Mais je vous jure ! Pourquoi croire une Française !
-Holmes, calmez-vous, je vous jure que j'étais certaine qu'il travaillait pour mon mari !
Derrière les barreaux d'une prison de campagne, Holmes se cognait la tête contre le mur de pierre pendant que Milly, assise sur le banc en bois inconfortable de la cellule tentait vainement de se justifier.
-Bravo pour la discrétion hein, ma chère ! Nous sommes dans je ne sais quel village, amputés de tous nos biens et papiers ! Pour quoi ? Pour des suspicions stupides ! Je le savais moi qu'il ne travaillait pas pour votre mari !
-Ah oui ? Alors pourquoi l'avoir attaqué ?
-Pardon ?! Il m'a attaqué le premier !
-Être accusé à tort, pour un français, c'est une attaque !
-Non mais je rêve, vous n'allez pas le justifier vous en plus non ? D'abord la cuisse, maintenant ma joue, je vais ressembler à quoi moi après cette mission ?!
-Calmez vous Holmes, ce mur ne vous a rien fait.
-Je préfère que ce soit lui plutôt que vous.
-Je ne vous savais pas violent.
-Ah mais, ah mais... Ah j'abandonne.
Holmes se laissa glisser sur le banc, aux côtés de la jeune femme.
-Nous serons dehors dans quelques minutes, ce n'était qu'une altercation complètement banale dans un café.
-Vous avez pensé à la discrétion ? Si votre tête est mise à prix ce doit être dans TOUTE la France ma chère, et un policier de campagne qui met la main sur la femme la plus recherchée du pays ne la lâche pas aussi facilement.
-Voyons, je doute être connue ici, pour tout vous dire, je ne connais même pas ce village...
-Allons-nous au moins vers Rouen ?
-Ah oui, ça j'en suis certaine, seulement je ne fais que passer lorsque je voyage de Rouen à Calais, alors ces petits villages sont assez insignifiants.
-Pensez vous que votre mari n'a aucune influence par ici dans ce cas ?
-Vous me faites sérieusement douter... Je me sens effectivement en danger.
-Il fallait être sûre de votre coup pour cet homme dans le café ! Si vous étiez si certaine que votre mari ne connais pas ce village, pourquoi il y aurait placé quelqu'un ?
-Vous dites vous même que je ne suis pas érudite, pourquoi me laisser m'emporter ?
-Rien à voir ma chère ! Nous parlons de logique et de bon sens !
-Oh lâchez moi un peu et trouvez plutôt un moyen de nous faire sortir d'ici avant que mon mari ne rapplique !
-Aussi vite ? De son château aux bords de la Loire jusqu'à Rouen ?
-Nous ne savons pas où il est, aux dernières nouvelles !
-Mais vous paniquez ? Ahah ! Maintenant vous paniquez !
-Holmes ! Ce n'est pas le moment !
Le bruit de la lourde porte qui s'ouvre et les pas lourds de l'homme qui les a mit là les fit taire très rapidement.
-Ils sont là, tous les deux. Dit il, Milly eu un frisson, à qui d'autre que son mari pouvait-il annoncer ça ? Son corps entier se mit à trembler, l'angoisse et la peur prirent le dessus. D'abord dans la raillerie, Holmes se rasséréna et pris doucement la jeune femme dans ses bras. Il se rendit compte qu'elle était effectivement pétrifié par la peur. Quel homme pouvait bien faire ressentir ça à sa propre femme ? Ancienne, soit, mais elle a bien été sa femme un jour, pour cela, il devait bien l'aimer tout de même. Holmes soupira pour lui même, il savait bien que l'amour n'apportait jamais rien de bon. Et même s'il aimait souvent se moquer des gens à qui cela arrivait, cette fois, il était véritablement touché par la situation. Milly n'avait pas la réputation d'être une croqueuse de diamant, encore moins une femme légère, ce mariage avait du être sincère au moins d'un côté, malheureusement, d'un seul côté. Pensant à cela, Holmes renforça son étreinte, la laissant trembler entre ses bras. Un élan de tendresse lui fit caresser ses cheveux, tentant de la calmer, lui murmurant doucement au creux de l'oreille. Milly se blottit rapidement contre lui, essayant de se calmer. Mais l'angoisse était plus forte que tout, et bientôt les larmes coulèrent sur ses joues. Le policier et son mari se tenait tranquillement dans le couloir, et aucune des voix de parvenaient distinctement à ses oreilles. Elle savait qu'aussitôt qu'il la verrait, ce sera fini, autant pour elle que pour Holmes. Le danger était bien présent, et Milly s'était préparée à lui faire face, mais pas aussi rapidement, et uniquement pour elle même. Elle ne pouvait accepter l'étreinte et les caresses de Holmes sans rien dire ou faire alors que dans quelques secondes, son mari le tuerait très certainement sans aucun scrupule. Mais elle se sentait d'une faiblesse telle que, même si dans sa tête elle s'était levée dix fois, elle restait assise, tremblante, dans les bras du détective.
-Je suis désolée.
Parvint-elle à articuler, finalement.
-Pardon ? Dit Holmes en lui relevant le visage. Milly le cacha bien vite de ses mains. Pourquoi êtes-vous désolée ?
-Je, je ne voulais pas en arriver jusque là, je pensais réussir à vous épargner de mon mari. Je ne voulais que le mettre au pied du mur, que la vérité éclate grâce à vous, qu'il m'exécute ou non n'avait guère d'importance. Mais je ne pensais pas qu'il vous aurait vous aussi.
Holmes sursauta.
-Mais qu'est ce que vous racontez ? Il écarta les mains qui recouvraient son visage. Vous n'êtes pas sérieuse ?
Milly se mit rougir, elle n'avait pas l'intention de sortir un tel discours d'héroïne de roman, mais c'était pourtant ce qu'elle avait prévu, en d'autre terme moins romanesque, très certainement.
-Je sais très bien ce qu'il se passera lorsque mon mari nous verra. D'ailleurs, je ne les entend plus... Que font-il ? J'ai trop peur pour me lever. Holmes tenta alors de se lever pour jeter un coup d'œil derrière les barreaux, mais sentit un résistance. Milly tirait sur son veston, apeurée, les yeux remplis d'effroi. Mais ne me laissez pas seule ! Glapit-elle, enfin je...
Holmes souri, et se rassi pour la reprendre dans ses bras.
-Il n'y a pas à être désolée, ma lady. Dit il doucement en passant ses doigts dans ses longs cheveux.
Finalement, Milly se défit de sa douce étreinte, et se dirigea vers les barreaux. À droite, personne dans les couloirs. Ils n'avaient pourtant pas rêvé, le policier était rentré avec quelqu'un ! Et la porte ne s'était pas rouverte ! Soudain deux silhouettes passèrent devant la glace fumée qui protégeait le bureau principal. Milly se sentit défaillir. La peur était bien trop forte pour elle. Aussitôt Holmes se jeta sur elle avant qu'elle ne tombe au sol.
-Milly ? Milly ? Heho, Mildred ?! Il tenta de la secouer maladroitement, l'idée de la gifler lui vint même à l'esprit, après tout c'était de sa faute s'ils étaient enfermés... En riant pour lui même, Holmes déposa le corps évanoui de la jeune femme sur le banc puis chercha quelque chose pour l'aérer. Rien, même pas un éventail ? Dans une cellule, ah oui. Holmes n'eut d'autre choix que d'utiliser un des nombreux pan de la robe de Milly pour aérer son propre visage, laissant ses jambes à découvert. Que ce soit pour l'air où le déshabillage intempestif, aucune réaction. Il voulu appeler le policier, mais si c'était vraiment le mari de Milly qui était avec lui, il valait peut être mieux les laisser converser dans le bureau. Ah les femmes, se dit-il, beaucoup trop émotive. En même temps, il y avait une forte chance pour qu'elle meure dans l'instant, l'émotion était donc légitime. À court d'idée, Holmes tenta tout de même une légère tape sur sa joue. Pas de réaction. Milly ? Répéta t-il. J'ai besoin de vous éveillée ! Milly ! Il secoua fortement ses épaules, pour réussir à lui tirer un léger grognement. Ah ! Tout de même ! Holmes se leva, pensant qu'elle allait se réveiller aussitôt, mais e ne fut pas le cas. Allons bon. Il la regarda « dormir » paisiblement alors que quelques secondes avant elle était la femme la plus angoissée de toute la France. Elle était pâle, plus pâle que d'habitude, ses lèvres roses ressortaient bien plus, et rien ne venait briser ce visage de porcelaine. Il s'agenouilla près d'elle, et se surpris à lui caresser les joues. Puis, dans un rire gêné, il s'approcha de ses lèvres, s'approchant de quelques millimètres, sentant son souffle lent sur sa bouche. Il déglutit avant de l'embrasser. D'abord très rapidement, timidement, un baiser volé à la va-vite, s'attendant même à recevoir une claque. Mais toujours aucune réaction, elle était réellement sonnée. Il caressa alors son épaule, remontant sa nuque fraîche, puis mit ses mains chaudes de part et d'autre de son visage inerte avant de s'avancer une nouvelle fois vers sa bouche demandeuse. Il soupira fortement avant de se ressaisir, et se mit à penser là, agenouillé près d'elle, avant de se donner une claque. Mais le doux visage de la jeune femme semblait être plus fort que n'importe quelle raison, n'importe laquelle, même celle de Holmes. En soupirant une nouvelle fois il s'approcha lentement de ses lèvres, bien décidé à l'embrasser. À l'inverse, il tomba en arrière.
-Holmes ! Cria Milly en se relevant rapidement, cognant au passage le détective qui se retrouva allongé par terre. Aïe, fit-elle en se frottant le front. Qu'est ce que vous faites par terre ?
-Je...suis tombé. Vous allez bien ? S'enquit-il de demander en se dirigeant vers elle, l'aidant à s'assoir.
-Oui, oui, merci, j'ai mal à la tête, je suis tombée en m'évanouissant ?
Holmes gloussa, gêné.
-Oui, désolé, je n'ai pas été assez rapide.
-Ce n'est rien. Ils... Ils ne sont toujours pas venu ?
-Non, ils sont toujours dans le bureau. Dit-il en regardant la vitre fumée.
-J'ai si peur...
-Je crains que ce ne soit pas votre mari, ma chère.
-Pardon ? Lança la jeune femme, à moitié soulagée et honteuse.
-J'ai toujours entendu dire que votre mari était quelqu'un d'assez élancé, et portant un intérêt profond à son style et à sa classe, sa manière de marcher et ce qui s'en suit.
-Oui ?
-Je crains que cet homme là n'est qu'un paysan du village.
-Quoi ? Qu'est ce qui vous fait dire ça.
-Je le vois.
-A travers le verre fumé ? Vous voulez me faire avaler ça ?
-Je le crains.
Soudain, le policier sortit de son bureau, suivit, effectivement, par un simple habitant du village.
-Hep vous deux ! Héla t-il, vous pouvez sortir c'est bon, André ne portera pas plainte, expliqua t-il en s'approchant des barreaux, clé à la main.
Milly devint rouge pivoine. Elle avait une nouvelle fois montré à quel point elle était faible, et Holmes devait avoir de sérieuses raisons de se moquer d'elle, ou pire, de l'abandonner là, à sa faiblesse.
-He bien, chère Milly, allons-y ! Dit-il, en fait.
Les yeux écarquillés, Milly attrapa la main que Holmes lui tendait, et, après avoir récupéré leurs affaires, ils sortirent de l'établissement. Ils reprirent leurs routes en silence. Tout deux étaient gênés, pour des raisons différentes.
-Je les ai relâché, monsieur.
