7.

Salmanille serra doucement les épaules de son fils à la crinière fauve méchée de noir.

- Merci de nous laisser partir en voyage, ton papa et moi !

- C'est votre vie, je n'ai rien à dire. Vous faites ce que vous voulez, c'est votre entière liberté, papa ne s'est battu que pour cela… Et c'est pour cela aussi que je me redresse après chaque combat, je pense… Profitez bien de votre croisière, du bien-être, de la paix, vous l'avez tant mérité après l'avoir défendue, lui le Pirate et toi la Militaire – lui jeune capitaine, Pirate, tous deux adversaires mortels, avant de nous donner la vie, à nous tous ! C'est moi qui te dis merci, ma maman !

Salmanille caressa tendrement le visage et la nuque d'Alguérande.

- Je suis fière de toi, et je t'aimerai à jamais !

- Tout comme tu es celle qui es à l'origine de tous mes apaisements : sans toi, je n'aurais pas mon papa, puis ma famille, si tu ne m'avais jamais accueilli comme ton enfant…

- Et tu l'es, n'en doute jamais ! ?

Alguérande posa une main apaisante sur le poignet de sa mère de cœur.

- Ca, je le sais depuis si longtemps ! Bon voyage à papa et à toi !

- Et toi ?

- Je profite de ma femme, de nos enfants, présents ou à naître. Ensuite, je partirai avec le Pharaon, comme chaque fois ! Nous nous reverrons donc tous à mes prochaines vacances !

- A bientôt, mon chéri.

Enlacé par l'ancienne capitaine de la Flotte terrestre, Alguérande apprécia l'intense instant de bonheur pur.

- Un foyer, une famille, je n'en espérais pas tant… Je suis si heureux !

A quelques pas, Albator apprécia l'instant de sérénité absolue entre son enfant martyrisé et celle qui l'avait accepté sans une hésitation comme un membre de leur famille !

« Un bonheur entier, véritable, je n'avais jamais osé l'imaginer, il y a tant d'années ! Merci au destin, même s'il est trop souvent cruels envers ma lignée… Nous sommes saufs, mais pour peu de temps, je le crains… ».


Alguérande avait accompagné ses parents à leur départ en croisière intergalactique.

- Alhannis a tant de boulot ! Alcéllya est en voyage de noces. Et voilà que vous partez à votre tour pour une seconde lune de miel ! Je suis si heureux !

- Je pense que c'est le sentiment général, pour tous, sourit Albator.

- Profite bien, mon papa !

- J'y compte, Algie ! A bientôt, dans la mer d'étoiles !

- Oui, comme toujours, papa !

- Et reviens-moi en une seule pièce, indemne si possible…

- Toi aussi !

Et les deux hommes s'étreignirent longuement.


Plateau de thé entre les mains, Pouchy l'avait déposé sur la table basse en osier dans la serre tropicale.

- Je te sers une tasse, Algie ?

- Oui, merci, j'avais très soif !

- Je le savais. Ça va te rafraîchir, sourit Pouchy en remplissant les magnifiques et fragiles tasses en porcelaine. Qu'est-ce qui te préoccupe ?

- Tout ce que tu ne dis pas… Nos parents sont partis depuis plus d'un mois… Et tu gardes tant d'infos et de secrets douloureux pour toi, mon Pouch' !

- J'ai mes raisons. Tu peux le tolérer et me laisser tranquille ?

- Oui, céda Alguérande.

- Tu as capitulé bien trop vite et facilement ! remarqua Pouchy en mordant dans un cookie aux pépites de noix.

Alguérande se leva, fit quelques pas, s'approchant d'une fleur haute et aux pétales luxuriants et colorés au possible.

- J'en ai plus qu'assez que tu prédises, encore et encore, le pire, pour nous tous ! siffla le jeune homme à la crinière fauve méchée d'ébène. Tu dois avoir raison, ou tes raisons… Quelle est la vérité ?

- Je ne suis pas Maetel, je n'ai aucune vision du futur, à court ou long terme… Mais ça va encore faire mal, Alguérande, pour nous tous, pour ceux que nous chérissons le plus ! Et toute ma puissance d'amour sera sans effet, cette fois ! Je suis désolé !

- Parfois, le plus souvent, mon Pouch', il faut laisser la force parler… Tu m'as sauvé par l'incandescente puissante de ton amour pour nous tous, mais là je crains qu'il ne faille se battre, ou au mieux se défendre… Pouch', tu sais tout, depuis un moment ! Qu'est-ce qui nous attend ? Tu connais la réponse, tu refuses de dire quoi que ce soit, depuis trop de temps… C'est encore de ma faute, de mon retour à la vie alors que je devais mourir ?

- Oui.

Pouchy soupira.

- Si seulement tu étais mort, Algie, toute notre famille serait tant en parfaite sécurité ! jeta le jeune homme avec violence. Oui, si seulement tu étais mort, tout serait si sauf !