Marine était en train de ramasser le calice.

Le verre bleu-vert de la grosse boule lança des étincelles sous le soleil jaune aux rayons spiralés. C'était la raison évidente que Marine fredonna en approchant la caravane d'elle et Caldianne.

La Moggle regarda de côté à côté pendant qu'elle commença à secourir le calice de myrrhe dans la caravane. Elle battit les ailes contre son dos, espérant que Caldianne ne la verrait pas ; elle n'avait plus le droit à voler quand avec la celle-ci. Oui, c'était bizarre, mais, selon la Liltie, «Je sais que le calice n'est pas si lourd que quelques Moggles font semblant, et c'est aussi bien évident que tu peux marcher au lieu de voler en le portant.»

Mais elle était chanceuse ; personne ne la voyait. Soupirant avec soulagement, Marine secoua son bon-bon en avançant. Leur papaopamus, Alistair, ouvrit les yeux lentement, sa petite sieste maintenant terminée, pour la dévisager pendant qu'elle posait le calice délicatement dans l'intérieur du wagon. Avec quelques mouvements adroits, elle noua les sangles de la caravane autour de son corps.

--Salut, Ali, chuchota Marine en tapotant la tête poilue de la bête ; il ronronna puis, clairement perdant son intérêt, recommença à dormir.

--Eh bai, t'as pas le droit à dormir quand on n'te dit pas, Ali. Marine rit de voix haute et frappa le dos de la bête paresseuse. Quand Alistair ne fit aucun mouvement de se réveiller, elle riait encore – plus silencieusement, cette fois – et partit après avoir fixé le calice en place.

Plus tard, Caldianne confronta la Moggle :

--Mais c'est où le calice, 'Rine?

--C'est dans le caravane. Complètement sérieuse, Marine ne dit rien de son escapade. Tu sais, continua-t-elle en pouffant de rire, Alistair dort encore.

--Hein, ce papaopamus devra bientôt apprendre qu'on ne le laisse pas dormir avant la tombée de la nuit, gloussa Caldianne en posant une main ganteletée sur l'épaule de sa Moggle. Viens – si tu pensais que Fortin est insane, c'est seulement le début de cette insanité.

--Hein, qu'est-ce que t'as dit? questionna Marine, en ne sachant pas exactement à quoi penser. Je n'ai pas pensé que Fortin est fou.

--Bai oui. Azure dit ça, tout de soudain, avant d'apparaître mystèrieusement en arrière des deux amies. Tu savais pas?

Quand Marine lui donna un regard inquisiteur, elle plongea rapidement dans son explication :

--Au moins, tu sais que Fortin est très...très optimisateur. Il apprécie la vie, il aime aider les autres, il est jovial, débonnaire... Et parfois il est aussi un peu fou, t'sais? Quand il fête quelque chose, il paraît assez normal, mais il est plus qu'un peu souvent que Indigo et moi pensons qu'il est insane... Elle secoua la tête – si elle était en train d'essayer de ne pas rire ou si elle ne voulait pas insulter son frère aîné encore, il était impossible à savoir. Les yeux pleins des larmes – encore, ni Caldianne ni Marine eurent aucune indication si c'était de l'humour ou remords – elle décida, apparemment, qu'elle dut continuer.

--En somme, il serait mieux si vous le verriez. Elle brossa une mèche des cheveux teints céruléens en arrière d'une oreille. Venez, vous deux : maintenant il est en train de s'amuser Annabelle et Cabien avec ses p'tites diableries.

Caldianne échangea un regard avec la Moggle ; Marine paraissait aussi confondue, mais plus que son amie Liltienne. Alors, elle serra une main sur son épaule, encore, avant de répondre la tavernière.

--On y va, s'il n'insulte pas ton pauvre frère. Elle pausa avant de hocher la tête. Mais j'ai oublié qu'on a acheté des rafraîchissements pendant qu'on celebrait. Il faut qu'on te paie.

Azure secoua la tête, visiblement émue :

-Non, non, c'est OK, répliqua-elle en voyant Caldianne sortir le Gil de ses poches. Vous êtes nos amies et il n'est pas nécessaire à nous payer.

--O-ouais... S'il ne te dérange pas, hésita le forgeron en serrant l'argent. Et maintenant : allons-y à trouver l'insane tavernier qui s'appelle Fortin...?

Marine pouffa de rire.

--On sait pas son surnom, rit-elle à une Azure confondue.

Il y a maintenant très longtemps passé – environ quelques milliers d'années, je crois,

Quand le soleil brillait sur les caravaneurs contents, chacun à la fois.

Et un des mes descendants à moi

Est venu pour voir l'ancêtre de toi.

--Ma chérie, dit-il en caressant son bras,

Il faut qu'à cette grosse ville on y aille.

Je sais cette belle place, le Clavat rappela,

Et Cabuleque il s'appellera.

--Mais qu'est-ce que tu me dis, mon cher

Car il n'existe pas encore, selon Jathel, mon frère.

Et c'est aussi dit par mon vieux père

Quand Jathel ne sait pas comment se taire.

Fortin arrêta sa petite comptine quand il fut hélé par sa soeur et leurs amies.

--Salutations à vous, chère soeur, Liltie, et Moggle! cria-t-il en faisant une moque révérence. Qu'est-ce que vous trois voulez de moi cette belle journée d'été?

--Je vous ai dites qu'il est insane parfois, Azure chuchota furieusement en riant. C'est printemps, pas l'été.

Tous les trois ricanèrent avant de s'avancer vers le tavernier – lui qui paraissait 1) insane 2) fou 3) démente 4) insane 5) affolé 6) ai-je dit insane? ou peut-être c'était tous les quatre – qui chantait sa petite ballade à Annabelle et Cabien. C'était sûrement le cas. Si c'était pas le cas, maintenant il fut un fait actuel que, au moins, s'il n'était pas fou, Fortin était jovial et débonnaire, comme Azure leur avait dites, avant.

La Yuke tenait débout dangereusement proche au Clavat ; Cabien semblait nerveux à cette proximité, son visage légèrement rouge. Il essaya de poser une main sur l'épaule d'Annabelle, mais il s'arrêta dernier moment. Annabelle, mettant en contraste avec lui, avait l'aire calme et décontracté comme toujours – apparemment, l'intelligence ne t'aide pas pour savoir si la personne juste à côté de toi est amoureux de toi. C'était comme Annabelle ne remarqua même pas que son ami d'enfance essaya de la tenir par l'épaule au dessous de sa cape.

--Eh, vous nous avez oubliés? taquina-t-elle à Fortin, en penchant la tête à côté. Pourquoi Moggle, ta soeur et une Liltie si intéressantes sont rendues ici?

--Ah, mais Annabelle, ma chérie, peut-être elles m'attirent mieux que vous deux amoureux. Fortin leva les sourcils dans un regard plein d'esprit.

--Hé! On n'est pas amoureux! cria Cabien en – soudainement et sans aucune indication – serrant la mage noire à sa poitrine. (C'était comme il n'avait pas été assez évident quelques instants passés avec son rougissement d'amour…)

«Je suis vraiment stupide, il maudit lui-même en lâchant Annabelle avec précipitation, comme si je n'étais pas assez évident, mes joues sont devenues toutes rouges.»

Et il fut vrai, pas seulement pour lui mais pour elle aussi. Annabelle et Cabien rougirent tous les deux à la même fois et, apparemment réalisant ça, tous les deux se tournoyèrent rapidement.

--Et c'est évident. Fortin roula les yeux avant d'étendre ses jambes et de faire une étrange sorte de pirouette, envers la direction du chemin. Là-bas, deux Clavats, une Yuke et un Moggle le regardaient étrangement, comme s'il était fou ou peut-être insane. (TCF : Mais... Mais est-ce que c'est vrai? Vraiment, là, chers lecteurs, on sait bien que Fortin est plus qu'un peu dingue…) Regardez, vous quatre, voilà la danse des amoureux!

--Tu sais, si j'étais moins poli, je dirais que ce tavernier est 1) fou ou peut-être insane ou 2) ivre, remarqua un des Clavats, un jeune homme d'environ vingt-deux ans. Les autres rirent ; de cette distance, Fortin et son groupe ne les entendirent pas, sauf une seule...

--Non... S'il était ivre, il aurait dû tituber, répondit l'autre Clavat, une autre jeune aux cheveux la couleur de miel, en levant les sourcils. On dirait qu'elle était la blonde du premier Clavat.

--V'savez, c'est pas gentil d'dire c'choses d'Fortin! cria Marine tout de soudain, sautant en devant du tavernier, mettant à nu ses petites dents pointues, en même temps rallongeant ses ailes rouges de côté à côté. (Apparemment, dans une situation comme celle-ci, sa grammaire atroce ne la dérangea pas.) C'est un composeur d'ballades beaucoup plus doué q'vous tout, v'savez!

La Yuke, qui était d'une taille normale (c'est-à-dire beaucoup plus haute qu'Annabelle), qui avait des yeux bleu-gris qui brillaient malgré son heaume de Mythril encombrant et ayant environ le même âge que ses compagnons, leva une main enrobée d'une gant noir de cuir. Son regard perçant les arrêta tous. Marine se relâcha les ailes un peu et laissa échapper ses ailes du chauve-souris, qui alors suspendirent faiblement de son dos ; Clavat Numéro 1 mit une fin aux ses muscles tendus, tout en s'échangeant expressions avec son amie ; Clavat Numéro 2 dévisagea les autres en traînant les pieds d'une action coupable.

--Je ne veux pas vous offendre, continua la Yuke en inclinant la tête dolent avant de commencer à marcher vers les autres, qui avaient reculé du Marine et Fortin. Mes amis, Jona et Tadi – ici elle indiqua avec l'autre main les deux Clavats, qui semblaient fautifs et sincèrement désolés tous les deux – faisaient que des rigoleries. S'il vous plaît, nous voulons qu'être amis avec vous.

Fortin se hocha la tête :

--Oh, oui, madame, c'est pas – euh, il n'est pas grave. (Fanficcer : les choses qu'on... que nous faisons pour la grammaire!) Un petit sourire tirant ses lèvres, le drôle du tavernier mit une main vers la Yuke, qui sourit à son tour en secouant la sienne. Après la poignée de main, Fortin replongea son petit discours.

«J'aime danser, chanter et composer des ballades et je peux vous assurer que, même si je suis fou, la seule chose de mauvais que s'arrive dans ma présence est qu'on veut plus entendre mes comptines car ça fait mal aux oreilles. Mais pour maintenant, ouais, j'accepte – ce tas des gens peuvent devenir amis avec votre propre bande.

Avec une seule motion vif et joyeuse, il sortit un chapeau orné des plumes d'une poche et la serra sur la tête. Alors, venez! La porte est toujours ouverte pour les visiteurs, v'savez!

Et, avec ça, la Yuke et le Clavat sourirent encore et se dirigèrent vers l'auberge.