28.12.2015. Don't panic, I got you right. I know you're not mean, you're just too bright. You taught me that there is no good side and no bad side. But both of us are worst than that.
Now, please, please, tell me you love me too. Tell me you love me too. Tell me, please, because I love you so much that it hurts.
Disclaimer : L'univers de Harry Potter appartient à J.K Rowling ainsi qu'à la Warner. Je ne possède que cette intrigue.
Note de l'auteur : Je sais que ça fait longtemps. Très longtemps. Mais je suis toujours là. Je sais que je n'ai pas eu le temps de répondre aux reviews depuis un moment, je vais essayer de le faire dans la semaine, promis !
Réponses aux reviews anonymes :
Guest : C'est toujours un plaisir de te lire, surtout que tu as pleins de questions ! J'espère que tu trouveras des réponses en poursuivant ta lecture !
Citation du chapitre : « L'homme instruit doit être capable non seulement d'aimer ses ennemis mais aussi de haïr ses amis » Friedrich Nietzsche
7
Envers et contre tout
Hermione inspira et posa délicatement ses mains sur son dossier fermé. A son poignet, sa montre indiquait quinze heures vingt-deux. Elle avait terminé de remplir chacune des quatre-vingt-onze questions du formulaire et joint tous les documents demandés. Maintenant, il ne restait plus qu'à prendre la décision finale, celle qui n'autoriserait pas de retour en arrière. Devait-elle déposer son dossier au Ministère ou le jeter dans un placard ?
Elle entendait Ron et Seamus discuter dans le salon. Malgré les murs et les portes closes, des chuchotis incompréhensibles ainsi que quelques éclats de rire lui parvenaient. Elle ne savait pas exactement ce qu'ils se disaient mais elle n'avait pas beaucoup de mal à imaginer leur conversation. Elle se doutait qu'ils parlaient d'elle, de Harry ou de Dean. En tous cas, ils les mettaient à coup sûr tous dans le même panier, celui des « gens-qui-font-n'importe quoi ».
Ron avait toutefois, vis-à-vis d'elle, une attitude très différente de celle qu'il semblait réserver à Harry. Il était évident que le comportement de Harry le bouleversait, tandis que ses ambitions à elle ne faisaient que l'énerver : alors qu'il s'était obstiné à essayer de communiquer avec Harry pendant plusieurs mois, il l'ignorait tout bonnement dès qu'elle voulait lui parler de son programme ou de l'avancement de ses préparatifs. Si jamais la thématique des élections, ou même de la politique, s'approchait un peu trop près de leur conversation, il s'empressait de changer de sujet. Il ne voulait tout simplement pas discuter de ça. Il allait jusqu'à faire comme si elle ne lui avait pas annoncé son projet.
Hermione savait bien que Ron n'était pas du genre à apporter un soutien trop prononcé. Il n'avait jamais rien fait pour l'aider à développer la S.A.L.E. Il les avait même abandonnés, Harry et elle, pendant la chasse aux Horcruxes. En fait, il ne faisait pas partie de ceux qui s'impliquaient beaucoup. Elle n'avait cependant pas pu s'empêcher d'en attendre un peu plus de lui cette fois, parce qu'ils formaient un couple maintenant. Elle aurait apprécié qu'il la soutienne, au moins sur un point. Mais, au contraire, plus le temps passait et plus les sujets de désaccords se démultipliaient (Malefoy, Harry, la politique, sa candidature), à croire qu'ils procrééaient, et Ron les évitait tous avec une rigueur boudhiste.
Elle essayait de le comprendre, comme elle essayait de comprendre Harry ou Dean ou ses élèves ou même Malefoy. Toutefois, elle avait de plus en plus l'impression d'être déconnectée de la réalité. Quand elle fouillait le regard d'autrui, elle n'y trouvait plus qu'un reflet pur et simple d'elle-même, comme dans un miroir, et des pensées et de l'âme qui vivaient derrière ces yeux, elle ne savait rien. C'était comme essayer de sonder le Lac Noir de Poudlard depuis la berge : on pouvait imaginer toutes les vies qui se déroulaient sous la surface de toutes ses forces mais savoir ce qui se passait réellement dans les eaux sombres était impossible.
Hermione n'avait jamais éprouvé un sentiment d'autrui aussi puissant. Elle n'avait pas souvenir d'avoir été déjà aussi désemparée devant les mystères de ses semblables. Elle avait dû l'être mais le temps avait tout effacé. Elle multipliait les questions silencieuses, inventait mille réponses, tout en restant incapable de démêler le vrai du faux. C'était terrifiant de se tenir là, face au néant, devant un casse-tête qu'elle ne savait pas résoudre et de ne pas pouvoir agir là-dessus.
Elle se leva soudain et, sur la pointe des pieds, se colla tout contre la porte du bureau. Les murs étaient froids, bientôt il serait temps d'allumer le chauffage.
« … Je n'irais plus voir Harry, disait Ron. C'est aussi simple que ça. A chaque fois, je le dis, et puis j'y retourne, mais je ne peux plus. Il ne veut clairement pas nous voir. Je ne peux pas insister comme ça. C'est trop gênant.
— Je comprends, répondit Seamus. Je comprends.
— Mais toi, tu ne feras pas ça.
— Nope. Moi, je continue à chercher.
— Comment est-ce qu'il a pu disparaître comme ça ?
— Je ne sais pas. Je ne comprends pas. »
Hermione retint son souffle mais le silence s'installa quelques instants.
« Je crois que je vais prévenir les autorités, dit Seamus.
— Tu as essayé de retourner dans Hyde Park ? Là où on l'a vu avec tous ses potes moldus…
— J'ai retourné toute cette putain de ville. Je vais aller au Ministère et je vais remplir un avis de recherche. »
Ron ne répondit rien.
« Tu devrais continuer, avec Harry, mec. Il a besoin de notre aide. Il a besoin de ton aide, surtout si Malefoy est décidé à le poursuivre en justice. Clairement, il est perdu.
— Tu n'as pas entendu ce qu'il nous a dit, rétorqua Ron d'un ton sec. Hermione est partie après ce qu'il a dit, alors qu'elle est toujours la première à vouloir le soutenir.
— Du coup, vous l'abandonnez tous les deux ?
— Hermione ne l'abandonne pas. Elle considère qu'il a tort de vouloir éjecter Malefoy de sa vie. Elle veut les aider tous les deux. »
Cette réflexion de Ron sembla trancher la question mais pas de la façon dont Hermione avait l'habitude. Ron semblait vouloir dire par là que ses idées n'avaient aucun sens et que ce n'était pas la peine d'y accorder le moindre crédit. Elle l'avait rarement entendu parler ainsi d'elle.
Elle s'écarta de la porte et détacha sa main du battant, tremblante. Elle revint vers son bureau, trouva le dossier clos. Aucune réponse à son problème n'était apparue sur la couverture de carton.
Elle le ramassa. Elle hésitait encore. Puis elle ferma les yeux et transplana.
Le Ministère était calme. Elle descendit des escaliers, en monta d'autres, comme dans un rêve tranquille. Elle avait l'impression de ne plus rien contrôler. Elle arriva ensuite devant le bureau de dépôt des candidatures. Elle frappa à la porte avant d'exercer une pression sur la poignée. Sans succès. C'était fermé.
Elle expira de soulagement. Peut-être que c'était ce qu'elle avait espéré depuis le début… Peut-être que Ron avait raison, peut-être qu'elle n'avait rien à faire ici. Elle s'appuya sur le mur d'en face. Elle avait le souffle court.
Elle avait du mal à penser. Tout était très confus dans son esprit. Elle n'était pas sûre de pouvoir faire quoi que ce soit. Elle n'était pas sûre que cette décision ait un sens. Elle aurait peut-être mieux fait de s'intéresser seulement à Harry, ou à Malefoy, ou à Ron.
Mais, soudain, elle pensa à Lena Parker. Elle se souvint de ses autres élèves, au jour du 11 septembre.
« A quoi sert la magie ? » demanda-t-elle à haute voix dans le couloir désert.
Elle se redressa. La réponse à cette question était entre ses mains tremblantes. Alors elle scella son destin en glissant le document sous la porte. Etrangement, ce geste lui apporta en premier du réconfort. Finalement, c'était rassurant d'agir, parce qu'elle s'appelait Hermione Granger et que c'était ce qu'elle avait toujours fait. C'était ce que Harry lui avait enseigné, pendant toutes ces années. Il fallait agir. Parfois, c'était une erreur et d'autres non, mais il fallait tout de même le faire. Elle était peut-être la seule membre du groupe à avoir retenu la leçon et c'était à elle de la mettre en pratique maintenant.
Elle rentra à l'appartement en apparaissant directement dans le salon. Ron et Seamus traînaient encore sur le canapé, jouant aux échecs.
« Tu étais sortie ? demanda Ron.
— Je suis allée déposer ma candidature. Je me présente comme députée. »
Elle ne souriait pas en fournissant sa réponse mais elle sentait de la fierté irradier dans sa poitrine. Elle avait l'impression qu'elle se répandait dans tout son corps, qu'elle formait même un halo autour d'elle.
Seamus écarquilla les yeux.
« Sérieux ? Tu l'as vraiment fait ?
— Oui. »
Elle dressa la tête et attendit une réaction de Ron.
« D'accord », dit-il.
Il fit un signe à sa reine et elle étripa violemment un cavalier de Seamus.
« Tu me soutiens ? demanda Hermione.
— Je te soutiens toujours, mon amour, rétorqua Ron d'un ton chargé d'ironie.
— Je sais que tu n'es pas d'accord. Je sais que ça ne te plaît pas. Je suis prête à l'entendre, tu sais ? On peut discuter, comme des adultes responsables.
— A quoi bon ? répliqua Ron. C'est trop tard maintenant, tu t'es engagée là-dedans. »
Seamus se tortilla d'un air gêné sur le canapé. Il regardait fixement son cavalier aux pattes coupées.
« Bon, tu joues ou pas ? » lui demanda Ron.
Hermione détourna les talons pour rejoindre le bureau. Elle avait des cours à préparer, un gouvernement à renverser, un monde à reconstruire.
OoOoO
Hypnotisée, Ginny regardait les longues mains de Kim rouler avec dextérité. Elle avait étalée tout son matériel devant elle et les morceaux choisis de la racine, rangés proprement dans un petit pot en plastique, dégageaient un parfum enivrant. Ginny trouvait que ça sentait les fleurs séchées et la cannelle.
« C'est réellement ta première fois ? » lui demanda Vincent, pour au moins la centième fois de la soirée.
Assis au pied du lit, à côté d'elle, une jambe repliée contre son torse, il affichait une expression à la fois moqueuse et paternelle. D'ailleurs, tout le monde autour de la petite table la regardait plus ou moins avec des airs de Maman poule.
« Oui », répéta Ginny, un peu moins honteuse que les fois précédentes.
Elle s'assumait de plus en plus. Peut-être qu'elle avait eu une adolescence différente des leurs, moins de drogue, moins d'alcool, mais les choses évoluaient.
Elle continua d'observer Kim tandis que celle-ci léchait le papier transparent d'un air concentré.
« Vous êtes tous super silencieux, fit soudain remarquer Nick.
— On est tous en admiration devant Kim, notre déesse du roulage de joint, répliqua Vincent en la désignant de la main. Respecte un peu l'artiste. »
Ils s'étaient retirés dans la chambre de Kim et Sarah, dans le grand hôtel où la bande logeait. Ginny s'était chargée de jeter un sortilège à l'alarme incendie, en prévision de la soirée fumette qui se préparait.
Kim, short en jean et débardeur en dentelle, travaillait sur la table basse depuis quelques courtes minutes, avec l'application d'un élève de première année de maternelle qui apprend à écrire son prénom. Ginny était assise au pied du lit, entre Vincent et Sarah, sages et silencieux. Son épaule nue touchait celle de Vincent et, par moments, elle avait juste envie d'incliner la tête, de s'appuyer tout contre lui.
Nick et Benjamin, quant à eux, étaient entassés l'un sur l'autre dans l'unique fauteuil de la pièce. Nick s'était installé sur les genoux de Benjamin en plaisantant mais finalement, en dépit des allusions graveleuses qu'il égrenait, il y était resté. Ginny ne pouvait s'empêcher de trouver touchante la façon dont ils se tenaient, presque enlacés, la tête de Nick appuyée contre la poitrine de Benjamin, son bras eroulé autour de son cou. Elle aurait aimé avoir quelqu'un à tenir comme ça, elle aussi. Quelqu'un comme Vincent, par exemple, pensait-elle en rougissant.
« Allons-y », dit Kim en se redressant enfin.
Elle tapota le joint sur la table pour s'assurer un équilibre parfait des composantes, entre la racine brute et les feuilles moulues de la plante magique.
« Chaudron, Chapeau, commença-t-elle à chantonner.
— CRAPAUD ! » brailla Vincent en bondissant sur place.
Il lui prit le joint d'entre les mains et l'alluma d'un coup de baguette magique. Sa première bouffée lui donna immédiatement le sourire.
« Heu… Qu'est-ce qu'il vient de se passer, là ? demanda Ginny, perplexe.
— T'occupe, on verra ça plus tard, répondit Kim. Après, Vince, tu passes à Ginny, je veux la voir essayer.
— On devrait commencer à en rouler un autre, en attendant », fit Benjamin.
Il semblait s'éveiller d'un rêve et il se laissa glisser du fauteuil comme sur un tobbogan, manquant de faire tomber Nick. Il s'installa sur le tapis à côté de Kim.
« Tu as déjà fumé un joint moldu ou même une cigarette ? demanda Sarah.
— Non, fit Ginny, à nouveau gênée. Non, rien du tout. »
Elle crut bon de se justifier.
« Mes amis sont des gens plutôt sages. »
Ou, du moins, ils avaient arrêté de l'inviter quand ils s'étaient mis à dégénérer. La décision provenait probablement de Ron et Harry qui, pour une fois, n'avaient sans doute pas eu trop de difficultés à s'accorder sur son compte. L'un ne voulait pas participer aux mêmes orgies que sa sœur l'autre avait trop peur de la revoir. C'était incroyable d'ailleurs, de la part d'un garçon aussi courageux. Mais Harry avait toujours eu des problèmes dans ses rapports aux autres.
« Pff, fit Vincent en levant les yeux au ciel. Si tu savais le nombre de gens qui fument…
— Tes amis ? Au moins la moitié d'entre eux fume, dit Kim.
— La première de classe ? Elle fume aussi, compléta Sarah.
— Tes profs ? Ils fument, ajouta Vincent.
— Et le pire… Le pire, intervint Nick. Tes parents ? Ils fument aussi.
— Oh, ça, ça m'étonnerait beaucoup », rit Ginny.
Nick haussa un sourcil.
« Je sais repérer les fumeurs d'un seul coup d'œil. Un jour, tu me montreras une photo de ta mère, de ton père et ton frère et je te dirais s'ils fument.
— Oh, mes frères fument certainement mais ma mère… »
Cette idée lui donna une envie irresistible de rire. Elle s'imaginait sa Maman et son Papa en train de se rouler des joints en secret dans le garage et c'était… C'était tellement ridicule.
« Allez, Vince, ne fume pas tout, passe à Ginny, dit Kim.
— Arrête de faire l'arbitre de la Mandragore, grommela Vincent. Et puis je viens de l'avoir ! »
Il montra le joint à peine consumé et prit une bouffée provocatrice. Il agita le joint devant sa bouche, le pinçant entre ses doigts comme une actrice des années cinquante, et Ginny éclata de rire. Vincent retrouva son air sérieux.
« Mets la playlist, alors », dit Sarah à Nick.
Ils avaient un petit lecteur de disques et des millions de CDs qu'ils avaient fait eux-mêmes, à partir de leurs chansons préférées.
« Fais-le toi-même.
— Tu es plus près, fit remarquer Kim.
— Si Maman Kim le dit, grinça Nick.
— C'est pour la bonne cause », dit Benjamin et il leva les yeux de son ouvrage pour regarder Nick.
Nick céda et il marcha lentement jusqu'à l'appareil. Il farfouilla un moment parmi les disques étalés à même le sol avant d'en trouver un. Il le glissa dans la bouche du lecteur, vérifia que les enceintes étaient correctement branchées et retourna s'asseoir.
Ginny reconnut la chanson au son des vagues. Elle sourit quand les guitares entamèrent la mélodie.
Elle avait découvert la musique moldue avec ses nouveaux amis et elle aimait tout particulièrement Oasis. Vincent disait en rigolant qu'elle faisait juste preuve d'une fierté anglaise mal placée. Il n'aimait pas vraiment le groupe et se plaisait à moquer les musiciens. En vérité, Ginny avait bien compris qu'il se contentait de suivre le mouvement général des critiques qui descendaient en flèche le dernier album. Elle saisissait l'envie des moldus d'en finir avec la Oasismania et de passer à autre chose mais elle, elle venait de découvrir le groupe et elle n'allait pas les abandonner maintenant.
« A toi », dit finalement Vincent.
Elle arrêta de se balancer au rythme de la musique et prit le joint d'une main tremblante. Leurs doigts s'effleurèrent. Il avait des mains douces et chaudes. Elle glissa délicatement le joint à ses lèvres entrouvertes. Elle ne savait pas trop comment faire alors elle fit le geste le plus naturel qu'elle put. Elle avait un peu peur de le casser, ou de mordre dedans comme quelqu'un de vraiment stupide. Elle ne sentit aucun goût particulier mais Vincent rugit immédiatement, brisant l'atmosphère paisible d'un seul coup :
« Oh, putain, comment t'as fait ça ?
— Putain, c'était trop cool !
— Quoi ? J'ai fait quoi ? » demanda Ginny, soudain inquiète.
Elle resta là, le joint pincé entre les doigts. Kim le lui prit gentiment.
« Tu as fait ça », dit-elle.
Elle glissa le joint dans sa bouche et quand elle expira, la fumée dessina un véritable dragon devant ses lèvres légèrement courbées.
« Sérieux ? fit Ginny en écarquillant tout grand les yeux.
— Ouais, c'était trop cool, fit Vincent. Moi, j'arrive jamais à le faire.
— En même temps, ça sert à rien, remarqua Nick.
— C'est juste super stylé, rétorqua Sarah. Allez, Kim, tu peux repasser à Ginny, maintenant, partage un peu ! »
Ginny récupéra le joint avec un petit sourire maladroit. Tout le monde portait sur elle un regard attentionné.
« Where were you while we were going high ? » chantonnait Noel Gallagher et elle se sentait tellement bien.
Elle se réveilla tout d'un coup le lendemain matin. Elle était encore toute habillée et sa tête reposait sur le torse de Vincent qui se soulevait au rythme régulier de sa respiration. Puis, soudain, elle se rappela : il y avait entraînement.
Elle bondit sur ses pieds, écrasa les doigts de Nick et sauta par-dessus les corps endormis d'un mouvement preste. Elle ôta la main de Sarah de devant sa bouche, releva son poignet à la hauteur de ses yeux. Dix heures douze. Son cœur rata un battement. Elle était en retard. Elle récupéra sa baguette qui traînait dans un coin, perdue entre quelques bouteilles de bière, et transplana.
Elle fit tout très vite. Une douche d'une minute, ou moins. Tant pis pour les poils, elle se raserait les jambes un autre jour. Elle mâcha des feuilles de menthe pendant qu'elle enfilait sa tenue avant de transplaner à nouveau, directement sur le terrain, son balai à la main.
L'équipe l'attendait au sol, assise sur les bancs tout autour du terrain, leurs balais entre les jambes. La coach, une petite femme blonde, s'avançait en pointant un doigt menaçant vers elle. Ellie Jones avait beau mesurer un mètre soixante les bras levés et pesé quarante kilos toute mouillée, Ginny la redoutait malgré elle.
« Toi ! aboya-t-elle. Où est-ce que tu étais passé ? Oh, ne me dis pas, je le vois. »
Ginny referma la bouche mais ne put s'empêcher d'avoir l'air surprise. Elle fronça légèrement les sourcils.
« Oui, je comprends bien que ça te suprenne, répondit Jones d'un ton si lourd de sarcasmes qu'il aurait dû s'effondrer sous son propre poids. Mais je ne suis pas sortie du chaudron hier, tu sais, et quand tu passes la nuit à faire la fête, je le vois, tout est écrit là ! »
Elle fit le tour du visage du Ginny d'un geste rapide de la main et Ginny sentit l'agacement lui irriter les entrailles.
D'ordinaire, elle supportait les reproches sans rien dire. Elle baissait la tête, remontait sur son balai et attendait le soir pour retrouver ses amis. Mais aujourd'hui était différent. C'était difficile de savoir pourquoi. Simplement, elle se souvenait de l'excitation qu'elle avait éprouvée en allant chercher les produits dérivés de la mandragore dans le quartier chaud de Brisbane. Elle se souvenait de Sarah et de ses encouragements. Elle se souvenait des doigts de Vincent, quand ils avaient effleuré les siens.
Alors elle releva fièrement le menton.
« Et ? Vous allez m'enfermer dans le stade tous les soirs, avant de partir ?
— On t'attendait, figure-toi, s'écria Emily depuis les bancs. Tu nous fais perdre et, en plus, tu nous empêches de nous entraîner correctement.
— Si tu le dis », rétorqua Ginny.
Elle se retourna vers son entraîneuse avec toute la hauteur dont elle était capable.
« Si j'ai bien compris, on commence maintenant, c'est ça ? »
Elle n'attendit pas la réponse et monta sur son balai, attrapant le souaffle au passage et fonçant droit vers les buts. La gardienne s'envola aussitôt et arriva devant les cercles de métal juste avant que Ginny n'ait le temps de viser. Mais Ginny fit une pirouette. La balle passa au travers. Aujourd'hui, Ginny était décidée à tout casser.
OoOoO
Ron remonta le col de son blouson sous l'assaut d'un nouveau courant d'air froid, tirant de toutes ses forces sur la fermeture éclair. Le vent lui sifflait aux oreilles et il ne sentait plus son nez. Il replongea rapidement ses mains dans les profondeurs chaudes et moelleuses de ses poches. Sa baguette glissait entre ses doigts. Dans cette situation, les contours pourtant familiers de l'objet éveillaient une sensation de gêne dans sa poitrine.
Il avait conscience de mal agir. Pour se rassurer, il essayait de se convaincre que c'était l'envie de thé et de petits gâteaux qui l'avaient guidé dans le dédale de la capitale. Mais, si tel était le cas, pourquoi était-il encore dehors, posté sur le trottoir d'en face, à épier Antonia tandis qu'elle s'agitait de table en table ? Pourquoi n'entrait-il pas pour se réchauffer et passer commande ?
Il connaissait la réponse à ces questions, même s'il n'osait même pas la penser. Elle se résumait au regard admiratif, émerveillé, de la jeune fille devant ses sortilèges, la dernière fois qu'il s'était trouvé là. C'était juste pour elle qu'il était revenu et c'était à cause d'elle qu'il restait debout dans le vent glacial. Ron était malin et il savait que s'il allait jusqu'au bout de son envie, s'il retournait dans le salon de thé pour lui parler, il allait franchir une ligne dangereuse.
Il ne savait pas bien pourquoi ce regard l'avait autant impressionné mais il n'avait pas cessé d'y penser ces derniers jours. Il savait que quand il avait l'impression d'étouffer dans l'univers étroit du chemin de Traverse, entre l'appartement avec Hermione et le magasin de ses frères, le souvenir du regard l'aidait à se sentir beaucoup mieux.
Soudain, Antonia se figea devant la vitrine et Ron se raidit. Un bus à deux étages, couleur camion de pompier, les sépara pendant quelques secondes, avant qu'ils ne se retrouvent à nouveau. Une large rivière de voitures les séparait mais il savait que c'était pour lui qu'elle s'était arrêté, qu'elle l'avait reconnu. Il aurait voulu trouver le courage de s'en aller. Il était pétrifié.
Puis elle reprit son mouvement, naturellement, comme si le monde avait juste été sur pause pendant quelques secondes. Elle servit le thé et remplit les assiettes. Cependant, après ça, elle disparut à la vue de Ron. Il sentit son cœur s'arrêter lorsqu'elle réapparut sur le trottoir, après le passage d'un gros camion. Elle frissonnait dans sa petite robe courte, faisant quelques pas devant l'entrée du salon de thé pour se réchauffer. Elle n'osait pas regarder dans la même direction trop longtemps, elle bougeait sans cesse la tête, mais, à plusieurs reprises, elle leva les yeux vers Ron. Il se sentait transpercé à chaque fois et il finissait toujours par baisser la tête. Puis, finalement, sans réaliser vraiment ce qu'il faisait, il profita d'un moment où elle regardait d'un autre côté pour transplaner.
Il se matérialisa à quelques mètres de l'endroit où elle se trouvait et il se rapprocha lentement et elle tourna enfin la tête vers lui et ses yeux s'aggrandirent de surprise.
« Comment est-ce que vous avez fait ça ? Vous… Vous…
— Je suis un peu magicien », répéta Ron.
Il eut un sourire un peu malicieux et le visage d'Antonia s'éclaira comme un sapin de Noël. Elle se remit ensuite à frissonner et à claquer des dents.
« Rentrons », dit-il.
Il hésita à poser une main sur son épaule mais se retint à temps. Il ne connaissait rien de cette fille, à part son prénom et son métier. Pourtant, il se sentait déjà en confiance avec elle.
« Mon service se termine dans une demi-heure, dit Antonia d'un air désolé tandis qu'il la suivait à l'intérieur.
— Ce n'est pas grave, répondit Ron, j'attendrais.
— Je vais vous offrir un thé. On me le retiendra sur mon salaire.
— C'est inutile, vraiment », dit Ron.
Il sentait, au fond de ses poches, un billet moldu tout froissé, le dernier donné par les parents de Hermione.
« Et on pourrait se tutoyer, non ? » ajouta-t-il.
Antonia gloussa, rougissante.
« Oui. Oui, bien sûr. »
Il alla s'asseoir au fond de la salle. Il ne voulait pas prendre le risque que Seamus passe par-là et le reconnaisse. Seamus saurait aussi bien que lui que c'était une mauvaise idée. Mais Ron ne pouvait pas s'en empêcher. Il allait essayer aussi loin qu'il le pourrait, envers et contre sa conscience, parce qu'il ne s'était pas senti aussi excité, aussi vivant, depuis longtemps.
OoOoO
Harry n'avait pas mis les pieds dehors depuis plusieurs jours quand Andromeda lui annonça sa visite par voie de hibou.
La nouvelle avait manqué de se perdre dans tous les hiboux qu'il recevait du Ministère chaque matin. En effet, il s'était empressé de leur faire part de sa volonté de se désolidariser de Malefoy toutefois sa requête n'avait pas encore été prise en compte. Cela n'aurait pas sans doute pas posé de problème au Ministère si, décidé à ne pas flancher, il n'avait pas déjà placé sur sa maison des protections empêchant Malefoy d'y revenir.
Cependant, il l'avait fait et, par conséquent, Brooks l'agent de probation mais aussi Jessica Arsen, la directrice des Aurors, et Petronella Thundel, la remplaçante de Mafalda Hopkrik, lui envoyaient quotidiennement des lettres. Elles lui signalaient respectivement les manquements de Malefoy à son contrat, son obligation de lui autoriser l'accès au domicile et l'évolution de son dossier. Un parchemin aurait probablement suffi pour lui manifester la position du Ministère mais, depuis quelques années, Harry avait fini par comprendre qu'il était inutile d'espérer quoi que ce soit de la bureaucratie. Chaque service menait indépendamment ses affaires et leur demander de communiquer un peu plus serait aussi malvenu que de demander à un dragon de se brosser les dents.
Toujours était-il qu'Andromeda lui avait écrit aussi.
Il n'avait absolument pas envie de la voir. D'ailleurs, il n'avait envie de voir personne. Après ce qu'il s'était passé avec Ron et Hermione, il savait que tout le monde n'avait plus que des reproches à lui faire. Pourquoi est-ce que tu ne fais rien de tes journées ? Pourquoi est-ce que tu as traité Ron et Hermione de cette façon ? Tu sais qu'ils n'y sont pour rien ? D'ailleurs, qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? Pourquoi tu as aidé Malefoy au début ? Pourquoi as-tu fini par le mettre dehors quand même ? Pourquoi est-ce que tu es en colère comme ça ? Pourquoi tu restes enfermé chez toi ?
Il ne voulait pas entendre ces questions. Il en connaissait les réponses, puisque c'était plus ou moins les sujets qu'il ruminait intérieurement depuis des mois, mais elles ne concernaient personne d'autre que lui. C'était enfin sa vie après tout, il pouvait faire ce qu'il voulait.
Il ne savait plus depuis combien de temps il n'avait pas quitté le 12, Square Grimmaurd. Il passait l'essentiel de son temps étendu sous sa couette, les bras en croix, ses pensées bourdonnant dans sa tête comme de gros insectes. Il avait tout essayé pour se distraire : il avait regardé les trois épisodes de Star Wars* à la suite, il avait commencé à lire une série de romans d'aventure, il avait essayé de se mettre à la peinture, au piano, au français… Mais, à chaque fois, au bout de quelques minutes à peine, il se remettait à réfléchir. Il était devenu beaucoup trop égocentrique pour être capable de s'intéresser à quelque chose d'autre que sa personne, même pour une heure ou deux.
Le principal problème était qu'il avait beau retourné la situation dans tous les sens, il n'y avait aucune solution pour lui. En soi, il n'y avait pas de problème soluble, juste une situation de fait qui était devenue intenable. Le simple fait d'être lui, en quelque sorte, lui était insupportable.
Il n'avait envie d'absolument rien. Rien ne lui donnait envie de se lever. Rester coucher à retourner son passé dans son esprit lui était affreux mais il était physiquement et mentalement incapable de faire autre chose que rester chez lui, triste et en colère parce qu'il était foutu et qu'il ne pouvait rien y faire. Il était impuissant.
Une seule chose l'avait empêché de répondre immédiatement non à la requête d'Andromeda. Ce n'était rien. Juste une phrase : « Teddy a hâte de te revoir ». Il y avait même un gribouillage du petit garçon en bas du parchemin. Peut-être qu'Andromeda le manipulait mais toujours était-il qu'il avait été pris par les sentiments.
Il n'avait donc pris aucune décision. Il était resté à traîner dans sa chambre puis dans toute la maison, traînant ses chaussettes sur le vieux parquet, comme la veille. Comme tous les autres jours depuis qu'il avait réalisé l'ampleur de l'obscurité qui régnait sur la question des âmes. Il était au pied du mur et il restait à faire les cent pas devant, à ruminer et à ronchonner.
Andromeda et Teddy arrivèrent à quinze heures, pour le thé. Sans s'en apercevoir, il les avait attendus. Il avait même sorti des scones au bord de la péremption d'un fond de placard.
Il alla leur ouvrir.
Teddy était un enfant à présent, et non plus un bébé. Il avait un visage rond rieur et des cheveux d'un rose épatant.
« Oncle Harry ! »
Harry fit un effort. Il le souleva de terre et le fit voler au-dessus de sa tête.
« Hé, Teddy ! Comment ça va ? »
Il chatouilla le petit garçon, le faisant rire aux éclats, avant de le reposer sur le sol (il commençait déjà à avoir des crampes aux bras) et de se retourner vers Andromeda.
Elle avait noué sa chevelure argentée en un chignon qui tirait ses traits, lui donnant un air très respectable, presque inquiétant. Elle portait une élégante robe de sorcière d'un joli vert. Elle le regardait fixement et Harry comprit tout de suite qu'elle n'aimait pas ce qu'elle voyait. Il se força à élargir son sourire déjà peu sincère.
« Tu vas bien ?
— Ce que tu es pâle », dit-elle d'un ton clairement désapprobateur.
Harry se plaça aussitôt sur la défensive.
« Je vais bien. Entrez, tous les deux, on va boire le thé. »
Ils s'installèrent confortablement dans le grand salon, autour du plateau de petits gâteaux et de la théière. Harry s'occupa de remplir les tasses une à une. Il sentait le regard d'Andromeda peser contre sa nuque mais il décida de l'ignorer. Il se renfonça dans son fauteuil et sourit à Teddy.
« Viens là, Teddy. Ça fait longtemps que tu n'es pas venu me voir, hein ? »
Il attrapa le petit garçon par la taille et le fit venir juste devant lui. Il ne savait jamais très bien comment se comporter avec lui, ni quoi lui dire, mais il compensait cette ignorance en jouant comme un enfant.
« Très longtemps ! acquiesça le gamin en riant pendant que Harry le faisait sauter sur ses genoux.
— Tu as drôlement grandi ! ajouta Harry. C'est la soupe de Mamie Andromeda qui te fait grandir comme ça ?
— J'aime pas trop la soupe, dit Teddy avec un grand sérieux.
— Tu as raison, moi non plus, fit Harry. Tu vas à l'école ? »
Andromeda semblait légèrement agacée par l'intérêt que Harry portait à Teddy et elle répondit à sa place :
« Non, il ne contrôle pas encore son don. Je ne veux pas risquer qu'il change la couleur de ses cheveux ou la forme de ses oreilles par inadvertance. Je pense qu'il devrait l'être pour l'année prochaine ou l'école primaire, au moins. J'ai instruite Nymphadora par moi-même jusqu'à Poudlard mais je ne me sens plus capable de recommencer. Il y a une école moldue très sympa à quelques rues de chez nous.
— Oh, bah c'est super ça ! » s'écria Harry avec un peu trop d'entrain.
Il reposa Teddy à terre pour qu'il puisse piocher dans l'assiette de scones.
« Oui, c'est super », répondit Andromeda avec un sourire forcé.
Elle prit une gorgée de son thé pendant que Teddy s'amusait à ramper sous la table pour la rejoindre sur le canapé.
« J'étais chez Molly Weasley l'autre jour, déclara-t-elle enfin.
— Ah. »
Harry prit un ton encore plus méfiant. L'air sérieux d'Andromeda ne lui plaisait pas beaucoup.
« Ron est passé et nous avons parlé… Nous avons pas mal parlé de toi, à vrai dire, et nous devons…
— Je suis désolé, Andromeda, mais je ne veux pas discuter de ça avec toi », l'interrompit Harry un peu sèchement.
Teddy, qui était en train de farfouiller dans le sac à main de sa grand-mère, s'arrêta aussitôt pour relever la tête vers lui.
Harry avait l'impression d'être assis sur un buisson d'épines. Il imaginait parfaitement la scène, Ron faisant son Ron et se confiant à sa mère et à Andromeda dans la cuisine du Terrier, autour d'un gros plat de cookies. Harry a été méchant avec moi. C'était pathétique.
Andromeda soupira et croisa les mains sur ses genoux.
« Harry, on se fait tous beaucoup de soucis pour toi… Et tu as vraiment mauvaise mine, tu sais ? Tu as maigri, non ?
— Tout va très bien. »
Andromeda soupira une nouvelle fois.
« Arrête de mentir, Harry. De toute évidence, rien ne va. Qu'est-ce que tu fais, tout seul ici, dans cette grande maison ? »
Elle leva les yeux sur la pièce, comme si elle espérait trouver une explication suspendue sur l'un des murs.
« Il n'y a pas de raison de s'inquiéter », répondit Harry sans changer de ton.
Au fond de lui, il savait qu'il y avait des centaines de raison de s'inquiéter. Mais elle ne le comprendrait pas, ou elle serait horrifiée, et, dans tous les cas, elle ne lui serait d'aucune aide. Personne ne pouvait l'aider.
« Tu n'aurais pas dû dire à Ron ce que…
— Si tu es venue ici uniquement pour me faire la morale, tu peux partir, l'arrêta à nouveau Harry. Je croyais que tu étais venue pour que je puisse voir Teddy. »
Elle ne se laissa pas démonter, se contenta de changer de sujet :
« Est-ce que Drago est là ? demanda-t-elle sans se laisser démonter.
— Non. Il ne sera plus ici, si jamais tu le cherches.
— Je voulais te parler de ça aussi.
— Eh bien, vas-y, puisque, visiblement, je ne peux pas y échapper…
— Il n'aurait pas dû t'attaquer en justice.
— N'est-ce pas ? grinça Harry.
— Mais tu avais toi-même choisi de l'aider… J'avais été surprise en lisant les journaux et je pensais, je pensais que c'était plutôt bon signe. Que tu tu voulais revenir dans le monde. Je me suis dit que tu avais peut-être besoin de ça, de lui pardonner ou je ne sais pas…
— Je lui avais déjà pardonné. Ça n'avait rien à voir avec le pardon.
— En tous cas, ça faisait longtemps que tu n'avais pas fait preuve d'altruisme et te voir l'aider, ça me…
— Quoi ? »
Harry sentit sa colère, jusque-là ronronnante dans son ventre, se réveiller vraiment et bondir telle un animal familier.
« Que je quoi ? Est-ce que tu es en train de me dire que je suis égoïste ?
— Bien sûr que non mais… »
Elle s'interrompit avec un air exaspéré. Teddy se démenait pour sortir son balai miniature de son sac et elle s'arrêta de fixer Harry pour l'aider.
« Désolée, mon chou, je sais que ce n'est pas très amusant, murmura-t-elle en embrassant le petit garçon sur le front. Joue un peu et après je t'emmenerais au parc, d'accord ? »
Teddy bondit sur son petit balai et se mit à courir hors du salon avant de s'envoler de quelques centimètres au-dessus du sol.
« Qu'est-ce que vous me reprochez tous, au juste ? reprit Harry d'un ton mordant. De ne pas être dehors à venger la veuve, sauver l'orphelin ? Sérieusement, on a bien vu ce que ça a donné avec les Malefoy. Je ne vais pas non plus passer ma vie à me sacrifier pour tout le monde. »
Andromeda se raidit brusquement dans son siège.
« Il n'est pas question de ça.
— De quoi alors ? rétorqua Harry en croisant les jambes d'un air hautain.
— Ecoute, je comprends que tu aies eu besoin de temps pour toi après la guerre, je pense que c'est assez clair pour chacun d'entre nous. Je comprends que tu aies voulu être seul. Mais trois ans ont passé maintenant. Tu devrais commencer à revenir, pas à te couper de plus en plus de tout le monde…
— Qu'est-ce que tu es, au juste ? Ma mère ? »
Harry cala ses épaules contre le dossier du siège. Andromeda soupira.
« Harry… Harry, s'il te plaît. »
Elle pressa ses mains devant elle.
« Je pense que tu devrais parler à quelqu'un. Pas forcément à moi. Peut-être même pas à Ron…
— Surtout pas à Ron.
— Mais tu devrais t'interroger sur ce que tu ressens.
— Je sais très bien ce que je ressens », répliqua Harry.
Il avait la bouche en feu. Il se sentait sur le point de déverser sur elle tous les sentiments qui lui déchiraient la poitrine depuis des mois, tout ce qui le bouffait de l'intérieur depuis des années. Mais, en même temps, une envie farouche de défendre ses secrets et de se protéger l'en empêchait. Elle ne comprendrait pas. Tout ce qu'elle serait capable de faire, ce serait de le regarder avec encore plus de pitié ou avec horreur.
« Pour revenir à Drago… Tu n'as vraiment pas une idée de l'endroit où je pourrais le joindre ?
— Auprès de son agent de probation j'imagine. Pourquoi ? Tu changes de camp ?
— Il n'y a plus de camp, Harry. La guerre est finie.
— Ce n'est pas l'impression que j'ai, parfois. »
Il se leva, incapable de rester assis plus longtemps.
« C'est ce qu'il me semble aussi, parfois, quand je te regarde, Harry », murmura Andromeda.
Elle secoua la tête.
« Qu'est-ce que tu veux à Malefoy ? demanda Harry malgré lui, piqué par la curiosité.
— Si j'ai bien compris, tu ne veux plus être son tuteur.
— Quelle surprise, lâcha Harry, méprisant.
— On ne peut pas le laisser retourner en prison.
— Personnellement, ça ne me dérange pas plus que ça. »
Andromeda soupira de nouveau. Elle se passa les mains sur le visage. Elle semblait se fatiguer de minute en minute.
« J'ai commis beaucoup d'erreurs, Harry. Tu sais, Narcissa m'aimait tellement… Elle m'admirait, tu ne peux pas imaginer à quel point, et même après… Même après ma « trahison »… »
Andromeda secoua à nouveau la tête à ce mot. Elle laissa échapper un petit rire qui ressemblait à un sanglot.
« Elle était prête à m'accepter quand même. Elle était prête à m'aimer quand même. Elle m'a invitée à prendre le thé plusieurs fois. Elle m'a invitée à son mariage, malgré la tâche que j'aurais été là-bas… Elle m'a envoyée un faire-part quand Drago est né. Elle a essayé. C'est la raison pour laquelle elle n'est jamais devenue un Mangemort à part entière, je suppose. Elle aimait beaucoup trop pour ça.
— Narcissa Malefoy n'était pas capable d'aimer », la coupa net Harry.
Il se retourna vivement vers elle.
« C'était une mère terrible. Elle a livré son fils aux pires monstres qui existent. Elle a ouvert sa porte aux horreurs du monde et elle n'a pas su protéger son enfant de ça. Et après, après quand elle a été confrontée à ce qu'il était devenu, elle l'a abandonné. Alors peut-être qu'on aurait dit qu'elle aimait, ou peut-être qu'elle aimait à sa façon, mais elle n'a fait que tout détruire.
— Toi aussi, tu as abandonné Drago.
— Mais je ne suis pas sa mère. Et, sérieusement, j'ai fait tout ce que j'ai pu. »
Andromeda se mordit la lèvre inférieure.
« Tu as raison. Je ne devrais peut-être pas te faire de reproches. Moi, je n'ai même pas essayé. Je ne suis jamais allée la voir même si je suis certaine qu'on aurait pu se rencontrer un jour, rien que toutes les deux, avec les enfants, sans nos maris. J'aurais dû essayer aussi, au moins. Pour elle et pour son fils. »
Elle releva soudain la tête.
« C'est pour ça que je veux me racheter. J'aurais dû venir bien plus tôt. Venir aux procès. Venir à l'audience. Je veux être la tutrice de Drago, puisque tu n'es visiblement pas capable de l'autre.
— Pas question. »
Harry ne s'y attendait pas mais sa position n'était pas difficile à déterminer.
« Tu as Teddy avec toi. On ne met pas un enfant et un ex-Mangemort dans la même maison. »
En entendant son nom, le petit garçon revint en volant vers eux, depuis la pièce voisine. Il atterrit juste à côté d'eux, ouvrant tout grands ses yeux inquiets. Harry lui attrapa la main.
« Tu ne peux pas faire ça. Ce serait de la folie. Ton mari. Nymphadora. Remus. Leur enfant représente tout ce que Malefoy déteste.
— Tu penses que ce serait de la folie ? » répéta Andromeda.
Elle se rapprocha de lui et essaya de lui reprendre Teddy des bras. Son ton était glacial. Mais Harry serra plus fort le petit garçon contre lui, lui pressant les épaules. Sa chaleur lui faisait un bien fou et le protégeait des critiques cinglantes d'Andromeda.
« Oui. Je crois que tu ne te rends pas bien compte de qui il est.
— Je crois que je sais très bien qui il est.
— Tu ne peux pas élever Teddy dans les parages d'un homme pareil.
— Ah bon ? Je l'ai bien emmené te voir. »
Elle profita de sa surprise pour récupérer Teddy. Celui-ci ne se débattit pas mais il regarda Harry d'un air grave.
« Est-ce que tu me compares à Malefoy ? demanda Harry d'une voix très forte.
— Malefoy est peut-être même moins dangereux », rétorqua Andromeda.
Harry ouvrit la bouche pour protester cependant elle l'interrompit avant qu'il ait pu prononcer un mot :
« Regarde-toi avant de parler. Harry, je suis désolée mais personne n'aime la personne que tu es en train de devenir. Je ne sais pas ce qui t'est arrivé exactement pour que tu sois comme ça. Personne ne comprend ce qu'il s'est passé. Ron m'a dit qu'au début, tu faisais la fête, tu allais en cours… Je ne sais pas. Mais tout ce que je peux te dire, c'est que si tu te laisses dévorer comme ça par je ne sais quoi, tu vas le regretter. Vraiment, Harry. Alors, s'il te plaît, s'il te plaît, Harry, essaye de te réveiller avant qu'il ne soit trop tard, d'accord ? »
D'abord sec, son ton devenait plus en plus suppliant. De plus en plus irritant, du point de vue de Harry.
« La guerre vous a salement amoché, je vois ça, surtout toi et Drago, j'imagine… Je comprends pourquoi c'est difficile pour toi de l'aider et… Et d'accord, je comprends que tu ne puisses pas rester son tuteur, que tu ne sois pas assez solide pour ça. Mais toi et lui, vous devez apprendre à accepter qu'on vous aide, d'accord ?
— Arrête de me comparer à Malefoy, d'abord, et peut-être qu'on en reparlera », jeta Harry avec un air mauvais.
Elle secoua la tête d'un air incrédule et commença à détourner les talons mais il lui attrapa vivement le poignet. Andromeda laissa échapper un petit cri, entre la douleur et la surprise.
« Promets-moi que tu ne deviendras pas la tutrice de Malefoy, exigea Harry. Tu ne dois pas faire ça. Teddy est mon filleul et j'ai mon mot à dire là-dessus. Je l'éleverai moi-même s'il le faut. »
Andromeda se dégagea de sa poigne d'un geste brusque et le considéra de haut en bas d'un air dégoûté.
« Arrête, Harry. A partir du moment où tu t'es enfermé ici pour commencer à traiter les gens comme ça, tu as perdu ton droit de dire quoi que ce soit. »
Elle ramassa son sac et, prenant Teddy par la main, elle s'en alla. Harry resta dans le salon jusqu'à ce qu'il entende la porte claquer. Il était à bout de nerfs. Il donna un coup de pied dans le fauteuil avant de s'y laisser lourdement retomber.
OoOoO
Luna feuilletait une étude sur les dragons, lovée dans son fauteuil, tout en sirotant une infusion de Ravegourde, quand on frappa à la porte. Elle se redressa, intriguée. Elle n'attendait personne.
Elle se dégagea de sa couverture brodée et, pieds nus sur le parquet, se dirigea à petits pas vers l'entrée de sa chambre universitaire.
« Oui ? Qui est là ?
— C'est moi. Neville », ajouta-t-il, un peu stupidement.
Luna baissa la tête. Bien que Neville ne puisse pas la voir, il réagit comme si c'était le cas.
« S'il te plaît, laisse-moi entrer. »
Elle hésita encore un peu puis se décida. Elle déverrouilla la porte d'un rapide coup de baguette magique et Neville entra. Il portait une grande cape noire pour se protéger du froid ainsi qu'un gros bonnet gris. Il avait un bouquet de fleurs à la main.
« Désolé pour la dernière fois. C'est pour toi. »
Il lui tendit le bouquet mais elle ne le prit pas. Elle resta silencieuse, à l'observer entre les mèches de cheveux blonds qui lui tombaient devant les yeux.
« Luna… »
Il se rapprocha d'elle.
« Je suis désolé pour ce que je t'ai dit la dernière fois, d'accord ? Je ne pensais pas ce que je disais.
— Ce n'est pas vrai. »
Elle retourna s'asseoir sur son fauteuil et replia ses jambes contre sa poitrine.
« Tu pensais ce que tu disais. Tu le penses depuis toujours. »
Neville soupira. Il s'avança un peu plus dans la pièce et posa le bouquet sur le bureau.
« D'accord. Je pense ce que j'ai dit. Je suis désolé quand même. Si ce sujet est important pour toi et que t'y crois, je le respecte. A partir du moment où tu me laisses aussi mener mon étude, où tu m'encourages aussi dans la voie que j'ai choisi, sans essayer de me mettre en garde contre je ne sais pas trop quel…
— C'est trop tard maintenant, l'interrompit-elle.
— Pourquoi ? »
Luna releva la tête vers lui.
« J'ai changé mon sujet d'études. J'ai toujours été fascinée par les dragons. Et ils existent, eux, non ? »
Neville nota son insistance presque sarcastique mais il ne la releva pas à haute voix.
« Tu as changé à cause de moi ?
— J'ai changé à cause de la majorité. Et ne dis pas que c'est dommage, ou quelque chose comme ça, parce que tu ne le penses pas. Je fais ce que tu voulais : je deviens enfin raisonnable et j'arrête de risquer mon diplôme pour des croyances stupides.
— Ce ne sont pas des croyances stupides. Je n'ai jamais dit ça. Simplement que tu n'aurais pas dû les mêler à tes études…
— Tu as sous-entendu qu'elles étaient stupides quand tu as dit qu'il fallait que je revienne à la réalité. Que j'avais un besoin de toujours inventer des choses.
— Ce n'est pas stupide d'inventer des choses, dit Neville, un peu bêtement. C'est juste que… euh… Il faut faire la part des choses… Mais tu peux continuer à croire à tout… Aux joncheruines, par exemple et je… »
Il s'interrompit de lui-même cette fois-ci, conscient d'empirer la situation.
« Ce n'est pas à moi de te dire ce en quoi tu dois croire ou pas. Personne n'a le droit de te dire ça.
— C'est pourtant ce que vous faîtes tous depuis le début.
— J'en avais pas l'intention… Luna, je sais pas quoi te dire. »
Neville se passa la main sur le front avant de soupirer de nouveau, mal à l'aise.
« Au revoir, peut-être », suggéra-t-elle.
Elle reprit son livre sur les dragons et cessa de s'intéresser à lui. Il resta quelques instants immobile en face d'elle.
« Avant, t'en avais rien à faire de ce que je pensais, de ce que tout le monde pensait… Si cette histoire de joncheruines te tenait vraiment à cœur, tu aurais continué à les étudier, envers et contre tout le monde. Je pense que toi-même tu te rends compte que notre enfance est terminée, au fond. Mais c'est pas de ma faute, Luna, et ça sert à rien de tout me rejeter dessus… »
Il attendit un peu qu'elle réponde mais elle ne répondit rien et il finit par partir. Quand il eut refermé la porte derrière lui, elle se mit à pleurer.
OoOoO
« Est-ce que vous avez quelque chose à me dire ? »
Malefoy prit un air dédaigneux pour regarder Brooks. Un éclat odieux dans ses yeux montrait clairement la répugnance qu'elle lui inspirait. Il savait que c'était réciproque.
« Vraiment rien ? »
Malefoy soupira. Converser avec Brooks était épuisant parce qu'elle essayait toujours de creuser ce qu'il ressentait, alors qu'il ne voulait pas le savoir lui-même. Il lui fallait être d'autant plus méfiant.
« J'ai vu Goyle hier soir. Il m'a à nouveau proposé de travailler avec lui. Je pense de plus en plus à accepter. »
Cette dernière partie n'était pas vraie. Il était hors de question qu'il devienne plombier, même un faux. Mais il savait que ça plairait à Brooks. Malefoy n'aimait pas particulièrement faire plaisir cependant, avec Brooks, c'était différent. Il espérait qu'en lui faisant plaisir, elle le laisserait partir plus tôt.
Malheureusement, ce ne serait pas assez pour cette fois car Brooks avait autre chose en tête.
« Qu'est-ce que vous pouvez me dire sur votre tante ? » demanda-t-elle.
La question le prit au dépourvu.
« Quelle tante ?
— Mrs Andromeda Black, épouse Tonks. La sœur de votre…
— Je vois, oui », l'interrompit Malefoy.
Il avait la bouche sèche soudain.
« Qu'est-ce qu'il se passe avec Mrs Tonks ?
— C'est moi qui pose les questions ici, Mr Malefoy. C'est à vous de me dire ce qu'il se passe avec elle. »
Il écarquilla les yeux, sans comprendre ce que Brooks voulait.
« Il ne se passe… rien, répondit-il enfin, avec prudence.
— Et ceci… Est-ce que c'est rien ? »
Brooks ouvrit son dossier et sortit une lettre manuscrite, écrite sur un parchemin de qualité. Elle la posa devant lui.
« Qu'est-ce que c'est ?
— Votre tante se propose d'être votre tutrice, en remplacement de Mr Potter. Une solution toute trouvée à notre problème.
— Comment ça, ma… Et quel problème ?
— Pardon, mon problème. Quand j'essaie de vous garder loin d'Azkaban, alors que, parfois, j'ai l'impression que vous faîtes tout votre possible pour y retourner. »
Malefoy pinça les lèvres et ses sourcils se rejoignirent, formant une ligne bien droite sur le bas de son front.
« Moi aussi, j'ai du mal à croire qu'autant de personnes aient envie de vous avoir comme colocataire. »
Brooks se permettait de plaisanter, parfois. Il n'arrivait pas à déterminer si c'était très agaçant, ou simplement agaçant.
Il se massa les tempes du bout des doigts. Il était mentalement épuisé. Il éprouvait de plus en plus de difficultés à consolider la barrière qui coupait son cerveau en deux, même s'il estimait s'être bien sorti de ses affrontements avec Potter. L'esprit a ses limites et le sien, sans doute possible, se rapprochait des siennes.
L'occlumancie était une magie complexe et Malefoy pouvait dire sans trop de prétention qu'il était un expert dans ce domaine. Toutefois, il commençait à avoir conscience de ce que sa situation avait de précaire. Trois ans qu'il maintenait un contrôle constant à l'intérieur de son propre crâne, empêchant toute peur, tout remord, tout sentiment dangereux de s'implanter trop longuement. Il triait les souvenirs, repoussant la plupart dans les limbes de sa mémoire. Et si l'exercice était amusant du temps de Poudlard, Malefoy ressentait à présent la fatigue de plein fouet.
Chaque jour qui passait rendait le risque de perdre pied à la fois plus grand et plus terrible. Il connaissait mal les conséquences que pouvait avoir sa pratique mais, d'instinct, il comprenait qu'il jouait en terrain dangereux. En magie, les règles étaient simples : tout excès pouvait devenir dramatique. Il savait ce principe par cœur mais il avait tout de même fait le choix de lutter. La terreur de se voir partir l'avait emporté sur toutes les autres.
« Donc, si j'ai bien compris, vous avez eu très peu de contacts avec Mrs Tonks ? Vous ne saviez pas qu'elle avait déposé cette demande ? »
Merlin merci, il n'avait eu aucun contact avec Andromeda Tonks. Il savait tout de son histoire scandaleuse, de son époux moldu à son loup-garou de beau-fils en passant par le bâtard d'orphelin qu'elle élevait désormais, et il espérait ne jamais avoir aucun contact avec elle.
« Non, répondit-il, voyant que Brooks attendait qu'il parle.
— C'est surprenant qu'elle veuille reprendre contact maintenant.
— Très. »
Brooks soupira.
« Personnellement, tout ce que j'en pense, c'est qu'il s'agit d'une chance inespérée pour nous. Je vous ai déjà expliqué que rien ne peut retenir Mr Potter à sa fonction de tuteur maintenant que vous l'avez attaqué en justice… »
Elle le regarda d'un air mauvais suite à ce rappel. En effet, Malefoy avait appris qu'en tant qu'agent de probation, sa prime annuelle était fondée sur la récidive des criminels qu'elle assistait et le pourcentage d'entre eux qui retournait en prison.
« Ce n'est plus qu'une question de semaines avant le retour à Azkaban. Mais la proposition de Mrs Tonks permettrait d'éviter cela. »
Elle le fixa avec insistance.
« Ce serait déraisonnable de refuser. »
Il releva les yeux vers elle. Même pour un agent du Ministère, elle restait incontestablement la personne la moins capable de comprendre ce qu'il était, ce qu'il éprouvait. Son sourire poli lui donnait envie de lui arracher les lèvres mais il était trop fatigué pour ça.
« Je ne suis pas quelqu'un de très raisonnable, dit-il enfin, séparant chaque syllabe avec le plus grand soin.
— C'est ce que j'avais compris », répondit Brooks.
Elle tapota le dossier devant elle. Malefoy reconnut, parmi les nombreux papiers, son dépôt de plainte contre le Ministère.
« Il vous sera plus difficile de poursuivre votre action depuis une cellule d'Azkaban.
— Je m'en accommoderai. »
Tu sais bien que non, fit la petite voix sifflante de sa conscience, celle qu'il enfermait généralement sous la glace, avec tout le reste. Il savait qu'il ne pouvait pas retourner à Azkaban. Il savait qu'il allait céder s'il retournait là-bas. Mais accepter de vivre chez Potter avait été une grave erreur. Une erreur de plus, commise dans un état de faiblesse. A sa sortie de prison, il avait fait n'importe quoi.
Maintenant, il devait résoudre ça. Il avait trouvé une technique efficace pour se débarrasser de Potter. Il allait faire fermer ce putain de musée – sans problème, lui avait assuré Howink. Le tout était de réussir à rester hors de prison jusqu'au procès. Cette seule pensée suffisait à lui donner envie de tout abandonner mais il n'avait pas le choix. Il allait devoir se battre.
Il ne voulait pas répéter les mêmes erreurs. Accepter la proposition de Mrs Tonks serait comme revenir à la case départ. Même si elle n'était pas Potter. Qui était le pire des deux ?
Il inspira profondément avant de redresser la tête.
« Vous êtes prêt à y retourner ? demanda Brooks.
— J'ose espérer que le procès du Ministère aura lieu avant.
— La justice n'est pas rapide.
— Sur les questions de droits de l'Homme, quand le Ministère est impliqué, elle saura l'être. »
C'était ce que Howink lui avait dit. C'était son seul espoir.
« Au contraire, sur la désolidarisation de Potter, je sais que ce sera un peu plus long.
— Vous comptez donc sur une synchronisation parfaite des dates ?
— Oui.
— C'est beaucoup plus risqué que de, simplement, laisser votre tante remplacer Mr Potter. »
Malefoy serra nerveusement les poings, avant de les détendre à nouveau.
« Si j'obtiens ce que je veux de la justice, je n'aurais plus besoin de tuteur.
— Ne vous bercez pas trop d'illusions.
— Est-ce que vous avez quelque chose à me dire ? » demanda-t-il alors, agacé.
Brooks soupira de nouveau.
« J'ai lu vos réclamations. Je connais la situation, dit-elle. J'ai vu le musée.
— Très bien pour vous.
— Je sais ce que vous ressentez. Et sur le principe… Sur le principe, vous avez des droits et… Et peut-être qu'ils ont été violés, je ne sais pas, c'est possible. »
Malefoy manqua de tomber de sa chaise sous la surprise. Il ne savait pas à quoi il s'était attendu mais pas à cette réponse.
« Donc vous êtes de mon côté en fait ?
— Non. Enfin… »
Brooks leva les yeux au plafond et baissa la voix, bien qu'un sortilège soit chargé de protéger le secret de leurs conversations.
« Enfin, je suppose que vous allez réussir à faire fermer le musée. »
Malefoy se força à afficher un sourire satisfait, même si le cœur n'y était pas vraiment.
« Mais vous ne serez pas libre pour autant. Je ne les laisserai pas faire cela personne ne les laissera, et les juges ne le voudront pas, de toute façon. »
Elle avait prononcé ces dernières paroles presque comme une menace et Malefoy sentit son assurance s'évanouir brusquement.
« Comment ça ?
— On ne vous rendra jamais votre liberté.
— Est-ce que je peux savoir de quoi vous parlez ? »
Sa voix trembla, imperceptiblement, mais ce n'était pas bon signe. Cette conversation lui prenait trop d'énergie.
« Mr Malefoy, on va jouer franc jeu. »
Brooks croisa les bras sur son bureau et se pencha vers lui.
« Beaucoup d'autres anciens prisonniers se sont assis à votre place. Je connais le crime, je connais les criminels, et, vraiment, je n'aime pas avoir des préjugés sur les gens que je rencontre ici. Mais vous… Je n'ai absolument aucune sympathie pour vous. J'ai lu tout votre dossier, je connais toute votre histoire, et tout ce que vous m'inspirez, c'est du dégoût.
— C'est bien ce qu'il me semblait », lâcha Malefoy en se laissant retomber contre le dossier de sa chaise.
Il jouait encore. Peut-être plus pour longtemps. Dans sa tête, ses pensées se mélangeaient de plus en plus. Il revoyait ce jour où Brooks était venue le chercher à Azkaban. L'idée de devoir y retourner le rendait malade. Il ne devait pas y penser. Il se remit à compter.
« Vous savez ce qui m'insupporte le plus chez vous, au-delà de la marque sur votre bras ? poursuivit Brooks, sans pitié.
— Dîtes toujours.
— Votre lâcheté. Votre choix de la facilité, toujours, à chaque fois. C'est fascinant. Dans chacune de vos décisions, c'est toujours la facilité qui l'emporte. Parce que vous aviez le potentiel pour être un homme bien. Tellement de gens vous ont tendu la main, tant de fois, et, à chaque fois, vous avez préféré vous enfoncer sur le mauvais chemin. Je n'ai jamais vu un comportement aussi destructeur. »
Il releva lentement les yeux vers elle. Son cœur pulsait dans sa gorge. Son crâne lui faisait presque mal, à force de se focaliser sur ses pensées. Il remarqua soudain que sa baguette s'était glissée dans sa main, sans qu'il s'en aperçoive.
« Et le plus incompréhensible pour moi, c'est le fait que vous soyez gay. »
Il déglutit bruyamment cependant il était trop fatigué pour se mettre en colère ou même pour protester. Alors il se contenta de se déplier de son siège, serrant toujours sa baguette contre la paume de sa main.
« Merci pour votre analyse, dit-il. On verra ça au procès.
— Je n'ai pas dit qu'on avait fini… »
Mais il partit néanmoins. Il avait besoin de dormir. Après ce qu'il venait d'entendre, c'était le seul repli possible.
