Hello ! Et avant tout, désolée d'avoir tardé à répondre aux commentaires sur le dernier chapitre… ^^' J'ai une excuse en or cependant, vu que je me suis offert un petit accident… Je vais bien, hein, on me retire les points de suture dans même pas une semaine ! Et le reste, bah c'est que des gros bleus… )

Mais si je vous raconte ça c'est pour cette anecdote… En fait je me suis blessée en tombant à la mer (mais quel boulet je fais !) à un endroit très dangereux en raison de coquillages tranchants comme des rasoirs. J'ai été un peu choquée alors j'ai oublié la plus grande partie de ce qui s'est passé, mais mon mari m'a raconté une chose, dont je n'ai aucun souvenir. Il m'a repêchée et a commencé à faire l'inventaire des dégâts, affolé (c'était un peu gore…) en me demandant de lui parler. Et la première chose que j'ai dite, c'est :

« J'avais mis un manga dans mon sac à main. Il va être foutu, maintenant. »

C'est pas de la passion, ça ? )

Chapitre sept

Oyana déposa le dessin qu'elle venait de terminer sur l'oreiller près du visage de Renji. Ce portrait-ci était également très réussi, il devrait lui plaire. En bas à droite de la feuille, elle avait rajouté en guise de signature une petite pin-up qui faisait un clin d'œil en disant « A bientôt, baby ! ». Elle remballa sans bruit son matériel puis se glissa hors de la pièce.

Elle était en congé. Elle aurait bien dormi un peu, mais les jours de congés étaient rares, alors ça attendrait ce soir. Elle avait un projet : elle voulait réaliser une belle aquarelle pour Juushirou. Jusqu'à présent elle n'avait pas eu le temps, et elle devait également trouver un endroit qui l'inspire. Parce que le paysage était limite monotone, dans le coin. Une rue blanche après l'autre, pas de quoi faire une expo.

« Pff… Comment je vais faire pour trouver un truc intéressant à peindre sans sortir du Seiretei ? » Il était temps qu'elle prenne du galon, elle en avait par dessus la tête de ne sortir que pendant les missions. Renji avait évoqué le fait que le poste de lieutenant de la 6ème division était toujours vacant. Les examens de sélection avaient lieu dans deux semaines, et il l'encourageait à les présenter. Pourquoi pas ? Au pire elle se ramasserait, et elle retenterait le coup plus tard. A priori le capitaine n'était pas commode, mais Renji semblait avoir une grande admiration pour lui.

Tenter directement les examens de lieutenant, deux mois après avoir intégré le Gotei 13 et sans avoir fait l'Académie, il fallait qu'elle s'attende à se faire sacquer. Elle ne connaissait pas le capitaine Kuchiki, mais elle savait qu'il était à la tête de la famille noble la plus respectée du Seiretei ; sûrement pas le genre à défrayer la chronique en choisissant comme lieutenant une gamine sortie de nulle part. Mais ça n'était pas une raison pour ne pas essayer.

Bon, elle ne savait plus où elle était, à force d'avancer au hasard. Et côté inspiration ça n'allait pas en s'arrangeant. Sauf à ce qu'il lui prenne l'envie effrénée de peindre un mur blanc surmonté de petites tuiles grises, elle avait vraiment besoin de changer de décor.

Elle sauta sur le mur en question, puis de là sur le toit d'une maison voisine, et scruta les alentours. Tiens… Là-bas, il y avait des arbres, très hauts apparemment. Ça valait le coup d'aller voir. C'était du côté des beaux quartiers, a priori Oyana n'avait encore jamais eut l'occasion de s'y rendre. Elle se déplaça de mur en mur, puis stoppa alors qu'elle approchait de son but, en faisant une petite grimace. Bon sang, y en avait du reiatsu, chez les nobles… Pire qu'au QG, ils ne devaient pas faire d'efforts particuliers pour contenir leur énergie. Elle se concentra et limita sa faculté de perception du mieux qu'elle pouvait, puis se remit en route.

Elle parvint au mur qui entourait le parc, et poussa une petite exclamation. « Honoo ! T'as vu ça ? C'est absolument magnifique ! »

Elle entendit un petit soupir. « Très joli, ma grande… Tu vas pouvoir barbouiller tout ton saoul, et arrêter de me rebattre les oreilles avec ta grande quête de l'aquarelle idéale pour ton Juushirou chéri. A part ça, pourquoi tu t'entêtes à me parler à voix haute ? Ça sert à rien, et tu vas vraiment finir par passer pour une schizo. »

Oyana fit la moue. « Quand on est que toutes les deux, je préfère… Je fais ce que je veux. Allez ! Au parc, Shirohonoo ! »

Shirohonoo fit entendre un claquement de langue agacé. « T'es pénible ! Je ne suis pas un labrador ! »

Oyana sourit largement. « Qui c'est, le gentil Zanpakutô qui a envie d'une promenade ? C'est ma Shirohonoo à moi ! »

Shirohonoo ne répondit pas, mais Oyana savait pertinemment qu'elle était en train de faire des efforts démesurés pour ne pas se mettre en colère. « Ça c'est un bon Zanpakutô, ça », poursuivit-elle. Elle entendit Shirohonoo grincer des dents, et porta le coup final. « Un brave Zanpakutô comme ça, il aura le droit d'aller courir un peu pendant que je… »

Shirohonoo ne résista pas. « La ferme ! Espèce de shinigami à deux balles, si tu continues tu peux toujours aller te brosser la prochaine fois que tu auras besoin de moi ! T'auras qu'à assommer les hollows avec tes vannes minables, ça devrait plutôt bien marcher ! »

Oyana haussa les épaules. « Pff. Absolument aucun humour. » Et elle sauta dans le jardin.

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Byakuya Kuchiki referma la porte de son bureau. Encore une nuit passée sur un dossier qu'il ne souhaitait pas remettre au lendemain il allait prendre quelques heures de repos avant de passer au suivant. Le fait que la Soul Society connaisse une période relativement calme militairement semblait avoir comme étrange effet secondaire de décupler les tâches administratives. Sans compter qu'il n'avait toujours pas de lieutenant.

Il prévint l'officier de garde qu'il s'absentait et quitta le QG. Renji avait quitté ses fonctions au sein de la 6ème division depuis un moment déjà, mais Byakuya avait longtemps reporté la tenue des examens de sélection d'un remplaçant. Il espérait qu'un candidat prometteur se ferait connaître. Les shinigamis inscrits aux épreuves étaient tous de brillants officiers, cependant Byakuya recherchait davantage qu'un brillant officier. Et aucun des prétendants au poste ne possédait, selon lui, cette étincelle de charisme qui faisait la différence entre un 3ème siège et un lieutenant.

Il approchait de sa demeure quand il s'immobilisa, choqué. Il y avait un intrus sur sa propriété. Un reiatsu qui lui était inconnu qui avait bien pu avoir l'idée aberrante de s'introduire dans l'enceinte du manoir Kuchiki ? Byakuya leva la main et matérialisa un papillon de l'enfer. « A la garde du manoir », ordonna-t-il. « Suspendez votre intervention. Je me rends sur les lieux. » Il masqua soigneusement son énergie et se transporta au fond du parc, non loin du lieu de l'intrusion. Il réapparut sous une tonnelle grillagée recouverte de bougainvillées, jeta un œil au travers du rideau de fleurs, et haussa légèrement les sourcils.

Une jeune femme en tenue de shinigami était installée dans l'herbe, le dos appuyé contre le mur blanc. Elle ne faisait, manifestement, pas le moindre effort ni pour se cacher ni pour dissimuler son énergie. Et elle était occupée à déballer un nécessaire de dessin, ou de peinture, peut-être ce qui incitait Byakuya à penser qu'elle avait l'intention de dessiner. Il n'était pas facilement surpris, mais il devait reconnaître qu'il trouvait la situation originale.

Il sursauta imperceptiblement quand elle parla. « Ça va être l'aquarelle du siècle, Honoo ! Juushirou va l'adorer. Mais je me demande pourquoi il ne m'a jamais parlé de ce parc, normalement il me file les bonnes adresses. »

Byakuya fronça les sourcils. Il était sûr qu'il n'y avait qu'un seul reiatsu. A qui s'adressait-elle, par conséquent ?

Elle poursuivit comme si elle avait reçu une réponse. « Tch, je ne sais pas pourquoi je me fatigue à demander ton avis, tu es aussi dénuée de sens artistique que de sens de l'humour. C'est probablement trop demander à une arme d'avoir des références en matière de peinture… T'as jamais entendu parler de Monet, je parie ? »

Byakuya fit une rapide synthèse des informations dont il disposait. Une jeune shinigami, qui pensait manifestement que l'endroit était ouvert au public, se proposait de peindre une vue de son jardin, semblait-il à l'intention de Juushirou Ukitake tout en discutant à haute voix avec l'esprit de son Zanpakutô.

Les pièces se mirent en place. La 13ème division avait récemment intégré cette fameuse shinigami naturelle, sur examen direct. Le Seiretei en parlait beaucoup. Et Ukitake, lui, en parlait sans cesse. Byakuya l'avait croisé la semaine précédente, et s'était trouvé dans l'impossibilité de se débarrasser de lui durant une bonne heure alors qu'il ne tarissait pas d'éloges sur sa nouvelle recrue. Byakuya avait dû se résoudre à l'écouter patiemment il avait au passage remarqué, malgré lui, que la chevelure d'Ukitake était particulièrement resplendissante.

Et pour une raison encore mystérieuse, ladite nouvelle recrue se trouvait désormais adossée au mur d'enceinte de sa propriété. Elle avait fini de préparer son équipement, et était entourée d'un fouillis coloré et hétéroclite. Elle attrapa un pinceau de grande taille, saisit la masse bouclée de ses cheveux et l'entortilla avant de planter l'instrument en travers pour former un chignon à la va-vite. Sa chevelure châtain était dense, et elle dut s'y reprendre à deux fois. Puis elle considéra le matériel à sa disposition en se mordillant la lèvre inférieure. Elle avait un visage singulièrement expressif. Elle étudiait deux formats de papier à dessin d'un air pensif, et même à cette distance Byakuya pouvait constater que ses yeux étaient verts. Comment s'appelait-elle, déjà ? Mitsuki… Oyana Mitsuki.

Elle releva la tête pour observer le paysage qui lui faisait face. Elle n'avait pas choisi n'importe quel endroit pour son effraction c'était la partie du jardin que Byakuya préférait. Un pont japonais enjambait un étang miniature, et les couleurs des arbustes et des parterres alentours formaient un ensemble particulièrement harmonieux.

Visiblement du même avis, la jeune femme saisit un pinceau et sélectionna une nuance de bleu, puis elle se mit à l'ouvrage. Byakuya réalisa qu'il aurait dû intervenir depuis cinq bonnes minutes. Mais il ne l'avait pas fait, et il ne bougeait toujours pas. L'expression d'intense concentration qu'elle arborait lui donnait des scrupules à l'interrompre. Elle travaillait vite, et ses mains virevoltaient d'un instrument à l'autre, diluaient les teintes, puis s'immobilisaient un court instant au dessus du papier avant d'y poser le pinceau. Ses yeux semblaient ne jamais rester immobiles plus d'une fraction de seconde.

Elle posa le dessin, saisit deux godets de peinture rouge et bleue, et considéra un buisson d'hortensias avec intensité, tout en repoussant inconsciemment quelques-unes des nombreuses mèches rebelles qui s'échappaient de son chignon. Les sourcils froncés, elle commença à mélanger les couleurs elle n'aurait pas eu l'air plus sérieuse si sa vie avait dépendu du résultat de l'opération. Puis la couleur parfaite dut apparaître, car son visage s'illumina brusquement, et elle laissa échapper un petit cri de joie.

Byakuya ressentit comme un léger choc. Ukitake avait évoqué les circonstances du décès d'Oyana il s'agissait d'un assassinat, qui s'était produit deux mois seulement auparavant. Sans rentrer dans les détails – peut-être ne les connaissait-il pas – Ukitake avait également fait allusion au fait qu'Oyana avait laissé derrière elle sa vie terrestre sans manifester le moindre regret. Selon toute vraisemblance, son existence n'avait pas été une partie de plaisir. Cependant elle irradiait à présent d'une gaieté vive et intense, pour la simple raison qu'elle semblait avoir trouvé la nuance idéale de violet, et Byakuya dut avouer qu'une telle force de caractère avait quelque chose d'admirable.

Une petite voix intérieure lui fit sournoisement remarquer qu'observer plus longtemps une jeune personne à son insu serait définitivement inconvenant. Byakuya lui intima le silence. Il était dans son jardin, et la jeune personne en question également, sans avoir sollicité d'invitation. Il se décida néanmoins à réagir, et cessa de masquer son reiatsu.

Oyana fut sur pied en un dixième de seconde. Elle s'était totalement laissée surprendre, et elle se maudit intérieurement. Quelle idée de cadenasser sa faculté de perception comme ça… La personne dont l'énergie venait de jaillir comme un feu d'artifice dans son esprit devait être sacrément puissante.

« Montrez-vous », ordonna-t-elle.

Byakuya tiqua, mais avança vers elle. Il allait faire ravaler son attitude arrogante à cette demoiselle.

Il quitta l'abri de la tonnelle, et Oyana agrandit les yeux. Son manteau indiquait qu'il était capitaine. Le… truc gondolé, sur la tête, que c'était un noble. Quant à ce visage tellement fin et impérieux… C'était celui d'un seigneur elfe, mais là elle était hors sujet. Quant au reiatsu, c'était du jamais vu. Enfin, jamais perçu. Très, très puissant, mais parfaitement sous contrôle.

Elle entreprit de rassembler ses idées tout en le regardant approcher. Capitaine + noble c'était Byakuya Kuchiki, l'ex-capitaine de Renji. Et bien, elle le trouvait réellement impressionnant, à tout point de vue. Elle se retint de sursauter en entendant un sifflement admiratif.

« Ben dis donc… », fit Shirohonoo, « Qu'est-ce qu'il a la classe, tu trouves pas ? Renji nous a jamais dit que son ancien capitaine ressemblait à ça… »

« Merci pour ton opinion, Honoo », répondit silencieusement Oyana, « mais si ça ne t'ennuie pas nous en discuterons un peu plus tard. Et au passage, si mon amant commentait devant moi la beauté surnaturelle d'un autre homme, et bien je m'inquiéterais, je crois. »

Le capitaine Kuchiki s'arrêta à deux mètres d'Oyana, qui s'inclina respectueusement. « Bonjour, capitaine », dit-elle en se redressant. « Je suis Oyana Mitsuki, de la 13ème division de protection. » L'idéal aurait été de lui faire bonne impression, mais ça n'était pas gagné, à première vue. Le regard qu'il portait sur elle aurait probablement constitué une base de recherches inestimable en matière de lutte contre les conséquences de l'effet de serre sur la banquise. Et bien, tant pis. D'une part, il en fallait plus pour désarçonner Oyana. Et d'autre part, elle ne s'en tenait à ce qu'elle voyait. Elle accordait plus d'intérêt aux informations qu'elle tirait du reiatsu de l'homme qui lui faisait face. Or, ce qu'elle percevait était vraiment très différent de ce qu'elle observait. En apparence, il la toisait avec une arrogance glaciale, comme si sa simple existence lui apparaissait comme une offense. En réalité, elle ressentait chez lui des sentiments plutôt positifs, une bonne dose de curiosité et… un certain amusement. Cela dit elle ne comprenait ni le faux ni le vrai ni pourquoi il jugeait bon d'adopter une attitude aussi hautaine envers elle, ni ce qu'elle avait bien pu faire pour l'amuser.

Elle attendit donc sagement qu'il condescende à s'adresser à elle. En répondant à son salut, par exemple, ça paraissait approprié, on ne lui avait pas appris à dire bonjour pendant sa formation d'aristocrate de haute lignée ? Très jolie, sinon, la coiffure. Hyper originale. Et avec une chevelure pareille, ça donnait vraiment quelque chose.

« Eh ma grande, t'as remarqué que t'étais en train de virer fétichiste, avec cette histoire de cheveux ? Ukitake, Renji, et maintenant celui-là, ça devient préoccupant, je trouve… »

Oyana jura intérieurement. « Shirohonoo, merde, tu peux pas la fermer ? T'as l'impression de m'aider, là ? »

Shirohonoo ricana. « Oh, mais qu'est-ce qui se passe ? Le vilain Zanpakutô à sa mémère n'est pas sage ? Quel dommage… Tu vas encore me refuser mon su-sucre… »

Oups. Inutile de protester, Oyana savait que Shirohonoo ne laisserait pas échapper sa revanche et l'autre iceberg, en face, qui ne disait toujours rien. Oyana catalogua d'entrée cet instant au rayon "grands moments de solitude".

« Bien », poursuivit Shirohonoo, « puisque j'ai la chance d'avoir toute ton attention en dépit du fait que tu te trouves peut-être face à ton futur capitaine, je vais t'accorder l'immense faveur de te chanter une petite chanson. »

« Puis-je savoir ce que vous faites ici ? » prononça le capitaine Kuchiki au même instant.

Oyana sourit bravement. « Eh bien », pensa-t-elle, « j'écoute mon Zanpakutô chanter "Relax", et je regrette profondément de lui avoir fait découvrir Mika. »

« Je… Je réalise une aquarelle, capitaine », répondit-elle. « J'ai eu la chance de tomber sur cet endroit magnifique… Je viens à peine de commencer, mais j'espère en tirer quelque chose de réussi. Ce paysage dégage réellement… une impression de paix. »

Byakuya la fixa sans ciller. Elle ne semblait pas impressionnée outre mesure. Par ailleurs, elle portait une splendide marque de peinture bleu vif sur la joue, et il dut faire un léger effort pour poursuivre sur un ton glacial et sarcastique.

« Je suis ravi que ce lieu vous plaise, Oyana Mitsuki. La famille Kuchiki emploie les meilleurs jardiniers du Seiretei pour le maintenir à la hauteur de sa réputation. »

L'affreuse vérité mit trois bonnes secondes à faire surface dans l'esprit d'Oyana. Elle jeta un coup d'œil au fatras qui régnait autour d'elle, puis leva les yeux vers le noble. Non… Elle n'avait pas fait ça…

« La vache », commenta Shirohonoo qui s'était arrêtée de chanter face à l'ampleur du désastre, « t'es en train de peinturlurer au milieu du jardin privé des Kuchiki.»

Oyana était sans voix, et elle pouvait compter le nombre de fois où elle n'avait rien trouvé à dire sur les doigts d'une seule main.

Byakuya observa le rouge qui montait au visage d'Oyana, faisant virer au violet la traînée bleue qui lui barrait la joue. Intéressant phénomène. Il avait réussi à lui faire perdre ses moyens, et bien que légèrement désolé pour elle, il trouvait tout cela plutôt distrayant.

Oyana garda le silence quelques secondes, jusqu'à ce qu'elle soit sûre de pouvoir parler sans bredouiller puis elle s'aperçut qu'il se payait plus ou moins sa tête. N'importe qui aurait pris ce regard et ce ton réfrigérants au sérieux, mais elle sentait qu'il était amusé elle l'avait senti dès le départ. Et en effet, si c'était la tête qu'il faisait lorsqu'il s'amusait, alors elle comprenait qu'il ne soit pas célèbre pour son sens de l'humour.

Elle s'inclina à nouveau. « Veuillez accepter mes excuses pour m'être introduite chez vous, capitaine. Je n'avais pas réalisé que cet endroit était privé. » Elle releva la tête et le fixa dans les yeux. « Toutefois, puisque par mon inconséquence j'ai eu la chance de vous divertir, j'espère que cela vous incitera à me pardonner. »

Byakuya ne laissa pas transparaître sa surprise, mais Oyana n'avait pas besoin de signe visible pour la sentir. Et toc, qui est-ce qui ne savait plus quoi dire, à présent ?

Il se reprit rapidement. « Vous avez le don d'empathie spirituelle. », dit-il. Ce n'était pas une question, mais elle acquiesça. Elle s'attendait à ce qu'il réprime étroitement son reiatsu, mais il n'en fit rien. Au contraire, l'expression de son visage perdit un peu de sa dureté. « Ce n'est pas quelque chose que vous devriez laisser deviner si aisément. », remarqua-t-il.

Oyana hocha à nouveau la tête. « Je le sais, capitaine. C'est le premier conseil que m'a donné le capitaine Ukitake. Et de fait, je dissimule généralement cette faculté. Sans doute vous demandez-vous pourquoi je vous l'ai révélée ? »

Byakuya resta silencieux un court instant. Il savait pertinemment que, la majorité du temps, ses interlocuteurs se demandaient avec plus ou moins d'anxiété ce qu'il pouvait bien penser, et plus globalement de quelle humeur il pouvait bien être. La sensation d'être percé à jour par cette jeune femme le décontenançait un peu.

« C'est exact. » admit-il sobrement.

Elle sourit. « Il y a deux raisons à cela. La première, sans vouloir le moins du monde vous offenser, tient à votre attitude. Je ne ressens habituellement pas le besoin d'avouer aux gens que je perçois des informations relatives à leur personnalité par le biais de leur énergie spirituelle. Cela les perturberait inutilement. Mais les personnes que j'ai rencontrées jusqu'à présent se comportent d'une manière qui correspond plutôt bien à leur… "empreinte" énergétique. C'est pourquoi je n'ai pas le sentiment d'être indiscrète. Mais vous agissez très différemment, capitaine Kuchiki. Et il est évident que vous accordez de l'importance au fait de ne pas laisser transparaître vos pensées ou vos sentiments. Or, que je le veuille ou non, je perçois vous concernant des informations que vous préféreriez ne pas partager. C'est pourquoi je considérerais incorrect de ne pas vous informer de mon don. »

Byakuya haussa visiblement les sourcils. Elle n'était pas du genre prendre des gants, de toute évidence. Personne ne lui avait tenu un discours aussi direct depuis un certain nombre de décennies enfin pas sans s'exposer à de très pénibles conséquences, en tout cas.

« Pour résumer », répondit-il sèchement, « vous estimez que ma réelle personnalité n'est pas celle que je laisse paraître mais vous êtes assez aimable pour m'informer que vous, Oyana Mitsuki, ne faites pas partie de la masse des pauvres gens abusés par le rôle que je tiens devant eux. C'est cela ? »

Oyana acquiesça. « C'est cela. Par exemple, je perçois sans peine que vous n'êtes pas aussi furieux que cette remarque le laisserait croire. Cependant, si vous pensez que côtoyer une personne douée d'empathie spirituelle est quelque chose que vous détesteriez expérimenter au quotidien, il est préférable que je le sache dès à présent. »

Elle était très agaçante. De ce point de vue elle rejoignait Yoruichi Shihouin sur le podium des personnes les plus irritantes que Byakuya ait rencontrées, et pour quelqu'un qu'il connaissait depuis dix minutes c'était un exploit.

« Et pourquoi mon aptitude à accepter votre don vous intéresse-t-elle à ce point ? », demanda-t-il d'un ton cinglant.

Oyana sourit à nouveau. « Pour la deuxième raison qui m'a poussé à vous le révéler », répondit-elle. « Je souhaite devenir le nouveau lieutenant de la 6ème division de protection. »

Byakuya la toisa quelques secondes. La situation présente était tout à fait inédite pour lui. Cette jeune femme lui apparaissait comme particulièrement imprévisible, et le surprenait un peu plus à chacune de ses répliques. De son côté, en revanche, elle semblait capable non seulement de percevoir, mais d'anticiper ses réactions. Pourquoi ne trouvait-il pas cela intolérable ? A cause de son regard, peut-être. Les personnes qui entouraient Byakuya s'étaient depuis longtemps rangées d'elles-mêmes dans deux catégories. Ceux qui avaient renoncé à comprendre les raisons qui poussaient Byakuya à agir attendaient ses ordres et les exécutaient, en portant sur lui un regard aussi inexpressif que le sien. Quant à ceux qui s'évertuaient à vouloir le connaître, par amitié, par défi, voire par ambition, eux l'observaient un peu comme on étudie un spécimen étrange, une espèce inconnue dont on aimerait percer les secrets.

Le regard d'Oyana n'était ni vide, ni effrayé, ni calculateur. Et elle n'essayait pas de trouver la faille dans la façade lisse et froide qu'il présentait au monde elle était passée derrière cette façade au moment où elle l'avait rencontré. Et alors qu'il aurait dû se sentir terriblement exposé, il trouvait tout cela… plutôt intéressant.

« Présenter les examens de lieutenant de division, dans votre situation… C'est une attitude incroyablement présomptueuse. »

Les yeux d'Oyana pétillèrent. « Je ne pense pas me tromper en prenant cela comme un compliment je vous remercie donc, capitaine. » Elle se tourna vers son attirail de peinture éparpillé sur la pelouse. « Pardonnez-moi encore pour l'intrusion… Je range tout cela immédiatement et je disparais. »

Elle se baissa pour ramasser son dessin, puis s'agenouilla près de son coffret. Elle commença à rassembler ses instruments, mais s'interrompit quand Byakuya s'approcha d'elle et tendit la main vers la feuille. Elle le laissa la prendre, étonnée. Il observa attentivement l'esquisse, puis la lui rendit.

« Il serait dommage de laisser cela inachevé. Vous êtes autorisée à terminer votre œuvre. »

Oyana écarquilla les yeux. « Merci… Mais je suis désolée, je ne pourrai pas vous en faire cadeau, j'ai prévu de… »

Byakuya l'interrompit. « Je suis au courant. Il s'agit, si j'ai bonne mémoire, de " l'aquarelle du siècle ", et elle est destinée à Juushirou Ukitake. » Il fut ravi de la voir rougir à nouveau jusqu'aux oreilles. « Vous savez », poursuivit-il, « il m'est également arrivé de parler à haute voix à mon sabre. »

Le visage d'Oyana s'éclaira. « C'est vrai ? »

Il acquiesça. « Tout à fait. J'ai matérialisé mon Zanpakutô très jeune, et je trouvais plus simple de m'adresser à lui ainsi. Cependant, cette habitude enfantine m'est passée dès l'âge de dix ans. »

Oyana eut envie de disparaître sous terre. Elle lui jeta un regard noir, et Byakuya pinça légèrement les lèvres pour réprimer un début de sourire. Il la salua d'un signe presque imperceptible de la tête, et s'éloigna.

« Au cas où cela vous inquiéterait », lança Oyana d'un ton détaché, « je vous promets de ne le dire à personne. »

Il se retourna à demi. « Dire quoi ? », interrogea-t-il. Elle sourit. « Que vous avez le sens de l'humour. »

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Merci pour cette lecture ! Envoyez-moi des petits mots, je m'ennuie ! Je ne peux quasiment pas me servir de ma main gauche, je tape avec une seule main, comme mon chef au travail… Mais je répondrai à tout, même si je dois avoir des crampes ! ^^