Trois soirs plus tard, en arrivant au casino de Monte-Carlo, Blair priait pour que Chuck ait reconsidéré sa proposition.
Dans l'intervalle, Jack lui avait appris que Bart avait court-circuité Steinbeck, qui roulait pour eux auprès du conseil d'administration. Il avait ainsi fait un exemple, pour prévenir tous ceux qui seraient enclin à prendre le parti de son fils. Mettant un terme à tout putsch de leur part.
Elle repéra le jeune homme, à sa table de black-jack habituelle. Il avait l'air tendu et fatigué. Il ne lui restait plus guère d'options pour reconquérir BI et elle continuait de penser que son idée était la meilleure chose pour leur avenir commun.
Elle prit le siège à ses côtés, en silence, comme elle l'avait fait les autres soirs des semaines précédentes. Elle ne savait pas trop quoi penser de leur dernière rencontre.
Il avait agrippé ses doigts et l'avait même embrassée. Sur le front, soit, mais c'était tout de même un rapprochement, depuis la première fois où elle était venue le rejoindre à Monaco.
Elle posa ses plaques sur la table à l'entre-jeu en souriant au croupier habituel.
Du coin de l'œil, elle vit Chuck se détendre un peu.
L'arrivée de Blair l'avait rasséréné. Cela faisait deux jours entiers qu'il ne l'avait pas vue et son cœur se languissait déjà de sa présence.
Sa proposition de mettre en gage des parts de la société de sa mère l'avait fortement perturbé. Il était circonspect qu'elle soit prête à aller jusque-là pour l'aider. Pour être avec lui, pour assurer leur avenir, comme elle l'avait déclaré.
Elle était tout ce qu'il y avait de plus sérieux et il s'était surpris à considérer cette option. Surtout, il s'était surpris à faire des plans d'avenir avec elle, à nouveau.
Blair l'avait attendu quand il avait été incapable de lui répondre en retour les « trois mots - huit lettres » qu'elle voulait tant entendre sortir de sa bouche. Elle lui avait fait confiance ensuite et il avait tout bousillé en à peine quelques mois. Mais ça aussi, elle le lui avait pardonné.
Elle lui avait pardonné tous ses écarts de conduite, même les pires et elle avait tiré un trait sur le passé.
Son cœur le poussait à lui rendre la pareille.
Cependant, une alarme retentissait continuellement dans sa tête, lui rappelant les affres de la douleur qu'il avait ressentie quand elle l'avait laissé derrière elle, l'abandonnant sur son lit d'hôpital, après lui avoir promis de finir ses jours avec lui.
Toutes les paroles d'amour qu'elle avait prononcées, avant de lui déclarer que son cœur appartenait désormais à un autre, tournaient en boucle dans son esprit.
En même temps que celles de son père.
« Tu es toujours prêt à tout envoyer valser pour une fille qui ne fait que jouer avec toi »
Blair avait vu juste, il n'avait aucune raison d'écouter son père. Mais, il était son père et, quand bien même Chuck connaissait parfaitement les dessins de ce dernier, il ne parvenait pas à faire taire cette sirène qui hurlait dans son crâne.
Il était parti rapidement après le coup de fil de Jack, pour échapper à son envie de la prendre dans ses bras et de la serrer tout contre lui. Le geste qu'elle avait posé pour lui prouver qu'elle avait vraiment l'intention de s'engager avec lui avait chamboulé son cœur et il avait besoin de temps, et surtout d'espace, loin de ses bras, pour réorganiser sa réflexion.
Néanmoins, quand elle n'était pas venue le soir suivant leur déjeuner chez les Waldorf - Rose, il avait paniqué à l'idée qu'elle ne viendrait peut-être plus du tout.
Maintenant qu'elle était assise sur le siège adjacent, il pouvait enfin mieux respirer. Sa beauté l'envoûtait et ses sens s'enivraient à sa seule présence.
Il exhala un soupir, avant de placer ses jetons sur la table.
Elle fit glisser les siens tout à côté et frôla ses doigts.
Un frisson remonta le long de son échine à ce simple contact, aussi léger qu'une plume.
Blair tourna la tête vers lui et lui adressa un sourire.
Ses yeux pétillèrent lorsqu'il y répondit.
Le cœur de la brunette s'enflamma, il n'avait pas l'air de lui en vouloir.
Au contraire, on aurait plutôt dit qu'il était d'humeur conciliante ce soir.
Elle avait lutté contre elle-même pour ne pas le suivre quand il avait quitté sa résidence à Paris. Mais apparemment, lui donner de l'espace apportait quelque chose de positif.
Ils restèrent côte à côte pendant trois heures environs, avant de se détourner du tapis vert pour rejoindre la caisse de change.
Elle appréhendait cet instant, où ils se séparaient au milieu de la nuit. Elle attendait avec impatience celui où elle le suivrait et se réveillerait au petit matin, son corps blotti conte le sien.
- Tu ne voudrais pas qu'on aille boire un verre ? proposa-t-elle.
Il hésita un instant et le cœur de Blair bondit dans sa poitrine, à tel point qu'elle pensa qu'il allait sortir de son corps.
- Il faut qu'on parle, répondit-il après un moment de silence, qui sembla durer des siècles à la jeune fille.
Ils sortirent dans la rue pour se diriger vers le Bouddha Bar, un peu plus loin.
Marchant sur le trottoir, elle fut grandement tenter de saisir sa main mais se ravisa au dernier moment.
Il avait accepté de prolonger leur soirée, elle ne voulait pas le braquer.
Quand ils entrèrent dans l'établissement, Chuck l'entraîna vers une alcôve.
Il commanda un scotch, tandis qu'elle optait pour un martini dry.
Un petit remontant ne serait pas de trop pour briser la glace qu'elle sentait à présent dans tout son corps.
Le garçon apporta leurs boissons mais, bousculé par un client, le plateau échappa à son contrôle, atterrissant pratiquement sur les genoux de Blair qui n'eut que le temps de se lever dans un réflexe.
- Vous ne pouvez pas faire attention ! fulmina-t-elle.
Le jeune homme qui avait apporté les boissons s'excusa et marmonna qu'il revenait avec une nouvelle commande, alors que le client qui l'avait bousculé s'arrêtait net dans son élan. Il se retourna d'un bond et son visage blêmi.
- Qu'est-ce que tu fais là ? éructa-t-il à l'adresse de Blair, qui devint livide en reconnaissant son ex-mari.
Chuck, qui observait la jeune femme, tourna la tête et se leva d'un bond, à son tour, pour s'avancer.
- Je suis encore libre de mes mouvements, cingla Blair, se rapprochant instinctivement de l'homme de sa vie, celui qui aurait dû être à ses côtés, devant l'autel, ce jour là.
- Pas quand il s'agit de venir batifoler sur MON rocher avec LUI, argua le Prince, avec un mouvement de tête à l'adresse du jeune homme qui était, maintenant, à la même hauteur que la brunette.
Du coin de l'œil, elle vit Chuck carrer la mâchoire et serrer les poings. Elle fit un pas de côté pour se placer entre Louis et lui. C'était loin d'être l'après soirée qu'elle s'était imaginée.
- Mes parents vivent en France, tu croyais peut-être que je n'y remettrais plus les pieds ? demanda-t-elle, hors d'elle.
- Ballade-toi à Paris tant que tu voudras, mais reste loin de Monaco ! Qu'est-ce que tu cherches ? A te faire photographier par les paparazzis ? Tu es déjà en manque de scandale ? Tu n'en n'as pas fait assez pendant la période où on était ensemble ? l'accusa-t-il, les yeux exorbités par la rage.
- Personne ne m'a vue. Et quand bien même, qu'est-ce que ça peut faire ? Ça fera un peu de publicité pour ta famille !
- Comment oses-tu venir ici, te mêler aux Monégasques, après nous avoir ridiculisés aux yeux du monde entier ? Tu as de la chance que personne ne t'ait reconnue !
- Sinon quoi ? Tu aurais lâché ta mère après moi ? Ou bien ta sœur, si angélique, peut-être ?
- Béatrice n'est certainement pas parfaite mais elle a un cœur, elle, au moins. Comment as-tu seulement le culot de poser le pied ici, après ce que tu as fait à notre bébé, en tentant de t'enfuir avec lui ? Tu n'as aucune conscience ! Tu es pire que tout ce que j'ai jamais imaginé, lui cracha-t-il au visage.
Blair sentit son corps se mettre s'agiter de toutes parts, sans pouvoir le maîtriser.
- Ça suffit ! hurla Chuck.
Son regard était plus noir que jamais.
Il passa ses bras autour de la taille de la jeune femme, qui était sans voix, le souffle court, et sentit son corps qui tremblait comme une feuille. Ses yeux s'étaient remplis de larmes, qu'elle arrivait à peine à contenir.
- Viens, on sort d'ici, lui souffla-t-il en resserrant son étreinte.
Louis les regarda s'éloigner, l'œil mauvais, comme le serveur ramenait les nouvelles consommations.
- Ces personnes sont interdites dans tous les établissements du rocher, cria-t-il au pauvre jeune homme qui n'en pouvait rien.
- Je vais faire passer le mot aux videurs, répondit-il faiblement remportant une fois de plus son plateau.
