueule de bois induit par la redoutable liqueur de cette chère sœur Marie-Bernadette. Heureusement, un massage glacé du cuir chevelu « Spécial Camus pour son Scorpion à lui – Vi, C'est moi ! » et une aspirine avait fait le plus gros du travail.
D'ailleurs Camus, redoutait le moment où Milo retrouverait assez de sens déductif pour se demander d'où provenait la dite aspirine. Il devrait alors avouer en avoir eut sur lui au moment du transfert temporel. Et Milo finirait par additionner deux et deux et se rendrait compte que c'était en prévision du concert !
Aie !
- Milo ? La nuit est tombée, il va falloir y aller.
- Ouais, j'arrive.
Mais son élan fut brisé par une voix venant de derrière eux. Voix qui n'avait rien d'amicale, ni de très distinguée et qui cherchait manifestement les ennuis : « Eh là mes mignons ! Où qu'vous voulez allez ? ».
« La bourse ou la vie ? », ajouta une seconde voix.
Saga se tendit aussitôt et se retourna pour faire face à ses agresseurs, au nombre de… cinq. Trop facile ! Surtout avec leur cosmos pratiquement revenu à la normale.
Milo, lui se contenta de passer la tête de derrière le Gémeau puis d'apparaitre à la lumière des torches en portant ostensiblement la main vers son épaule et la faveur que Camus y avait attachée.
Saga vit les brigands blêmir avant de se mettre à bafouiller :
- Le, le… le Scorpion ! Désolé m'ssire, on vous avez pas r'connu. Laissez-nous partir s'vous plait !
Milo eut l'air de réfléchir quelques seconde puis d'un mouvement de menton leur fit signe de dégager. Ce qu'ils firent sans se faire prier, trop heureux de s'en tirer à si bon compte.
Saga, incrédule se tourna vers son jeune pair qui fouillait dans une de ses poches.
- Impressionnant je dois dire. Tu m'expliquerais pour le « Scorpion » ?
- Disons, qu'à visiter la moitié des tavernes de la capitale, j'me suis fait une petite réputation. Et cette faveur est mon signe distinctif.
- Une réputation ? En une semaine ? s'exclama Saga en regardant leurs « agresseurs » disparaître au bout de la rue plus rapidement que des lapins poursuivis par un renard.
- Ben ouais, pourquoi ? répondit machinalement Milo en ouvrant le tube d'aspirine confié par Camus et en essayant d'en faire sortir un cachet.
- Au risque de me répéter, c'est assez impressionnant.
- C'est surtout pratique quand t'as la gueule de bois et aucune envie d'te battre, expliqua Milo en gobant la rondelle d'aspirine récalcitrante qu'il avait enfin réussit à convaincre de sortir de son tube.
Puis, Milo regarda dubitatif l'emballage rond, bleuté et en plastique qu'il tenait encore à la main.
« Ca y est ! » se dit Saga, il va percuter. Camus devrait investir dans des cachets moins efficace la prochaine fois, ceux-ci étaient manifestement à effet ultra-rapide.
- Mais d'où y sort ce tube ?
- De ta poche.
- Saga, fais pas l'idiot ça te vas pas. D'où est-ce que Camus lui, l'a sortit ?
- Aucune idée, répondit le Gémeau sur un ton parfaitement angélique et dégoulinant d'innocence.
Ce n'est pas lui qui irait dénoncer les précautions pharmacologiques de monsieur « je ne dis pas qu'il y a de la nicotine dans le royaume de France même si j'étais au courant ». Après tout, lui aussi était pour la paix des ménages.
Heureusement pour Camus, les réflexions du Scorpion furent interrompues par l'arrivée d'une silhouette chancelante.
- Hé, mais c'est cette chère Marie-Bernadette !
- Elle a l'air sacrément saoul, ta bonne sœur.
- Quant tu te dis qu'elle a pas dû arrêter de picoler depuis que je l'ai quittée, ça t'en dit long sur son entrainement.
- Et l'état de son foie.
- Ouais, aussi.
Là-bas, la silhouette frappait à la porte du couvent en beuglant des « Portiers ! » et autres « Ouvrez ! » à réveiller les morts. Du moins fût-ce efficace car on ne tarda guère à la faire rentrer.
- Milo ?
- Ouais ?
- Tu te sens d'attaque ? Je crois que j'ai une idée pour nous éviter de passer notre soirée à chercher mademoiselle d'Oloron dans tout le couvent.
- Après toi.
Après s'être rapidement assuré que la voie était libre, le Gémeau d'un bond formidable s'élança dans les airs. Moins de deux secondes plus tard, il atterrissait souplement sur le toit de tuile du couvent. De là, il avait une vue parfaite sur la cour intérieure, les jardins et la silhouette vacillante qui s'y déplaçait. Milo le rejoignit quelques instants plus tard, non sans ajouter un salto avant et une réception parfaitement silencieuse.
- Frimeur.
- Ouais, je sais. Tu comptes faire quoi ? ajouta-t-il en suivant son regard. Lui balancer une illusion démoniaque ?
- Dans l'état ou elle est ? Je crois que je n'en aurais même pas besoin.
- Tiens ? Il semblerait qu'elle retourne faire ses stocks, commenta Milo en voyant sœur Marie-Bernadette peiner à ouvrir la porte d'un escalier s'enfonçant dans les sous-sols du couvent.
- Alors c'est le moment.
En quelques sauts, Saga et Milo se retrouvèrent devant la porte qu'ils franchirent tranquillement avant de descendre dans les entrailles du bâtiment.
- Il semblerait que tu ais eu raison Milo, commenta sobrement Saga en voyant leur cible devant des bonbonnes d'alcool.
Il alluma son cosmos qui se mit à scintiller autours de lui.
Dérangée dans son activité favorite, sœur Marie-Bernadette se tourna vers les importuns, prête à les renvoyer à leurs missels et leurs prières. Mais la silhouette étincelante auréolée d'une chevelure océane qui lui faisait face était bien loin de celle d'une religieuse.
- Jésus, Marie, Joseph, commençât-t-elle en tombant à genoux et en se mettant à se signer. Saint Vincent, Sainte Marthe, Saint Nicolas de Myre…
La voix de Saga claqua interrompant la litanie de la malheureuse.
- Suffit ! N'as-tu point honte d'en appeler ainsi aux saints, toi la blasphématrice impie !
- Pardon, pitié ! hurla, terrifiée, la pauvre femme en se prosternant.
Saga s'approcha de la forme à genoux et son cosmos toujours étincelant, lui souleva le menton.
- Dis-moi où se trouve Agnès d'Oloron-Aspis.
- Hein ?
- DIS-MOI !
- Troi… troi… troisième porte, deu… deuxième étage, couloir no… nord, ne me faites pas de mal je vous en conjure….
Jugeant la pauvre femme trop terrorisée pour mentir, Saga termina là leur « discussion ».
- Repends-toi et tu seras pardonné.
- Je me repends, je me repends, je me repends…
Saga se releva, laissant la pauvre alcoolique seule avec ses bouteilles.
- Ben ça pas été long, commenta Milo en le suivant. Même pas eut le temps de regretter l'absence de pop-corn.
- J'apprécie l'efficacité.
- En tous cas, elle a rien dû comprendre au pourquoi du comment de ta question.
- J'ai aussi un doute. Mais l'important est que nous ayons l'information, non ?
- Ouaips ! Et, tu l'as sorti d'où ton discours sur les « blasphématrices impies » et autre blabla religieux ?
Saga s'arrêta et se retourna vers lui, une étrange lueur au fond des yeux.
- Je pensais au comte.
Milo ne put empêcher un ricanement complice de s'échapper de ses lèvres.
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… Pff !* petit clin d'œil à Talim suite à sa réflexion dans son dernier chapitre de « Prête-moi ta main » que je ne saurais trop recommander d'ailleurs )
