Ils pénétrèrent alors dans la maison légèrement poussiéreuse, dans laquelle régnait une odeur de tabac froid et de café ainsi qu'un mélange de deux parfums, l'un qu'ils reconnurent comme étant celui de Lisandra, l'autre plus masculin. Une sensation de vide s'en dégageait, bien qu'elle soit accueillante et à partir du moment où elle avait pénétré les lieux, le regard de la jeune fille s'était ouvertement teinté de mélancolie. La belle brune monta à l'étage et les deux membres de l'Akatsuki l'y suivirent. Il la virent sortir un sac mais cette fois ce fut au tour de Sasori d'arrêter son geste.

« On peut faire plus simple » lui dit-il.

Il déroula un rouleau d'invocation et une marionnette apparu. Celle-ci était pourvue d'un coffre immense.

« C'est génial, merci beaucoup ! » dit-elle avec un sourire.

Mais derrière cette façade, Sasori vit que ses yeux exprimaient encore une douleur mélancolique intense.

« On ne sait pas combien de temps tu vas rester parmi nous, prends donc le maximum… » lui dit Deidara.

Elle hocha la tête mais tous deux virent très bien qu'elle n'arrivait plus à sourire.

« Pourquoi tant de faux semblants ? » pensa Sasori. « Il n'y a plus que deux voies qui s'ouvrent à elle, celle de l'Akatsuki où celle de la mort... Et ça, elle s'en doute. »

La marionnette invoquée se rapprocha de Lisandra et celle-ci ouvrit un placard qu'elle vida de ses vêtements dans le réceptacle. Puis elle contempla le sol, se positionna a un endroit précis et donna un coup de talon sur une latte du parquet qui se souleva, laissant ainsi voir un trousseau de clefs. Elle s'avança alors vers une armoire verrouillée par de multiples cadenas qu'elle ouvrit. Une mallette immense se trouvait à l'intérieur. Elle s'en saisit et avec l'aide de Deidara la jeta dans la marionnette. Elle passa en vitesse dans la salle de bain pour prendre son nécessaire de toilette et après un rapide regard autours d'elle, elle leur dit :

« C'est bon, je crois que j'ai tout… » dit-elle d'une voix hachée.

Ils descendirent l'escalier avant de sortir de la maison désormais inhabitée.

Elle y jeta un dernier regard. Son désespoir était presque palpable et teintait l'air de cette sensation. Elle était en train de tourner une page bien malgré elle. Une goutte tomba sur le sol et Lisandra la regarda un instant l'air hagard. S'en suivit une deuxième puis une troisième. Ce n'est que lorsqu'elle sentit une main se poser sur son épaule en un geste consolateur qu'elle comprit que ces gouttes n'étaient rien d'autre que ses propres larmes.

Elle renifla et détourna son visage, contemplant la verdure qui s'étendait sous ses yeux. Elle sentit les longs cheveux blonds de Deidara lui caresser la joue tandis qu'il approchait ses lèvres de son oreilles.

« Tu as le droit de laisser aller ta douleur… Tu as l'impression d'avoir perdu tous tes repères, d'être dépassée par les évènements… Que tout est irrévocable… Je comprends ce que tu dois ressentir… Mais on s'adapte à tout… »

Il ne croyait pas si bien dire. Lisandra se sentit soudain rattrapée par la réalité et ce plus que jamais… Sa famille, ses amis, son entourage… les reverrait-elle un jour ? Cela faisait deux années qu'elle s'était retrouvée ici avec Jeremy sans comprendre ni le pourquoi ni le comment deux années qu'ils recherchaient vainement un moyen de retourner dans leur monde, leur dimension, ils ne savaient pas comment définir cela puis qu'ils ne pouvaient définir l'endroit même où ils se trouvaient. Aujourd'hui encore elle avait du mal à réaliser ce qui lui arrivait. Comme le disait Deidara, on s'adapte à tout. Pourtant le passé ne peut être enterré. D'autant plus qu'à présent elle se retrouvait seule.

Il avait dut sentir l'effet que ses paroles avaient sur son esprit puisqu'elle sentit la main posée sur son épaule se serrer légèrement à moins que lui-même soit rattrapé par ses souvenirs. Il déposa cependant un baiser sur sa tempe tandis qu'il caressait l'épaule de la belle brune de ses doigts longs et fins. Cette proximité parvint à réconforter Lisandra au moment où elle en avait le plus besoin.

Sasori se racla la gorge.

« Deidara, tu sais comme je déteste avoir à attendre et à faire attendre les autres. »

« Hum. »

La main de Deidara glissa le long de son épaule pour rejoindre celle de Lisandra.

« On y va ? » lui dit-il d'un ton entraînant.

Elle hocha la tête et du revers de sa main, elle essuya toute trace de larme sur son visage avant de s'élancer à la suite de Sasori. Celui-ci l'observait du coin de l'œil. Il avait l'impression de se revoir tel qu'il était enfant. Une douleur refoulée. Tandis qu'ils passaient devant Tekiya, il remarqua que son regard était fixé sur les remparts du villages.

« Ne t'inquiètes pas » lui dit-il « Tu auras ta revanche. »

Elle le regarda avec surprise et tourna à nouveau les yeux vers ce village maudit.

« Oui … » murmura-t-elle.

Ce fut au tours de Sasori de la regarder avec étonnement. Son visage semblait métamorphosé. Il n'y avait la moindre trace d'innocence. Ses traits s'étaient durcis, son regard devenu glacial, et ses lèvres tordues en un léger rictus. Au lieu de la frêle petite poupée à laquelle elle était souvent assimilée, il avait sous ses yeux une femme menaçante mue par un désir de revanche.

« Comme si on n'en avait pas déjà assez vu avec le clan Uchiha » pensa-t-il amusé.

Ils étaient arrivés. Lisandra avait reprit ses allures d'ange ce qui fit sourire le marionnettiste. Il commençait à bien l'apprécier.

Finalement, elle aura peut-être une chance de survivre...