Chapitre 6: Cinquième jour
Note de l'auteur : je suis tout à fait désolée pour mon retard ! ca m'apprendra à écrire et publier plusieurs fics en même temps…
Il s'éveille avec un halètement laborieux, qui ressemble à une plainte. Sa jambe l'élance, comme percée par un poignard.
« Je vais mettrrre derrière lui, pour meilleurrre rrrespirrration. »
C'est la voix du charpentier. Il parle donc le Langage Commun?…
Son buste est soulevé, puis appuyé contre quelque chose qui le retient en position assise. Avec effort, il réussit à ouvrir les yeux. Il est allongé par terre, à l'abri d'une tente rudimentaire faite de couvertures tendues entre les arbres, qui laisse passer des voix étouffées. Un homme est penché sur sa jambe avec sollicitude et dénoue le bandage qui l'entoure.
« …ragorn?… vous… ici?» parvient-il à articuler.
Il parle donc le Langage Commun?…
Le Roi relève la tête et sourit malgré son inquiétude visible.
« Il est bon de vous voir réveillé, Eomer! J'étais en voyage en Eregion, quand cet homme de Dûn, Gahil, est venu me chercher, en me disant qu'il amenait un Cavalier blessé. J'ai donc pris le chemin du Sud à votre rencontre, en compagnie de quelques hommes. »
Ainsi, il s'appelle Eomer.
Ainsi, il s'appelle Gahil. Mais les présentations devront attendre. A peine Aragorn effleure-t-il sa jambe du bout des doigts que la douleur est insupportable. Un cri bref jaillit de sa gorge, et seul le bras robuste de Gahil autour de sa poitrine l'empêche de se plier en deux.
«-Je vais devoir ouvrir pour drainer l'infection, dit doucement Aragorn. Hélas, je n'ai guère emporté que quelques simples, et je n'ai pas de pavot!
-Cela ira », murmure Eomer entre ses dents serrées.
Non, cela n'ira pas, et il le sait sans doute très bien. C'est curieux: il y a quelques jours, je me serais réjoui à la pensée de l'entendre hurler; mais à présent, je ne lui souhaite pas cette humiliation. Je pourrais faire une chose pour lui, mais l'acceptera-t-il?
Il tente de rassembler ses forces, en pensant aux hommes à l'extérieur de la tente. Il ne veut pas qu'ils l'entendent. Mais il se sait faible, et cette pensée l'écoeure.
Soudain, une grande main passe devant son visage et vient se poser sur sa bouche. Il tend le cou vers l'arrière, et son regard croise celui de Gahil.
Ses yeux expriment la surprise et l'incompréhension. Je devrais essayer de lui expliquer, mais même si je parlais parfaitement le Langage Commun, je doute que des mots soient suffisants pour exprimer ma pensée. Alors, je me contente de soutenir son regard.
Les yeux du charpentier l'étonnent: ils sont emplis d'une virile compassion, celle d'un coeur ferme, mais pas dur, qui fait son devoir avec soin. Ils ressemblent un peu à ceux d'Aragorn.
Un éclair brille soudain au fond de ses yeux; non pas la gratitude servile que j'avais souhaité y voir, mais la juste reconnaissance d'un bien qui lui est donné.
Il me semble que nous nous regardons enfin d'égal à égal. Mon aide ne l'humilie pas: il l'accueille, simplement, comme un homme accepte le secours d'un autre homme.
Quand Aragorn sort une dague fine et se penche à nouveau sur lui en réprimant un soupir, il ferme les yeux et s'appuie un peu plus en arrière. Une pression plus forte contre sa bouche l'encourage plus qu'aucune parole n'aurait pu le faire.
A suivre…l'épilogue !
Note de l'auteur : non, cela ne va pas devenir un whump.
