Chapitre 6


"Demain, j'essaierai de m'arranger pour te faire prendre un bain... !"

Edward ne comprit pas tout de suite, et se contenta de fermer les yeux, replongeant dans le sommeil.

Il dormit bien cette nuit-là. Une nuit sans rêve, sans cauchemar, et sans réveil douloureux. Après tout, il était tranquille pendant trois jour... Il se réveilla tôt le lendemain, et la première chose qu'il vit... ce fut les yeux bleus de monsieur Jean, assis près de lui, qui le regardait avec... quoi ? Il n'avait toujours pas trouver le mot qui correspondait. Peut-être devrait-il demander...

"Vous êtes quoi ?"

Havoc eut une expression stupéfaite.

"..."

Que devait-il répondre à ça ? Il était quoi ? un homme ? blond ? définitivement célibataire ? ...

"Pourquoi vous êtes comme ça, avec moi... ?"

Il sourit en comprenant.

"Je suis... gentil ? C'est le mot que tu cherchais ?"

Le petit sembla réfléchir, puis finit par hocher doucement la tête, une ombre de sourire sur son visage. Havoc lui caressa les cheveux, pour finir de le réveiller, et annonça :

"Aujourd'hui, Frank le gardien m'a dit que tous les gens qui travaillaient ici sont en congé. Donc, on peut dire qu'on est seuls, toi et moi. Tu n'es pas obligé de rester ici, si tu as envie de sortir."

"Où... ?"

"Euh, on ne pourra pas sortir du bâtiment, mais je peux t'emmener... par exemple... dans le bureau du patron ?"

"... ??"

Edward le regarda avec de grands yeux surpris, sans comprendre, et un peu effrayé. Le jeune blond eut un large sourire, et découvrit l'enfant pour le prendre dans ses bras. Puis il sortit dans le couloir, et se dirigea vers les escaliers, près de l'entrée. En passant devant le bureau de Frank, il toqua à la porte, et celle-ci s'ouvrit immédiatement, laissant paraître l'homme qui affichait une mine contrariée ; il portait un gros sac rouge, et donna à monsieur Jean un trousseau de clés en disant :

"Je ne sais pas ce que tu as en tête, mais si jamais ils apprennent ça, on est mort tous les deux... !"

Havoc se contenta de sourire et attrapa les clés, avant de prendre les escaliers, le petit dans les bras. Il arriva à un étage richement éclairé, toujours tout blanc, mais il y avait des tableaux de peinture accrochés aux murs, et même un tapis devant l'une des portes. Havoc s'arrêta dessus, et sortit l'une des clés avant de pousser la porte du bureau.

Edward ferma les yeux. À vrai dire, il ne voulait pas voir, et il s'en fichait. Mais monsieur Jean continua à marcher, il l'entendit ouvrir une autre porte, pour entrer dans une pièce beaucoup plus petite.

"Edward ? Regarde ça."

Il rouvrit les yeux, et observa autour de lui. C'était... une salle bain. Avec deux étagères, et une baignoire au fond de la pièce.

"C'est le grand luxe, dites-donc... !"

"Ça tu l'as dit !" fit Frank. "Ces types me répugnent, tout simplement..."

Havoc secoua la tête de mépris, et déposa Edward devant la baignoire. Le petit ne semblait pas du tout rassuré, et semblait se demander ce qu'il faisait là.

"Edward ? Frank va sortir, mais je reste avec toi. Tu vas enlever tes vêtements, et monter dans la baignoire, d'accord ?"

Sans qu'il s'y attende, l'enfant se mit à sangloter, tête basse ; il s'agenouilla devant lui, et attendit patiemment que passe la crise d'angoisse. Quand le petit sembla se calmer quelque peu, il le prit par les épaules :

"Edward ? Ne t'inquiète pas, s'il-te-plaît... Je vais te laisser seul, le temps que tu te déshabille, d'accord ?"

Il se releva et se pencha au-dessus de la baignoire pour allumer les robinets ; quand l'eau coula à la bonne température, il sourit au garçon et sortit de la pièce.


Frank attendait devant la porte du bureau, guettant le moindre bruit dans le couloir.

"Tu crois vraiment que c'est utile ?"

"Vous l'avez bien regardé ? Ce pauvre gosse est lavé au jet d'eau ! Je suis sûr qu'il n'a même pas de vêtements propres à se mettre ! C'est ..."

"Monstrueux ?"

"Non, pire que ça !!"

Frank eut un rire de circonstance, et fit avec un sourire triste :

"Je te l'avais dit..."


Ils furent interrompus par le silence qui régna soudain dans la salle de bain du directeur du laboratoire. L'eau avait cessé de couler. Havoc y retourna rapidement, et entra : Edward était dans l'eau, la main encore sur les robinets ; il sursauta quand Havoc entra si violemment, et retira sa main les larmes aux yeux :

"Ç...ça allait... déborder..."

Il approcha, et constata qu'en effet, l'eau était montée très haut dans la baignoire. Il sourit et s'accroupit, attrapant au passage divers produits (savon, shampoing, gant de toilette...).

Edward se glissa un peu plus dans l'eau, recroquevillé, apeuré mais ne voulant pas le montrer.

"Ed... Je ne te ferai pas de mal... Est-ce que l'eau est assez chaude ?"

Timidement, il fit "oui" de la tête, s'attirant un sourire attendri de l'homme.

Rapidement, l'eau de la baignoire moussa, et Edward finit par se laisser aller, souriant presque, et profitant pleinement de ce bain.


Dans le bureau, occupé à surveiller, Frank tourna la tête de surprise en entendant soudain des éclats de rire. Il sourit grandement, soulagé.

"Bon sang..." songea-t-il, impressionné. "Il a même réussi à le faire rire..."