La nature humaine, quelle drôle de conception, non ? Comme si une race, l'homme, pouvait être tellement complexe qu'il lui fallait sa propre « nature ». Les hommes sont comme les animaux, ils se battent pour survivre, pensent à eux et leur meute en premier, et quelques fois, très rarement, peuvent faire preuve d'une infinie bonté en accordant son aide à ses semblables. Pathétique, vous ne trouvez pas ? L'homme est aussi sauvage que les fauves dans la savane, sauf qu'il refuse de l'avouer, ce qui est assez amusant. Toujours est-il que la nature humaine est une assez bonne excuse pour tous les crimes horribles commis. Les excuses, ça aussi, c'est propre à l'homme. Toujours se justifier ou se chercher des excuses. C'est un peu bête, non ? Enfin, la « nature humaine » aime compliquer tout. Alors qu'un simple « parce que c'est comme ça » serait bien plus utile. Enfin, on ne va pas changer l'homme non plus, sinon, il ne serait plus aussi amusant et il perdrait tout son intérêt.

Je ne sais pas si c'était le froid, notre bulle ou l'intimité qui nous liait, mais jusqu'à noël, on a pratiquement hiberné dans la salle sur demande. On se levait tous les matins pour aller déjeuner dans la Grande Salle, de même que le midi et le soir, sous le regard étonné de tous, puis on retournait dans la salle, et on passait la journée dans l'amas de matelas et de draps à rire et jouer. Et quand la nuit tombait et que les couloirs étaient désertés, on recommençait à courir dans le labyrinthe qu'est le château. Mais quelque chose avait changé : on se parlait. Il me disait que j'étais belle et combien il aimait mes taches de rousseurs. Et moi je souriais et je disais que ce n'était pas bien, que c'était mal d'être ensemble, qu'on allait finir par réellement s'attacher, voir même, s'aimer. Et alors là, il m'embrassait pour me faire taire.
Pour le soir de noël, nous avons fait une trêve et nous sommes rentrés dans nos dortoirs, peu importe les conséquences. Et pour le jour de l'an, nous nous sommes retrouvés avec tout le monde dans la Grande Salle. On ne montrait jamais de marques d'affections en public, mais très vite après minuit passé, on s'est retiré dans notre petit havre de paix, fait de coussins et couvertures épaisses. Notre relation, sans réelles preuves aux yeux de tous mais pourtant si évidente, n'était pas très bien acceptée, mais dans le doute, personne n'osait en parler. Le bonheur était aussi simple que ça.

Sauf que les vacances ne durent pas éternellement. Harry, Ron et Hermione sont revenus à Poudlard, comme tous les élèves qui avaient déserté la vieille bâtisse magique durant les vacances. La veille de la rentrée, on était toujours dans notre petit monde, sauf qu'on savait que ça n'allait pas durer. Alors qu'il déposait des baisers sur les taches de rousseurs de mon visage, je l'ai tendrement repoussé :
- Il faut qu'on arrête là. Ce n'est pas possible.
- Tu as raison.
C'est tout ce qu'il a dit. Et alors qu'il recommençait à m'embrasser, j'ai dû lutter pour pouvoir le repousser de nouveau :
- Il faut vraiment que ça se termine. C'est trop dangereux. On risquerait …
- D'avoir des sentiments l'un pour l'autre.
A-t-il terminé ma phrase. J'ai soupiré en fermant les yeux. Il le savait aussi bien que moi. Mais il a quand même continué à m'embrasser. Cette nuit devait être la dernière, je n'aurais même pas dû céder. Sauf que je suis restée.