- The Night We Met, Lettre N°7 :

LETTRE 7

De Rachel à son âme perdue

À Yale, Chambre numéro 6, Dortoir 3

Je t'aime.

Voilà, c'est écrit, noir sur blanc, je t'aime à m'essouffler de peur.

L'amour est un sentiment bien stupide, je sais, pas besoin de me le rappeler. Je l'ai compris tout comme toi. Peut-être trop tard, j'y peux rien c'est juste arrivé. Ça n'aurait jamais dû arriver, sache-le. Je te hais pour cela. Mais j'y peux rien, je t'aime mon âme.

J'avais pensé quelque chose de similaire quand tu m'avais entraînée dans ton cœur.

J'avais aussi immédiatement pensé que habituellement, ce n'était pas sensible d'une bonté transcendante. Habituellement, je n'étais pas aussitôt envahi d'apaisement. Habituellement, tu n'étais pas une cavalière d'un soir, c'est vrai. Habituellement, je n'avais pas réellement le temps de me concentrer sur le tambourinement d'un être, je devais déjà m'occuper d'esquiver les pieds maladroits d'un autre. Tu n'étais pas aussi traître que Finn. J'étais heureuse de l'apprendre mon âme.

La danse continuait.

And then I can tell myself

What the hell I'm supposed to do

And then I can tell myself

Not to ride along with you

J'aurais mieux fait d'écouter ce gars.

Je t'aime.

Ton souffle contre mon oreille m'en avait longuement dissuadé. J'avais souri dans ton cou. Je ne sais pas vraiment si un jour tu t'étais permise de l'apprendre, donc je tiens à te le dire maintenant : j'avais souri d'un bonheur sans pareil, d'un bonheur souverain même, merci Chère âme.

L'espace autour de nous s'était estompé. Les plus déchirés traînaient aux alentours de ce qu'ils pensaient être les toilettes – mais qui, finalement, s'était trouvée être la chambre de mes pères -, les jeunes qui n'étaient pas en couple et qui désespéraient impuissant de trouver l'amour avait fini par conquérir dans un élan de courage, les bouteilles presque vides. Il ne restait plus que des couples, et un amour.

Le nôtre, si tu souhaites ma précision infaillible.

Mes mains tremblantes maintenaient ton corps bouillonnant contre le mien. J'avais peut-être peur que tu ne disparaisses de mon esprit, ou peut-être que je voulais simplement vaincre ce pré-sentiment angoissant. Ou/et je ne voulais juste pas que tu t'évapores, pas si vite, me répétais-je. J'étais bien conne. Je t'aimais trop violemment pour être encore saine d'esprit. Toi, tu m'aimais tout autant.

Tu continuais ton susurre mortel.

I had all and then most of you, some and now none of you

Take me back to the night we met

I don't know what I'm supposed to do, haunted by the ghost of you

Oh take me back to the night we met

J'étais véritablement et purement tombée amoureuse de toi en cet instant, plus aucun doutes n'avaient alors osés se dresser dans mon coeur affolé. J'avais tellement compris, je t'aimais vraiment. Notre amour était donc né sous des étoiles contraires.

L'instant est douloureux mais prodigieux à rappeler. Toutes les secondes, je le ressens aujourd'hui.

Une flèche empoissonnée, deux cœurs transpercés dans un laps de temps identique. Je m'en veux encore de t'aimer.

À l'entrée fracassante suit la douleur immonde et dévastatrice qui vous glace le sang. Vous n'y croyez pas, je n'y croyais pas. La douleur laisse place à une petite voix insupportable qui vous trahit aussi vite que la catastrophe imminente. Une douleur de bonheur en soi. Vous sentez alors la fameuse flèche s'enfoncer lentement, presque fièrement. Vous vous laissez emporter dans une panique soudaine. Vous comprenez.

Si elle reste encrée, tout va bien. Vous aimez. Si par malheurs, elle s'arrache…

Mais tout allait bien, elle ne bougeait pas, je t'aimais. Tu m'aimais, je pouvais le discernais dans le simple appel de ta cage thoracique.

When the night was full of terror

And your eyes were filled with tears

When you had not touched me yet

Oh take me back to the night we met

La chanson allait toucher à sa fin, je le percevais dans ton pas devenu limpidement lent. La peur m'attendait comme près du piano. Alors sans réellement comprendre, j'avais décidé de mon destin. Et tu m'avais suivi dans cette folie en t'écartant précautionneusement de quelques centimètres. Suffisamment, pour que je puisse sentir tes pupilles s'écarteler d'une impatience inhabituelle.

On se souriait. On savait pertinemment ce qui allait arriver. On était heureuse de pouvoir enfin le vivre, on était bien heureuse de le partager cet amour, on était heureuse d'avoir enfin compris de quoi il s'agissait depuis le début. Notre relation avait toujours été si différente de toutes les autres.

Ce baiser pouvait donc en témoigner, merci mon âme.

I had all and then most of you, some and now none of you

Take me back to the night we met

I don't know what I'm supposed to do, haunted by the ghost of you

Oh take me back to the night we met

Tes yeux lumineux braqués sur les miens, j'en étais tellement fière, heureuse. Je me sentais vivante, sûrement. Puis, tu les as baissés, commençant imperceptiblement à ta mordiller la lèvre intérieure. Je ne te mentirais pas en t'avouant que cela m'a fait peur. Avec Finn c'était vibrant d'excitation et d'impatience mal cachée. Avec toi, c'était merveilleux, naturel et doux.

J'avais posé une main sur ta joue droite pendant que les nuages s'effilochaient dans le ciel et que la lune brillait au travers. J'avais ouvert les yeux, comme pour me rendre compte d'une réalité bien trop souvent rêvée. Tu étais avec moi, j'étais avec toi. C'était vrai. De plus près, ta peau était blanche comme neige, tes cheveux étaient de l'or fin, soulignant ton visage avec une passion telle, que j'aurais pu en rougir. Je suppose bien aujourd'hui que nous n'étions pas les premières à tomber amoureuse sur cette musique.

C'était notre premier baisé.

Tu avais fini par tanguer sur un côté, ouvrant brusquement les yeux, tu t'étais raccrochée à ma nuque. Je t'avais maintenu calmement, voire joueuse dans mes bras. Je rigolais dans notre passion. Tu m'avais juste mordillé la lèvre en terme de vengeance. C'était une sorte de supplice également merveilleux.

Oh take me back to the night we met.

Une autre chanson prenait place. Un autre baisé s'insinuait dans nos veines sur un tempo bien plus marqué qu'auparavant. Je t'aimais, toi aussi. Qu'aurais-je bien plus supplié de plus ?

J'aurais pu supplier n'importe qui en vérité…

À ton être, à ton âme, à notre premier baisé, je t'aime.

De New-York, le 29 novembre 2012.