Bonjour !
Au moment où j'écris ces lignes, il est une heure du matin et je suis crevée... mais heureuse d'avoir trouvé le temps de vous envoyer mon nouveau chapitre. :) Je remercie Euphie31, Clair-2-lune, Tam83, Efahelle, Alienor-fantastic et Bouyachaka pour m'avoir motivée ! Je vous adore. :3 Et je remercie aussi, et toujours, tous mes chers lecteurs qui continuent à me lire !
(Les personnage et l'univers magique appartiennent à J.K. Rowling)
Bonne lecture ! :)
PS : Et je m'excuse d'avance si je traumatise encore certains d'entre vous. :P
Septième chapitre ― Amour et confusion
Remus se dégoûtait. Il s'était réveillé au même endroit où Bellatrix l'avait laissé, sur le dos, nu comme un ver, avec la lèvre inférieure saignante et des égratignures plus ou moins profondes partout dans son dos, son torse, ses épaules... Il ne savait pas combien de temps avaient duré leurs ébats bestiaux ― sa mémoire comportait quelques lacunes ― ni combien d'heures il avait passées à dormir ensuite au pied de l'arbre, comme un gros porc rassasié. Mais à en juger par le soleil bas dans le ciel, il devait être l'heure de dîner. Cependant, Remus n'avait pas faim. Il éprouvait plutôt une abominable honte qui lui donnait envie de courir se terrer quelque part et de s'y laisser mourir. Pourquoi n'avait-il pas pu se retenir ?
― Tu as fait un bon somme, Ralf ?
La voix narquoise de Bellatrix le fit sursauter. Aussitôt, il se saisit de son pantalon qui était resté proche de lui et s'en couvrit précipitamment. Debout de l'autre côté du feu de camp, les cheveux humides, les yeux dépourvus de son maquillage coutumier, Bellatrix l'observait avec amusement. Elle était vêtue de la chemise à moitié déchirée de Remus, qui lui descendait à mi-cuisse ; sa robe et ses jupons noirs qu'elle venait apparemment de laver étaient suspendus sur un câble rattaché d'un tronc à l'autre, de façon à obtenir une corde à linge.
― Ce n'est pas la peine d'être aussi pudique, ricana-t-elle. Je t'ai regardé dormir durant tout le temps de ta sieste. Enfin, en partie. Je suis allée prendre un bain...
Remus fut incapable de dire un mot. En silence, il revêtit son pantalon rapidement, indifférent à l'habituelle douleur de sa jambe, enfila ses bas malodorants et ses souliers dépourvus de lacets, puis se leva debout à l'aide de la branche solide qui n'était pas restée bien loin non plus. Il ne voulait plus qu'une chose : mettre suffisamment de distances entre Bellatrix et lui, afin de ne plus avoir à tolérer sa présence. Il ne voulait plus la voir. Il ne voulait plus être confronté à ses affreuses et irrépressibles pulsions animales...
― Où vas-tu ? demanda Bellatrix alors qu'il s'éloignait vers la rive en clopinant.
― Je vais faire un tour, répondit froidement Remus, sans la regarder.
Il y eut alors des bruits de pas empressés derrière lui.
― Je viens avec toi, dit-elle d'un ton ferme.
― Non !
― Pourquoi ? demanda-t-elle.
― Parce que j'ai envie d'être seul, répliqua Remus.
Bellatrix s'arrêta.
― Tu regrettes, c'est ça ?
Remus s'immobilisa à son tour et se retourna. Bellatrix se tenait à un mètre de lui, le visage impassible sous sa tignasse humide.
― Tu regrettes de ne pas avoir réussi à réprimer tes désirs pour moi, envers une femme immonde, et d'en avoir tiré du plaisir en plus ? Et tu te sens abject ?
― Oui, avoua Remus d'une voix tremblante. Oui, je me sens abject. Mais ça n'a rien à voir avec de supposés désirs. Je vous hais ! Depuis le début, je n'éprouve rien d'autre envers vous que de la hargne !
Bellatrix pouffa d'un rire exaspéré.
― Menteur ! lança-t-elle.
― C'est la vérité !
― Non, ce ne l'est pas ! s'écria Bellatrix avec colère. À te voir comment tu m'embrassais tout à l'heure, comment tu me serrais contre toi de façon avide... Ne t'avise pas de me mentir après le moment intense qu'on a partagé tous les deux...
― JE N'ÉTAIS PAS MOI-MÊME ! hurla Remus.
― AH NON, ALORS, QUI ÉTAIS-TU ? TON FRÈRE JUMEAU ?
La respiration précipitée, Remus se remit à claudiquer en direction de la rive. Une fureur dévastatrice, comme la lave d'un volcan, jaillissait en lui. Il avait des envies de se noyer. Il ne pouvait plus se supporter, ne pouvait plus endurer d'être lui-même : un loup-garou, un monstre, une bête qui pouvait à tout moment se livrer à ses plus bas et vils instincts sans aucune retenue.
― Tu essaies de fuir, hein ? poursuivit Bellatrix qui continuait de le talonner en écartant furieusement les sous-bois sur son passage. Mais tu ne peux pas fuir ! Tu ne peux pas fuir tes sentiments ! Et puis qu'est-ce que ça fait si tu as envie de me sauter de temps en temps ? Il n'y a rien de mal à se faire plaisir...
― LAISSEZ-MOI TRANQUILLE !
― Mais de quoi est-ce que tu as peur, Ralf ?
― ALLEZ-VOUS-EN !
― Tu as simplement peur des jugements des autres, c'est ça ?
― JE VOUS AI DEMANDÉ DE ME LAISSER TRANQUILLE ! hurla Remus en se retournant si brutalement qu'il faillit glisser en bas de son bâton.
Bellatrix se tut et tous deux s'observèrent par-dessus une branche basse qui les séparait.
― Non, en fait, c'est plus que ça, dit soudain Bellatrix dans un murmure. Qui est Tonks ?
Remus eut l'impression d'avoir reçu un coup de poing dans l'estomac.
― Comment... savez-vous... ?
― Tu as dit son nom dans ton sommeil, expliqua Bellatrix. C'est elle, hein ? C'est à cause d'elle ?
Tout à coup, le doux visage de Tonks se matérialisa dans les pensées de Remus et celui-ci éprouva alors une brusque envie de pleurer.
― Ça y est, maintenant, je comprends tout, dit Bellatrix en grimaçant, comme si ce qu'elle avait découvert lui donnait la nausée. C'est le sentiment de l'avoir trompée qui te met dans cet état. Tu es amoureux d'elle.
― N-non, balbutia Remus, au dépourvu.
― Arrête. Ça se voit que tu l'aimes. Je le sais.
Et elle avait raison. Effectivement, il était amoureux de la jeune Tonks. Il s'en rendait compte, maintenant, qu'elle représentait bien plus qu'une simple amie pour lui. Mais Remus continuait de secouer la tête en signe de dénégation.
― Non...
― Est-ce que c'est réciproque ?
Un sanglot s'étouffa dans le fond de sa gorge et il se détourna aussitôt. Non, ce n'était pas réciproque, pensa-t-il avec peine profonde. Et cela ne le serait jamais. Qui voudrait vivre avec un loup-garou ? Il était totalement indigne d'elle. De toute façon, il lui était défendu d'espérer que Tonks partage les mêmes sentiments que lui. Sa condition de monstre pouvait se transmettre en elle et... et il refusait d'imaginer la terreur qui pouvait s'ensuivre...
― D'accord, ce n'est pas réciproque, devina Bellatrix d'un ton qui lui trahissait une sorte de satisfaction égoïste. Dans ce cas, tu n'as rien à te reprocher. Elle n'est pas ta petite amie. Tu n'es pas son petit ami. Et donc, tu es libre de coucher avec qui tu veux.
Remus la fusilla d'un regard noir.
― Ben quoi, c'est vrai ! affirma-t-elle en se remettant à poursuivre Remus qui s'était remis en mouvement d'un pas furieux. Ou alors tu te faisais vierge pour elle ? Je ne crois pas. Toutes les cicatrices qui recouvrent ton corps prouvent que ce n'était pas la première fois que tu baisais férocement une femme... Aaargh !
Remus venait de se retourner vivement, son bâton levé, se retenant tout juste de la frapper. Sous le coup de la surprise, Bellatrix s'effondra dans un buisson.
― Ces cicatrices, expliqua Remus d'une voix glaciale, frémissant de rage, ne sont rien d'autre que l'œuvre de mes propres mains !
― Tes propres...
― Oui ! Je me suis moi-même mutilé ! Je suis un monstre, voyez-vous, et par conséquent, je n'ai pas toujours la totale maîtrise de mes gestes !
― Ah bon, dit Bellatrix d'un air ironique, s'arrachant du buisson en chancelant. Je croyais que c'était moi, le monstre ?
Remus l'observa un moment en serrant les dents, puis lança d'un ton agressif :
― Eh bien, ça nous fait au moins ça en commun !
Et il se retourna, abaissant son bâton, les yeux fixés sur la rive qu'il ne voyait plus vraiment, aveuglé par la fureur qui continuait de palpiter dans ses veines comme un venin.
― Parfait ! s'écria Bellatrix dans son dos. Je suis ravie d'apprendre qu'on a ce point en commun ! C'est sympa de pouvoir trouver quelqu'un qui aime autant la torture et le sang que soi !
― Je n'aime pas la torture et le sang ! s'insurgea Remus.
― Ah non ? Pourtant, tu aimes mordre.
― Je n'aime pas mordre non pl...
Remus fit volte-face et regarda Bellatrix d'un air soudain inquiet.
― Je ne vous ai pas mordu, j'espère ?
Bellatrix éclata de son rire rauque. D'un mouvement gracieux, elle fit glisser légèrement la chemise de Remus sur ses épaules, de sorte qu'on puisse apercevoir les quelques plaies sanguinolentes qu'elle arborait autour de son cou.
Remus eut un haut-le-cœur. Effondré, il poussa un juron.
― Ne t'en fais pas, Ralf, dit Bellatrix avec un sourire en coin. Je te rassure tout de suite : j'ai adoréque tu me... dévores ― elle appuya sur le mot en faisant rouler le « r » sensuellement ― comme tu l'as fait. La douleur était tout simplement délicieuse, exquise. Tu le refais quand tu veux.
― Non... vous ne comprenez pas...
― Dis-moi « tu » !
― Bellatrix, vous... tu...
Remus soupira en passant une main dans ses cheveux.
― Écoute, je... je suis un loup-garou, déclara-t-il alors, de but en blanc. Voilà ! Je l'avoue ! Tu sais tout ! Je suis un loup-garou ! C'est pour ça que je... que j'ai perdu contrôle, tout à l'heure. Avec la fatigue, le manque de viande rouge, les nombreux sortilèges Doloris que tu m'as jetés, les... les émotions fortes... Enfin, le loup en moi a pris le dessus pour un instant et... voilà !
Il y eut un silence ponctué du calme bruit des feuilles des arbres, balancées par la brise. Le sourire de Bellatrix s'était estompé. Remus s'attendit à ce qu'elle se mette à hurler contre lui, furieuse, et qu'elle lui lance un de ses cruels sortilèges afin de le punir de lui avoir caché cette information. Mais elle n'en fit rien. Au lieu, curieusement, elle pencha la tête légèrement de côté, ses yeux brillèrent d'une avidité étrange, puis elle demanda :
― Combien de gens as-tu tués ?
Remus eut une exclamation d'incrédulité.
― Je viens de vous dire que je suis un loup-garou et vous, vous ne pensez qu'au nombre de gens que je pourrais avoir tués ! Ça ne vous inquiète pas de savoir qu'un loup-garou vous ait mordue ?
Bellatrix haussa les épaules d'un air désinvolte.
― Qu'importe ? Tu n'étais pas métamorphosé.
― Il y aura sans doute une forme de contamination.
― Comme quoi ? demanda-t-elle, toujours sans manifester une once de crainte.
― Je ne sais pas. Quelques caractéristiques du loup, je présume.
Bellatrix sourit.
― Tu veux dire qu'il se peut que j'aie envie de baiser comme une bête plus souvent ? plaisanta-t-elle.
― Ce n'est pas drôle ! gronda Remus.
Mais Bellatrix éclata de rire une nouvelle fois.
― Je suis sérieux ! s'exclama Remus. Comment pouvez-vous ne pas être consciente de la gravité de la situation ? Vous vous êtes fait mordre par un loup-garou, bon sang !
― Palpitant !
Remus poussa un grognement exaspéré et s'en retourna pour une énième fois.
― Est-ce qu'elle le sait ? demanda soudain Bellatrix.
― Quoi ça ? dit Remus sans s'arrêter.
― Tonks, précisa-t-elle. Est-ce qu'elle sait que tu es un loup-garou ?
― Oui.
― Et comment a-t-elle réagi ?
― Elle le savait déjà avant de me rencontrer.
― Et ça la laisse indifférente ?
― Je ne sais pas, répondit Remus avec amertume. On ne s'en est jamais vraiment parlé. De toute façon, elle doit savoir autant que moi que ma condition de loup-garou est dangereuse pour elle. Alors même si un jour, elle... elle vient à... Oh et puis laissez-moi tranquille, je n'ai pas envie de parler de ça avec vous ! lança-t-il avec fureur.
― D'accord, je comprends, dit Bellatrix dans son dos, qui ne semblait nullement éprouver de compassion pour lui ― ou bien elle en éprouvait, mais cela ne paraissait pas. Même si c'était réciproque, tu ne te permettrais pas de t'engager dans une relation avec elle, par peur de lui refiler ta maladie de poils. Dans ce cas, oublie-la ! conclut-elle sur un ton d'évidence. Oublie-la et retourne-toi plutôt vers une femme qui ne craint pas les loups et qui adore se faire mordre. Une femme qui s'en balancerait de se faire contaminer, qui adore le sexe bestial et qui t'accepterait comme tu es, quoi !
Interdit, Remus s'arrêta près de la rive et regarda d'un regard hagard les vagues s'échouer contre les roches. Qu'est-ce que Bellatrix essayait d'insinuer là ?
― Hé, Ralf ! Tu m'entends ? continua-t-elle. Oublie-la, je te dis ! Tu mérites mieux qu'elle...
Puis le bruit de ses pas irrités, s'éloignant au loin, signala qu'elle était retournée au camp.
Remus passa de longues heures assis sur le bord de la rive, pensif, partagé entre la colère et la confusion, à tenter d'élucider les troubles émotionnels insaisissables que Bellatrix venait de lui susciter en plus de ceux qu'il éprouvait déjà. Venait-elle de lui avouer qu'elle... l'aimait ?
— o0O0o —
― Il est tard... Et tu n'as toujours pas mangé...
Comme le ciel s'était empourpré à l'approche du crépuscule et que Remus ne revenait toujours pas au camp, Bellatrix était venue le retrouver au bord de l'eau. Celui-ci ne broncha pas d'une once lorsqu'elle l'eut interpellé dans son dos.
― Ralf, tu viens ? reprit Bellatrix, agacée. Il va faire noir dans peu de temps et ça va être difficile de retourner à l'abri. Tu ne vas pas rester ici toute la nuit ?
Le silence agrémenté du son des vagues lui répondit.
― Ralf ! s'impatienta-t-elle.
― Je vais dormir ici, répondit enfin Remus. À la belle étoile.
― Quoi ?
― Ne m'attendez pas au camp.
― Mais Ralf !
Bellatrix poussa un bruyant soupir.
― Ralf, il fait froid quand tu n'es pas auprès de moi la nuit et... et il fait encore plus froid ici, non ? Tu ne vas quand même pas rester là ? En plus, tu n'as pas de chemise ! Tu vas tomber malade !
― Je suis déjà malade, répliqua Remus d'une voix morne. De toute façon, la chaleur que dégage le loup en moi saura me réchauffer ― c'est bien le seul avantage d'être un loup-garou, ajouta-t-il ironiquement.
― Oui, mais, et moi... ?
Remus ne répondit pas. Debout à côté de lui, Bellatrix sembla hésiter un moment, puis elle dit en reprenant son ton dur et supérieur :
― Ralf, ça suffit, revient au camp, immédiatement !
Mais Remus ne bougea toujours pas.
― Ralf, j'ai dit : reviens au camp, tout de suite ! Parce que sinon...
― Sinon je risque de subir votre sortilège Doloris ? suggéra-t-il d'une voix calme.
Il y eut un nouveau silence. Après un moment, Bellatrix expira avec agacement et s'installa sur la roche près de Remus. Celui-ci remarqua qu'elle avait remis sa robe noire, mais qu'elle avait gardé la chemise déchirée par-dessus son corset. Après avoir repoussé ses cheveux en arrière et posé ses poings sur ses cuisses, elle lança avec énervement :
― D'accord ! Tu veux qu'on parle encore de ta Tonks ?
― Pourquoi avez-vous cessé de me torturer avec vos sortilèges ? demanda Remus.
― Parce que ta jambe est sur le point de guérir, répondit sèchement Bellatrix, je t'ai déjà expliqué tout ça. Mais ne change pas de sujet. Tu ne raffoles pas de l'idée de l'oublier, n'est-ce pas ? Tu continueras de l'aimer même en sachant qu'elle se fiche et se fichera éternellement de toi ? Pourquoi la laisses-tu te donner cette mine de chien battu, hein ? Ou plutôt, de loup battu, se reprit-elle sur un ton moqueur.
― Très drôle, répliqua Remus, renfrogné.
― Cette idiote n'est pas digne de toi ! Tu mérites mieux qu'elle !
Remus tourna les yeux vers le soleil qui se couchait et contempla longuement la mince ligne orangée à l'horizon. Enfin, il murmura :
― Êtes-vous en train d'essayer de me convaincre que vous, Bellatrix Lestrange, valez mieux pour moi que Tonks ?
Bellatrix ne répondit pas, détournant les yeux sur un pan de sa robe qu'elle se mit à tortiller.
― Dites-moi que je me trompe, reprit Remus avec lenteur. Vous éprouvez des... sentiments pour moi, non ?
Bellatrix haussa les épaules, le visage fermé. Cependant, Remus aurait juré qu'elle avait rougi à la lueur du crépuscule.
― Bellatrix, ne me dites pas que vous êtes tombée amoureuse de moi parce que je ne le croirai pas !
― Ah oui ? Et pourquoi ? répliqua Bellatrix en relevant la tête avec défi. Parce que je suis une femme immonde qui ne sait pas aimer ? Parce que je suis un monstre, c'est ça ?
― Parce que vous êtes très attachée aux valeurs de la pureté du sang ! répondit Remus. Bellatrix Lestrange n'aurait jamais ressenti de la sympathie à l'égard d'un hybride tel que moi, encore moins de l'amour !
― La pureté du sang ! répéta-t-elle en s'exclamant d'un rire sarcastique. N'importe quoi ! C'est quoi ces idioties, encore ?
― Ces idioties, expliqua Remus avec vigueur, sont la raison pour laquelle vous voudriez me tuer dès que vous recouvrerez la mémoire ! Vous me haïssez, Bellatrix, bon sang !
― Je ne te hais pas ! s'écria-t-elle brusquement.
Remus se tut. Il regarda Bellatrix sans plus savoir quoi dire sur le moment. Elle était désorientée, pensa-t-il. Elle croyait l'aimer alors que c'était le loup à l'intérieur de lui qui lui avait donné le coup de foudre. Elle aimait les bêtes sanguinaires.
Les bêtes sanguinaires...
Remus baissa les yeux sur ses mains tremblantes, étroitement serrées. Était-ce ce qu'il était vraiment ? Une bête sanguinaire ? Il se rappela les marques sanglantes qu'il avait laissées sur Bellatrix après lui avoir fait l'amour sauvagement. Ferait-il la même chose avec Tonks si cette dernière et lui se rendaient jusque là ?
Son cœur se serra dans sa poitrine. Bellatrix avait raison. Il devait l'oublier...
Une main apaisante caressa alors la peau nue de son dos. Puis il sentit un souffle chaud réchauffer sa joue tandis que des doigts froids vinrent effleurer son menton, ses lèvres. Remus ferma les yeux et entendit Bellatrix lui susurrer près de l'oreille :
― Je me fiche de ton sang, Ralf. Monstre ou pas, loup-garou ou non, je ne te hais pas... Au contraire, de découvrir ces caractéristiques immondes (elle accentua le mot avec ironie) chez toi me donne encore plus envie de ta personne...
Une vague de chaleur l'enroba de l'intérieur lorsqu'elle lui mordilla le lobe. Une fois encore, il sentit le loup en lui ouvrir l'œil. Remus avait entouré inconsciemment la taille de Bellatrix d'une main et se faisait déjà violence pour ne pas perdre le contrôle. Cette fois-ci, il voulait être assez fort pour rester lui-même.
Doucement, il repoussa Bellatrix et la regarda dans les yeux. Un rayon de lune se reflétait dans ses grands yeux foncés. Ses longs cheveux voltigeaient légèrement au vent. Elle n'avait plus rien de sadique dans l'expression de son visage et, durant un moment ― peut-être était-ce dû au fait qu'elle n'avait plus son maquillage ? ―, Remus ne parvint plus à reconnaître Bellatrix Lestrange. À présent, elle ne ressemblait plus qu'à une simple femme, inoffensive, vulnérable, angélique... et belle... comme la fois où il l'avait contemplée dans son sommeil en l'espace de quelques instants.
― Embrasse-moi, chuchota-t-elle.
Le cœur battant, Remus esquissa un hochement de tête. Il continua de l'observer en silence, puis il murmura :
― Non... Je ne peux pas le croire... Vous ne pouvez pas m'aimer...
― Dis-moi « tu »...
― Tu... tu ne peux pas m'aimer, Bellatrix, répéta-t-il. Nous sommes ennemis. Tu as fait des choses horribles dans le passé et... et d'ordinaire, tu me détestes, tu aspires à me tuer, moi et tous... tous les autres qui s'opposent à... qui s'opposent...
Mais Bellatrix l'interrompit en pressant ses lèvres brûlantes contre les siennes. Remus, instinctivement, répondit immédiatement à son baiser et tous deux s'embrassèrent passionnément sur la roche.
Bellatrix ne fut pas aussi féroce qu'il s'en était attendu. Elle était même anormalement tendre. Peut-être essayait-elle de prouver par ses gestes qu'elle l'aimait vraiment ?
Elle l'aimait... C'était ridicule... En si peu de jours, Bellatrix Lestrange était tombée amoureuse de lui... Sa condition de loup-garou la laissait indifférente... Elle l'acceptait tel qu'il était... Elle avait envie de lui... Elle était à lui...
Elle était à lui alors que Tonks...
― Ne pense plus à elle, Ralf, chuchota Bellatrix en couvrant son cou de baisers mordants, ses mains caressant langoureusement sa taille. Ne pense plus à elle et laisse-toi aller... Fais-toi plaisir... Cesse d'être aussi coincé... Laisse sortir ce délectable loup en toi...
... alors que Tonks ne serait jamais à lui...
Ce fut donc sur cette dernière pensée douloureuse qu'il étendit Bellatrix sur le sol, derrière la roche, et qu'il se coucha sur elle en continuant de l'embrasser fébrilement, dans le noir de la nuit.
— o0O0o —
Le lendemain matin, les rayons du soleil plombaient chaudement les deux corps nus, enlacés près de la rive. Remus écoutait le chant de la mer se mêler aux joyeux gazouillis des oiseaux alors qu'il caressait distraitement les cheveux de Bellatrix. Celle-ci effleurait doucement son torse. Malgré les évènements de la veille, Remus se sentait bien, et cela le rendait en même temps mal à l'aise. Comment pouvait-il éprouver un sentiment de bien-être dans les bras d'une redoutable Mangemort ?
― Tu es resté toi-même, hier soir, murmura Bellatrix en continuant de lui caresser la poitrine du bout des doigts. Il n'y a pas eu une seule trace de loup-garou dans tes gestes. Tu ne m'as même pas mordu. Cette fois-ci, tu n'étais qu'un homme...
― Tu as l'air déçue, observa Remus.
― Non. Je ne m'attendais pas à ce qu'on fasse l'amour, c'est tout.
Le mot « amour », prononcé ainsi de la bouche de Bellatrix Lestrange, le fit tiquer. C'était incongru ; invraisemblable. Bellatrix Lestrange ne faisait pas l'amour.
― Nous ne venons pas plutôt de baiser ? suggéra-t-il machinalement.
Bellatrix émit un petit rire.
― C'est ce que j'ai cru que nous allions faire, admit-elle. Mais au lieu de ça, nous avons fait l'amour.
Elle se redressa et le regarda alors dans les yeux. Remus remarqua dans l'expression de son visage, à demi caché derrière les épaisses mèches de sa chevelure, une sorte de bonheur triomphant.
― Que tu sois resté toi-même durant cette seconde fois, Remus, signifie beaucoup pour moi, confia-t-elle.
L'estomac de Remus se contracta. Il voulut se justifier précipitamment, mais ses mots se coincèrent dans sa gorge. Bellatrix sourit devant son mutisme.
― Tu as faim ? demanda-t-elle.
Et sans attendre sa réponse, elle se leva allégrement, ramassa ses vêtements au passage et retourna au camp.
Remus resta longuement étendu sur le dos, immobile, sidéré. De plus, c'était la première fois qu'elle employait volontairement son véritable prénom.
— o0O0o —
― Bellatrix ? dit timidement Remus lorsqu'il revint au camp après s'être rhabillé.
Sa jambe lui était beaucoup moins douloureuse que la veille. Il était temps de tenter un nouvel essai pour transplaner. Cependant, il ne savait plus quoi faire de Bellatrix. Son cœur le pinçait étrangement quand il s'imaginait la renvoyer à Azkaban. Une partie de lui ne voulait plus le faire.
Appuyé sur son bâton, Remus clopina vers le feu sur lequel rôtissait la carcasse d'un gros oiseau. Bellatrix, assise sur la roche, une manche retroussée jusqu'au coude, était en train d'examiner la Marque des Ténèbres gravée sur son avant-bras. Lorsqu'elle entendit Remus, elle abaissa précipitamment sa manche et se leva d'un bond, étalant un grand sourire sur ses lèvres.
― Salut ! lança-t-elle.
― Est-ce que ça va ? demanda Remus, suspicieux.
― Oui, pourquoi ?
― Ta marque, dit-il en désignant son bras. Elle te fait mal ?
― Me faire mal ? s'étonna Bellatrix. Mais pourquoi un tatouage me ferait mal ?
― Pour rien, répondit aussitôt Remus. Je vois que tu fais cuire un gros oiseau, remarqua-t-il pour essayer de changer de sujet.
― C'est de la magie noire, n'est-ce pas ? interrogea sombrement Bellatrix. Je dois en être pleine. C'est pour ça que tu me craignais.
― Je te crains encore, rectifia Remus. Dès que tu recouvreras la mémoire...
― ... je ne te tuerai pas ! acheva-t-elle d'un ton abrupt.
Tous deux s'observèrent par-dessus le feu durant quelques secondes, puis Remus prit une profonde expiration.
― Bellatrix..., commença-t-il avec gravité.
Mais elle l'interrompit de nouveau :
― Lorsque je retrouverai la mémoire, ce n'est pas comme si j'oublierai du même coup tout ce qui s'est passé sur cette île !
― En effet, approuva calmement Remus, et c'est justement ça qui te rend encore plus redoutable, Bellatrix : tu n'oublieras pas ce que tu as fait sur cette île avec moi. Juste le fait qu'on ait couché ensemble à deux reprises suffira à te faire faire une crise d'indignation.
― Mes sentiments pour toi ne changeront pas du jour au lendemain !
Remus fut sur le point de répliquer, mais il referma la bouche d'emblée. Les sourcils froncés, il la dévisagea longuement, puis...
― Tu m'aimes vraiment ? demanda-t-il, toujours incrédule.
― Tu crois encore que je suis un monstre immonde, incapable d'aimer ? relança Bellatrix d'un ton acide.
― Je... non... enfin..., balbutia Remus. J'ai seulement de la difficulté à croire que...
― Comment va ta jambe, aujourd'hui ? coupa-t-elle en retournant s'asseoir sur la roche. Tu es en état de transplaner, maintenant ?
― Heu...
Remus déglutit. Il avait espéré éviter d'aborder ce sujet trop tôt. Il ne savait pas encore ce qu'il lui convenait de faire avec elle.
― Approche, dit-elle sur ce même ton d'ordre qu'elle employait souvent.
Remus hésita, puis il s'avança lentement vers elle, son bâton retournant les feuilles mortes dans son sillage. Mais il s'arrêta subitement. En contournant le feu de camp, il venait d'apercevoir un amas de plumes mordorées au pied de la roche. Remus regarda à nouveau l'oiseau qui rôtissait au-dessus des flammes.
― C'est un hibou ? interrogea-t-il d'un air surpris.
Des plaques rouges apparurent alors sur le visage de Bellatrix qui haussa les épaules d'un air égal. Remus sentit ses entrailles se liquéfier.
― Tu as tué un hibou ? reprit-il, la voix étouffée. Un hibou était venu à notre rescousse et toi, tu l'as tué ?
― Et alors ? répliqua Bellatrix qui s'efforçait de tenir un ton détaché. C'est un oiseau comme un autre, non ? Et puis j'avais faim... Viens, approche, j'ai dit...
― On ne tue pas les hiboux ! s'exclama Remus.
― Du calme ! s'écria Bellatrix. Ce n'est quand même pas de ma faute ; j'ai perdu la mémoire. Je ne savais pas que c'était interdit de tuer les hiboux.
Mais Remis décelait dans ses gestes évasifs qu'elle le savait pertinemment. À présent, elle faisait mine de s'intéresser à la saleté qui était coincée sous ses longs ongles, au grand agacement de Remus.
― Tu as gardé la lettre, au moins ? demanda-t-il.
― La lettre... ? fit-elle le plus naturellement du monde. Mais quelle lettre ?
― NE FAIS PAS L'INNOCENTE !
― JE L'AI BRÛLÉE ! hurla-t-elle en levant les yeux vers lui. Elle n'existe plus ! Brûlée ! Calcinée !
Remus la regarda sans rien comprendre.
― C'était cette femme, expliqua-t-elle enfin, à contrecœur, amère. Tonks. Elle se demandait où tu étais et te demandait de lui répondre le plus tôt possible. Elle s'inquiète, elle et ton ami... Sirius, qu'il s'appelle. Un certain Rod... non, Rogue... a trouvé ta baguette près de chez lui et ils ont peur qu'il te soit arrivé quelque chose de grave...
― Mais pourquoi ne pas m'avoir laissé leur répondre ?
― Parce que je ne voulais pas, dit-elle, laconique, en ramassant une plume sur le sol pour occuper ses doigts agités de tremblements.
― Mais pourquoi ? répéta Remus, déconcerté.
Bellatrix mâchouillait sa langue en fuyant son regard.
― Nos plans étaient de transplaner ensemble, répondit-elle après un moment. Pas de leur envoyer une lettre pour qu'on vienne nous chercher.
― Mais...
― Je ne suis pas stupide ! s'écria-t-elle brusquement. Je sais bien que je me ferai tuer ou emprisonner par les tiens si c'est ce qui se passait. Je suis l'une de vos ennemis, tu n'as pas arrêté de me le répéter. Ta jambe est sur le point de guérir. Nous partirons ensemble, comme prévu, le moment venu.
― D'accord, je comprends, dit Remus.
Et le même sentiment désagréable qu'il éprouvait à la question de savoir ce qu'il devait faire d'elle revint lui serrer l'estomac.
― N'empêche, reprit-il. Tu aurais pu au moins me laisser leur dire que j'allais bien.
― Je ne voulais pas que tu répondes à cette stupide Tonks, répliqua Bellatrix d'un ton hargneux. Je la déteste.
― Quoi ?
― Je la déteste, répéta-t-elle en tortillant convulsivement la plume entre ses mains. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'étrange certitude que j'ai toujours exécré cette fille. J'ai comme des envies d'écraser son ignoble tête sous mes poings et de lui faire subir le sortilège Doloris jusqu'à ce que ses entrailles éclatent en...
― Arrête ! dit Remus, choqué.
― Mais au lieu de ça, j'ai détruit sa lettre... son écriture maladroite... sa signature de petite fille rebelle... Je suis sûre que cette femme est malsaine ! affirma Bellatrix, animée par une animosité terrifiante. Je le sens. J'ai même l'impression que son horrible visage rond me revient à l'esprit, là... Je vois du rose...
Elle frissonna en grimaçant.
― Et le rose m'horripile... Je préfère le rouge... le rouge sang...
Un grand silence inconfortable s'abattit autour du feu de camp. On n'entendit plus que la respiration bruyante de Bellatrix qui continuait à torde la plume, la déchirant entre ses ongles, et le crépitement des flammes qui étaient en train de consumer la carcasse du hibou. Remus s'était figé sur place. Dans sa tête, ses pensées interrogatives trouvaient maintenant leurs réponses. Il ne doutait plus. D'ailleurs, il se demandait pourquoi il avait douté. Bellatrix Lestrange devait retourner à Azkaban.
Comme toujours, merci d'avoir lu ! :3
Maintenant, j'ai hâte d'avoir vos avis ! Et je vais encore essayer de publier rapidement le prochain chapitre. Juste pour vous ! ^^ Gros bisous !
