Chapitre 7 : Juste du théâtre ?

Le voyage jusqu'à la Bordure Intérieure et les Colonies se déroula sans incident. Ils ne rencontrèrent qu'un contrôle au moment de se poser sur Zardossa Stix et leurs (faux) papiers étant en règle, la douane les autorisa à se poser. Hux remercia leur pilote et lui suggéra de ne pas trop s'attarder. La jeune femme opina, n'ayant de toute façon guère envie de rester longtemps sur cette planète industrielle, grise et polluée. Hux et Poe eux-mêmes se dépêchèrent de trouver un vol pour Corulag. Après Yavin IV, l'atmosphère de cet endroit commençait à leur démanger furieusement la gorge.

Le transport sur lequel ils embarquèrent mettait une journée pour rejoindre le Noyau, mais ils ne pouvaient se permettre de dépenser trop d'argent pour voyager. Hux semblait remarquablement à l'aise et Poe se demanda s'il n'avait pas déjà quelques missions d'infiltration à son actif. Après tout, qui soupçonnerait un homme aussi aisément repérable d'être un espion ?

Durant les vingt-quatre heures qui suivirent, les deux hommes s'entraînèrent à jouer le rôle que Poe avait suggéré par plaisanterie. Au grand soulagement du pilote, l'officier ne le touchait jamais sans le prévenir de quelque façon, ni de manière trop prolongée. Il n'avait pas non plus exigé de démonstration publique d'affection pour "faire vrai", se contenant parfois de glisser son bras sous celui de Poe lorsqu'ils marchaient dans les couloirs. Ils passèrent le plus clair du voyage dans leur cabine à lire ou jouer au dejarik emprunté à la bibliothèque du bord, ne sortant qu'à l'heure des repas et retournant rapidement dans leur refuge une fois leur assiette vide.

- Vous savez comment procéder ? demanda Hux alors qu'ils n'étaient plus qu'à trois heures de vol de leur destination.

- Je connais plusieurs éditorialistes dans les journaux du secteur, répondit Poe. La célébrité peut avoir du bon, de temps en temps. Si je les contacte tous pour leur transmettre les informations, nous aurons une couverture maximale.

- Votre histoire sera bien couverte. Je me ferai discret pendant que vous déballez cette affaire. Je vous l'ai dit, je vous accompagne uniquement pour surveiller vos arrières, et je compte bien disparaître après.

La froideur de son affirmation laissa un goût déplaisant à Poe. Il n'aimait pas être considéré comme une simple obligation.

Il n'eut pas à ruminer ces questions trop longtemps, cependant, car l'arrivée sur Corulag, le passage à la douane et l'immersion dans l'immense cité lui demandèrent bientôt toute sa concentration.

Tandis qu'ils cherchaient un taxi pour quitter la zone astroportuaire, Hux glissa négligemment son bras sous celui de Poe et rectifia le col de sa veste de l'autre main, un geste qui n'échappa point au chauffeur qui vint les prendre en charge. L'homme leur proposa aussitôt une liste d'hôtels confortables et pas chers où ils pourraient passer leur voyage de noces en toute quiétude. Si leur attitude était une ruse, la liste, en revanche, se révéla bienvenue, et ils purent opérer une pré-sélection pendant la durée du parcours jusque dans le centre-ville, ou du moins, le centre le plus proche du spatioport. Il y avait là quatre hôtels qui rentraient dans leur gamme de prix et après avoir étudié l'agencement des immeubles et le degré de confidentialité qu'on pouvait attendre de leurs parties communes, les deux hommes fixèrent leur choix.

- Excellent ! assura leur chauffeur. La cuisine est délicieuse et le personnel aux petits soins ! J'y ai déjà emmené des tas de couples.

Ils le remercièrent abondamment quand il les déposa devant le bâtiment, payèrent la course et entrèrent dans le hall d'accueil.

L'endroit était chaleureux et bien décoré, sans excès quoique le propriétaire eût de toute évidence un goût certain pour les fleurs exotiques, et la réceptionniste les salua avec son plus charmant sourire.

- Messieurs, soyez les bienvenus. Vous souhaitez louer une chambre, ou deux ?

- Une seule, s'il vous plaît, répondit Hux sans se départir d'un sourire aimable et d'un ton poli.

- Pour combien de jours ?

Les deux hommes échangèrent un regard.

- Disons cinq, décida Poe.

- Petits-déjeuners compris ?

- De préférence, enchaîna Hux avec bonne humeur.

Leur petit numéro était parfaitement au point, songea Poe, et ils ne l'avaient même pas répété. La réceptionniste leur fit verser un acompte puis leur tendit deux passes portant le numéro de leur chambre. L'ascenseur les emmena rapidement au quinzième étage et ils trouvèrent vite leur nouveau logement.

Une fois à l'intérieur, Poe eut une seconde de malaise en voyant qu'il n'y avait qu'un seul lit. Cependant...

- On pourrait y mettre quatre ou cinq personnes, remarqua-t-il. Aucun de nous n'aura besoin de dormir par terre ou sur le canapé.

- Vous êtes sûr que ça ne posera pas de problème ? demanda Hux en posant son sac sous le portemanteau.

- A moins que vous ne voliez toutes les couvertures, je ne pense pas, tenta de plaisanter le pilote.

Hux accepta sa réponse et se mit à déballer ses affaires, portant sa trousse de toilette dans la salle de bains avant de déposer soigneusement un t-shirt et une paire de boxers sur son oreiller, avec des gestes précis qui trahissaient sa nervosité. Poe attendit qu'il eût terminé avant de s'installer à son tour.

- Comment comptez-vous procéder ? questionna Hux, assis sur le bord du lit pour ôter ses bottes.

- Demain matin je vais envoyer une demande de rendez-vous à tous mes contacts gratte-papier. Le bar de l'hôtel fera très bien l'affaire. On pourra toujours dire que ce sont des amis venus nous féliciter pour notre mariage...

Hux émit un reniflement dédaigneux à cela.

- Il y a une connexion Holonet ici, je suppose ? Vérifiez que vos copains sont toujours en vie avant de les appeler...

Il sortit son datapad pour se remettre à lire tandis que Poe révisait la liste de ses contacts. Par chance, les quatre personnes qu'il voulait rencontrer travaillaient encore dans le système à des postes suffisamment élevés dans leurs journaux respectifs. Il n'avait plus qu'à croiser les doigts pour qu'aucun d'entre eux n'eût été acheté par l'un ou l'autre des cartels qui tenaient de s'infiltrer de nouveau dans le Sénat... Pour l'instant, d'ailleurs, ils ne s'y trouvaient pas encore mais des négociations étaient en cours, lui apprirent les dernières nouvelles en ligne. Il était plus que temps de faire publier les découvertes de ses camarades. Poe rédigea son message en termes suffisamment vagues pour ne pas provoquer de signalement puis croisa les doigts lorsqu'il l'expédia, priant pour ne pas déclencher de cataclysme, autant pour lui-même que pour Hux.

- Quand arriveront-ils ? s'enquit l'ancien officier.

- J'ai proposé après-demain. C'est largement suffisant pour voyager entre les différentes planètes de ce système. Après... c'est le saut dans l'inconnu.

Hux opina sagement, avant de proposer, vu l'heure, de commander le dîner et de le faire monter dans la chambre ; cela accréditerait leur couverture auprès du personnel. Il poussa même le souci du détail jusqu'à ouvrir plus largement le col de sa chemise et pincer une petite marque rouge sur son cou avant que le serveur ne se présentât à leur porte. C'était un droïde, aussi l'effet fut un peu perdu, mais Poe apprécia le sens de la mise en scène dont l'officier faisait preuve. Le droïde déposa le plateau sur la table basse devant le canapé et repartit en bipant gaiement l'équivalent de "Bon appétit". Hux souleva prudemment les couvercles des assiettes et une odeur de poisson doucement mijoté vint leur flatter les narines.

- Le taxi avait raison, je crois que nous sommes tombés sur un chef quatre étoiles, dit-il avec un fin sourire. Venez manger avant que ça ne refroidisse.

- C'est vrai que c'est très bon, commenta Poe après quelques bouchées, l'œil déjà posé sur les petits fromages bien secs et la cloche qui couvrait le dessert. Dites, combien d'opérations de renseignement avez-vous déjà faites ? Parce que pour un ingénieur qui n'est pas censé avoir quitté son bureau depuis des années, vous êtes doué...

Hux piqua un autre morceau de poisson sur sa fourchette avant de répondre.

- Le Premier Ordre a toujours eu besoin de personnel polyvalent. Donc oui, j'ai aussi opéré comme espion. Pas souvent, mais ça me plaisait assez de me couler dans un autre rôle que "le sale petit bâtard maigrichon du commandant Hux".

Les sourcils de Poe remontèrent sous l'effet de la surprise.

- Je croyais que c'était de la propagande, ça.

- Perdu. Le vieux salopard voulait tellement un héritier qu'il n'a pas hésité à tromper sa femme et faire un enfant à une autre. Concernant ce dont il était capable, je pense que même vos plus talentueux satiristes sont très, très en-dessous de la vérité.

Poe ne savait trop que répondre à cela, aussi se concentra-t-il sur son dîner. Ils finirent le poisson et le fromage, avant d'attaquer les petits gâteaux, un délice dont Kes aurait sans doute voulu la recette sur-le-champ, et de se lécher les doigts comme des gamins pour ne rien en perdre. Une fois tout le plateau liquidé, Hux alla le redéposer sur la console à côté de la porte, avant d'aller récupérer ses affaires sur le lit.

- Je peux ? demanda-t-il en pointant la salle de bains attenante.

- Oui, allez-y. Je vais finir de monter le camp en attendant.

Poe se mit à déplier ses habits pour les ranger dans la penderie, jetant au passage un regard aux affaires que Hux y avait accrochées précédemment. Une veste noire, et quelque chose de vert... Le pilote se dépêcha de regarder ailleurs et de revenir s'asseoir près de la fenêtre. Hux se pliait en quatre pour l'aider à accomplir sa mission, et lui se permettait de fouiller dans ses bagages ? Bravo Dameron. La classe... L'eau cessa de couler pendant une dizaine de minutes de l'autre côté de la porte, puis reprit son bruit régulier. Peu après, Hux réémergea, la salle de bains laissant échapper un petit nuage de vapeur. C'était bien la première fois, songea Poe avec amusement, qu'il avait un peu de couleur aux joues. Son sourire disparut, cependant, tandis qu'il observait discrètement l'autre homme.

- La place est libre. Je vais bouquiner un peu.

- D'accord.

Leur cohabitation était à la fois étrangement familière et complètement artificielle. Ils se forçaient à jouer un rôle alors qu'il aurait peut-être été plus simple de ne rien jouer du tout. Poe appréciait la compagnie de Hux, même s'il aurait traité de cinglé quiconque le lui aurait prédit trois ans plus tôt. L'homme avait un certain humour, le sens des responsabilités, le respect des limites... Force, tout ce qu'ils auraient pu réussir s'ils avaient travaillé ensemble...

Une fois sous la douche, Poe étudia soigneusement ses anciennes blessures, tout en réfléchissant à celles qu'il avait vues sur Hux. La cicatrice sur le haut du bras gauche correspondait à son handicap, mais les autres... Des points de brûlures aux tempes, aux chevilles et aux poignets, les mêmes que Poe avaient récoltés lors de son internement à bord du Finalizer. Il aurait quelques questions à poser à l'état-major une fois qu'il serait officiellement revenu parmi les vivants.

Poe émergea de la cabine avec un petit soupir d'aise. Une douche bouillante avait toujours été son moment de détente favori. En passant il jeta un coup d'œil aux étagères qui encadraient le miroir ; l'hôtel fournissait une partie des produits de toilette, dont du savon, des pastilles de dentifrices, du shampooing... ainsi que de l'huile de massage et du lubrifiant. Eh ben on peut dire qu'ils pensent à tout, ceux-là, songea Poe en sentant un rien de rouge lui monter aux joues. Il se trouvait assis entre deux chaises sur le sujet. D'un côté il désirait retrouver un peu d'intimité physique avec une personne de confiance (et il devait admettre qu'au fil des mois, Hux était devenu ce genre de personne), mais de l'autre il répugnait à utiliser l'autre homme dans le but d'effacer le traumatisme qu'il avait subi. Le fait de ressentir en prime une vraie attirance, physique et intellectuelle, pour l'étrange personnage n'arrangeait rien.

Il ressortit de la salle de bains sans s'être vraiment éclairci les idées. Hux était assis sur les couvertures, en train de lire, calé contre deux gros coussins, et ne prêta guère attention à Poe tandis que celui-ci s'installait. Pas de quoi s'inquiéter, il y avait vraiment la place de caser trois personnes entre eux. Le pilote lut quelques pages de son propre hololivre, mais la nervosité qu'il ressentait depuis l'envoi de son message l'empêchait de se concentrer. Il reposa le datapad et éteignit sa lampe. Peu de temps après un petit 'clic' lui apprit que Hux l'avait imité. Après quelques froissements de couverture, l'autre homme cessa de remuer et une respiration régulière monta de son côté. Déjà endormi ? Y'en a qui ont de la veine...

Après s'être tourné et retourné entre ses draps pendant probablement une bonne heure, Poe avait fini par s'endormir à son tour, mais il ne se sentait pas spécialement reposé quand il se réveilla alors que le jour pointait tout juste à travers les rideaux. De l'autre côté du matelas, Hux était parfaitement immobile mais le rythme de sa respiration indiquait qu'il était lui aussi réveillé, sans doute depuis un moment.

- Je vous ai dérangé ? demanda-t-il à voix basse.

- Non, c'est bon, assura Poe. Trop nerveux pour bien dormir, c'est tout.

- Attendez au moins de voir leurs réponses avant de vous ronger les ongles, conseilla Hux. Et quoi qu'ils fassent, nous avons une journée entière à occuper de façon crédible. Il y a des musées dans le coin ?

Poe émit un grognement et leva les yeux au plafond. Il ne manquait plus que Hux fût un émule de Thrawn…

- Aucune idée, mais je connais tous les bars du secteur, répliqua-t-il d'un ton faussement agacé.

- M'étonne pas. Petit-déjeuner en chambre ou dans la salle commune ?

- On ferait peut-être mieux de montrer un peu nos têtes, non ? Ils vont finir par envoyer quelqu'un vérifier notre état de santé si nous ne descendons pas, fit remarquer Poe.

Hux concéda le point et ils se préparèrent rapidement avant de se rendre, rasés et habillés de frais, au huitième étage, où se situaient les salles à manger. S'asseyant près d'une des larges baies vitrées, ils observèrent le trafic et les véhicules à peine plus gros que des insectes depuis leur point de vue haut perché tandis que le serveur préparait le caf et le thé qu'ils avaient commandés. Les tasses et les pots fumants arrivèrent sur la table accompagnés d'un mini-verre de jus de fruit.

- Excellent, décréta Hux après avoir siroté une gorgée de thé. Voyons si le reste est à la hauteur du dîner d'hier.

Le petit-déjeuner consistait en un buffet très bien garni en sucreries comme en salé, et Poe put vérifier que les techniciens du Finalizer n'avaient pas menti lorsqu'ils avaient qualifié leur patron de bec sucré. A l'exception d'une tranche de viande séchée et épicée, Hux n'avait sélectionné que des douceurs : des fruits, quelques petits gâteaux et de la confiture pour des tartines. Quelques jours de ce régime l'aideraient à se remplumer un soupçon, songea Poe, car on pouvait presque lui compter les côtes à travers sa chemise.

Une fois revenus à leur table, ils prirent leur temps pour savourer le contenu de leurs assiettes. Pour un peu, ils auraient pu se croire en vacances.

- Des idées de promenade pour aujourd'hui ? demanda Hux en faisant mine de se pencher pour des confidences affectueuses.

- J'aimerais bien faire du repérage autour du lieu de rendez-vous que j'ai donné à nos journalistes. C'est un poil plus sélect qu'ici, mais ça implique une meilleure sécurité et un filtrage plus sérieux à l'entrée.

- Fort bien.

Ils remontèrent prendre leurs vestes, et Hux le suivit sur les trottoirs aériens apparemment en toute confiance. Poe aurait pu le conduire droit dans un piège et le faire de nouveau arrêter par les forces de la République, certes. Mais le pilote devait admettre que l'idée ne lui avait jamais traversé l'esprit tandis qu'il préparait le rendez-vous. Il n'avait qu'à repenser à la tente de Waldon pour oublier tout projet de doubler l'officier et le renvoyer en prison.

Ils déambulèrent ainsi pendant une heure environ avant de rôder aux abords du club que Poe avait choisi. Il connaissait l'endroit pour y avoir servi de garde du corps à certains gradés de la Résistance en quête de financements. C'était un des lieux de divertissement les plus coûteux qui fussent mais la confidentialité s'y voyait toujours respectée.

- J'ai l'impression que toutes nos économies suffiront tout juste à nous y payer un verre. Il ne faut pas s'acquitter d'un droit d'entrée ? questionna Hux, plaisantant à moitié.

- Certains clients ont un abonnement qui donne accès à des tables spécifiques et des services comme le voiturier ou le taxi jusqu'au domicile, mais à condition de ne pas se présenter en vêtements troués, et sans arme, n'importe qui peut entrer, tant qu'il consomme ensuite.

Hux opina en silence, considérant les deux vigiles à l'entrée. Costumes impeccables, la carrure de Kylo Ren et le même regard "vif" d'ailleurs, un blaster classique chacun, et possiblement une autre arme dissimulée. La jouer décontractée mais chic devrait suffire. Hux avait pas mal d'expérience dans ce style.

- Vous avez réservé une table ? demanda-t-il tandis qu'ils reprenaient leur marche.

- Je le ferai en rentrant à l'hôtel, répondit Poe. Ça leur laissera un peu moins de temps pour vérifier nos identités.

- Bien vu, approuva Hux. Le métier rentre.

- Hé ! protesta le pilote d'un ton faussement outré. C'est pas parce que je me suis fait choper une fois que je suis forcément nul !

Hux se mit à rire, s'arrêtant un instant pour laisser passer son accès de gaieté.

- Je vous fais marcher, Dameron. Mais il n'empêche, cela fait plaisir de voir que vous prenez votre travail au sérieux.

Poe se sentit soudain plus léger. On ne l'avait pas félicité pour son travail depuis un bout de temps, ses performances aux commandes de son X-Wing étant en quelque sorte considérées comme acquises par le haut commandement.

Les deux hommes passèrent encore plusieurs heures à déambuler en parfaits touristes, une façon comme une autre de s'assurer que personne ne les suivait et pour Poe, de se réacclimater à la vie dans le Noyau. Il avait presque oublié à quel point tout le monde courait dans tous les sens.

Après avoir parcouru un jardin suspendu en long, en large et en travers, et déjeuné dans un petit café à peu près abordable, ils revinrent tout aussi paresseusement à l'hôtel.

- Pas de suiveur, confirma Hux tandis qu'ils prenaient l'ascenseur. Ou alors ce sont des Ombres. Prêt pour la grande première demain ?

Poe se racla la gorge.

- En fait... ce n'est pas la première interview que je donne...

Hux haussa un sourcil.

- Oh ?

- Hem... Les gens avaient envie de mieux connaître la Résistance...

- C'est cela, oui... dit Hux d'un ton traînant. Et combien de journalistes mâles ou femelles souhaitaient mieux vous 'connaître' au sens religieux du terme ?

Poe eut soudain envie de disparaître sous le plancher.

- Hé bien... un certain nombre... dut-il admettre, tandis que Hux cachait un sourire toujours plus large derrière sa manche. Ça vous fait marrer de m'embarrasser toutes les cinq minutes ?

- Je ne pensais pas que ce serait si facile, vu vos qualités au combat et...

- ... ma réputation de coucheur, je sais, dit amèrement Poe. Certains de vos ex-collègues me l'ont renvoyée à la figure lorsque j'ai procédé à leur arrestation. J'imagine que des prisonniers ont dû raconter des choses passionnantes.

Hux le considéra un instant avec un mélange d'inquiétude et d'indécision.

- Cette réputation n'est pas justifiée, donc ? demanda-t-il avec prudence.

- Non, répondit Poe en serrant les dents. Parce que je suis doué pour jouer la comédie, on m'a souvent envoyé faire un numéro de charme à des contributeurs potentiels, mais ça ne s'est que très rarement fini dans une chambre, et j'ai un nombre de relations nettement plus réduit que certain chevalier de Ren pourrait le raconter.

- Très rarement couché pour obtenir des crédits pour la Résistance ? siffla Hux. Ça fait déjà quelques fois de trop, si je puis me permettre. Il me semble qu'il y a un terme légal pour ce genre de pratiques.

- Ce n'était pas comme ça ! protesta le pilote. Personne ne m'a collé un blaster sur la tête.

- Non, en effet, dit Hux, mais on vous a fait comprendre que votre coopération était "indispensable" et que telle ou telle personne serait très déçue si vous vous défiliez. Dur de dire non, surtout quand la personne qui vous demande ce… petit service est votre idole depuis l'enfance, pas vrai ?

Poe opina d'un air malheureux, partagé entre l'envie de mettre un coup de poing dans un mur et de se rouler en boule dans un coin. Hux avait raison, même si Poe aurait préféré dire que non. Son physique avantageux lui avait rapporté plus d'ennuis qu'autre chose et son aptitude à jouer les gars souriants et à l'abord facile avait été exploitée sans merci. Il aurait tant voulu trouver une personne capable de comprendre à quel point il souffrait de la situation, qui lui laissât l'espace dont il avait besoin quand c'était nécessaire et qui ne se moquât pas de ses insécurités - et de préférence pas un fanboy. Mais regarde-toi dans un miroir, Poe. De quoi tu te plains ? ou bien Il est impératif que nous ayons le soutien financier de ce sénateur, Poe. Faite-lui votre plus beau sourire. Ou son préféré : Tu as toujours tout eu : le commandement, la belle gueule et t'es le chouchou d'Organa ! Qu'est-ce qu'il te faut de plus ?

Et celui qui le comprenait le mieux était un ennemi, un homme que Poe avait contribué à envoyer en prison, et qui en son temps avait ordonné l'arrestation et la torture du pilote.

Mais quand ma vie redeviendra-t-elle simple, bons dieux ?

Hux le prit en pitié et cessa de le questionner. Ils passèrent quelques heures à bouquiner en attendant le dîner, échangeant des remarques sur leurs livres de temps en temps, de nouveau en phase. Le repas du soir se déroula dans un silence confortable, et la nuit suivante tout aussi tranquillement, bien que Poe se fût attendu à des insomnies et un estomac noué. De façon globale, il dormait nettement mieux depuis qu'il avait été récupéré par Hux et sa petite bande. Des gens qui ne passaient pas leur temps à le traiter comme un invalide et envahir sa petite bulle, ça n'était pas si mal, finalement.

Le lendemain, cependant, le stress refit son apparition. Poe avait du mal à se concentrer sur ce qu'il faisait et sentait par moments la nausée lui remonter dans la gorge.

Le soir approchant, les deux hommes effectuèrent leur transformation en membres de la jet-set locale en enfilant les habits de marque qu'ils avaient récupérés sur le vaisseau de croisière. Ça ne lui allait pas si mal, décida Poe en se regardant dans le miroir de la salle de bain. C'était bien la première fois de sa vie qu'il portait une chemise en soie ; il allait probablement la garder. Bon, assez fait de mines devant la glace, on sort d'ici et on y va.

Il ouvrit la porte pour revenir dans la suite...

Gah. Putain de merde, ça devrait être illégal d'être aussi...

- Très... très élégant, parvint-il à croasser.

Sanglé dans un habit cintré juste comme il fallait, son foulard vert autour du cou et ses cheveux roux faussement désordonnés, Hux était à damner un saint. Et Poe n'avait jamais rien eu d'un saint.

- Content que ça vous plaise. Vous avez assez bonne allure sans cette fichue veste informe, commenta Hux. Nous y allons ?

Il lui tendit le bras et Poe glissa le sien dessus avec un sourire amusé. Le réceptionniste leur souhaita une excellente soirée quand ils passèrent dans le hall et ils se mêlèrent à la foule qui commençait à sortir des immeubles et des bureaux pour aller dîner. Personne ne leur prêtait la moindre attention, beaucoup de passants prenant les trottoirs automatiques pour pouvoir avancer sans lever le nez de leur datapad ; mais Poe ne se lassait pas de regarder tout autour de lui, profitant des multiples lumières et du spectacle bruyant et coloré de la rue. Ils arrivèrent au club presque trop tôt à son goût, et avec une bonne demi-heure d'avance par rapport au rendez-vous qu'il avait fixé aux journalistes. Poe commençait déjà à se sentir mal lorsqu'ils présentèrent leur billet d'entrée aux vigiles, qui les laissèrent passer après s'être assurés qu'ils ne portaient pas d'armes. La main de Hux se posa entre ses omoplates dès qu'ils furent à l'intérieur, sous couvert d'un geste affectueux.

- Du calme, ordonna-t-il. Si vous vous mettez à vomir en plein milieu de la discussion, ça ne va pas aller du tout.

- Ouais... ouais, d'accord, je vais essayer.

La main resta, se mettant à tracer des cercles légers dans son dos pour le rassurer. Poe inspira profondément avant de se redresser et guider son compagnon jusqu'à la table qui leur avait été attribuée.

Elle se situait dans un angle peu visible depuis l'entrée de la salle, Poe ayant précisé qu'il souhaitait un coin tranquille pour une petite réunion entre amis. De hautes plantes en pot la dissimulaient en partie et la coque de la banquette en demi-cercle apportait elle aussi une touche de camouflage, empêchant qu'on vît clairement les visages et le nombre de personnes présentes.

Les deux hommes s'assirent et prirent un moment à faire semblant de discuter de petits riens avant d'activer la console tactile incrustée dans le plateau de la table. Hux était doué à ce jeu, songea Poe. A le voir, personne n'aurait pu se douter que ses marques d'affection étaient feintes.

- Allez, encore vingt minutes et vous serez un homme neuf, dit l'ex-général en souriant malicieusement, et vous pourrez retrouver votre déserteur préféré.

Poe eut un petit hoquet de surprise.

- Mais... on n'est pas du tout ensemble ! contesta-t-il aussitôt. C'est une idée qui s'est bien incrustée dans la tête de mes équipiers, mais... non. On a passé moins d'une journée ensemble avant qu'il soit blessé sur Starkiller, et après il est parti en mission avec quelqu'un qui lui convenait mieux, je pense. C'est un gentil fanboy, mais je n'aime pas qu'on me mette sans arrêt sur un piédestal ou qu'on fasse de moi un modèle de quoi que ce soit… et puis dix ans d'écart, ça compte dans votre façon de voir le monde.

- Oh... D'accord.

Pour se donner une contenance, il étudia la carte et la liste des cocktails, laissant Poe un peu perplexe. Le pilote finit par se plonger dans la lecture de la vaste palette de choix qui s'offrait à eux. Il se décida pour un mélange peu alcoolisé, désirant garder la tête froide pendant toute l'entrevue. Hux l'imita et bientôt un serveur tout à fait humain leur apporta leurs consommations. Disposer de serveurs organiques était une marque de luxe, car ils coûtaient bien plus cher que des droïdes. Le cocktail que Poe sirota était un peu trop sucré à son goût, mais pas mauvais dans l'ensemble. Hux paraissait aux anges, sans surprise connaissant son petit faible pour le sucre.

Un moment s'écoula pendant lequel les deux hommes causèrent comme s'ils étaient vraiment un couple tout juste marié, puis le pilote haussa légèrement le cou pour voir ce qui se passait dans la salle.

- Ah. Les voilà, annonça-t-il au bout d'une minute ou deux.

- Parfait, répondit Hux. Je vais me faire oublier pendant votre entrevue, mais je garderai un œil sur vous.

Ce disant, il fit glisser le couteau de ses couverts dans la manche de sa veste et s'éloigna d'un pas nonchalant, comme s'il allait juste prendre l'air. Poe se sentit immédiatement moins assuré, mais secoua la tête et se morigéna pour son accès de faiblesse. Il devait pouvoir se débrouiller sans béquille ; Hux ne serait pas toujours présent à ses côtés, et sans doute plus tôt que Poe ne le souhaitait.

Les journalistes arrivèrent à sa hauteur et le saluèrent avec une surprise évidente. Eux aussi avaient dû le croire mort, et se poser beaucoup de questions lorsqu'ils avaient reçu un courriel signé de son nom.

- Toujours vivant, oui, leur dit-il après leur avoir serré la main, et non, je ne suis pas un clone. Heureux de vous revoir, messieurs-dames.

- Nous de même, Commandant Dameron. Alors... racontez-nous tout.

- Permettez que je commande un verre de plus, c'est une longue histoire et je risque d'avoir soif.

Ils sourirent poliment à sa piètre plaisanterie, mais n'oublièrent pas de prendre eux aussi des boissons. Tant qu'à faire, autant joindre l'utile à l'agréable, n'est-ce pas ? Poe prit une gorgée de cocktail, chercha un instant une tête rousse parmi les convives puis, se trouvant bredouille, se cala dans son siège et raconta son enquête, puis son enlèvement et son abandon sur un monde-prison à l'administration plus que corrompue. Il admit la présence d'anciens membres du Premier Ordre parmi les gens qui l'avaient aidé à s'évader, mais se garda bien de citer quiconque nommément.

Ce discret manque de détails n'attira pas l'attention des journalistes, qui prenaient fiévreusement des notes, tandis que Poe déballait le dossier qu'il avait ramené de Yavin afin d'appuyer ses dires. Ils se dépêchèrent d'insérer les cartes de données dans leurs datapads pour les recopier, partageant le sentiment d'effarement qui avait saisi Poe lorsqu'il avait à son tour découvert le pot aux roses.

Après environ deux heures de discussions, de planification et de promesse de passer les articles dès le lendemain matin, ou au pire dans l'après-midi, ils se séparèrent et Poe aperçut Hux qui revenait lentement vers leur table, les mains dans les poches.

- Rien à signaler, dit-il. Personne ne semblait s'intéresser particulièrement à vous, et je n'ai repéré aucun droïde dans les parages. Nous rentrons ?

- Ouais. J'ai jamais trop apprécié cet endroit, même s'il est utile.

Le couteau reprit sa place sur la table avant qu'ils ne quittent le club. Surprenant le regard mi-amusé mi-exaspéré de Poe, Hux se contenta de hausser un sourcil, comme s'il n'avait rien fait d'extraordinaire.

Ils revinrent à pied plutôt qu'en taxi, le dossier de nouveau caché dans une poche intérieure de la veste de Poe. Les deux hommes passèrent au milieu d'artères commerçantes où quelques artistes de rues se produisaient encore malgré l'heure tardive pour le plaisir d'une foule de badauds toujours aussi nombreux. De bonnes odeurs d'épices et de viande rôtie flottaient en l'air et ils s'arrêtèrent à un stand pour déguster quelques brochettes poudrées d'un mélange de piment et de sel au citron avec quelques légumes grillés et un bol de glace râpée arrosée de sirop de fruits, le tout bien moins cher et prétentieux que la carte du club, et sans doute tout aussi bon. Ils regagnèrent l'hôtel presque détendus, soulagés en tout cas d'en avoir fini avec cette étape. Ils remontèrent dans leur chambre en donnant vraiment l'impression d'avoir un peu trop fait la noce, conduisant le réceptionniste à lever les yeux au plafond.

- Crevé, lâcha Poe en se laissant tomber sur le lit. Prenez la salle de bains d'abord, je suis vanné.

Hux revint environ un quart d'heure plus tard, cédant la place à Poe. Ils passèrent l'étape lecture pour se coucher tout de suite, mais le sommeil tarda à venir. L'euphorie de Poe s'effaçait peu à peu pour être remplacée par une nouvelle crise d'angoisse. Et si les articles ne passaient pas ? Et si les industriels concernés le pourchassaient à nouveau ? S'ils s'en prenaient à ses anciens équipiers ?

Il faillit bondir lorsque Hux posa de nouveau la main entre ses épaules, traçant les mêmes cercles lents sur son dos pour l'apaiser.

- Détendez-vous, Dameron. Si tout se passe comme prévu, vous ne risquerez absolument rien, et vous rentrerez chez vous en homme libre. Je ne pourrai pas en dire autant.

Poe se figea en réalisant à quel point Hux était proche de retourner en prison. Il était venu quand même, par... amitié. Il n'avait aucun intérêt personnel à se trouver dans le Noyau. Le pilote se retourna pour faire face à l'ancien officier et avant de perdre toute confiance, lui saisit doucement la tête entre ses mains et l'embrassa, un bref contact sans insistance. Il voulait juste le rassurer et... Oh la bonne blague ! Tu as envie de lui depuis des semaines ! Dans la pénombre, Poe vit les yeux de Hux s'arrondir sous l'effet de la surprise et il commença à s'éloigner, pour sentir aussitôt un bras passer autour de sa taille, un autre sur ses épaules, l'autre homme l'attirant à nouveau contre lui pour un baiser plus long et plus appuyé, ses mains parcourant presque avidement la peau du pilote. Lorsqu'ils reprirent leur souffle un instant, il les fit rouler sur les draps de sorte que Hux se trouvât pressé contre les oreillers, Poe allongé sur lui.

- Ça n'arrivera pas, promit Poe tout en explorant le cou de son compagnon du bout des lèvres, ses mains glissant le long de sa poitrine. Vous m'avez aidé... alors je tâcherai de vous sortir du pétrin aussi.

Hux émit ce qui pouvait passer pour un rire, ses bras se serrant plus étroitement autour du pilote.

- Malgré tout vous restez un doux rêveur, et... ohh! Mais ne vous arrêtez pas... en si bon chemin !

Poe se redressa pour considérer Hux. Dans la faible lumière provenant de la fenêtre, il vit les yeux verts réduits à un mince anneau autour des pupilles, le sourire plus du tout hésitant...

- Qu'est-ce que vous voulez ? chuchota le pilote.

- Je suis à vous jusqu'à demain matin, Dameron, sans conditions. Faites tout ce qui vous plaira.

L'idée d'être encore désirable, et désiré, malgré tout, apporta à Poe un soulagement certain.

- Je reviens tout de suite, assura-t-il avant d'aller chercher une serviette et la fameuse petite bouteille de gel dans la salle de bains.

- Ne vous pressez pas, recommanda Hux avec un peu d'embarras. Je dois admettre que je suis un peu rouillé... Ceinture depuis... avant Starkiller, en fait, admit-il.

Plus de six ans, donc. Ouch... Poe reprit ses caresses, les mains de Hux venant se poser sur ses hanches. Bien qu'il n'appréciât pas de le reconnaître, il avait lui aussi connu une longue période de célibat forcé. Un grand classique chaque fois que l'on montait en grade.

Il hocha rapidement la tête, remettant cette réflexion à plus tard. Le t-shirt et le boxer de Hux atterrirent sur la moquette et Poe prit une bonne respiration avant d'ôter les siens.

Ça devait finir par arriver, songea-t-il alors qu'il commençait à retirer les sous-vêtements de son compagnon. Consciemment ou non, ils se tournaient autour depuis des mois. Ils étaient trop similaires pour ne pas finir par se rejoindre. Tout le monde pensait que le miroir inversé de Poe le "bon fils" d'Organa était Kylo Ren, mais ils se trompaient. Kylo Ren n'était fanatiquement dévoué à aucune cause exceptée la contemplation de son propre nombril et l'obtention de plus de pouvoir, n'acceptait aucune forme de responsabilité personnelle... ne connaissait pas le sens du mot compassion...

- Poe ? Tout va bien ?

T'as rien à craindre. Personne ne va rire, ni te faire de mal. Et de fait, Hux n'avait certainement pas envie de rire. Il avait plutôt du mal à garder ses mains pour lui, puis finit par les laisser glisser sur les cuisses du pilote.

La respiration de Poe s'accéléra. Il attrapa le gel posé à côté de lui sur la couverture et en versa une noix sur sa paume, le faisant réchauffer au contact de sa peau. Une fois à la bonne température, il en couvrit généreusement un de ses doigts, avant de songer qu'il avait oublié un petit quelque chose. Avec un rire narquois, Hux pêcha un des oreillers pour le caler sous ses hanches.

- Distrait, Dameron ?

Son rire s'acheva sur un petit hoquet de surprise quand Poe commença à tracer doucement le creux entre ses fesses avant de s'arrêter sur le petit anneau de muscles au milieu. Il attendit que Hux se fût détendu pour glisser la première phalange à l'intérieur, provoquant un bref "ouf!" de son partenaire, puis il continua à progresser lentement, laissant le temps à l'autre homme de s'acclimater à l'intrusion. Poe effectua un léger mouvement de va-et-vient, Hux arquant le dos pour suivre ses gestes.

- Doucement, souffla Hux, ou ça va finir avant... d'avoir commencé.

Poe poursuivit pendant quelques minutes, accompagné d'encouragements et de demandes pour plus, toujours plus... avant de glisser un second doigt avec le premier, effleurant la prostate de son compagnon en s'attirant une longue litanie de gémissements à demi étouffés dans l'ourlet du drap.

- Assez... grogna Hux. Passe... aux chose sérieuses... d'accord ?

Poe se pencha en avant pour l'embrasser rapidement, tout en se demandant s'il n'avait pas complètement perdu la tête. Si des membres de la Résistance déboulaient en cet instant, ils hurleraient à la trahison. Poe avait toujours été l'homme sur l'affiche, l'appeau idéal pour attirer de nouvelles recrues, le gars gentil et souriant. Et il en avait par-dessus la tête.

Il reversa du gel sur sa main et envoya la fiole dans la direction approximative de la table de chevet. Il fit quelques allers-retours sur son sexe, sans trop s'y attarder non plus à moins de vouloir finir trop vite. Il s'agenouilla entre les jambes de Hux, une main sur la hanche de l'autre homme.

- Toujours d'accord ?

- Toujours. Pas de cas de conscience en vue.

Poe hocha la tête puis, une main restant appuyée sur la hanche de son compagnon, se guida de l'autre pour le pénétrer aussi lentement que possible. Peu importait l'expérience, les premiers instants étaient toujours un peu désagréables. Les mains de Hux quittèrent les draps pour s'accrocher aux épaules du pilote qui se glissait en lui. Poe attendit un instant avant d'entamer un lent va-et-vient entre les reins de son amant. Les doigts de l'officier passaient et repassaient le long de son dos, sur ses flancs, ses bras... Poe ne se lassait pas d'être ainsi touché, caressé, apprécié... Il perdit le compte des minutes qui s'écoulèrent de la sorte, rythmées uniquement par des respirations hachées et le bruit mat des deux corps en sueur qui se nouaient et s'enlaçaient sur les draps. Les doigts de Hux se crispèrent à nouveau sur ses épaules, tout son corps tendu comme une corde d'arc, puis ses muscles relâchèrent leur prise et il s'affaissa mollement sur les oreillers avec un soupir satisfait. Poe le suivit presque immédiatement, tremblant comme une feuille lorsque ses bras cessèrent de le supporter.

Ils restèrent immobiles un instant avant que la voix de Hux, un rien amusée, ne brisât le silence :

- Je veux bien respirer, Dameron.

Avec un rire embarrassé, Poe roula sur le côté, libérant Hux d'un poids qui sans être considérable, n'était pas trop confortable à la longue. Il récupéra la serviette qui avait glissé au pied du lit et essuya rapidement la poitrine de son amant, avant d'abandonner le bout de tissu par terre, n'ayant aucune envie de se relever. Hux vint se loger entre ses bras, son dos contre la poitrine du pilote, se faisant un nid entre ses bras comme un gros chat préparant sa sieste. Poe ne put retenir un sourire, pas plus qu'il ne pût s'empêcher d'embrasser furtivement la nuque de son amant. L'autre homme frissonna, sa main se resserrant brièvement sur celle de Poe. Petit à petit, la tiédeur des couvertures aidant, le pilote commença à s'assoupir, et pour une fois ferma les yeux sur de beaux rêves.


Eh bien... c'est ce qui s'appelle un long chapitre. D'après mes critères, en tout cas.