Sombre horizon et mélancolie
Un silence glacial se répandit dans la salle, seulement brisé par le bruit de la fourchette ricochant contre le bord de son assiette avant de finir sa course par terre. S'il n'avait pas été aussi choqué, il en aurait sans doute profité pour se faufiler sous la table, en quête de celle-ci. Cela lui aurait permis d'ignorer pendant quelques minutes, les regards aussi froids qu'une nuit d'hiver et qui le fixaient.
« J'ai mal entendu Père ? » Questionna-t-il finalement, avec hésitation. Il espérait avoir mal entendu, il l'espérait de tout son cœur. Même si une petite voix dans sa tête se plaisait à lui dire qu'il aurait dû s'y attendre. Dès le moment où le hibou grand-duc de son Père avait déposé cette sinistre lettre devant lui. Mais comme toujours, il l'avait ignoré, ainsi que le mauvais pressentiment qui avait fait son apparition pendant les heures bien trop courtes du trajet dans le Poudlard Express.
« Ne te fais pas passer pour plus idiot que tu ne l'es, Sirius. Tu as parfaitement compris. Tu n'ignores pas que ta cousine, Bellatrix, et son mari, ont déjà eu cet honneur. » Répondit Orion Black, en cachant difficilement sa propre opinons concernant ce soi-disant honneur. Cet homme... Ses idées étaient plutôt du goût de patriarche de la noble maison des Black, mais ces manières d'y parvenir... Cela manquait cruellement de finesse. Mais cela n'enlevait rien à la dangerosité de l'individu en lui-même. Il était important de toujours être du côté des gagnants, après tout.
« Un honneur ? Prendre la marque de ce fou ? Plutôt crever ! » S'exclama Sirius en voyant ses illusions d'un malentendu s'envoler. Il n'était pas question qu'il ne devienne qu'un pion dans les mains du mage noir.
« Surveille ton langage sous notre toit ! » S'indigna Walburga en ne cachant pas son dégoût à son égard. De toute la famille, c'était sans doute elle qui avait le moins apprécié sa répartition à Gryffondor. Pour un regard externe, Orion semblait être aux commandes de la famille, comme il le devait, mais c'est sa femme qui, dans l'ombre, tirait souvent les ficelles. Le fait que la demeure du 12 Grimauld Place lui appartenait avant son mariage, n'était qu'un des nombreux détails prouvant son influence au sein de la large famille des Black.
« Pendant trop longtemps, j'ai fermé les yeux sur tes agissement à Poudlard, avec ta bande de moins que rien. Un sang de bourbe, un sang mêlé et le garnement d'Henry Potter ? Chercherais-tu à nous faire honte ? » Déclara Orion en gardant son ton glacial. Rien ne trahissait de son énervement devant le comportement de son aîné.
« Ne parle pas ainsi de mes amis ! Et je ne deviendrai pas un vulgaire mouton au service d'un fou ! » S'énerva Sirius en se levant de sa chaise. Son comportement bouillonnant de Gryffondor n'aurait pas pu être moins à sa place qu'entouré de sa famille et de leurs réactions calculées jusqu'au moindre haussement de sourcils.
« Non, tu préfères nous couvrir de honte. N'oublie pas que tu es notre héritier, la moindre de tes actions est scrutée par l'ensemble du monde sorcier. Nombreux sont ceux qui aimeraient voir notre noble famille s'effondrer de l'intérieur. » Répondit son père en cachant son déplaisir devant ses agissements.
« Comme si Voldemort se souciait des familles de sang pur qui se mettent à son service ! Il ne cherche que son propre intérêt et vous le verriez si vous n'étiez pas aussi aveuglé par votre fichue suprématie du sang ! » Répliqua Sirius en se retenant de quitter la pièce en claquant la porte. Il ne se comporterait pas comme un enfant colérique.
« Suffit ! Ce n'est pas un gamin de 15 ans qui va nous apprendre la politique ! Tu feras ce que l'on te dit de faire et il n'y a pas à discuter ! » Intervint sa mère en ne daignant pas lever ses yeux de son verre de vin.
« J'AI DIT N... »
Un claquement sec interrompit le cri de protestation de Sirius. La force du coup le projeta contre sa chaise qu'il amena avec lui dans sa chute. Il retint avec difficulté un cri de douleur alors qu'il enroulait un bras autour de son torse, soutenant ses cotes malmenées. L'écoulement familier sur sa joue confirma à Sirius ce qui venait de se passer. Orion avait perdu patience et en était venu aux mains pour le faire taire. Rien de surprenant au fond.
De l'autre côté de la table, Regulus, qui était resté indifférent à la dispute ayant lieu devant ses yeux, posa sa serviette sur la table avant de se tourner vers sa mère. Un simple hochement de tête le fit se lever et quitter la salle. Sans un regard pour son frère, assis au sol en se tenant les côtes. Le jeune adolescent avait appris depuis longtemps qu'il ne servait à rien de protester face aux punitions de son ainé.
« Tu resteras dans ta chambre jusqu'à la fin des vacances et le moment venu, tu entreras au service de Lord Voldemort. D'une manière ou d'une autre, tu finiras par faire honneur à tes aïeux, Sirius. » Entendit-il leur père déclarer avant que la porte de la salle à manger ne se referme.
Une simple couche de neige pouvait totalement modifier un paysage. C'est la pensée qui traversa l'esprit de Remus alors qu'il avançait péniblement dans l'impressionnante quantité de celle-ci qui était tombée pendant les derniers jours. S'il n'avait pas aussi bien connu le chemin menant à son but, cela aurait fait longtemps qu'il se serait perdu. Mais ce n'était pas ce petit contretemps métrologique qui allait empêcher Remus d'atteindre son objectif.
Il était parti dès le lever du jour, se glissant hors de la maison pendant que sa mère dormait encore. Autour de lui, la forêt était calme, comme cela était souvent le cas pendant l'hiver. Mais cela ne l'empêchait pas de garder sa main sur sa baguette, dans la poche de son manteau élimé. L'expérience lui avait appris à toujours être sur ses gardes dans ces bois. Remus s'arrêta un moment devant un vieil arbre mort, portant les marques d'une course-poursuite qui continuait d'hanter son sommeil. Effleurant la blessure dans l'écorce de l'arbre, il continua son chemin, bien décidé à parvenir à l'endroit où cela s'était passé.
De nombreuses personnes penseraient qu'il y avait des dizaines de meilleurs façons de passé la journée de Noel que de revivre les évènements ayant conduit à la mort d'un proche, mais Remus en ressentait le besoin. Apres ce qui s'était passé pendant la nuit d'Halloween et les semaines suivantes, il ne voyait pas de meilleur moyen pour mettre tout ceci derrière lui. Si ses amis lui avaient prouvé une chose, pendant les dernières semaines, c'était qu'il devait arrêter de se fixé dans le passé. Ce qui était arrivé ne pouvait plus être changé. Remus devait lever la tête et regarder vers le futur.
Perdu dans ses pensées, il faillit trébucher en se prenant les pieds dans une racine recouverte par la neige. Se redressant en s'aidant d'un arbre, Remus observant les alentours. Cela devait être là. Oui, il reconnaissait ce groupement d'arbres, avec les branches tordues jusqu'à lui rappeler le saule cogneur. Alors cela voulait dire... Pensa-t-il avant de faire un quart de tour sur lui-même. Et oui, la souche était bien présente. A l'endroit où elle avait été en partie déracinée par l'assaut brutale de Greyback. Remus cligna des yeux, essayant d'ignorer la scène qui se superposait au présent. La tâche de sang qui avait recouvert le sol de la forêt ressortait que mieux sur le blanc de la neige. Son sang, songea-t-il en posant une main sur la cicatrice recouvrant son épaule et une partie de son cou. Sans son père, c'est ici qu'il aurait perdu la vie, à l'âge de 6 ans. Simplement parce qu'il avait désobéi. A la place, c'était ici que Jonathan Lupin avait sacrifié sa vie pour son fils.
Remus ne resta pas longtemps sur les lieux, le moindre bruit de la forêt le faisait sursauter. Soupirant, il fit marche arrière, retournant sur ses pas. Plus rapidement que ses souvenirs de cette nuit ne lui auraient fait croire, il arriva dans une clairière voisine de celle où se trouvait leur maison. Ici, protégé par les branches d'un saule pleureur dénudé de ses feuilles pour l'hiver, une tombe solitaire sortait de terre. Ecartant la barrière formée par les branches, Remus s'approcha.
«Joyeux noël, Papa.» Déclara-t-il simplement en s'agenouillant devant la tombe et en ignorant totalement la neige qui déjà humidifiait son pantalon. Profitant de ce que les barrières de Poudlard qui s'étendaient en partie jusqu'ici, bloquaient la Trace, il conjura un simple bouquet de fleurs qui reçut rapidement un sort de conservation avant d'être installé devant la tombe.
C'est ainsi que Stella retrouva son fils, presque une heure plus tard. La neige avait recommencé à tomber, en gros flocons voltigeant dans le vent. Remus était tellement perdu dans ses pensées qu'il ne l'entendit pas s'approcher. Il ne réagit qu'en sentant un lourd manteau être déposé sur ses épaules.
« Tu vas attraper la mort, à rester assis dans la neige. » Le réprimanda Stella avant de passer une main dans ses cheveux châtains. Elle fronça les sourcils en remarquant que quelques mèches commençaient à prendre une teinte argentée. Il n'avait pas encore 16 ans ! Protesta-t-elle silencieusement.
« Tes cheveux seront bientôt trop longs. » Commenta-t-elle à la place. Stella ne pouvait ignorer la rigidité qu'avaient prises les épaules de son fils suite à son geste.
Si elle avait pu voir son visage qui était obstinément baissé, fixant la neige, elle aurait remarqué le léger rougissement qui avait coloré les joues de Remus. Le froid n'était pas le coupable, le geste lui avait rappelé Sirius. Il fallait être aveugle pour ne pas remarquer la nouvelle obsession que celui-ci avait pour les cheveux de son ami.
« Ils sont biens comme ça. » Contra celui-ci. Après tout, Sirius semblait les aimer ainsi et cela lui faisait étrangement plaisir. Evident de penser à son meilleur ami, un détail attira l'attention de Remus. Il passa une main sur le pan de tissu brun qui l'entourait. Ce manteau était familier.
« C'était celui de papa ? » Demanda-t-il dans un murmure, n'osant pas vraiment entendre la réponse. Il ne voulait pas être déçu par celle-ci.
« Oui et maintenant c'est le tien. » Expliqua Stella avant d'ajouter avec un sourire amusé, « même s'il est encore un peu trop grand pour toi. » Et en effet, même en étant juste posé sur les épaules de Remus, le manteau semblait noyer l'adolescent. Sans compter le fait qu'il portait déjà son propre manteau.
« Merci Mère. » La remercia Remus en resserrant le tissu autour de lui. Perdu dans ses pensées, le regard fixé sur la tombe de son père, il ne vit pas la grimace qui fit une apparition furtive sur le visage de Stella avant de laisser la place à une expression neutre.
« Mère » ... Stella avait oublié la dernière fois qu'il l'avait appelée Maman. Mais elle savait qu'elle n'avait pas à s'en plaindre. Elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même et à son comportement envers son fils.
Désolé pas de Peter et James pour cette fois! Ils ont eu peur de se que je leur réservait pour se noël!
