Hellevator, Partie VII :

'' La nuit, les quatre intrus étaient entrés dans la pièce sombre. Ils amenaient avec eux deux personnes : l'amoureuse et l'amante voilée "

Un souffle plaqué brutalement au creux de sa poitrine, la réveillait. Une panique plus blanche que son drap l'enrôlait.

Ses bras plongeaient dans le vide, farfouillant l'espace. Un constat la frappait : elle nageait au beau milieu de sa sueur, tellement collante qu'elle lui donnait soudain froid. L'eau évacuée par ses pores ennuyés, avait trempée les draps ainsi que son tee-shirt.

Ça la dégoûtait au plus profond de son être.

Son dos, cambré lors de sa remontée abrupte, se débloquait lentement, aidant sa propriétaire à expirer le plus d'air affolé possible.

Inspiration : effrois.

Expiration : désarroi.

Elle entendait, comme extérieure à son propre corps, des os craquaient, quelque part sous les parcelles de cellules de son organisme.

Son tee-shirt lui collait toujours à la peau.

Elle devait se lever.

Même à quatre heures du matin, elle se sentait obligée de se lever. Elle ne pouvait contrôler ce genre de terreur. Ses doigts de pieds avaient gigoté, mordu par le froid que marquait le parquet. Une des lattes de ce sol lui renvoyait les inquiétudes passées à la gueule. Ses mains s'étaient vaguement dégourdis en se sentant fuir le draps mouillé.

Elle se dégoûtait tellement à y penser constamment.

Son dos craquait encore, une dernière fois, se brisant contre les murs de sa chambre vide.

Son inconscient arbitraire la connaissait par cœur, au point même que la mère de la jeune femme devait être verte de jalousie.

Ou peut-être portait-elle la jupe couleur noire cendre des morts.

Son périple, à la jeune femme, l'amenait dans le long couloir, tout aussi vide que sa chambre. Un pas après l'autre, elle se concentrait pour ne réveiller personne. Malheureusement, sous son poids bien qu'infime, le bois se tordait de douleur sourde.

L'escalier vieillit se moquait bien de sa démarche chambranle. Clarke hésitait à descendre, rejoindre la cuisine, et s'y enfermer à tout jamais. Protégée de tout. Protégée de rien. Encore un jeu de son esprit et elle reprenait son ascension. Sa famille était sensée allait bien, était-elle donc la seule à se tromper de chemin ?

Non, bien sûr que non.

La poignet la brisait, un instant, suspicieuse et joueuse. Elle se tenait dans sa main, annonciatrice de toutes ses plus grandes peurs, annonciatrice d'un désastre de cristal que nul ne pourrait stopper.

Même pas cette mère perdue, fauchée prudemment.

Seulement, inlassablement, le point final à tout ses espoirs vains... c'était le spectre de l'ombre tueuse, arracheuse... La faucheuse l'attendait peut-être, aujourd'hui.

Son cauchemar avait été décadent de réalité futur. Ses espoirs s'anémiaient de jours en jours, ils s'éfilaient à en donner la crève.

Un clic silencieux résonnait contre son épiderme, un pas la poussait à entrer. C'était peut-être sa curiosité maladive qui la poussait et non pas simplement son mécanisme inarticulé qu'était son organisme.

Sain qu'elle était, elle, pas lui, pas le gamin.

Un voyant vert fendait l'air ambiant bouillant.

La machine était allumée et fonctionnée correctement. Ça la rassurait brièvement. Il lui en fallait plus.

Et enfin, la délivrance au bout de deux minces files plastiques blancs. Le masque " bleu ". Il remontait et descendait, splendide, en compagnie de la cage thoracique de son petit.

Elle soupirait, une main toujours tremblante sur la poignet de la porte. Un poids la fuyait. La candeur respirait.

Il vivrait un jour, une heure, une minute.

Une seule seconde de plus à ses côtés. Ça la soulageait. Le cauchemar s'évaporait, suivant les sillons bleutés que traçaient le crâne de Clarke en direction de la fenêtre. Elle s'en approchait à pas de loups, apeurée à la simple pensée de réveiller son ange gardien. Cette lumière verte explosait dans l'air à intervalles réguliers, témoignage d'une enfance brisée peut être.

Mais ça la rassurait. Il était vivant, mal vivant, pas en forme, à deux doigts de s'éclater à tout jamais de son âme mais il était bel et bien vivant. Presque autant qu'elle. Pour une fois...

Il était quatre heures du matin chez Clarke Griffin. Cette jeune femme aux traits bien trop tirés, au teint balafré, et au corps fondant imperceptiblement, était une survivante. Elle apportait son aide. S'enterrait à la place d'une autre, du cristal, de ce petit-frère tant chérie. Elle se tuait pour que d'autres puisse vivre, un sourire aux lèvres.

La ville la détendait, étendue derrière cette vitre. Elle aimait à se demander si un jour - le plus tard possible - l'âme de son petit frère se trouverait nostalgique de cette vue ?

À l'autre bout de la ville lune, une autre femme pensait. Pas la même chose. Mais elle pensait tout autant.

Elle s'amenuisait de tueries incessantes, de blocages incontrôlés et de décès trop présent.

Lexa Wood était seule, toujours allongée sur son vieux canapé, des dossiers emplissant sa table basse, des bières étalées au sol... elle était seul.

Elles étaient terriblement seules.

Endormie de manière furtive et réveillé en sueur, tel sa collègue.

Les deux se demandaient : comment fait-elle, ma voisine, pour se cacher ?

Aucunes des deux ne trouvaient de réponse adéquates.

Il fallait peut-être juste se reposer, encore un peu. Cela n'allait pas durer, n'est-ce pas ?