« Là où est le cœur, là est le foyer. » Proverbe latin
4 ans après...
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Les bas-fonds n'avaient pas tant changé que ça, peut-être que la puanteur était plus forte que par le passé, si cela était possible. Ou alors Nuska avait tout simplement perdu l'habitude de l'odeur. De toutes évidences, la saleté restait maître de ses lieux nauséabonds.
Elle esquivait une flaque de couleur brune avec dégoût, les gens pensaient que ceux venant des souterrains étaient de véritables crasseux, mais c'était l'inverse. A force de vivre dans la crasse contre leur gré, ils en devenaient affreusement maniaques.
Bienvenue chez toi, pensa-t-elle intérieurement alors qu'elle n'y avait pas remis les pieds depuis sept ans. Redressant doucement sa jupe qui la gênait, elle fixait les marchands, priant pour que personne ne la reconnaisse dans ce quartier qui se situait non loin de son ancienne maison.
Pendant un bref instant, tout ça lui manquait. Cette vie passée quand ils étaient tous réunis. Puis, son cœur de soldat lui rappelait qu'elle avait une mission. En apprendre plus sur les trois individus nommés Livaï, Isabel et Farlan. En acceptant cette mission, elle savait qu'il ne serait pas évident de les trouver, alors ne sachant pas réellement ce qu'elle cherchait sans attiser des soupçons, elle se dirigea vers le seul endroit qu'elle connaissait. Donc, sa maison, bien évidemment. C'est là-bas qu'elle habiterait pendant ses trois jours d'expédition souterraine.
Elle prit alors plusieurs ruelles avant d'arriver vers son ancien quartier assez calme. D'un point de vue stratégique, il fallait qu'elle fasse attention, après tout, ses voisins pouvaient la reconnaître, la jeune femme ressemblait beaucoup à sa mère.
Dans ce quartier, les ruelles étaient longues et pouvaient facilement se transformer en impasse, fort heureusement pour la soldate, elle connaissait déjà l'endroit. Pourtant, cela n'empêcha pas cinq types de l'interpeller. Nuska jura intérieurement, elle n'avait pas oublié la délicatesse du lieu, elle s'y attendait.
Les hommes la suivaient et insistaient, la seule chose que la soldate désirait, c'était qu'on lui foute la paix. Mais le destin y était opposé.
Faisant volte-face, elle dévisagea chacun des cinq hommes. Ils affichaient un sourire pervers.
—Si vous êtes tant en manques, baisez entre vous. Ne me faites pas chier, dit-elle d'une voix autoritaire.
—Mais c'est qu'elle mord ! Se moqua l'un d'eux.
Le groupe se rapprochait dangereusement, ils n'étaient qu'à quelques mètres d'elle. Si elle le souhaitait, elle pourrait les tuer en quelques secondes. Mais cela signifierait qu'elle devrait rédiger un rapport détaillant les cinq victimes ? Nuska n'était pas tellement friande des rapports, c'était une femme d'action, pas une secrétaire.
—Bah alors poupée, on dit plus rien... s'exclama un autre qui était derrière elle. Il posa sa main sale sur son épaule, la femme frissonna de dégoût.
Au diable les rapports, elle allait se les faire. Avec rapidité, elle sortit son poignard caché sous sa jupe et enfonça l'arme blanche dans le cœur de l'homme derrière elle Lorsqu'elle retira le couteau, et soupira agacé. Elle n'avait que deux chemises blanche et il avait fallu qu'elle en salisse de sang une.
Tandis que le cadavre de l'homme s'écroula par terre, elle se retourna rapidement pour dégommer les quatre autres qui semblaient surpris. Quand elle cassa le bras d'un des types qui avait réalisé la scène et qui s'était décidé à agir, Nuska se rendit compte que trois types sous une cape noire l'aidait à botter le cul des brigands.
Comme si elle avait besoin d'aide, se dit-elle silencieusement. Mais ne voulant pas faire plus de vague, elle égorgea le type au bras cassé d'un geste fin et élégant esquivant le projection de sang qui sortait de sa carotide. Avec de la chance, seul son bras droit avait reçu du sang. C'était juste, elle lui avait cassé le bras droit alors il lui avait sali le bras droit.
Elle était bonne pour faire deux rapports désormais : l'un traitant de ses nouveaux meurtres, Erwin n'allait pas être ravi, c'était certain, et un autre rapport parlant de ceux qui l'avaient aidé. Encore une soirée dans les papiers.
Alors qu'elle s'apprêtait à repartir, l'un des « sauveurs » l'interpella. Elle en avait décidément marre d'être appelé « Eh ! ». Agacée, elle se retourna, son regard en disait long sur la situation. Pourtant, sa surprise brisa son regard de marbre. Ils avaient enlevé leur capuche. Se tenait devant elle les trois cibles à capturer. Ils correspondaient au dessin fourni par leur indicateur.
Finalement, la chance était peut-être à ses côtés.
—Tu sais que tu es sur notre territoire, s'exclama le blond avec un sourire ravissant.
Nuska devait agir comme si elle habitait encore ici. Tout en prenant un air rempli de sarcasme, elle lui répondit sentant le regard transperçant du fameux Livaï.
—Oh ? Je savais vraiment pas... C'est assez con parce que je DOIS passer par là pour rentrer chez moi, rétorqua Nuska en roulant les yeux avant de reprendre sa route.
Elle les entendit échanger une discussion discrète entre eux. S'étant fait un portrait d'eux par Erwin, elle savait très bien que le blond allait lui proposer de se joindre à eux. Sans surprise, elle eut raison.
—Eh ! T'en vas pas si vite ! On aimerait discuter ! Reprit Farlan qui lui attrapa le bras.
Nuska se dégagea rapidement n'aimant pas ce contact si soudain. Le jeune homme leva les mains en guise d'excuse avant d'être rejoint par ses deux amis qui restaient indéfiniment silencieux.
—Je m'appelle Farlan, rigola-t-il.
La noiraude l'examina de fond en comble. Farlan semblait assez sociable, d'ailleurs, elle était assez surprise. Elle s'attendait à ce que les trois soient d'horribles crevures comme elle en avait connu par le passé.
—Nuska, dit-elle simplement.
—Moi c'est Isabel ! Et le grincheux c'est Livaï ! Poursuivit la jeune femme enthousiaste à l'idée d'inclure une autre fille dans le groupe.
—Tsk, fut la seule chose dite par Livaï. Celui-ci n'était pas pour de l'intégrer, mais pas contre non plus. Il avait vu ses talents avant qu'ils n'interviennent, Farlan savait dénicher les bons talents, et il semblerait qu'il en ait trouvé un aujourd'hui. Et puis, le noiraud n'était pas aveugle, il voyait bien que c'était une belle femme. Cependant, un détail lui disait que quelque chose ne tournait pas rond avec elle. Elle habitait dans le coin mais il ne l'avait jamais vu, pourtant il avait l'horrible sensation de l'avoir déjà croisé par le passé.
Un silence gêné s'installa, Nuska décida alors qu'elle en avait assez dit et s'en alla. Elle avait au moins réussi la moitié de sa mission. Dénicher les criminels.
—T'es vraiment si pressée de partir? Tu veux même pas entendre notre offre ? Enchaîna Farlan avec un sourire enjôleur. Le blond n'était pas insensible au charme de la jeune femme qui se présentait face à lui.
Nuska fit mine de froncer les sourcils tout en se préparant à saisir son couteau, elle devait jouer le jeu de la méfiance jusqu'au bout.
—Ma chemise est tâchée de sang, commença la noiraude en désignant du menton les cadavres de ses agresseurs, C'est dégueulasse, il faut que je la nettoie avant que ça fasse une tâche marron, et j'ai faim. Donc si c'est pour me proposer de rentrer dans votre gang, c'est mort. J'ai déjà assez de choses à régler, j'ai pas besoin d'une histoire de gang en plus, mais sympa de proposer Farlan.
Les trois restèrent estomaqués, ils ne s'attendaient certainement pas à autant de répartie. En réalité, tout le monde les connaissait, ils étaient assez connus dans le coin. C'était pour cette raison que rares étaient les personnes qui leur tenaient tête. Le trio était donc assez content qu'aujourd'hui, ils aient rencontré quelqu'un qui se fichait éperdument de leurs activités.
—La morveuse a raison, ça va faire une tâche marron. C'est dégueulasse, acquiesça Livaï.
Sans plus attendre, Farlan et Isabel éclatèrent de rire sous le regard blasé de Livaï et interrogateur de Nuska.
—Vous êtes pareils, de vrais maniaques ! soupira de rire Farlan en essayant de se reprendre, Ok ça marche Nuska !Mais tu sais quoi, on t'aime bien, ça te dirait de partager un repas avec nous ?
—Ouais viens ! On aimerait bien plus te connaître sérieux ! C'est rare les gens comme toi ici ! Supplia Isabel.
Nuska n'en revint pas, elle avait réussi du premier coup. Faisant mine de réfléchir alors que la décision était déjà prise. Elle poussa un soupir qui se voulait exaspéré, seulement son sourire moqueur trahissait son attitude.
—ça marche pour moi, sauf si vous comptez me tuer. Là, ça marche plus, dit-elle ce qui fit rire Isabel qui lui tendit sa main en guise de marché.
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Si Nuska avait pu être autre chose que criminelle, prostituée, et soldat, elle aurait certainement pu devenir comédienne. Elle agissait comme une personne sociable, sympathique, et d'agréable compagnie. La réalité était bien plus dure. La jeune femme était sarcastique, pleine d'humour noir, parlait à peu de gens, et pouvait paraître froide, arrogante et hautaine d'aspect.
Farlan lui avait proposé un marché, il lui montrait où ils habitaient, et Nuska en faisait de même. La noiraude espérait juste qu'aucun sdf n'ait décidé de prendre place dans leur ancienne maison, mais quelque chose lui disait que personne n'y habitait désormais.
En marchant en direction de son ancien chez elle, Nuska se demandait soudain si c'était une bonne idée de revenir juste pour ça. Après tout, le passé appartenait au passé. Pourtant, elle devait y aller, elle n'avait pas le choix.
Elle essayait de cacher son malaise intérieur en rigolant avec les deux amis, Livaï préférant rester dans son coin à l'observer, l'analyser sous toutes les coutures.
Et finalement, le moment tant attendu arriva. Elle était devant cette vieille cabane abandonnée depuis maintenant 8 ans. Son cœur se serra. Rien n'avait changé, tout était à l'identique depuis leur départ.
—Nuska, c'est ça ta maison ? Elle est vraiment abîmée ! S'exclama Isabel surprise.
Elle se sortit soudain de ses pensées, secoua la tête pour chasser sa nostalgie.
—Attendez moi là, j'en ai pas pour longtemps. Je dois juste prendre un truc.
Le trio la regarda s'éloigner et rentrer à l'intérieur de la vieille bicoque. Tout était resté intact. Rien n'avait été déplacé. La poussière était devenue la nouvelle maîtresse de maison. La demeure était silencieuse, comme si elle attendait que quelqu'un vienne la libérée de son tourment éternel.
Les placards étaient toujours remplis de « vaisselles », la table était encore mise, mais le plus dur, c'était les deux énormes tâches noires qui s'étendaient sur le sol. C'était là, que leurs parents s'étaient vidés de leur sang. Rien n'avait été nettoyé, rien n'avait changé. La maison avait arrêté de vivre depuis cette date fatidique.
Nuska sentit son cœur se serrer, ses yeux s'embuèrent, une larme coula le long de sa joue. Elle resta une bonne minute à observer une araignée monter en haut du mur.
Tout était de leur faute, s'ils étaient restés loin des gangs, peut-être que tout le monde serait encore en vie. Chassant sa peine d'un geste, elle se reprit.
Elle devait se dépêcher, les bons et mauvais souvenirs remontaient en surface, elle n'avait pas le temps de penser à eux. Montant les marches quatre par quatre, elle se retrouva dans la chambre qu'elle partageait avec son frère et sa sœur.
Une fois à l'intérieur, elle ôta sa chemise pour prendre celle de rechange qui était dans son sac, elle nettoierait l'autre à la base. Une fois fait, elle chercha désespérément ce pour quoi elle était revenue, cet objet qu'il lui manquait et qu'elle savait ici.
Retournant le peu de meubles présents, elle cherchait son collier. Celui que sa mère lui avait offert pour ses 13 ans. Il ne s'agissait que d'un pendentif en pierre rare et d'une chaîne en argent. C'était donc une chose rare ici, pourtant sa mère l'avait trouvé par terre.
—C'est plutôt dégueulasse, on se ressemble pas tant que ça en fait.
Une voix l'interrompit dans sa recherche, brisant sa couverture de femme agréable, elle envoya bouler naturellement le noiraud. Le naturel revient toujours au grand galop.
—Fermes-là tu veux, je cherche quelque chose.
—Je savais que t'habitais pas ici, on aurait reconnu ta tête.
Nuska se retourna vers l'homme avec un sourire arrogant avant de répondre.
—J'ai pas dit que j'y habitais encore, j'ai juste dit que c'était chez moi.
Livaï fronça les sourcils se demandant ce qu'elle signifiait par là, même s'il avait déjà une petite idée. Puis soudain, il se rappela.
—Tu veux une preuve ? Cette fenêtre cassée, c'est mon frère et moi quand on s'est battu.
Soudain, elle sentit quelque chose dans sa main, elle en retira le collier. Rassurée de le savoir dans ses mains après tant d'années, elle se rendit compte qu'il était cassé et qu'il fallait le réparer. Livaï l'observait toujours avec surprise quand elle releva la tête.
—T'étais une des faucheuses, c'est ça ? Tsk... j'aurais dû me rappeler dès le début, t'es bien trop habile au couteau...
Mettant son pendentif dans sa poche, elle hocha la tête comme pour confirmer qu'elle avait fini ses affaires et ils ressortirent de la demeure.
—Ce que j'ai pu faire par le passé, c'est pas ton business, compris ? Dit-elle avant qu'ils ne sortent de la cabane.
Farlan et Isabel les attendaient patiemment. Jetant un dernier coup d'œil à son passé, elle sentait déjà les regrets revenir et pendant un instant, ce n'était plus Nuska le soldat qui exécutait sa mission, ni même Nuska l'ancienne esclave sexuelle, ou encore moins Nuska la criminelle. C'était juste Nuska, ancienne habitante des bas-fonds qui avait vu sa vie dériver cruellement.
—ça va ? S'inquiéta Isabel attirant l'attention de la noiraude.
Se rendant compte qu'elle s'éloignait de son but, la jeune femme se reprit doucement en lançant un sourire gênée à la rouquine.
—Ouais, je pensais juste à quelque chose, affirma celle-ci tandis que Livaï la fixait avec son regard éternellement neutre. Elle se dit alors qu'il ne comprenait certainement pas et qu'il était en train de la juger de son air glacial, pourtant, elle était loin d'imaginer qu'il savait ce qu'elle ressentait pour l'avoir vécu aussi.
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—Non mais aussi, les brigades spéciales foirent toujours tout ! Je sais pas qui est le plus empoté entre la garnison et la brigade spéciale ! S'exclama Nuska en rigolant avec Farlan et Isabel.
Ils semblaient bien s'entendre, enfin Nuska la comédienne s'entendait bien avec eux. Elle ne savait pas si elle s'entendrait bien avec eux une fois sa réelle nature révélée.
—Et le bataillon d'exploration n'est pas mieux, ils risquent leur vie inutilement ! Rajouta Farlan, C'est juste de la chair à canon !
Nuska n'en voulait pas au blond de penser ainsi, c'était ce que beaucoup de personnes pensaient d'eux à vrai dire. Mais elle n'appréciait pas cette opinion pour autant, gardant son calme, elle gloussa calmement pour seule réponse.
—Tu as de la famille sinon Nuska ? Demanda Isabel curieuse.
—J'ai un frère jumeau et une petite soeur, dit-elle en souriant.
A force de discuter avec eux, Nuska avait commencé à les apprécier. En fait, elle ne jouait plus la comédie, pour la première fois depuis des années, elle se sentait chez elle. Elle aurait aimé que Jason soit là aussi, retrouver cette attitude qu'ils avaient avant les drames. Même le silence et les regards neutres de Livaï ne la dérangeait pas.
—Wouahhh trop bien ! Et c'est vrai ce qu'on dit ? Vous êtes connectés ?! S'écria la rousse impressionnée.
Nuska gloussa contre son gré, Isabel attendait réellement une réponse.
—Ouais, d'ailleurs là je suis en train de lui parler tu sais ! Ria-t-elle faisant rire Farlan au passage.
Isabel la regarda avec des yeux admiratifs avant que Livaï ne lui donne une pichenette sur le front.
—Elle se moque de toi, idiote, dit-il avec une ombre de sourire sur le visage pour la première fois.
Tous rigolèrent tandis qu'Isabel fronça les sourcils l'air boudeur en murmurant « pas cool » dans sa barbe.
—Non plus sérieusement, il y a pas de connexion ou autre, mais on est quand même très proche et on se connaît par cœur... Il sait quand j'ai fait une connerie et je sais quand il en a fait une, expliqua Nuska le plus sincèrement possible en haussant les épaules.
Le groupe l'écoutait attentivement les yeux rivés sur elle. Farlan posa alors une nouvelle question.
—Tu fais quoi pour vivre sinon ?
Forcément, la question allait venir. Nuska réfléchissait à comment expliquer sa situation sans trop éveiller les soupçons.
—Eh bah... Disons que je me bats pour mes convictions... J'ai même pas besoin de vous poser la question, tout le monde sait qui vous êtes ! Se moqua Nuska encore une fois.
—Tu te bats pour tes convictions ? Demanda Isabel plus sérieusement.
—J'aime pas ceux qui ont le pouvoir.
—Ouch ! Donc tu nous aimes pas ? Grimaça Farlan un peu déçu.
—Pas ce genre de pouvoir abruti !
Sa réponse lui valut un sourire de la part du blond qui semblait rassuré.
—Tu parles des brigades spéciales et du gouvernement ? Questionna Livaï qui connaissait très bien la réponse. Plus il en apprenait sur la jeune femme, plus il l'appréciait. Ils partageaient les mêmes combats, semblaient sur la même longueur d'onde et devaient certainement avoir un passé similaire.
—Entre autre... Je vous paierais le repas la prochaine fois, dit-elle en se levant pour partir tout en prenant soin de ranger sa vaisselle dans leur évier.
Le trio l'accompagna dehors commençant à regretter un peu son départ. Ils allaient retourner à leur vie monotone. En revanche, ils ne s'attendaient pas à rencontrer le frère de la jeune femme, tout comme Nuska qui croyait qu'il était en haut.
Jason se retourna et on put lire un soulagement dans ses yeux. Nuska comprit immédiatement que quelque chose ne tournait pas rond.
—Putain Nuska ! Tu m'as fait flipper, j'ai vu cinq cadavres dans la rue ! Jura Jason en s'approchant de sa sœur et en l'enlaçant brusquement.
Il y avait définitivement un problème, l'inquiétude se mit à grandir dans le cœur de la jeune femme. Puis, Jason s'apprêta à dire quelque chose mais se ravisa voyant qu'ils n'étaient pas seuls. A quelques mots près, il aurait pu trahir la couverture de Nuska.
—Qu'est-ce-que tu fiches avec des chefs de gang ? Dit-il froidement en dévisageant les trois criminels.
Livaï rendit son regard à Jason, ils étaient peut-être jumeaux, en attendant, Nuska était bien plus accueillante que lui.
Pourtant ironiquement, dans la réalité, Jason était le plus agréable des deux. Les rôles étaient inversés pendant quelques temps.
—Relax Jay', ils m'ont aidé... soupira Nuska en roulant les yeux, J'ai pas besoin de te les présenter j'imagine... Je vous présente mon frère, murmura la noiraude.
—On doit y aller, immédiatement, rajouta son frère qui tira par le bras sa sœur.
Une fois proche de la surface, Nuska se détacha de la main de Jason encore sur elle.
—Jason, c'est quoi ses conneries !? S'exclama la femme à bout de nerfs.
Le concerné se retourna et s'assura que personne d'autres n'étaient dans la ruelle. Puis, il s'exclama à bout de nerfs également.
—On avait dit : « ne pas attirer l'attention ! ». Et Erwin retrouve cinq cadavres ? Tu veux vraiment créer des vagues de soulèvements ? Je te rappelle que les hommes de Narro sont encore dans le coin !
—Tu t'attendais à quoi ? Ces gars m'auraient agressé, j'allais pas les laisser faire ! Riposta Nuska énervée.
—Et qu'en est-il de l'ordre d'Erwin de t'approcher des cibles DE LOIN ? Et je découvre que tu te tapes une bouffe avec eux ? Je peux te jurer qu'Erwin n'est clairement pas d'humeur... soupira Jason qui commençait petit à petit par être rassuré.
En revanche, Nuska n'était toujours pas calmée. En poussant un grognement du fond de sa gorge, elle secoua la tête avant de déclarer méchamment :
—Aller viens. J'ai fini la mission en quelques heures même pas. Je peux remonter en surface.
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Trois jours étaient passés pour éviter que les trois criminels ne soupçonnent la supercherie. Nuska avait été sermonné comme il se devait par Erwin, ce qui faisait que les deux étaient quelque peu en froid. Et puis Jason était au milieu, il ne soutenait aucun des deux, pour lui Nuska avait accompli sa mission bien mieux que ce qu'il était prévu, pourtant il se disait aussi qu'elle avait mis en danger l'opération en les approchant de trop près. Erwin avait raison sur ce point, sa sœur aurait dû suivre les ordres. D'ailleurs, Nuska était bien la première personne à dire à ses soldats de suivre les ordres impérativement sous peine d'aller au trou.
Cette fois-ci, tout le monde était de retour dans les bas-fonds, Nuska, Jason, Erwin, Mike, Greil, une vétéran que les jumeaux appréciaient.
—Réduisez le gaz, ils passent sous le pont ! Prévint Greil.
Tous s'exécutèrent et passèrent le pont sans encombre avant de reprendre de la hauteur. Ils gagnaient du terrain. Erwin et Mike étaient en avant de la formation, Nuska au milieu, Greil et Jason à l'arrière.
—Ils ralentissent ! Il manque de gaz ? Hurla Jason pour se faire entendre.
Nuska les observa et comprit immédiatement. En face d'eux se tenait un pilier qui séparait en deux la route.
—Virage à 360° ! cria-t-elle à son tour.
Au même instant où elle hurla ses mots, le trio fit son virage avec précision. Leur harpon gauche se plantèrent dans le plafond tandis que leur droit se figèrent dans le pilier central. Avec délicatesse et rapidité, ils tournèrent sur eux-même avant de faire demi-tour.
C'était impressionnant, on ne pouvait pas dire le contraire. Ils commençaient tous à comprendre pourquoi le major Erwin désirait tant que ça à les intégrer dans le bataillon. Pourtant, Jason et Nuska n'étaient guère plus admiratifs que ça. Des tonnes de soldats savaient le faire au sein du régiment, avec moins de précision certes, mais ils savaient tout de même.
Exécutant la même action que leur prédécesseur, ils virent que les trois échangèrent de brefs mots. Ils avaient enfin compris qu'il ne s'agissait pas des brigades spéciales. Soudain, les trios se séparèrent. Mike et Erwin se chargèrent de traquer Livaï qui semblait être le plus fort des trois, Nuska se chargea de Farlan, Greil de Isabel, et Jason restait en retrait étant donné qu'il jouait le rôle de médecin.
Les deux chefs avaient disparu de leur champs de vision. Nuska filait à travers Farlan, capuche sur la tête. Elle cherchait une faille dans la défense du jeune homme. Soudain, ses câbles se plantèrent des deux côtés pour stopper sa course, si Nuska n'était pas aussi rapide, elle se serait pris le mur. Mais elle tourna sur elle-même attrapant par la même occasion le blond et l'entraînant au sol.
Elle roula dans les détritus pour éviter l'impact de la chute. Sa blessure à la cuisse la tirait affreusement, elle poussa un grognement de douleur. Sa capuche tomba mais elle se redressa aussi vite tentant d'oublier la souffrance, priant intérieurement pour ne pas que sa plaie se soit rouverte.
Lorsque Farlan se releva à son tour, la jeune femme put lire la tristesse de la trahison dans son regard.
—Nuska... Je... commença-t-il à murmurer avant de reprendre son sang froid et de sortir ses poignards.
Il donna l'attaque mais Nuska l'évita assez facilement, elle n'attaquait pas. Parant juste ses coups et cherchant une faille. Elle remarqua qu'il défendait plus son buste que ses jambes. Profitant d'un moment de faiblesse chez son adversaire, elle fit mine de lui asséner un coup de coude, mais au dernier moment, lui faucha les jambes. Il tomba à la renverse, puis elle mit tout son poids sur son corps plaquant son poignard contre sa jugulaire.
—Lâche-moi ! Hurla Farlan quand il vit Isabel elle aussi maintenu par Greil. La rousse se débattait tant bien que mal. Ils furent jeter comme des sacs par terre pendant qu'on leur liait les mains avec force.
Nuska ignorait les insultes que lui lançait Isabel, après tout, elle pouvait redevenir enfin elle-même. Et puis les insultes, elle connaissait déjà, comme tout membre du bataillon. Ça ne la dérangeait plus, loin de là.
Livaï était juste à leur droite se battant contre Mike et Erwin. Le combat était violent, heureusement que Nuska n'était pas contre lui, elle était encore en convalescence depuis la dernière expédition.
—ça suffit ! Jette un coup d'œil sur tes amis ! Ordonna Erwin brutalement.
Le criminel se figea immédiatement observant la scène qui se déroulait sous ses yeux. Nuska et Jason avaient immobilisé sa famille. Il sentit une rage grandir en lui. Il repensa à ses mots de l'autre jour. La jeune femme leur avait déclaré qu'elle était soldate et personne ne s'en était rendu compte. Elle se battait pour ses convictions. Tout était sous leur yeux pendant qu'ils pensaient passer un agréable moment.
Des mains lui ligotèrent les poignets et on l'entraîna de force aux côtés d'Isabel et de Farlan qui fulminaient de rage.
—LÂCHE-MOI ! Hurlait Isabel.
—Calme-toi Isabel, ça ne sert à rien de t'agiter, désamorçait Farlan d'un air las.
—Chef ! Vous n'avez rien ?! Demanda Greil surprise du combat qui s'était déroulé entre le major et le chef de gang.
—Non, ça va. Vous vous êtes bien débrouillés, répondit le concerné avant de se retourner vers le trio qui tuait du regard Nuska et Jason. Aucun mot n'était échangé, mais il était clair qu'ils leur en voulaient profondément.
Erwin s'approcha en jaugeant chacun des trois sévèrement. Son regard en disait long. Il tira alors sur son câble d'appareil 3D, c'était plus un tic qu'autre chose. Il faisait ça lorsqu'il réfléchissait. Puis il commença à s'exprimer d'une voix claire.
—J'ai plusieurs questions à vous poser. Où avez-vous récupéré ça ?
Son ton était autoritaire, Nuska sentit une pointe de jalousie grandir en elle, lorsqu'elle avait été capturé, Erwin l'avait presque tué en l'étouffant dans l'eau. Il était si gentil avec eux, s'en était répugnant.
Personne ne répondit à sa question.
—Votre maîtrise du harnais de manœuvre tridimensionnelle est prodigieuse. Qui vous a appris à vous en servir ?
Encore une fois, le silence répondit au major. Farlan regardait ailleurs d'un air désintéressé, Isabel, elle, regardait le militaire droit dans les yeux, Livaï ne daignait même pas regarder autour de lui.
Erwin, agacé de ce silence, s'avança d'un pas vers Livaï, il le jugea de haut en bas avant de reprendre.
—C'est toi le leader, hein ? Tu as suivi un entraînement dans l'armée ?
Nuska roula les yeux en se retenant de rire. Si la situation n'était pas aussi importante, elle lui aurait bien fait une remarque cinglante. Sérieusement, les habitants des bas fonds crachaient sur l'armée, pourquoi diable suivraient-ils un entraînement ! D'ailleurs, l'armée les refuserait, ce serait donné une opportunité aux rats de se rebeller. Nuska avait beau apprécier Erwin, parfois il était si naïf que s'en était déroutant.
—Je peux lire dans ton regard que tu réfléchis à un moyen de te faire la malle et de me tuer, déduisit-il rapidement, Je n'aime pas la manière forte mais tu m'y obliges...
D'un coup, Mike tira Livaï par les cheveux avant de plonger son visage dans une flaque d'eau boueuse. Farlan et Isabel se crispèrent immédiatement et tournèrent la tête vers leur frère d'un air horrifié.
—Je repose ma question. Où as-tu appris à te servir du harnais ?
Les deux hommes s'échangèrent un regard qui en disait long. Ils ressemblaient à des chiens enragés, la scène était assez divertissante pour les jumeaux. La suite promettait d'être amusante.
—Personne ne nous a rien appris ! Te la raconte pas fonctionnaire de pacotille !
A ses mots, Nuska asséna son poing contre la joue ce qui fit grogner de rage Isabel. Mais la noiraude avait son camp, et bien qu'elle trouvait le trio sympathique, la hiérarchie obligeait le respect.
—C'est nécessaire pour survivre dans une déchetterie. Mais ceux qui n'ont jamais goûté l'eau des égouts ne peuvent pas comprendre, intervint Farlan qui était le plus diplomatique des trois.
Après un certain silence, Erwin poursuivit.
—Mon nom est Erwin Smith, se présenta-t-il, comment tu t'appelles ?
Livaï ne répondit rien. Mike replongea sa tête dans la flaque avec violence.
—J'admire ta volonté, mais si tu t'entêtes, nous allons devoir nous occuper de tes amis.
Soudain, le major ordonna du regard à Greil et Nuska de menacer les deux autres. Elles placèrent leur lame sous leur gorge.
—Allez-y ! Qu'est-ce-que t'attend pour nous tuer, sale traîtresse ! Te gêne surtout pas ! S'égosilla Isabel.
Le visage de Nuska resta impassible tandis qu'elle appuyait sa lame sur sa gorge. Elle pouvait sentir sa respiration qui se faisait particulièrement rapide.
—Enflure... Tu connais déjà nos noms...maugréa le noiraud.
—Alors qu'est-ce-que ça te coûte de nous le dire ? Enchaîna Erwin qui souhaitait la soumission du chef.
Après un moment d'hésitation, le noiraud répondit avec haine.
—Livaï...
Erwin parut satisfait puisqu'il décida enfin de se mettre à égal de Livaï, genou à terre dans la boue. Il se fichait éperdument de salir son uniforme.
—Bien Livaï, je te propose un marché, commença Erwin satisfait.
—Un marché ? Questionna l'intéressé en fronçant les sourcils.
—Je passe l'éponge sur tous vos larcins. En échange, vous vous joignez à nous en intégrant le bataillon d'exploration. Quand vous aurez intégré le bataillon d'exploration...
—Et si on refuse... coupa-t-il.
Erwin jeta un coup d'œil à Nuska qui avait déjà vécu cette scène. Elle leva les yeux au ciel exaspérée.
—Je vous remettrai aux brigades spéciales. Vu les méfaits que vous avez commis, ne vous attendez pas à être bichonné.
Aucun des trois ne s'attendaient à un tel marché pour le moins surprenant. Nuska sentait encore le regard d'Erwin qui même après trois ans, s'en voulait encore de l'avoir traité de la sorte. Pour le moment, le conflit était au point mort, mais tant que la jeune femme n'aura pas eu sa peine, il y aurait encore des tensions.
—La balle est dans ton camp.
Livaï hésitait, il regardait Nuska pendant quelques secondes qui semblait échanger une discussion silencieuse avec ce Erwin Smith, puis ses yeux dérivèrent sur Jason, qui attendait patiemment en regardant ses ongles avec dégoût. Il devait avoir de la boue coincé dedans. Et enfin, il regarda sa famille encore sous la menace des soldates. Sa décision était prise alors.
—Ok. On va te faire cet honneur.
Ils furent alors libérés dans l'immédiat. Nuska rejoignant son frère en boitant légèrement. Ils commencèrent à échanger une conversation pendant qu'on les emmenait chez eux pour qu'ils prennent le peu d'affaire qu'ils possédaient.
OOO
Cela n'avait pas pris plus de temps qu'ils auraient pensé, très vite, ils se retrouvaient devant la frontière. Passant devant les brigades spéciales qui dévisageaient les trois criminels. L'un deux s'approcha de Nuska et commença à lui parler.
—Va chier.
Ce fut la seule réponse qu'elle lui dit avant de laisser en plan le soldat qui venait certainement de se prendre un râteau. Jason la regarda en soupirant avant de s'exclamer.
—Bordel, tu peux pas refuser les invitations de chaque prétendant ! Je veux être oncle moi... En plus il était mignon ! Se plaignit celui-ci avant de se faire bousculer doucement.
—J'en ai rien à foutre que tu veuilles devenir oncle, je sortirais pas avec un gars des brigades spéciales ! Dit-elle en faisant mine de vomir.
Greil intervint alors à son tour en s'imaginant la scène.
—Oh... Tu veux pas que ce soit Naile Dork qui fasse le prêtre à ton mariage ?
—Oh mon dieu, le cauchemar... Je préfère encore Shadis ou Pixis! S'exclama Nuska faisant rire Mike.
Erwin regarda son amie d'un air amusé avant de reprendre son sérieux.
—Gardez votre sérieux, on va arriver aux diligences. Et puis personnellement, je serais outré que tu ne me choisisses pas en prêtre... Quoi que, si c'est pour te marier avec un membre de la brigade spéciale... sans façon, rajouta-t-il avec un clin d'œil faisant rire doucement Nuska qui semblait moins en colère contre lui.
—Ah... Dans ce cas... Je vais reconsidérer l'offre de ce type si ça te fait tant chier !
Le trio les regardait un à un s'exprimer. Il semblait y avoir une réelle complicité entre eux. Malgré la situation, Farlan n'avait pas pu s'empêcher de sourire, les voir se charrier ainsi les rendait presque agréables. Ils ne paraissaient pas si différent d'eux finalement. Ils n'étaient juste pas dans le même camp tout simplement.
Après un accord avec Erwin, il avait été convenu que Nuska n'irait pas au trou. En revanche, la jeune femme devait partager le voyage en diligence avec les trois autres. Chose qui l'enchantait guère, elle en avait définitivement sa claque de tout ce petit monde. Elle voulait juste un moment de tranquillité. Le silence serait fait sur les deux meurtres qu'elle avait commis trois jours auparavant. Pour la première fois, Erwin la laissait s'en sortir avec de simples avertissements. Certainement parce que leur mission lui rappelait horriblement la torture qu'il lui avait fait subir.
Alors ils étaient réunis les quatre dans la diligence, un silence de plomb régnait à l'intérieur. Farlan et Isabel étaient assis en face d'elle, Livaï à sa gauche. Elle regardait patiemment les rapports que son escouade lui avait envoyé, réfléchissant à la prochaine mission que Erwin lui avait assigné. Elle devait obtenir des informations sur un certain noble qui financerait les brigades spéciales. Quelque chose se tramait contre eux, peu de personnes étaient au courant, seuls Erwin, Keith Shadis, Mike, Jason et elle le savaient.
—Alors, tu es dans le bataillon ? Demanda Farlan qui ne supportait pas ce silence.
Nuska leva les yeux de ses rapports avec un air totalement blasé. Ce n'était que le début.
—Le voyage est déjà assez long comme ça, pas la peine d'en rajouter... soupira-t-elle avec un air arrogant. Puis quittant son rictus, elle secoua la tête encore plus exaspérée. Erwin la connaissait trop bien, il savait ce qui l'emmerdait. Un voyage en diligence avec trois personnes qui la détestaient était bien suffisant pour lui faire passer un horrible moment.
—C'est aussi long pour nous d'être en présence d'une menteuse morveuse, répliqua Livaï.
Si un regard pouvait tuer, celui-ci serait déjà mort. Nuska n'en démordit pas et lui répondit sèchement.
—Laissez-moi vous faire un dessin. C'est actuellement mon escouade qui se charge des petits nouveaux alors que c'est mon rôle, alors honnêtement, j'en ai rien à foutre de vous...
Soudain, en traversant la rue, une crevasse fit secouer la calèche. La cuisse de Nuska se remit à lui faire mal, la douleur était déchirante. Pourquoi elle avait encore mal ? Seulement un mois était passé. Intérieurement, elle savait bien qu'elle avait forcé, mais jamais elle ne le dirait. Jason lui ferait encore la morale. Elle n'avait plus de béquille depuis une semaine seulement, elle réalisait qu'elle aurait dû rester de repos encore quelques jours mais c'était impossible pour elle de rester immobile. Nuska ne s'arrêtait tout simplement jamais.
—Je t'ai fait mal à ce que je vois ? Dit simplement Farlan qui avait bien vu la souffrance sur le visage de Nuska, comme tous.
—Rêve pas Blondie, c'est pas toi qui m'a fait ça, dit-elle d'une voix désintéressé comme si elle se fichait de leur présence.
—Oh, et il t'est arrivé quoi au juste, sale traîtresse ? Rétorqua Isabel dont la voix était pleine de rancœur.
—Quelque chose qui, j'espère, ne vous arrivera jamais, se contenta de dire Nuska en se refixant sur ses rapports.
Elle ne mentait pas, elle espérait sincèrement qu'aucun des trois ne viennent à mourir sur le champ de bataille. Elle était une chef d'escouade depuis un an. En un an, ils avaient organisé six expéditions pour perfectionner la stratégie de combat d'Erwin. Durant ses six expéditions, nombreux étaient les soldats qui n'étaient jamais revenus, dans son escouade ou non, qu'ils soient morts ou portés disparus.
—Vraiment ? Demanda Livaï d'une voix sèche comme s'il avait des doutes.
Nuska le dévisagea férocement avant de lui répondre.
—C'est pas mon truc de voir mes soldats se faire déchiqueter en deux, et y a intérêt que vous non plus.
Suite à sa réponse, le petit groupe resta silencieux.
—Vous avez fait le bon choix. Quand Erwin m'a proposé le marché, mon corps était une fracture à lui tout seul. D'ailleurs, j'étais limite en train de crever. Estimez-vous heureux les enfants, poursuivit-elle avec un ton soudainement méprisant.
—Donc, tu nous as pas menti... t'étais réellement comme nous... déduisit Farlan automatiquement.
—Wouah ! Mais t'es le génie de la bande toi ! Je vous ai pas menti quand on s'est rencontré et quand on s'est présenté. C'était réellement ma maison et je gagne réellement ma vie en me battant pour mes convictions, si c'est la question, poursuivit-elle sur le même ton, Et oui Livaï, je faisais partie du gang de Narro.
Isabel grimaça en se frottant la joue. Elle retroussa son nez déformant les traits de son visage.
—T'étais plus sympa avant... En plus, je comprends pas pourquoi tu m'as frappé si tu as été à notre place... gémit-elle.
Livaï avait gardé le silence encore une fois, mais cela ne l'empêchait pas de tuer Nuska du regard. Il avait horreur qu'on touche à un seul cheveux de sa famille.
—Tu préfères le trou pour manque de respect envers ton supérieur ? Dit-elle en haussant un sourcil.
Le reste du voyage se fit dans un silence monstrueux. Livaï restait à contempler ses pieds. Il se demandait bien qui était cette Nuska, cette femme qui bousillait leur vie en si peu de temps. Ils allaient être au service de l'État qu'il haïssait tant, qui plus est, pour devenir de la chair à canon. Et puis surtout, il ne pensait qu'à une chose en particulier : tuer Erwin Smith de ses propres mains. Mais eux aussi, ils avaient un plan à accomplir.
Isabel avait le nez collé à la vitre et observait chaque détail du monde extérieur, elle était admirative et heureuse d'être enfin sortie de là. Farlan fixait d'un regard discret par la fenêtre et parfois, jetait des regards à Nuska qui semblait perdue dans ses pensées. Elle était tellement différente de ce jour où ils avaient tous mangé ensemble. Même Livaï l'avait apprécié. Nuska avait-elle joué un jeu pour accomplir sa mission ? Il ne savait pas. Et puis de toutes manières, ce n'était pas ça la priorité, ils allaient devenir de la nourriture pour titan d'ici peu.
—On est arrivé à notre hôtel. Vous me suivez, ensuite on va voir Jason pour qu'il vous vaccine, compris ? Dit Nuska en regardant chacun dans les yeux.
—Compris ! S'exclama Isabel en lui lançant un sourire timide. Elle ne semblait plus trop en vouloir à la jeune femme depuis qu'elle avait appris qu'elle aussi avait été à leur place.
—A vos ordres, mon Caporal*, corrigea Nuska d'un air strict.
Le trio échangea un regard agacé. Il trouvait sincèrement que Nuska utilisait son pouvoir sur eux. Ils n'étaient même pas encore au sein du bataillon. Tout ce qu'ils pensaient savoir sur sa personnalité s'avérait faux, et chacun était déçu. Tous sauf le noiraud, Livaï était persuadé qu'elle n'avait pas joué la comédie ce jour où ils étaient réunis tous les quatre. En attendant, cet aspect arrogant de la jeune femme l'attirait encore plus, elle avait quelque chose d'intrigant. Il trouvait qu'elle lui ressemblait un peu, alors, il ne pouvait totalement lui en vouloir.
