Titre: Alice & June

Auteur: m0rphine

Raiting: M

Disclaimer: Les noms et la trame de base appartiennent au groupe Indochine. Pour le reste, je suis seule responsable =)

Partie 1: Alice au Pays des Cauchemars

Chapitre 7: Adora

Très haut, Alice leva les bras. Alice se grandit. Alice monta sur la pointe de ses petits pieds. Dans son dos, des ailes d'anges. Mais aujourd'hui, elle était un ange déchu. Aujourd'hui, Alice était différente. Ses yeux s'ancrèrent dans la glace. Ils n'avaient pas leur éclat habituel, ils étaient étrangement ternes, comme le reste du monde. Pour la première fois, elle avait ouvert les boutons, montré sa poitrine, montré son corps. Et elle se trouvait belle. Belle à moitié nue, belle dans cette tenue.

Sur la courbe de sa hanche, au liner elle avait dessiné un lapin blanc.

Derrière elle dansait la jeunesse dorée, les rangs que depuis le jour elle avait rejoint sans trop le voir. Derrière elle rugissait la musique, hors des enceintes, hors de la réalité. La jeunesse dorée dansait. Alice se regardait encore. Regardait ses seins qui s'offraient, regardait les pupilles, dilatées à l'extrême. Derrière elle hurlaient les guitares, tremblaient les basses. Alice renversa sa tête, plaqua ses mains le long de ses côtes, respira profondément l'air chargé de fumées, l'air chargé de mirages.

Elle était là, elle s'offrait, elle le savait. Au premier qui passerait. Au premier qui voudrait. Et ça ne tarderait pas. Ca aussi, elle le savait. Ca ne saurait tarder.

Des mains se plaquèrent contre ses hanches. L'une effleura le lapin blanc. Un rire. Puis un autre. Alors Alice se laissa tomber. Loin. Loin jusqu'au lit où on la porta, et où elle s'enfonça profondément. Loin jusqu'aux portes de ce paradis, aux portes du désir. Elle n'avait pas vu June depuis deux semaines. Pourtant, ces portes-là, les portes de son plaisir, restèrent hermétiquement closes pour tout autre qu'elle. Elle noua ses jambes autour des hanches de l'autre. Elle chercha la profondeur, chercha l'assouvissement violent, brutal, nécessaire. Comme folle, elle parcourait son corps entier de ses mains, griffait, mordait, embrassait aussi. Embrassait tellement. Elle posa la main de l'Autre, la main de l'Homme, sur son sein, qui le pétrit de bon cœur. La transe aurait pu être superbe. La transe aurait pu être ultime. Il n'en fut rien. Alice restait clouée au sol comme un ange crucifié, l'Eden s'était fermé. A jamais. A jamais.

Alice pleura.

La détresse fut courte. On lui tendit le joint. Elle tira dessus une fois, deux fois, trois fois, et puis encore. L'Homme qui l'avait possédée - L'Homme qui lui, avait eu ce qu'il voulait, tenta de l'enlacer. Elle sursauta, se dégagea brusquement. L'espace d'une seconde, elle avait cru voir sur sa main un tatouage infernal. Quelque chose remonta le long de sa gorge, comme une traînée de feu. Elle se retourna par-dessus le côté du lit, cracha en un flot ininterrompu un mélange d'alcool, de bile, et de souffrance. Pourtant elle s'obstina. Quand la crise fut passée, elle se redressa, réclama une nouvelle bouteille, réclama une dose, aussi. Réclama l'oubli. L'Autre la tenait par l'épaule, il semblait se faire du soucis, un peu - D'où le connaissait-elle? Elle plissa les yeux. Son visage lui disait vaguement quelque chose. En vain. Elle parvint jusqu'au salon, à moitié déshabillée. Sur la table basse, une poudre immaculée. Immaculée comme le corps de June.

Alice pleura.

Alice s'envolait. Alice n'était plus là. Alice dans la lune. Alice s'enfuyait. Son nez saignait abondamment - Elle songea avec un sourire aigre que c'était comme cette nuit là, la nuit du Lapin, quand il s'était écrasé sinistrement contre le grand piano à queue. Il y avait un piano dans cette maison aussi - Mais où était-elle, au fait? Une dose encore. Elle se sentait bien. Son cœur était tout crevé, avant - Et là, peu à peu, il se regonflait, jusqu'à prendre un peu trop de place, à chatouiller, à taquiner sa gorge. Elle était l'absente. L'Autre la tenait encore à ses côtés, il ne cherchait plus à la tenir contre lui. Peu à peu, sur sa hanche, le lapin blanc en venait à s'effacer. Il n'était plus qu'une forme vague et sombre sur la peau claire. Une bouteille encore. Dans la maison résonnaient les cris - Des cris de plaisir, et puis des rires aussi, des gloussements fous, des exclamations insensées. Elle ne comprenait plus rien. C'était parfait. Parfait. Comme ça elle ne penserait plus à June, plus jamais.

Alice pleura.

Elle plaqua tout entier son corps contre celui de l'Homme, frotta furieusement ses seins contre le torse dur, de ses yeux immenses, toujours plus dilatés, toujours plus fous, réclama encore une fois l'assouvissement qui ne viendrait pas. Un instant à peine, et à nouveau elle était sur le lit. A nouveau elle s'enfonçait dans ses méandres. A nouveau elle nouait ses jambes autour des hanches de l'autre. A nouveau elle cherchait la profondeur, cherchait l'assouvissement violent, brutal, nécessaire. Comme folle, à nouveau elle parcourait son corps entier de ses mains, griffait, mordait, embrassait aussi. Embrassait tellement. A nouveau elle posait la main de l'Autre, la main de l'Homme, sur son sein, qui le pétrit de bon cœur. La transe aurait pu être superbe. La transe aurait pu être ultime. A nouveau il n'en fut rien. A nouveau Alice resta clouée au sol comme un ange crucifié, l'Eden s'était fermé. A jamais. A jamais.

Contre l'épiderme blessé, l'autre peau était trop brûlante. L'autre peau n'était pas comme celle aimée, elle n'était pas glacée et chaude à la fois, elle n'était pas aussi douce, et n'avait pas ses entailles. Cette fois-ci, Alice ne pleura pas. Peu s'en fut. Elle ne vomit pas non plus - Quand elle vit l'Homme, une fois l'union achevée, elle retint fermement le mélange atroce dans son corps. Il ne fallait pas. Il ne fallait pas montrer que quelque chose l'atteignait encore. Le destin aurait été trop satisfait.

Pourtant, quand l'Autre essaya de l'embrasser, elle recula, refusa.

Et, pendant quelques secondes, elle vit qu'elle était bien forcée d'admettre que son cœur était à June.

A l'aurore elle quitta la maison, chancelante, noyée dans un manteau qui n'était pas le sien - Mais quel jour était-on, d'ailleurs? Elle s'arrêta un instant dans le parc, rinça sa bouche, rinça ses mains et son visage à une grande fontaine. Un homme chercha à s'approcher d'elle - Son cœur fit un bon violent, elle s'éloigna en courant. Elle se plaqua contre les grilles de l'entrée. Elle essaya de frotter ses yeux, se sécher ses larmes, avant de voir qu'il n'y en avait plus, qu'elle était vidée - Mais de quoi était-elle vidée, au fait?

De toutes les questions, c'était la seule à laquelle elle était encore capable de répondre. Vidée de June. Vidée d'amour. Vidée de vie. Vidée de son cœur. Vidée de ses pensées. Vidée de sa raison. Vidée de son bonheur. Vidée de son enfance. Vidée de son sang - aussi. Elle se laissa glisser. Son corps atteignit le sol dans un petit bruit sourd, elle se recroquevilla. Sa main, d'elle-même, empoigna la croix de bois. Que lui était-il arrivé? Un mois et demi, à peine. Sa vie avait basculé en l'espace d'une heure, la nuit du Lapin Blanc. Elle avait achevé de s'écrouler en un mois et demi. A peine.

Elle n'était plus rien. Plus qu'un sac vide qui cherche le plaisir, qui cherche à remplacer - Mais pourquoi remplacer, au fait? Chasser cette pensée. L'image du corps mutilé de June lui brûlait la rétine. Elle cacha ses yeux du soleil qui lentement se levait. Au plus profond, elle savait. Elle savait pourquoi à l'amour qu'elle éprouvait s'était mêlé autant de haine. Elle savait aussi comment ce désespoir qui l'habitait faisait qu'elle pourrait tout envoyer en l'air. Tout pardonner. Et la suivre.

La suivre tout en haut. Ou tout en bas.