Chapitre 07 : La course – première partie
Le lendemain, tandis que l'heure de la course approchait, l'équipe des bénévoles, juges de la zone de tir, de l'arrivée et du contrôle du circuit, avait était plus ou moins relevé de leur poste. Ryô avait fait le nécessaire pour que les bénévoles présents n'aient pas touchés de pot de vin de la Salamandre venimeuse. Pour ce faire, il avait profité du repos de Kaori et de Ryôchi pour téléphoner à Saeko et lui demander où en était la mise en place de son service. Elle lui avait répondu que tout allait bien. Suite à son premier appel, elle avait elle-même demandé de l'aide à ses indics plus à même de se fondre dans la masse qu'elle-même. Deux d'entre eux avaient accepté dès lors qu'il s'agissait d'aider Kaori, la troisième personne avait entendu sa conversation à propos de la Salamandre venimeuse et s'était proposé d'emblée pour prouver son innocence face au crime qu'il avait finit par endosser sous la pression de son chef de clan.
Il s'agissait de Ken, du vieux Tommy et du jeune Goury. Ils étaient arrivés sur place dans la matinée et Saeko avait deviné de la mélancolie sur le visage de Goury. Il devait être originaire de la station, voilà pourquoi il voulait participer.
Sur la ligne de départ, le nombre de candidates attendues avait chuté à dix. Cinq d'entre elles avaient déclaré forfait à la dernière minute pour une raison X ou Y. Pour Ryô, la Salamandre venimeuse et Ikaku devaient être derrière ces défections.
— Kaori, je vous en prie, pensez à Ryôichi, se lamenta Sayaka.
— C'est pour lui que je vais me battre et gagner, dit-elle fermement en mettant ses lunettes en place avant de gagner la ligne de départ.
— Kaori, supplia-t-elle.
Ryô observa Sayaka et su qu'il devait lui parler au moment où celle-ci approchait un des juges d'arrivée.
— Sayaka ! l'interpella-t-il.
— Ryô ? dit-elle se tournant vers lui avec surprise.
— Ayez confiance, glissa-t-il espérant lui faire comprendre la situation.
Plus que ces mots, ce fut son regard qu'elle comprit. Ryôichi était libre et à l'abri des griffes d'Ikaku. Elle se fit violence pour ne pas sourire et acquiesça d'un signe de tête pour lui faire comprendre qu'elle avait saisie le message.
De son côté, Ikaku jubilait de sa proche victoire. Mais lorsqu'il vit arriver la championne de l'orphelinat sur la ligne de départ, son sang ne fit qu'un tour. Il s'empressa de donner ses ordres et fit signe à sa « représentante » d'aller s'installer pour le départ. Celle-ci obéit sans brocher.
C'était une géante à la carrure imposante plus masculine que féminine malgré sa longue chevelure et son visage qui ne laissait pas planer le doute… Quoique… Kaori l'observa, ressentant une sensation de danger en la regardant. Elle n'était pas ce qu'elle paraissait être. Kaori devina aisément que cette femme était un homme. Cependant, elle n'eut pas le temps d'en avertir le juge que le départ fut donné.
Elle fut la première à pouvoir s'élancer, avec trente secondes d'avance sur sa poursuivante qui s'avéra être la dite géante. Trente nouvelles secondes s'égrenèrent avant chaque départ. De sorte que la dernière parti quatre minutes et trente secondes après Kaori. La course, rappelons le, était au final un contre la montre avec pénalité d'une minute pour chaque tir loupé.
Saeko profita du départ de Kaori pour se rapprocher de Ryô. Après tout, ce dernier lui avait demandé de ne pas se faire apercevoir par Kaori pour ne pas la déstabiliser.
— Tu crois qu'elle va y arriver ? demanda-t-elle.
— La cause qu'elle défend l'a boosté. Qui est sur le terrain ?
— Ken, le vieux Tommy qui est allé renforcé les juges au pas de tir suite à la défection de l'un d'entre eux, et le jeune Goury.
— Il est de confiance celui-ci ?
— Il a tout intérêt s'il veut échapper à la peine maximale. J'ai un doute quant à sa culpabilité dans une histoire de meurtre. Il m'a affirmé qu'ici, à Nozawa Onsen, il serait à même de m'indiquer le réel responsable.
— Je crois alors que j'ai ma petite idée sur ton responsable.
— Où veux-tu que je m'installe ? questionna-t-elle sans relever l'affirmation de Ryô.
— Renforcer l'équipe des juges d'arrivée. Je sens qu'ils sont réglos, mais qu'ils ont peur d'Ikaku.
— Ikaku ?
— Oui ! Le leader de la Salamandre venimeuse, affirma-t-il.
À son visage, il su que ce n'était pas la première fois qu'elle entendait le nom de ce gang.
— Surtout, fait en sorte que Kaori ne te découvre pas et n'interviens sous aucune mesure.
— Et si je vois que l'on veut lui tirer dessus ?
— Je ferais en sorte que cela n'arrive pas, mais c'est un risque à prendre, dit-il en serrant ses poings de rage à cette idée.
— Une chose est sure, ma dette envers toi aura considérablement diminué après cette affaire, affirma-t-elle en lui faisant un clin d'œil.
— Peuh ! bouda-t-il.
— Et toi ? que vas-tu faire ?
— Surveiller la tête pensante de la Salamandre venimeuse et rester un moment auprès de Ryôichi, dit-il en désignant le petit garçon à ses côtés vêtu de façon à ce qu'il soit méconnaissable.
— Bonjour, dit-elle en se baissant. Ainsi c'est pour toi que Kaori se bat ?
— Moi et tous les autres, affirma-t-il avec fierté.
…
Le parcours ne paraissait pas difficile à Kaori pour l'avoir parcouru l'avant avant-veille. Elle avait l'impression de planer en ce début de course. Lorsqu'elle arriva sur le pas de tir, elle s'installa pour la première séance de tirs couchés. Le cœur palpitant, le souffle rapide…
'Je dois me calmer.' songea-t-elle en inspirant longuement et se préparant à tirer. 'Pour les séances de tirs, ait confiance en toi et tout ira bien. Au pire, tu n'auras qu'à penser à moi' se remémora-t-elle soudain rougissante au souvenir du baisé sur le front qui avait suivi.
— Ryô, je ne suis pas certaine que cela soit une bonne idée, murmura-t-elle pour se reprendre.
Elle tira finalement et fit mouche.
'De justesse,' songea-t-elle sans se douter de la véracité de sa pensée.
Elle recommença, deux fois, trois fois… cinq fois. Elle venait de faire un carton plein mais savait aussi qu'elle avait perdu du temps. Sa concurrente à sa gauche, la géante, en était déjà à son troisième tir lorsqu'elle repartit.
'Je dois reprendre de l'avance sur la piste !' songea-t-elle sans se retourner.
Sur la ligne d'arrivée et dans la foule, la séance de tir retransmis sur grand écran n'avait échappé à personnes.
' Kaori, chapeau bas pour cette première séance. Hideyuki serait fier de toi,' pensa Saeko les yeux papillonnants d'incrédulité. Était-ce vraiment Kaori qui venait de tirer ainsi ?
— Elle est douée ! fit remarquer un des deux bénévoles présents.
— Ce n'est que le premier tour, nota Saeko.
— Ikaku ne va pas apprécier qu'elle ne se plie pas à ses exigences, frémit le second juge.
'Ikaku ? Rien que son nom suffit à les effrayer' remarqua Saeko silencieusement.
— N'empêche que si elle va jusqu'au bout, nous serons débarrassé de ce type et de son gang, fit remarquer le premier.
— Tu rêves, lança le second.
— Atchoum, éternua Saeko pour leur rappeler qu'ils n'étaient pas seuls et que cette discussion n'avait pas lieu d'être, même si elle était intéressante.
— Comment s'en sort Takeshi ? demanda le plus pessimiste.
— Takeshi ? questionna Saeko interloqué.
— Oui, la géante d'Ikaku. Ne me dis pas que tu ne l'as pas reconnu.
— Je n'étais pas certaine que cela soit lui, dit-elle avec dépit. Il a quinze secondes de retard… Je croyais que les hommes n'avaient pas le droit de concourir ? tenta-t-elle.
— Dis cela à Ikaku. Les règlements et les lois n'ont pas cours avec lui, persifla le rêveur.
Les minutes s'égrenèrent, Kaori et Takeshi étaient à touche-touche pour la seconde séance de tir.
Takeshi, plus rapide, aligna 4 tirs d'affilés mais manqua son dernier tir, gagnant alors une minute de pénalité. Râlant, il se remit en course pour prendre de l'avance. Concentrée sur ses tirs, Kaori ne remarqua pas son départ. De nouveau elle fit un carton plein avant de reprendre sa course.
— Il a une sérieuse avance en terme de distance, remarqua Saeko.
— Elle ne pourra pas le rattraper nota le pessimiste en soupirant.
— Il n'a que cinquante secondes d'avance et avec son tir manqué, cela lui fait dix secondes de retard, rappela Saeko.
— Et au vue de la façon dont Mademoiselle Makimura skie, elle va reprendre de l'avance. Elle a envie de gagner, cela se ressent dans ses mouvements, dit le rêveur d'une voix enjoué.
— Que veux-tu dire ? demanda son collègue.
— Que l'avance de Takeshi s'estompe rapidement. Il faudrait vraiment qu'elle ait une grosse tuile pour perdre. 'Désolée Kaori !' songea Saeko culpabilisant d'une telle idée.
— Tu sais bien que c'est prévu au programme, maugréa le pessimiste.
Au même moment, à l'écran, Saeko la vit faire un saut périlleux pour éviter un obstacle qui venait d'apparaître au milieu de la piste.
