Posté le : 25 Décembre 2010 - J'avais envie de poster. Je l'ai fait. Ne jamais rien se refuser.
Note : J'ai décidé de continuer cette fanfiction au-delà des dix chapitres initialement prévus. Je n'arrivais pas à faire rentrer toutes l'intrigue dans dix chapitres uniquement. La brièveté ne fait décidément pas parti de mes qualités. J'ignore toutefois combien il y aura de chapitres exactement. J'ai déjà des idées sur la trame générale donc je ne pars pas dans l'inconnu ! Au fait, je tenais également à signaler que je corrigeais moi-même cette fanfiction donc je m'excuse des possibles erreurs orthographiques. J'essaie de m'entraîner à être plus rigoureuse !
Post-it : Merci à toutes les personnes ayant mis des reviews en "anonyme" au dernier chapitre : The V, Jessica, Mayoulou...
ROCKRITIC
Chapitre 6: « Vodka Tagada »
Porto. Nuit du 14 Mars 20**
Son sexe pulsait. Son sexe voulait qu'on se jette sur lui comme sur la fin dans le monde. Il voulait sentir son palais, sa langue, ses dents. Une ou deux gouttes s'échappèrent de l'extrémité. Et son amant les suivit du bout des doigts avant de les faire disparaître sur ses papilles.
Draco Malefoy ignorait royalement à quel moment exactement il avait commencé à se livrer à des activités homosexuelles. En fait, c'était plutôt le contraire : quand avait-il fini par devenir un hétéro endurci ? A la base, c'était un garçon qui s'adaptait à n'importe quelle situation ; et là, il venait bel et bien de penser n'importe laquelle. Son premier baiser : 7 ans, derrière un arbre de son école. Il avait embrassé un garçon pour savoir ce que cela faisait de faire un bisou aux filles. Sa première fellation : 16 ans, dans une station-service. Il l'avait taillé à un ami de son lycée juste par défi - et par envie. Sa meilleure baise : 18 ans, dans un motel de Cleveland avec Pharell. Et là, ce soir, il sentait la langue d'un étranger se balader sur sa virilité. L'écrin de ses lèvres renfermait la peau lisse et fine de son sexe. En réalité, Draco Malefoy était hétéro la semaine et homo le week-end. Il se félicitait d'avoir trouvé cet équilibre. Il s'applaudissait d'y croire... d'y croire, parce qu'un beau jour il faudra bien choisir entre les deux. On ne peut pas être bi toute sa vie.
Bi, c'était la solution de facilité. Bi, c'était les lunatiques. Bi, c'était se voiler la face. Bi, c'était une bonne raison de faire sa pute. Bi, c'était une philosophie de vie. Bi, ce n'était pas un mot mais juste une syllabe. Bi, ça n'existe pas dans la vraie vie : on n'a jamais le cul entre deux chaises. Soit on bouffe des queues, soit on bouffe des chattes. Bi, c'était une utopie.
Alors, pour le moment, Draco se considérait juste comme un être sexué - ni bi, ni homo, ni hétéro. C'était un juste un homme baisable et baisé. Point. Il n'y avait pas de surplus, de vanité ou de grandiloquence : uniquement ses fantasmes, ses mains, ses yeux, sa bouche, son sexe et un trou en face. Draco Malefoy carburait à ça. Ses rapports lui permettent de faire une chose qu'en temps normal il ne ferait jamais : rêver. Coucher, ça fait rêver. Draco Malefoy rêve du jour où il refera l'amour... Il rêve du soir où il s'endormira contre celui ou celle qui lui donne le vertige. Et le matin n'est que déception : à ses côtés, tantôt une Barbie trop fardée, tantôt un Ken mal membré. C'était dégueulasse le matin : ça lui vomissait à la figure les images de ce qu'il s'était passé la veille, ça lui criait qu'il n'aurait jamais dû toucher à une horreur pareille, ça lui laissait entendre qu'il avait été bien pathétique de fourrer sa langue là-dedans.
Draco Malefoy savait qu'en couchant avec ce mec ce soir, il le regretterait dès le lendemain. Mais son sexe pulsait déjà : son second coeur s'était enfin réveillé - faute que le premier puisse le faire. Alors ses mains descendirent sur le corps de cet amant au visage imaginaire. Dans ses songes, ils avaient tous cette beauté américaine qu'il affectionnait tant. Ses doigts entrèrent en contact avec cette chevelure inconnue. De cette chevelure qui sentait un shampoing assez répandu dans le cercle masculin. Il n'y avait rien d'original.
Leurs bouches se heurtèrent, se cherchant dans l'obscurité de la chambre. Ca faisait presque mal. Draco aimait cette passion bestiale. Un diamant noir qui luirait au soleil du plaisir. En déposant ses mains sur son torse, Draco pouvait presque sentir les lignes dessinant ses muscles rouler sous ses doigts, au fur et à mesure que ses hanches cherchaient à s'imbriquer avec les siennes. Il eu un sourire narquois. De ces sourires qu'il offrait lorsqu'il était satisfait. Parce que là, maintenant, tout de suite, à cette seconde précise, Draco Malefoy su que son amant était en chien, qu'il le voulait profondément - quitte à ce que cela soit douloureux.
Ils étaient dans un loft design à baiser comme des bêtes. Ce n'était pas Londres par la fenêtre mais Porto. Ils s'étaient rencontrés il y a deux jours. Ils s'étaient parlé sans détour. Ils avaient dit être autoreverses : ça facilitait la chose. Ils sont allés chez lui.
Lui, il avait vingt-cinq ans, pas plus. Brun, peau mat, nez adorable, quelques poils sur le torse, une cicatrice au genou, une croix autour du cou. Un beau portugais. Il était architecte. C'est ce qu'avait compris Draco entre deux baisers - enfin, morsures serait le terme le plus approprié. Lui, il parlait parfaitement bien anglais. Mais parfois, entre deux gémissements, il bredouillait des paroles dans sa langue natale.
Draco le pénétra et eu un hoquet de surprise. Putain, ce mec avait la Méditerranée aux creux des reins. Il y faisait chaud. C'était clos - exempt d'une ouverture. C'était doux et salé. Sur lui, les doigts de l'aurore dansait avec sa peau zébrée par le crépuscule. Ou peut-être était-il uniquement l'Atlantique ? Les mains froides, le coeur chaud, l'horizon trouble de ses pupilles et son intérieur sans fin...
Leurs langues dansèrent la Malhaõ. C'était le Nirvana en plein Kâma-Sûtra. Draco s'étonnait même que cela soit si bon : il chantait son plaisir en des gémissements étouffés. Même durant l'acte, il essayait de se contrôler. Il se mordait les lèvres, ou les siennes parfois, quand c'était trop fort, trop bon, trop agréablement douloureux...
Et dire qu'il avait fallu qu'il aille jusqu'au Portugal pour baiser pareillement. Pourquoi on ne trouve jamais ça en bas de chez soi ? Les lèvres de son amant se perdirent dans son cou. Il ne lui faisait pas de suçon, ne le mordait pas : il l'embrassait avec une infinie douceur.
- Matheus, gémit-t-il au creux de l'oreille. Et toi ?
- Draco, lui avait-il répondu entre deux coups de rein.
Ses mouvements étaient plus profond, les flux et reflux de son sexe se plongeant davantage dans ses entrailles. Là, dans ce pieu, à des milliers de kilomètres de chez lui et des gens qu'ils connaissaient, Draco Malefoy aurait pu mourir. Son coeur se contracta violemment sous l'orgasme. Il en eut le souffle coupé. Matheus s'était cambré sous le lui. Il avait jouit très fort. Assez fort pour avertir tous les albatros étant sur la côte. Mais pas assez fort pour lui couper toute envie de lui. Des flèches de sperme atteignirent sa poitrine.
C'était sans doute la meilleure baise de Draco Malefoy. Mais pas aussi bonne qu'avec Pharell, il y a onze ans de ça. Lorsqu'il finit par reprendre ses esprits, Draco se retira doucement puis roula sur le côté. Au-dessus d'eux il y avait une vasistas ouvrant sur le monde entier. Le ciel était plus clair ici qu'à Londres - moins chargé. Matheus fouilla dans la table de nuit et se nettoya le ventre avec une lingette jetable.
- Tu ne m'as pas dit d'où tu venais, fit-il remarquer.
- Je ne le sais pas moi-même... Mais, j'ai vécu à Londres pendant six ans et demi. Si je suis venu au Portugal c'est parce que... c'est un peu la Californie de l'Europe : du soleil, du surf, de la drogue, des corps de rêve, no complex, un paysage de carte postale et de la bouffe à en faire bander un saint, plaisanta Draco. Non, plus sérieusement, le Portugal c'était un peu un coup de tête. J'avais envie de bouger.
- Tu parles souvent après avoir couché ?
- C'est toi qui m'as posé une question, rétorqua Draco en trouvant son paquet de cigarette dans la poche de son jean qui était au pied du lit.
- Ce n'était pas un reproche - au contraire. En général, mes anciens amants ils... ils n'étaient pas très portés sur ça. Ils se tiraient tout de suite après. Je dois certainement tous les faire fuir.
- Avec un cul pareil ? Pas possible.
Il alluma sa cigarette à l'aide de son zippo vert translucide. A la leur de la flamme, les yeux de Matheus s'illuminèrent d'une étincelle étrangère, d'un vert profond, sombre, tentateur. Pendant une fraction de seconde, Draco cru revoir le regard de Potter.
- Et sinon, tu as toujours vécu à Porto ?
- Oui, j'ai juste fait un stage d'archi à Paris pendant trois mois. Mais c'est tout.
- Paris... quelle ville de glandeurs, grommela-t-il cigarette au bec. Paris c'est une princesse transformée en pute. Paris c'est une chienne. Elle offre son cul aux touristes.
- Londres n'est pas mieux, contra Matheus. Tu expliques ça comment ?
- J'en sais rien... La tendance doit être à la dépravation.
- Tu n'aimes jamais les endroits où tu restes ?
- C'est les endroits où je reste qui ne m'aiment pas. Alors, la plupart du temps, je me casse. J'ai vu pas mal d'endroits mais je ne suis pas encore passé sous le statut de globe-trotter. Tu connais le dicton "La foudre ne frappe jamais deux fois au même endroit" ? Eh bien moi, je ne reste jamais longtemps deux fois au même endroit. Moi, je ne suis pas une statue de pierre. Les êtres humains c'est pas fait pour être parqués comme des bagnoles. Tu... Tu n'as jamais ressenti l'envie de te casser ?
Matheus eut une moue désolée alors qu'il s'était appuyé sur son coude, le visage dans la main.
- Non, j'aime bien ici.
- Je comprends tout à fait : si la baise est aussi bonne ici, on ne voudrait jamais partir.
Son amant eu un léger rire à ce compliment et se retint, d'extrême justesse, de lui offrir un geste tendre. Il retira sa main comme si la peau de Draco allait le brûler. Ceci ne lui avait pas échapper. Il le regarda droit dans les yeux et eu envie de faire un effort, de lui offrir un peu de lui. Alors Draco se pencha et lui tendit sa cigarette :
- La meilleure, c'est celle après la baise.
Matheus crapota. Et Draco eu envie de coucher à nouveau avec lui, juste en le regardant. Il avait quelque chose de perturbant. Il devait faire partie de cette catégorie de personnes qu'on appréciait juste en un regard. Et c'est son regard qui l'avait envoûté. Ses yeux havane l'avaient hanté durant deux soirées, dans ce bar. La première fois, par pur hasard. La seconde fois, par pure obsession. Dieu qu'il avait de beaux yeux...
- Tu dois être heureux au Portugal : les cigarettes ne coûtent pas chères. Tu as connu beaucoup de types de cigarettes différentes ? Dans quels pays en as-tu fumé ?
Draco lui jeta une brève œillade : Matheus essayait de trouver un moyen de substitution pour lui faire parler de lui et de son parcours.
- La première en Ecosse. Parce que j'en avais besoin. Décompresser, tout ça... tu comprends ? Après, les cigarettes de Chicago, Toledo, Cleveland. Les joints de Woodstock. Puis un jour, j'ai fumé un cigare avec un mexicain pas très loin d'Atlanta. J'ai fait une légère halte au Venezuela : le tabac comme on en chie plus. C'était... wouah. Avec la nature tout autour, ça te foutait des frissons partout sur la peau. Le Venezuela c'est un pays à en perdre la tête. Mais comme tu t'en doutes, je n'ai pas fumé que des cigarettes. Je... Je ne suis pas de suite retourné en Ecosse. J'en avais pas envie. J'ai pris un billet pour la Turquie. Les putains de chichas dans un bar où l'on voyait Sainte-Sophie depuis la fenêtre. J'ai flirté avec les cigarettes italiennes pendant une escale de dix-neuf... non, vingt-et-un jours. Ouais, vingt-et-un. C'était au sud de l'Italie. Je m'étais fait un ami qui était passeur de Kalachnikov avec la Serbie. Il m'a appris a tiré en ayant une clope entre les lèvres. Il paraît que là-bas, ça fait mouiller les filles. Après, je suis monté au septième ciel jusqu'à Milan. C'était trop beau pour moi alors je me suis tiré encore une fois...
- Et après Milan ? demanda doucement Matheus.
- Je suis retourné en Angleterre. Cette salope m'a bouffé la vie pendant six ans. Je ne me suis pas suffisamment battu. Je suis entré dans un quotidien que je ne voudrai même pas dans mes propres cauchemars : métro, boulot, dodo. Puis, j'ai repris ma vie en main : je suis reparti. Et ensuite, il y a eu toi, le Portugal et tout le reste qui viendra après. Tu sais, je ne compte pas rester indéfiniment même si cela avait été le Paradis sur Terre. Je suis comme ça : sans attache. Tu ne m'en voudras pas si je me tire sans prévenir ?
- Eh bien, rien ne t'engage à rester ici ce soir, tu sais.
- Non, je suis très sérieux Matheus. En général, on tombe amoureux de moi au bout de 48h et quand je me tire, j'ai les services secrets au cul.
Matheus l'embrassa et dit :
- Je te le jure. Je ne tomberai pas amoureux de toi.
- Tout le monde me dit ça avant de m'envoyer des lettres enflammées, grogna le concerné. Et quand je dis 48h, c'est un beau score.
- Et si, pour une fois, c'était toi qui tombais amoureux ? proposa Matheus.
- Je ne suis pas fait pour aimer durablement.
- Mais tu peux aimer quand même. Cela devrait suffire, non ?
- Pas pour la personne en face. Les gens veulent s'aimer pour toujours. Moi je veux aimer pour l'instant.
- Alors aime-moi une seconde et je serai content.
Draco l'embrassa tendrement. D'une tendresse quasi insoupçonnée. Ses doigts s'égarèrent un instant dans sa chevelure noire corbeau. C'était à des miles de ce qu'il avait connu jusqu'alors. Mais jamais il ne se l'avouerait à haute voix. Son cœur en réclamait déjà plus même si son corps était rassasié. Il ne voulait pas devenir accro. Il fallait remplacer cette drogue par une autre.
- Il te reste encore un peu de cocaïne, murmura-t-il entre deux baisers.
- Oui, normalement. Tu en veux… tout de suite ?
- Ça serait pas mal, ouais.
Matheus se glissa hors des couvertures tièdes à contrecœur et se leva. Draco essaya de réguler sa respiration pendant son absence. Sa cage thoracique se soulevait bien trop pour son propre bien : merde, il n'avait pas besoin d'un coup de cœur. Pas maintenant. Pas maintenant qu'il était libre d'aller où est-ce qu'il voulait…
- Tu veux faire ça où ? dit le jeune architecte en lui tendant un sachet contenant de la poudre blanche.
- Sur toi. Viens, allonge-toi.
Matheus obéit docilement. Draco le fit s'allonger sur le ventre et ouvrit le sachet de coke. Il déposa un rail entre ses omoplates et le sniffa. La blancheur vierge immaculée de la drogue contrastait avec le teint mat de Matheus. C'était de la neige sur du cuivre brillant. Le torse de Matheus s'était légèrement soulevé lorsqu'il avait senti le nez de Draco effleurer sa peau. Draco était sur de bons rails : il en traça un second dans le bas du dos de son amant qui s'arrêtait à quelques centimètres de sa raie.
- Tu es affamé dis donc, constata Matheus en un souffle. Ça fait combien de temps que tu n'y as pas touché ?
- Mon ex m'avait supplié d'arrêter il y a un an. J'ai essayé de lui faire plaisir. Essayé parce que de temps à autre je craquais. C'était trop dur de résister. Mais, je n'ai pas encore viré toxico ou camé. J'ai encore de la marge : je sais m'arrêter.
- Ils disent tous ça avant de se retrouver avec de la poudre au nez.
Draco rit légèrement et passa sa langue sur les quelques résidus poudreux qu'il avait laissé en chemin.
- Et tu vas où comme ça ?
- T'embrasser pourquoi ?
- Non, je te parle de tes voyages à répétition. C'est quoi ton but ?
- Le but c'est de garder en tête qu'il n'y en a pas justement, répondit calmement Draco en caressant ses flancs. Est-ce si difficile à comprendre ?
- Disons que j'aimerai juste savoir avec qui je m'endors avant de me retrouver avec un poignard enfoncé dans le ventre au réveil.
- J'ai arrêté le trafic d'armes blanches quand j'avais cinq ans.
- Rassurant. Tu fais quoi dans ta vie, sinon, à part voyager ? Parce que, tu m'as beaucoup parlé de toi sans dire quelque chose d'essentiel. Tu… tu évites de me parler de toi, de qui tu es au fond.
- Tu crois que c'est vraiment intéressant lorsqu'il s'agit d'un coup d'un soir ? Si j'avais voulu parler après avoir couché, j'aurais choisi une fille. Tu as un vagin, toi ? Bon, alors… fous-moi la paix avec ça. Je n'ai pas envie de parler de moi.
- Soit on parle, soit on baise.
- Pas de plan C ?
- Non, pas de plan C. Si… si tu ne veux pas parler de toi, je peux commencer par meubler la conversation.
Draco haussa des épaules.
- Je suis Matheus, fraîchement diplômé en architecture à l'école de Porto. J'ai toujours aimé… tout ce qui était en rapport avec la construction, la création et… et deviner comment un monument a été érigé. J'aime les prouesses techniques. Je travaille depuis peu dans un cabinet où ils font souvent tourner de la cocaïne. J'ai eu ce logement de fonction qui est vraiment… pas mal du tout. J'y vis seul depuis que mon copain et moi c'est terminé. On a rompu il y a deux mois : un énorme malentendu et il avait un sale caractère. Il est retourné à Aveiro du coup… C'est vraiment beau là-bas. C'est la Venise du Portugal. On est tout de même resté ensemble un an et demi. Tu me crois si je te dis que c'est la première fois que je couche avec quelqu'un depuis ?
- Non, je ne te crois pas. Tu pues l'appel à la luxure à 15 kilomètres à la ronde. Mais merci de me faire plaisir dans le mensonge, ajouta Draco en se détendant. Qu'est-ce qui t'a fait craquer chez moi ?
- Tu es beau et tu le sais. Et ça change pas mal de chose sur le regard que les autres portent sur toi. Tu n'es pas là à te regarder constamment dans le miroir ou à demander à tout le monde confirmation sur ta beauté. Tu ne doutes pas de toi, même dans tes gestes. Tu dégages quelques choses : un magnétisme, sans doute. Tu ne te prends pas la tête, quoi.
Draco déglutit. Même avec Astoria ils n'avaient jamais autant discuté un soir, comme ça. Il ne connaissait pas ça.
- Avant, il y a un siècle, j'étais journaliste. Et, il y a de ça… une année lumière… j'étais acteur. Maintenant, je ne sais pas ce que je suis. Ça se précisera certainement avec le temps.
- Je te vois plus acteur que journaliste, répondit Matheus en se collant contre son corps fiévreux. Tu fais fantasmer alors, faut en faire profiter le plus de personnes possibles.
La main de Matheus effleura ses parties intimes.
- C'est quoi ton problème ? Tu es toujours marié à une nana qui te pompe le sang ? Des enfants ?
- Comment un type aussi censé que toi peut-il croire que je sois marié et père de famille ? Tu as écouté ce que je t'ai dit depuis tout à l'heure ? C'est moi et personne d'autre. C'est simple : mon unique mission c'est de me maintenir suffisament longtemps en vie pour baiser le plus grand nombre de culs.
- Tu ne veux pas rester trop longtemps au même endroit, tu ne veux pas te marier, tu ne veux pas tomber amoureux, tu ne veux pas d'enfant et tu cherches toujours un boulot, énuméra Matheus en comptant sur ses doigts. Tu as quel âge au juste ? Faudrait essayer de se stabiliser.
- Parce qu'il y a un âge pour se stabiliser ? Moi, j'ai été stable les dix-sept premières années de ma vie : j'estime que j'ai le droit à un peu de fun. Dis-toi que je n'ai toujours pas eu le temps de faire ma révolution sexuelle, j'ai toujours voté blanc et je suis athé. J'crois en rien, Matheus. T'explique ça comment ?
- Tu dois t'interdire trop de choses...
Un silence tomba durant lequel les doigts de Matheus allaient et venaient toujours sur le sexe de son amant. Il ne le lâchait pas du regard et souffla :
- Tu veux une petite pipe ?
- Pardon ?
- Une pipe. Pour... pour te faire croire en quelque chose. La baise par exemple. La baise c'est une constante de ta vie : autant bien l'entretenir.
- Merci de me comprendre enfin. Dans ce cas, allons donc pour la petite pipe, dit-il avec un sourire goguenard.
Bientôt, il ne pu plus voir les yeux havane de Matheus.
En se réveillant le lendemain matin, Draco Malefoy ne su pas très bien ce qu'il foutait là. Il se rappella vaguement avoir cédé à ses instincts les plus bas en forniquant avec un jeune portugais. Chose étrangement exceptionnelle : il n'avait pas oublié son prénom. Matheus. Matheus ressemblait dangereusement à Pharell pour une raison qu'il ignorait. Il lui rappellait trop de choses qu'il avait préféré, jusqu'alors, oublier. Nu, il se balada dans l'appartemment et admira la vue imprenable sur l'océan Atlantique. Sans le moindre vêtement, il se posa au balcon et salua même la voisine qui étendait son linge.
Finalement, lorsque l'air marin imprégna chaque pore de sa peau, il rentra à l'intérieur et prit une bonne douche tiède. Après quoi, il resta planté là un instant en se demandant de quoi il allait bien pouvoir se vêtir. Il se refusait de remettre ses vêtements sales de la veille. C'est donc résolu qu'il alla dans l'armoire de Matheus afin de dégoter des fringues pas trop mal qui pourrait lui aller. Matheus était juste légèrement plus grand que lui. Draco du finalement admettre que Matheus avait des goûts de chiotte. Finalement, il opta pour une chemise à carreaux bleu et marron mise par-dessus un tee-shirt blanc à manche longue ainsi qu'un bermuda assez long. Et il n'eut pas de scrupule à l'idée de lui emprunter ses sous-vêtements.
Complètement affamé, Draco entreprit de faire le petit-déjeuner. Ca ressemblait à tout, sauf à lui. En général, il profitait de ce calme pour s'éclipser sans laisser de trace. Et puis Matheus avait été prévenu la veille...
- Mmh, je pensais que je serai seul en me levant ce matin, prononça une voix derrière son dos.
Draco se retourna et vit Matheus qui descendait les escaliers en verre uniquement muni d'un short : il sortait de la salle de bain.
- Woua, tu fais ausis le petit-déjeuner. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça... ou plutôt, qu'ai-je fait pour ne pas mériter la séparation ?
- Rien, je vais te quitter de toute manière. Mais pas tout de suite. Là, j'ai faim. Tiens, voilà ta part.
Matheus s'assit sur le tabouret haut et analysa le contenu de son plateau : des chips au guacamol, de la charcuterie, un yaourt zéro pour cent, des céréales dans une assiette creuse et un grand verre remplit d'un liquide roseâtre.
- C'est quoi ? dit Matheus en tendant son verre.
- De la vodka tagada.
- Je te demande pardon ?
- Eh bien, je pensais que vous les portugais, vous preniez de la viande dès le matin avec un grand verre d'alcool. Je ne voulais pas perturber tes habitudes.
- Alors, ça c'est sûr que mes habitudes viennent d'en prendre un coup. Le guacamol, c'est mexicain, les charcuteries le matin c'est les allemands et le grand verre d'alcool dès le matin c'est les russes. Et ça, selon les clichés. Mais, merci d'avoir essayé de me faire plaisir. Je prendrai mon verre après avoir avalé quelque chose... J'ai pas envie de finir ivre dès le matin. Ca ferait un peu pitié, hein ?
- Désolé, je me suis trompé, rétorqua Draco en savourant son verre d'alcool. Tu es plus chiant que j'avais bien pu le voir. Je vais devoir écourter mon séjour ici. Tu sais... Je n'ai jamais préparé le petit-déjeuner à qui que ce soit jusqu'ici : tu aurais dû dire merci et te la fermer.
- Merci, mais la prochaine fois laisse-moi tout préparer.
- Qui t'as dit qu'il y aura une prochaine fois ?
- Tu es resté cette fois-ci, alors tu pourras bien rester une autre fois, non ?
- Tu marques un point, grommela Draco en grignotant ses lèvres. Bon, et si tu nous préparais quelque chose de décent. Je ne sais pas... du lait et des céréales, par exemple. Quelque chose de si compliqué que je ne saurai pas faire.
- Vas pour les céréales et le lait. Chaud ou froid ?
- Devine.
Matheus aurait dû le foutre dehors. Sa raison lui hurlait de terminer cette histoire là, avant d'atteindre le point de non-retour. Ce mec, il était rentré subitement dans sa vie, mais il l'avait prévenu qu'il pouvait partir tout aussi vite. Matheus voulait se protéger, cependant, une autre partie de lui criait qu'il voulait y croire un peu. Juste un tout petit peu...
- Chaud, formula finalement le jeune architecte.
A partir de là, tout avait commencé. Ils s'étaient quittés peu après pour se retrouver dans la soirée, au même bar qu'il y a quelques jours seulement. Ils avaient rejoint son appartement sans rien se dire de plus. Il n'y avait rien à dire de toute manière... Le lendemain matin, Draco était toujours là. Il dormait encore. Matheus avait aimé se sentir enveloppé de bras durant son sommeil. Ca lui donnait presque envie de réessayer. Alors, ils avaient pris leur petit-déjeuner ensemble puis s'étaient quittés. Ils n'avaient pas échangé numéro de téléphone, adresse ou quoi que ce soit d'autre. Ils savaient juste où se trouver : à partir de 21h, au bar. Et ils se rejoignaient là-bas, encore et encore et encore... Sans aucune promesse d'avenir. Ca a duré un mois. Puis un soir, Matheus arriva au bar. L'ambiance chaude et bruyante était la même. Mais il n'y avait pas de blond au comptoir. Il était 21h30. Il n'avait toujours pas passé la porte. Matheus commanda une vodka tagada pour attendre encore un peu... Puis il avait attendu beaucoup. Son coeur se serrait à l'idée qu'il attendait pour rien, car plus personne ne viendrait. Il était 23h, presque minuit. Matheus l'avait attendu. Toujours. Son verre était vide depuis longtemps. Il fixait la porte. Mais personne... personne qui lui ressemblait. A l'approche de deux heures du matin, Matheus dû se rendre à l'évidence : Draco était parti. Il était peut-être même plus à Porto à l'heure qu'il est.
- Tu connais le dicton "La foudre ne frappe jamais deux fois au même endroit" ? Eh bien moi, je ne reste jamais longtemps deux fois au même endroit, avait prononçé Draco durant leur prremière nuit.
La première nuit, qui aurait dû être la dernière si seulement il avait été raisonnable.
Bruxelles. Soirée du 3 Mai 20**
Draco Malefoy sortait de la station de métro Rogier, une femme accrochée au bras. Elle était belle. L'avenue commerçante était presque vide. Les derniers accro du shopping commençaient à rebrousser chemin. Les dalles grises formaient une ligne continue au sol. Puis, tout au bout, ils débouchèrent sur un quartier touristique. Plus ils s'approchaient du coeur, plus les touristes étaient nombreux. Draco s'impatienta lorsqu'ils ne purent emprunter la ruelle donnant sur la Grand Place car des violoncellistes agglutinaient la foule.
- Tu veux une glace ? demanda-t-il d'une voix presque autoritaire.
- Oui, framboise.
Comme un gentleman, Draco Malefoy fit la queue et revint avec un cornet. Il le lui tendit et la jeune femme lui lança un regard flamboyant. Elle lapa sa crème glacée et Draco lui jeta un regard en biais, une lueur presque perverse et intéressée dans les yeux. Le beffroie de l'Hotel de Ville les surplombèrent de toute sa splendeur. Bien que la nuit fut noire, les lumières discéminée un peu partout rendait l'atmosphère chaleureuse, tranquille. Seul ombre au tableau : les petits pavés de pierre qui n'étaient pas pratique pour une femme en talons aiguilles.
- Tu n'as qu'à les enlever, proposa Draco. Ou... Ou je t'achète des chaussures.
- Non, ça va aller, merci. Tu ne veux pas qu'on se pose à une terrasse ?
- C'est un peu trop romantique pour moi mais, je veux bien faire un effort pour tes pieds meurtris.
Il passa son bras autour de sa taille et l'emmena vers un restaurant bondé. Elle se laissa tomber sur une chaise en fer forgé et enleva ses chaussures.
- Quelle idée de vouloir se faire jolie pour moi, reprit-il en la regardant se masser la plante des pieds. Autant attendre le jour de son mariage et un type bien pour le faire... Et puis, les talons aiguilles c'est une invention purement mysogyne. Mais, étrangement, ça vous rend tellement sexy dans la douleur qu'on en demanderait plus.
- Et si tu nous commandais deux verres, hein ? contra-t-elle avec une petite moue amusée.
Ils burent en plaisantant de choses et d'autres. Elle lui parla de son job passionnant ici, en Belgique. Lui, il se contenta de l'écouter. Elle était belle quand elle parlait, encore plus lorsqu'elle se taisait. Tout à coup, son téléphone portable sonna. Une ombre de panique assombrit son visage.
- Je... Oui... J'arrive tout de suite.
Elle se leva d'un bond.
- Il faut que je trouve un taxi.
- Pourquoi ?
- Une urgence : je dois aller à l'hôpital.
- Très bien, je t'accompagne.
Draco laissa un billet sur la table en faisant un léger signe au serveur avant de s'éloigner de la terrasse, son amie à ses côtés. Elle semblait réellement soucieuse. Il ne pouvait pas la laisser partir seule. Elle avait besoin d'aide.
Tout le trajet dans le taxi se passa dans un silence profond, opaque. Draco lui jetait des regards en biais afin de s'assurer qu'elle ne pleurait pas : il n'avait jamais su quoi faire face aux larmes. Finalement, ils arrivèrent devant l'hopitâl et Draco paya également le taxi.
- Merci. Tu... Tu peux me laisser ici. Je me débrouillerai.
- Non, je t'accompagne.
Sans autre forme de procès, il entra le premier dans l'hôpital. On leur indiquèrent l'étage et la chambre. Une fois arrivé, Daco remarqua qu'ils étaient à l'étage pédiatrie. Ca puait le gamin au mètre carré.
- On s'est trompé. Ici, c'est pour les gosses.
La jeune femme se retourna et planta un regard d'excuse. Et Draco comprit.
- Oh, vous êtes là ! J'étais morte d'inquiètude. C'est arrivé si vite... Il... Il a voulu jouer et...
- Laissez-nous seuls un instant, ordonna Draco.
La jeune baby-sitter les regarda alternativement et s'éloigna.
- Je n'aime pas être pris pour un con, commença Draco. Tu as un gamin, c'est ça ? Tu es mère et tu ne m'as rien dit ? Me mentir, ça j'aurais compris : je mens souvent aussi. Mais ne rien me dire... ça c'est dégueulasse. Tu croyais qu'en me disant avoir un gamin j'aurais déguerpi ?
- Oui...
- Bah, t'avais raison : j'aurais aussi vite décampé. Mais, je me connais. J'aime pas les gosses. Pourtant, si tu m'avais dit la vérité j'aurais au moins essayé. Juste pour voir. Alors, la prochaine fois que tu croises un mec approchant la trentaine plutôt beau mec et qui veut bien de toi, dit la vérité avant de t'enfoncer dans le mensonge. Ca pourrait être utile à l'avenir.
- Non, attends ! Draco... Draco !
Il s'éloignait en de grandes enjambées. Mais elle le rattrapa en courant comme elle le pouvait :
- Draco, ne me quitte pas.
- Et pourquoi je ne te quitterai pas ?
- Parce que... je suis tombée amoureuse de toi. Tu ne peux pas me quitter, pas maintenant, pas... pas tout de suite. C'est trop tôt.
- Je suis désolé, mais j'ai toujours décidé à quel moment je devais partir. Et mon temps ici est accomplit. Tu trouveras quelqu'un de mieux à aimer, Claire. Tu ne mérites pas un salaud et... et ton gamin non plus. Je préfère m'en aller maintenant que d'attendre trop longtemps.
- Alors tu m'abandonnes ?
- Ce n'est pas de l'abandon. Je n'ai jamais dit que je te prendrai pour toute la vie... Mais toi, toi tu as abandonné ton gosse ce soir pour un simple mec.
- C'est horrible de dire ça : je n'ai pas abandonné mon fils. J'ai le droit de rêver, d'aimer à nouveau, de sortir, de m'amuser un peu. Ce qui est arrivé était un accident. Un triste accident. Et me permettre de t'aimer aussi était un accident : ça ne se reproduira plus.
Claire lui tourna le dos et alla rejoindre sa baby-sitter. En rentrant dans l'ascenseur, Draco Malefoy ignora qui s'était fait plaqué : lui ou elle ? Embrouillé dans ses propres pensées, il ne se rendit pas compte qu'il était arrivé en bas de l'immeuble où il résidait. Le tramway chanta une mélodie presque lugubre, agrémenté par un tintement de cloche. Quand il pénétra dans son appartement vide, Draco Malefoy comprit quelque chose de capital : il finirait certainement sa vie seul. Et sournoisement, une chanson lui revint en tête - celle de Simon & Garfunkel. [1]
He was a most peculiar man.
He lived all alone within a house,
Within a room, within himself,
A most peculiar man.
Draco repensa à sa vie jusqu'ici, de cavale en cavale - si seulement on pouvait appeller ça une vie. Draco repensa aux nombreux problèmes auxuquels il dû faire face. La solution ? La fuite, toujours. Jamais il ne s'était arrêté et avait affronté l'ouragan en le regardant droit dans les yeux. C'était le jeu : attrape-moi si tu peux. D'année en année, Draco Malefoy avait tout perdu, et il fallut venir ici pour s'en rendre compte.
He had no friends, he seldom spoke
And no one in turn ever spoke to him,
'Cause he wasn't friendly and he didn't care
And he wasn't like them.
Oh, no! he was a most peculiar man.
Ses amis, ils ne les voyaient plus. Ils ne s'appellaient plus. Ils ne savaient même pas ce que les uns et les autres devenaient. Pas à cause de la distance des kilomètres, mais plutôt celle de leur coeur. Ils avaient changé. Draco encore plus. Il ne voulait plus de ça, il ne voulait plus de cette vie facile. Et pourtant... il ne pouvait se résigner à cracher dessus. Cette vie, c'était lui. Il était inutile de se voiler la face. S'il ne souhaitait pas s'attacher aux gens, c'était par peur de souffrir. Mais qu'est-ce qu'il était con ! L'amour comprenait obligeamment une part de souffrance. Et si Draco n'acceptait pas de souffrir un peu, pour être plus heureux après, il finirait seul... seul... seul.
He died last Saturday.
He turned on the gas and he went to sleep
With the windows closed so he'd never wake up
To his silent world and his tiny room;
Sa main saisit le téléphone. Ses doigts tremblèrent lorsqu'ils composèrent un numéro pour l'étranger. Il n'avait jamais fait ce numéro, mais il le connaissait par coeur... Matheus l'avait glissé dans la poche de son jean sans qu'il ne s'en apperçoive. Il avait peut-être bien fait... Plusieurs sonneries. L'attente. Le combiné vissé à l'oreille. Puis une voix :
- Alô ? [2]
Draco ne dit rien. Il respirait juste trop bruyamment. Matheus répéta sa question... Il allait raccrocher. Dans un sursaut de courage, Draco s'annonça :
- C'est moi.
Il fermait les yeux en attendant résonner un impitoyable "Qui ça 'toi' ?" Mais rien ne vint. Juste le silence qui s'étirait lentement.
- Tu... Tu as trouvé mon numéro ? Je pensais que tu ne me recontacterai jamais. Où es-tu ?
- Belgique.
- Ca fait du bien d'entendre ta voix, de savoir que tu vas bien et que tu penses à moi. Tu penses revenir à Porto ? Il y a un peu de vent mais il fait vraiment beau, tu sais.
- Non, je ne reviendrai pas à Porto. J'ai envie de rentrer chez moi.
- Chez toi ?
- Oui, chez moi. A Londres. Je veux rentrer chez moi. Mais, en rentrant je ne veux plus être seul. Je veux que tu sois avec moi. Londres ce n'est pas Porto, surtout à la belle saison, mais... tu verras : c'est vraiment beau parfois. Londres n'est pas ausis pute que je te l'ai décrite. C'est une très belle ville. Alors...
- Tu veux que je vienne habiter avec toi ? Que je laisse tout plaquer alors qu'on ne s'est connu qu'un mois ? Tu veux que j'abandonne mon travail, ma famille, mes amis pour toi ? Tu... Tu crois qu'il suffira de m'appeller des mois après pour que je passe l'éponge ?
Draco trouvait ses questions imparrables. Non, il ne trouverait aucun argument solide. Mais, il pouvait toujours essayé :
- S'il te plaît. S'il te plaît, viens avec moi à Londres.
Matheus ne répondit rien, pas tout de suite. Il ne savait pas si c'était de bon ou de mauvais augure. Après tout, peut-être allait-il lui raccrocher au nez ? Peut-être était-il retourné avec son copain d'Aveiro ? Peut-être qu'il s'en foutait de lui ? Peut-être que Draco s'était imaginé des choses ?
- Je viendrai si... si tu me promets de refaire ton cocktail de vodka tagada. Je ne suis pas doué : je n'ai pas réussi à le refaire tout seul quand tu es parti.
Draco se permit un sourire.
- Alors, tu serais capable de faire tout ça pour moi, un simple inconnu ?
- Ca n'a pas d'importance ce que je serai capable de faire pour toi. Ce qui est important, c'est que bientôt, on se reverra.
- Je vais emballer mes affaires et réserver un billet. Je rentrerai d'ici la fin de la semaine, je pense. Je t'attendrai chez moi... Mon appartement est plutôt facile à trouver. Je me vois mal t'attendre à l'aéroport autour de tous ses couples sans visage. Et puis, on aura tout le temps qu'on voudra pour... pour ce genre de choses. Je t'enverrai mon adresse exacte par mail, d'accord ? Je l'ai, mais c'est juste que...
- Tu n'avais pas les couilles de me recontacter ?
- Quelque chose comme ça, maugréa Draco. Mais là, j'ai... j'ai vraiment envie de construire quelque chose de... durable. J'ai ouvert les yeux.
- Où est donc passé le petit con prétentieux que j'ai connu qui ne croyait ni en l'amour, ni en les relations, ni en la famille, ni à la stabilité ?
- Il est toujours là, mais bien enfoui. Je suis content que tu viennes.
- Et que toi, tu m'ai demandé de venir.
A suivre
[1] "A most peculiar man" Simon & Garfunkel - pour ceux n'étant pas très forts en anglais, voici, en gros le message de la chanson : c'est un homme qui vit dans un immeuble tout seul, où personne ne fait attention à lui. Il ne cherche pas le contact d'autrui et ne s'attache à personne parce que selon lui, il vaut mieux que ça. Mais, à force de solitude, il finit par se suicider dans l'indifférence générale.
[2] Allô en portugais - mais qui se prononce "Toh" (Oui, oui, comme Homer Simpson ^^)
