7.

Plusieurs commandos protégeant les capitaines de l'Octavion et de l'Ephaïstor, ces derniers s'étaient dirigés vers les baraquements, certains entrepôts, d'autres médicaux ou de tests, et enfin les Dortoirs.

Mouchoir sur le nez, Skendar et Salmanille avaient progressé mais fortement incommodée la jeune femme s'était évanouie et avait été évacuée mais rien n'aurait arrêté un père même si lui-même se sentait effectivement au bord de la défaillance !

« Albator dans cet enfer, même pour le Pirate qu'il est, je ne le souhaiterais à aucun ennemi, enfin, je crois, marmonna-t-il. Si seulement j'avais eu le courage de demander à savoir, si j'étais arrivé plus tôt… ».

Depuis le seuil d'un des Dortoirs, un jeune homme à la tignasse rousse les héla, agitant les bras.

- Cet uniforme… Je croyais qu'il affabulait, mais il ne pouvait le décrire aussi précisément… Il vous a donc rencontré, enfin vous ou vous les vôtres… Il était vraiment capitaine de cuirassé ?

- Albator ? Oui.

- Vous arrivez juste trop tard… Si seulement ça avait été un jour avant.

- Où est-il ?

- Je vous conduis à la cave.

Après avoir pris le trajet de sinistre renommée, Fulker s'était arrêté devant une porte dont il repoussa les verrous.

- J'ai fait de considérables corvées pour ce renseignement. Albator a été jeté ici… Vous n'arrivez pas à temps…

- S'il a été vivant durant quatre mois… Et s'il est là… Je ne croirai que ce que je vois ! gronda Skendar en se précipitant à l'intérieur.

S'enfonçant dans la fange jusqu'à mi chevilles, Skendar fut presque suffoqué par l'odeur pestilentielle du réduit, se couvrit le visage de son mouchoir.

- Albator…

Son regard s'accoutumant à la semi-obscurité, le capitaine de l'Octavion aperçut le grand Pirate balafré et en quelques pas alla s'agenouiller près de lui.

- Tu n'as plus que la peau sur les os… souffla-t-il, n'osant toucher le corps décharné, si fragile, ni la peau parcheminée sur le dessin bien trop net des os du visage.

Il se saisit de son Communicateur.

- Tharen, viens au plus vite !

Il se pencha à nouveau sur Albator.

- Je suis là, tiens bon, juste encore un peu !


Le Médecin-Chef de l'Octavion indiqua un siège dans le coin salon de son bureau, posa un petit verre devant son capitaine.

- Cognac ! fit Skendar

- Oui, tu pourrais en avoir besoin.

- Comment va Albator ? coupa le capitaine de l'Octavion en buvant une prudente gorgée du fort alcool.

- Je l'ai mis sous perfusions, tous les compléments vitaminés et minéraux ainsi qu'alimentaires qu'il peut assimiler – c'est-à-dire pas grand-chose dans son état de faiblesse, et je l'ai gavé d'antibiotiques.

- Mais, il va s'en sortir ? Il s'est réveillé ?

- Je ne sais pas, pour la première question. A la seconde, non, vu que je l'ai plongé dans un coma artificiel.

- Pourquoi ?

- Je viens de te dire qu'il est à toute extrémité. Le choc du transport, des soins, le changement d'environnement, il ne l'aurait pas supporté. Je ne le laisserai revenir à lui que lorsqu'il aura repris des forces.

- Il va s'en sortir ? répéta Skendar que les atermoiements de Tharen ne rassuraient nullement !

- Trop tôt pour poser le moindre diagnostic, reconnut alors le Médecin-Chef. L'étincelle de vie en lui est si faible, si fragile. J'ignore s'il supportera mes soins… Je ne pourrai t'en dire plus que dans quelques jours. Mais si ses constantes vitales ne remontent pas, voire s'effondrent toujours, il n'y aura rien à faire pour le sauver !

- Je te remercie pour ta franchise… Je me doutais que c'était ce que tu allais m'apprendre !

Le capitaine de l'Octavion leva les yeux vers le plafond, une tristesse infinie sur le visage.

- Quand j'ai voulu le bouger dans ce réduit, je n'ai pas osé… Un sac d'os… Impossible de même savoir s'il était encore en vie dans ce cloaque et sous toute cette crasse. Les Pirates savent comment faire mourir un être à très petit feu, même un aussi résistant que lui vu le temps qu'il a tenu…

Je peux aller voir Albator ?

- Pas de problème.

- Skent !

- Oui ?

- Quand tu seras moins sous le coup de l'émotion, il faudra que je te parle des relevés que j'ai faits durant le bilan médical.


Bien que la chambre d'hôpital soit quasi aussi sombre que la geôle, Skendar aurait presque préféré qu'elle soit totalement obscure !

L'éclairage en veille minimale, il jetait une lueur blafarde sinistre sur Albator qui semblait minuscule et prêt à se briser en mille morceaux si on le touchait !

Squelette gisant, le grand Pirate balafré semblait à peine respirer, la paupière fermée au milieu des cernes qui lui mangeaient tout le visage, les lèvres d'une blancheur affolante.

Posant sa main sur la joue de son fils, Skendar ne sentit que l'os, la peau glacée sous ses doigts et il ne put empêcher ses yeux de se mouiller.