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Je ne mérite que des coups de bâtons pour avoir accumulé tant de retard. Certains ont même dû croire que j'avais abandonné cette fiction mais j'ai juste été submergée de boulot donc voili, voilà, je me rattrape comme je peux et je vous livre ce dernier chapitre (dernier pour le moment) en vous souhaitant une bonne lecture.

Lumi ^_^


L'Attente


Un mois, sept jours, dix-neuf heures et quelques secondes depuis que j'avais quitté le campus pour rentrer chez moi. Plus que deux semaines avant mes examens de fin d'année et encore un mois avant de savoir si je les avais réussis ou pas. En attendant, la réponse à ma demande de bourse était dans ma main et je n'osais toujours pas ouvrir l'enveloppe. Sans même avoir à passer ce fichus examens, la réponse qui se trouvait là pouvait ruiner tous mes plans ou au contraire me donner une énergie supplémentaire pour y arriver. Je respirais un bon coup et rapprochais mon couteau du bord de l'enveloppe, avant de m'arrêter. C'était trop dur, je ne pouvais pas. Je glissais cette maudite enveloppe sous mon plateau et décidais de finir mon petit déjeuner d'abord. J'avais une grosse journée et le contenu de cette missive pourrait bien me couper l'appétit.

Tout était calme dans la maison. Ma mère était partie travailler depuis un moment déjà. Elle tenait la seule pharmacie du district et mettait un point d'honneur à toujours ouvrir à l'heure. Elle était de toute façon passionnée par son métier, donc avec ou sans client, elle y était de bonne heure. Je n'avais pas son talent pour soigner, la moindre goutte de sang me rendait malade et j'étais incapable de me souvenir des noms des médicaments les plus communs. Par contre en ce qui concernait les plantes, j'étais imbattable. Nous avions la chance d'avoir un bois tout proche où poussaient encore pas mal d'herbacés utiles en pharmacologie et j'en cueillais parfois pour elle. La forêt… j'y passais beaucoup de temps depuis mon retour. Dès que je quittais les cours, j'y allais. J'y faisais parfois mes devoirs. C'était le seul endroit qui rendait mon manque de Peeta un peu plus soutenable. Protégée par les arbres et accompagnée du seul bruit de la nature. J'y relisais ses messages et lui en écrivait des tonnes que j'effaçais très souvent sans les envoyer. Il ne recevait que ceux qui parlaient de la pluie et du beau temps, ceux qui ne risquaient pas de lui faire comprendre à quel point il me manquait. Je ne voulais pas paraître faible devant lui et je ne voulais pas me faire d'idée. Ces messages à lui aussi étaient simples, sans excès de bons sentiments. Il me parlait de son quotidien, de Madge, de la dernière lubie de sa sœur qui avait eu l'idée de ramasser toute une portée de chatons abandonnés et de les ramener chez leurs parents. Peeta avait été missionné pour lui faire entendre raison, un ou deux peut-être mais pas six ! On ne s'appelait pas. Sans jamais en parler ouvertement, nous étions rentrés dans cette routine composée de messages et de photos qui ne nous représentaient jamais. Je n'avais pas de photo de lui et il n'en avait pas de moi. Par contre, j'avais pu voir le résultat final de son projet, la fameuse portée de chat, Madge… lui recevait surtout des photos des paysages qui m'entouraient, du bar de Saé…

Je jetais un œil à l'horloge, posais mon plateau dans l'évier, glissais l'enveloppe dans mon sac et attrapais mes clefs de voiture. Cette fois, j'allais arriver de justesse en cours. En sortant de la maison, j'aperçu Gale à travers une des fenêtres de chez lui. Oui, Gale et moi étions voisins. Un paramètre qui avait grandement travaillé à nous rapprocher mais qui aujourd'hui était un vrai problème. Il ne m'avait plus adressé un mot depuis mon retour et moi non plus. Je n'en avais pas envie et j'espérais qu'il comprendrait le message cette fois. Je m'installais au volant, claquais ma portière et mettais le contact. Rien. Nouvelle tentative, ma voiture fit un bruit atroce et plus rien. J'avais bien besoin de ça ! Ma mère était partie depuis longtemps et j'étais trop en retard pour prendre le bus ou même y aller à pied. J'abattis mes poings sur le volant. Qu'est-ce que j'allais faire ? Un bruit de moteur me fit tourner la tête. Gale était au volant de sa voiture et me regardait. Il ne m'avait pas regardé droit dans les yeux depuis plusieurs semaines, c'était déroutant. Devant mon manque de réactivité, il klaxonna. C'était pour moi ?! Je sortis de ma voiture, fis le tour de cette dernière et montait dans la sienne. L'odeur de sa voiture me pris en pleine figure et ramena tout un tas de souvenirs à ma mémoire, ça faisait si longtemps. Il fit marche arrière pour s'engager sur la route et je levais timidement les yeux vers lui.

_ Merci.

_ De rien, c'est sur ma route de toute façon.

Il regardait droit devant lui, il était tendu, je le sentais mais il avait encore assez d'amitié pour moi pour ne pas me laisser en galère à deux semaines des examens. C'était vraiment quelqu'un de bien et tout à coup, je voulais qu'il le sache, qu'il comprenne que même si nos sentiments n'étaient plus partagés, il comptait quand même pour moi et que je ne jetais pas toute notre histoire aux oubliettes.

_ Merci quand même, tu n'étais pas obligé.

_ Vraiment ?

Sa réponse me surprit. Il avait l'air de croire, qu'au contraire, il n'avait pas eu le choix. Faute de réponse à lui fournir, je pris un instant pour le regarder. Il portait une barbe de quelques jours qui lui allaient plutôt bien, ses yeux gris semblaient un peu éteints mais mis à part ça, il était toujours le même. Il brisa le silence.

_ Tu as reçu ta réponse à ta demande de bourse ? Ma mère m'a dit que ta mère et toi l'attendiez impatiemment.

Je mis ma main par-dessus mon sac, sentant plus que jamais le poids de cette enveloppe contre moi.

_ Non, pas encore.

_ Ah, ok. Ça ne devrait pas tarder. Je sais à quel point c'est important pour toi.

S'il avait pu, il aurait ajouté… bien plus que moi… et il n'aurait pas eu tort. Cette lettre était devenu bien plus qu'une porte ouverte à mes rêves d'avenir d'un point de vue purement scolaire mais, ça, je ne pouvais décemment pas en discuter avec lui, alors j'avais préféré lui mentir. Le silence se réinstalla entre nous. Je ne savais plus quoi lui dire alors que c'était si facile avant. Encore une fois, il eut plus de courage que moi. De toute façon, entre nous deux, ça avait toujours été lui le fonceur.

_ Kat' ?

_ Humm.

Il passa une main maladroite dans ses cheveux et fis une moue qui ne promettait rien de plaisant avant de poursuivre sur sa lancée :

_ Tu vois quelqu'un ?

Je le regardais, surprise.

_ Je veux dire… c'est pour ça que tu m'as quitté ? Tu voyais quelqu'un d'autre ?

Je me relaxais immédiatement. Il n'était pas en train de parler de Peeta.

_ Non, ce n'est pas pour ça que je t'ai quitté…Toi et moi, c'était devenu… bizarre, non ?

Je marchais sur des œufs. Je ne pensais pas avoir ce genre de conversation aujourd'hui. C'était déjà bien assez compliqué comme ça autour de moi.

_ Pas pour moi.

Sa voix n'était qu'un souffle et il en ressortait une telle tristesse. C'était ce petit truc qui me faisait toujours revenir quand on se séparait avant. Cette fêlure que j'étais la seule à pouvoir observer, chez lui. Il n'y avait que devant moi qu'il se montrait parfois fragile, pas sûr de lui. Sa mère devait s'en douter, bien entendu, mais il ne se montrait jamais comme ça devant elle. Il était fier, limite arrogant pour certains mais je savais qu'il n'en était rien au fond.

_ Je…

_ Ecou…

Nous avions parlé en même temps mais il reprit rapidement ce qu'il voulait dire.

_ Ecoute, on laisse tomber, Ok ? On a été amis avant de sortir ensemble et je pense qu'on peut l'être encore donc ce truc qu'on fait en ce moment, ce jeu du chat et de la souris, on peut laisser ça de côté ? Tu me manques et je ne veux pas tout gâcher.

Ça commençait toujours comme ça. Il me disait toujours qu'on allait juste redevenir amis mais on en restait jamais là. Je m'étais promis de ne plus retomber dans son piège mais là, assise dans sa voiture, je ne me sentais plus aussi forte pour lui refuser mon amitié. Ce n'était pas pour rien que je l'esquivais depuis si longtemps. Mais cette fois, il y avait Peeta. J'avais quelqu'un qui comptait pour moi, même si notre avenir semblait irréel par moment, il était quand même là.

_ Tu me manques aussi Gale mais j'espère que tu es conscient que cette fois-ci ne sera pas comme les autres. On parle d'amitié là, rien de plus.

_ Ouais, j'en ai conscience, t'inquiète pas.

Il souriait. Il venait de placer ses pions et je n'étais pas sûr d'avoir été très maline en lui donnant cette ouverture.

~MmMmMmMmM~

Mis à part l'incident de ce matin, la journée s'était plutôt bien passée. L'ambiance parmi les dernières années était studieuse. Nous avions tous beaucoup à perdre ou à gagner et ceux qui n'avaient pas fait grand-chose aux deux premiers trimestres se rabattaient sur le dernier pour tenter d'augmenter leur chance à l'examen ou au moins améliorer les appréciations que les professeurs comptaient mettre dans leur dossier, je n'avais pas ce souci. Je continuais de bosser pour ne pas me relâcher mais j'avais toujours été bonne élève. D'abord pour le plaisir d'apprendre, ensuite pour ne jamais avoir à dépendre de quelqu'un, suite à l'abandon de mon père, et enfin pour ma mère, pour que tous ses sacrifices pour moi, ne soient pas vains.

Maintenant, j'étais assise un peu à part des autres élèves à attendre mon bus pour rentrer. Je ne voulais pas déranger Gale qui n'était de toute façon pas encore rentré de son stage et je ne voulais pas non plus prendre la voiture de ma mère. Ça m'obligerait à revenir la chercher et il ne valait mieux pas pousser sa voiture ne sachant pas quand la mienne pourrait être réparée. Ce serait plus simple de demander à Gale de jeter un œil, vu que c'était son domaine, mais deux services dans une seule journée me paraissaient un peu trop pour le moment. Je l'emmènerais d'abord au garage et selon ce qu'il me dirait, on aviserait.

_ Je te dépose ?

Je relevais la tête pour apercevoir Haymitch au volant de sa camionnette. Je ne pus m'empêcher de grimacer.

_ Oooh, moi je disais ça pour rendre service mais si madame la princesse préfère attendre son carrosse privé, il n'y a aucun soucis.

Il commençait a il y avoir du monde à l'arrêt de bus et je serais de toute façon plus vite rentré avec lui. Je me relevais et montais dans le véhicule non sans avoir déplacé tout un tas de magazines et de paperasse du siège passager. Il ne fit rien pour m'aider.

_ Mademoiselle désire-t-elle rentrer chez elle directement ou faire un bref arrêt quelque part ?

Ce qu'il pouvait être énervant quand il faisait ça !

_ A la maison ça ira très bien, Alfred !

_ A vos ordres.

Haymitch redémarra et mis un peu de musique pour alléger l'ambiance sûrement.

_ De la country ? Vraiment ?

_ Qu'est-ce que tu as contre la country, chaton ? Ce n'est pas assez délicat pour tes oreilles ou c'est ton cœur de pierre qui est insensible ?

_ Ni l'un, ni l'autre. Je ne vous imaginais pas en train d'écouter de la country c'est tout.

_ Eh bien tu te trompais mais bon, ça ne serait pas la première fois. J'aime beaucoup la country si tu veux savoir et je joue même un peu de guitare.

J'étais étonnée. Haymitch se résumait pour moi à un quadra abonné au célibat, fidèle client de Saé et amateur de vannes en tout genre. Il savait donc faire autre chose ?

_ N'ai pas l'air si étonnée ma mignonne, j'ai eu une vie moi aussi avant d'arriver dans ce patelin.

J'étais bien curieuse de savoir quoi.

_ Oui, d'ailleurs, qu'est-ce qui vous amenez ici. ? On peut rêver mieux comme endroit, non ?

_ L'hospitalité.

Son sourire narquois me dissuada de chercher à comprendre. Est-ce qu'il ne pouvait pas répondre comme tout le monde ? Sans faux-semblant. Je me tournais vers la vitre sans plus faire attention à lui.

_ Tu l'as ouverte ?

Je sursautais et me retournais vers lui. Les yeux sur la route, il avait l'air sérieux, pas du tout en train de chercher une nouvelle pique à mon encontre.

_ Comment vous savez pour la lettre ?

_ Je suis allé livrer au bureau postal tôt ce matin et Cressida m'a dit que tu devrais être contente de recevoir ton courrier aujourd'hui. Elle en voit passer en ce moment des lettres de ce genre. Ici, on n'est pas bien riche, sans une bourse c'est quasi impossible de continuer ses études dans une bonne université. Et c'est ce que tu voudrais faire, non ?

Je marmonnais un vague, oui, avant de passer à nouveau ma main sur ma sacoche. Elle était toujours là. Je l'avais sortie à diverses reprises mais j'avais été incapable de l'ouvrir jusqu'à maintenant.

_ Qu'est-ce qui te fais si peur dis-moi ? Il n'y a pas si longtemps, tu te serais jeter dessus pour ne plus avoir à tergiverser mais là, non. Tu veux que l'ouvre pour toi ?

Je relevais les yeux vers lui. Décidément, Haymitch me surprenait aujourd'hui. Amateur de country et psychologue. Je l'avais peut-être mal jugé. Sans y réfléchir, je sortis la lettre de ma sacoche et la posais sur mes genoux. Je le connaissais par cœur à force de la tourner et la retourner entre mes doigts.

_ Les enjeux ont augmentés.

_ C'est-à-dire ?

Est-ce que j'étais vraiment en train de me confier à Haymitch ? Mais auprès de qui d'autre le faire ?

_ Il ne s'agit plus seulement d'aller à l'université ou pas. Il m'en faut une en particulier et au-delà du fait de ne pas être bénéficiaire de la bourse j'ai peur qu'en m'octroyant un niveau trop faible, je ne puisse pas aller dans celle que j'ai choisi.

Il ne répondit rien pendant quelques secondes. Il semblait réfléchir à mes paroles.

_ Et il n'y a qu'une école qui t'intéresse ?

_ Maintenant, oui.

Il me regarda rapidement avant de se concentrer à nouveau sur la route. J'en avais trop dit ou pas assez.

_ Rapport à tes jolies marques à ton retour de camping ?

Amateur de country, psychologue et observateur, j'avais oublié observateur !

_ Je ne donne pas souvent de conseil aux autres en général. J'ai toujours pensé qu'on en avait déjà bien assez avec nos propres emmerdes dans la vie. Mais je vais t'en donner deux quand même, parce que je t'aime bien et parce que Kelly mérite bien ça.

Pourquoi avait-il fallu qu'il parle de ma mère ? Je commençais presque à l'apprécier. J'avais dû laisser transparaître ma pensée sur mon visage car ses yeux étaient montés au ciel.

_ Ecoute bien, je ne me répéterais pas. Primo, ouvre cette lettre ! La garder entre tes mains ne fera pas changer ce qui a déjà été décidé là-bas, dans leur petit bureau, par contre ça te fera perdre du temps pour un plan B, si la réponse n'est pas celle que tu attendais. Secundo, réfléchis bien à ce qui est le mieux pour toi. Ne vas pas gâcher tes chances d'avenir pour un petit blond prétentieux encore accroché aux jupes de sa mère, Ok !

_ Il n'est pas…

Eh merde ! Je venais de me faire avoir en beauté. Haymitch avait un sourire conquérant.

_ Il n'est pas quoi ? Blond ou accroché aux jupes de sa mère ?

_ Ça ne vous regarde pas ! Mais merci du conseil.

Nous étions arrivé et je sautais déjà en en dehors de son véhicule. Il redevint sérieux un moment.

_ Ecoute bien ce que je t'ai dit. Ce que tu fais, fais le pour toi !

Son regard bleu/gris se plongea dans le mien et toute trace de sarcasme disparut entre nous. Il était sincère, il voulait vraiment que je fasse les bons choix pour moi. Mis à part ma mère, personne ne m'avait encore parlé comme ça.

_ J'ai bien entendu.

Il se redressa et remis le contact pendant que je refermais sa portière. Il démarra et je rentrais chez moi. Avant que les forces ne me manquent à nouveau, je me dirigeais vers la cuisine pour prendre un couteau. L'enveloppe dans la main gauche et mon couteau dans la droite, je respirais aussi calmement que possible. Trois possibilités : pas de bourse, bourse insuffisante pour rejoindre Peeta ou bourse complète. Haymitch avait raison, l'une d'elle était inscrite depuis longtemps sur cette feuille. C'est la réflexion qui suivrait qui serait importante pour moi.

Je passais la lame du couteau dans le pli de l'enveloppe et la déchirais proprement. Une fois ce dernier remis à sa place, j'allais m'asseoir dans le salon pour ouvrir cette lettre. Mes mains tremblaient et je regrettais de ne pas avoir demandé à Haymitch de l'ouvrir pour moi.

_ Allez Katniss, un petit effort ma belle, allez !

Je sortais les feuilles et commençais à les parcourir des yeux. Il y avait bien trop de données inutiles à mon gout. Je lisais en diagonale afin d'arriver au plus vite à ce qui m'intéressait vraiment. Voilà, c'était écrit là, noir sur blanc. Mon cœur fit un bon et je laissais s'échapper les feuilles de mes mains. Elles tombèrent à terre et je fermais les yeux non sans avoir aperçu une dernière fois les mots que je redoutais tant :

« … vous alloue une bourse intégrale en vue de la poursuite de vos études dans l'université de votre choix sous réserve de votre acceptation au sein de l'université choisit et de votre réussite aux examens… »


Eh ben voilà, plus que deux choses à faire pour notre Katniss avant de peut –être revoir Peeta.

A bientôt, Lumi ^_^