Maura pouvait la sentir, la vapeur, embraser sa peau, s'épandre dans ses chairs, pour se condenser en fines gouttes sur son corps. Elle soupira, les yeux clos.
Elle put entendre l'hôtesse verser encore de l'eau sur les pierres chaudes. Une nouvelle ardeur emplit l'air.
Son corps dénudé suintait maintenant, étendu dans une langueur florale, ses sens enivrés de parfums exotiques. Ylang Ylang, Patchouli, Mangue et de légères notes de vanille.
Maura Isles aurait voulu disparaitre dans l'épaisseur de l'ivresse et exhaler hors d'elle chaque particule de désordre .
Le passé se dispersait, brumeux et le présent ? Lui se dissolvait dans une violence liquide qui s'écoulait sans fin, pour se perdre.
La blonde se mordit la lèvre à la sensation des doigts sur sa peau, glissant sur l'arc de sa nuque, pour s'enfoncer dans les courbes de ses épaules. Simultanément sur ses jambes, on traça la ligne exquise des muscles crispés, remontant sur la peau délicate de ses cuisses pour revenir stimuler la plante de ses pied.
L'huile chauffait agréablement sous les caresses expertes et Maura pouvait sentir son corps glisser sous leur empire. Sa poitrine se souleva de plus en plus profondément sous la lumière tamisée, dessinant la vallée palpitante de son torse. Donnant sur la surface de sa peau, l'illusion de flammes voluptueuses, de feu et d'or.
Elle se cambra, des mains frôlant la courbe naissante de ses seins. Tandis que d'autres doigts sinueux s'immiscèrent entre l'espace sensible de ses orteils.
Chaque fibre d'elle même épanchait la furie, exsudait la terreur. Pour se gorger de cet oubli exaltant qui confondait la réalité dans le songe. La peur dans le désir.
Elle expira, les doigts maintenant à la lisière du linge qui couvrait son corps, tentateurs. Audacieux. Elle protesta presque lorsque des quatre mains qui ravissaient ses sens, deux disparurent. Mais les assauts sur son esprit reprirent, avec une profondeur qui étouffa sa plainte. Le voyage sensuel parcourut la longueur de ses bras, l'intérieur de ses coudes, de ses poignets graciles jusqu'au bout de ses doigts sensitifs. Elle failli se crisper à la caresse délicate sur ses paumes et sentit au lieu de ça ses seins se tendre sous le tissus.
Elle gémit lorsque l'appel sembla se faire entendre. Sur son torse erratique, les doigts tracèrent un sillon incandescent jusqu'à l'attache de l'étoffe, qui langoureusement, se détendit d'abord pour glisser délibérément, effleurant la peau sensible à son passage.
L'air mordit la chair et Maura brula de sentir une chaleur liquide et avide sur ses pointes dures. Mais les caresses attisèrent seulement, à faire mal. Puis dans une seconde interminable, les doigts quittèrent sa peau... pour effleurer l'intérieur de ses cuisses. Et la blonde arquée finit par l'entendre, le souffle fébrile comme le sien, chaud.
Son esprit traversa les limbes pour ne se concentrer que sur cette sensation électrisante.
Centimètre par centimètre, les doigts avancèrent. S'approchèrent.
Juste un peu... juste... encore... et Maura pourrait sentir le contact... elle pouvait déjà, presque.
Un flash l'éblouit soudainement.
Brutalement.
Invasif.
Un sourire. Une voix. Des boucles noires coulant sur sa peau au cours d'une étreinte. Et son être plus rempli, plus entier qu'il ne l'avait jamais été.
Sa main arrêta l'autre.
Et ses yeux s'ouvrirent .
Il fixèrent les pupilles dilatées irisées d'azur, palpitantes...
Et saisies par la peur.
La jeune femme impeccablement apprêté à l'enseigne de l'établissement, parut figée par la torpeur, surprise d'elle même... paralysée par le désir qui battait encore dans ses veines. Maura étudia les traits et imagina une seconde, ce visage transporté de plaisir entre ses bras...
Mais cela n'arriverait pas. Elle attendit quelques secondes... le temps que son regard émeraude parle. Qu'il ne montre ni la crainte, ni le regret... et certainement pas le dégoût. Mais le respect et l'envie... qui devait mourir avec l'ivresse, dans ces vapeurs.
Calmement ensuite, elle se recouvrit avec une élégance féline, descendit de la table et sortit du spa.
Dans le couloir, la fraicheur la ramena sur terre et elle sentit dans son corps l'effet puissants des endorphines. La réalité devait revenir, il fallait croire. En vers et contre tout.
Une fois dans les vestiaire, elle vérifia son téléphone.
Quelques appels en absences.
Quelques messages.
Beaucoup venants de Jack.
Et un autre :
« Résultats arrivés. Appelle moi. »
Moins d'une heure plus tard, Maura était attablée, droite, parfaitement apprêté d'une robe écarlate griffée Dior, ses traits lumineux et reposés malgré cette autre fatigue ,différente, que le sommeil et les soins ne résoudraient pas.
Elle sourit sincèrement en voyant Frost entrer, son assurance rayonnant dans ses yeux.
« Tu sais j'aimerais croire que je ne suis pas quelqu'un de rancunier ni quelqu'un d'obtus commença-t-il en s'asseyant, il y a donc deux choses que je ne dirais pas.
-Ah oui ? demanda Maura, un sourcil déjà arqué.
-Absolument. D'abord, je ne soulignerai pas le fait que l'identité de Hope Martin aurait peut être pu me sauver du plus grand fiasco de ma carrière... ensuite, je ne m'offusquerai pas que tu me donnes rendez-vous dans un établissement qui ose servir des hamburger végétariens »
Maura sourit et le détective regarda suspicieusement le décor de la salle submergée de « propagande hippie ».
Rapidement, une serveuse vint à eux.
« Vous désirez boire quelque chose ?
-Hum... le café est du vrai n'est-ce pas ? »
La serveuse rit un peu.
«Certifié bio, torréfié artisanalement et moulu sur place. répondit-elle fièrement.
-Je... suppose que ce sont de bonnes choses... je prendrai ça sans lait de... » il fronça le regard en lisant la liste de lait végétaux que le menu proposait.
Sans lait de quoique se soit ! pensa-t-il.
« Sans rien » se reprit-il.
Et la serveuse sourit encore. Elle acquiesça et partit avec un clin d'oeil. Barry lança un de ses sourires lumineux.
« Etre hippie n'est peut être pas si mal... »
Maura amusée, se pencha vers lui, son regard plein de cette menace profonde comme le jade. Un sourire ravageur sur les lèvres.
« Tu ne veux pas vraiment entendre ce que j'ai à dire sur les ravages des acides gras saturés d'origine animale sur les fonctions cardio-vasculaires du corps humains... et même si je dois saluer ta maîtrise parfaite de la prétérition... Hope Martin ne t'aurais rien dit... elle n'est plus en contact avec Doyle depuis ma naissance... »
Frost soupira, sceptique et déposa le dossier sur la table, qu'il fit glisser jusqu'à elle.
Maura l'ouvrit et lut.
Les résultats de la datation radiométrique d'abord, déterminant la date de la mort de la victime à une période remontant entre 10 et 7 ans. Et son identité ensuite : Kelly Andersen, 21 ans, signalée disparue le 18 octobre 2006. Apprentie dans un centre de formation dans les métiers de la petite enfance et présidente d'une association luttant contre les violences domestiques.
« Tu sais j'ai fait... quelques recherches sur Martin... » entendit-elle.
Elle fronça le regard. La victime correspondait parfaitement au profil. Hoyt avait su que les enquêteurs comprendraient s'ils retrouvaient le corps. Au lieu de ça, ils les avaient mené sur une fausse piste pendant des mois.
« Je sais ce que tu vas me dire... »dit-elle, un peu absente.
Frost la regarda, curieux.
« D'abord tu vas me parler de la ressemblance physique frappante... ensuite tu me parleras du fait qu'elle est actuellement le médecin le plus récompensé encore en vie aux Etats-Unis. Après ça, je m'avance peut-être, mais tout me porte à croire que tu développeras une théorie douteuse sur le caractère héréditaire du quotient intellectuel et une autre qui voudrait expliquer pourquoi ma mère biologique et moi avons choisi de faire le même métier sans jamais nous connaître »
Barry rit, et remercia la serveuse qui lui apporta son café. Attardant son regard sur sa silhouette alors qu'elle partit.
« Je lui ai parlé ce matin, elle a l'air gentille... et elle semble avoir le même problème de vocabulaire »
Maura acéra son regard.
« Un problème tout à fait fondé corrigea-t-il. L'exactitude...scientifique... du langage est absolument un problème que tout le monde devrait avoir... »
Frost se força pour avoir l'air sérieux.
Les traits de Maura s'adoucirent.
« J'espère ne jamais reproduire les autres détails de sa vie personnelle... »
La blonde pensa en prononçant ces mots. Tomber amoureuse d'un criminel ? Lui faire un enfant ? Malgré cette limite entre le Bien et le Mal ?
Elle ne pouvait pas prétendre avoir échappé à tous les désastres... Mais celui là, jamais !
« En parlant de vie privée, je suppose que les cravates retrouvées dans ton armoire ont quelques choses à voir avec celui qui t'attendait au poste complètement paniqué hier ? »
Maura accusa le coup.
« Jack Armstrong » répondit-elle. Elle étudia les traits du détective. Aucune surprise. Il savait déjà.
« Est-ce que c'est quelqu'un de sûr ? demanda-t-il.
-Je suis certaine que vous n'avez pas eu besoin de mon autorisation pour vérifier ces antécédents judiciaires. »
Frost sourit.
«Il a été condamné pour trouble de l'ordre publique lors des émeutes étudiantes de 1998 contre les répressions massives ordonné par le gouvernement Suharto en Indonésie. Il était encore dans nos fichiers, c'est comme ça que nous avons pu identifier ses empreintes »
Maura ne put s'empêcher de sourire une seconde. Une manifestation contre la répression indonésienne ? Il ne lui en avait jamais parlé.
« C'est... du sérieux entre vous ? »
La blonde ne sut pas quoi répondre.
« Les derniers événements ont de toute façon remis cette réflexion à plus tard »
Frost l'observa. Il y a des années, la Maura Isles qu'il connaissait n'y aurait même pas réfléchit.
La Reine des Morts aurait-elle enfin décidé d'abandonner sa solitude ?
Barry faillit parler, mais il se ravisa. Il ferait mieux de garder son opinion à ce sujet pour lui. Pour le moment en tous cas. Peut-être un jour, pourrait-il franchir certaines barrières... mais ce jour n'était pas encore arrivé.
Il chercha autre chose.
« Jane s'est réveillée... tout à l'air de s'être bien passé pour elle . »
Maura lutta pour garder bonne figure. Elle sourit.
« J'ai donné ton nom aux officiers de garde... Tu peux lui rendre visite quand tu veux... »
La blonde détourna son regard. Et Frost put une nouvelle fois, deviner qu'il se passait des choses qu'il ne comprenait pas. S'il devait se fier à son intuition, il pouvait sentir que Maura n'irait pas à l'hôpital.
Pourquoi ? Pourquoi autant d'histoire depuis le départ ?
Il n'avait jamais pu comprendre. Maura avait trouvé Hoyt et depuis là, avait semblé fuir Jane comme la peste. Bon sang, elle avait semblé fuir toute sa vie comme la peste.
Il essaya une nouvelle fois de la scruter en cherchant un signe. Mais comme d'habitude, il ne vit que cette femme illisible, composée. Sa beauté plus perçante que tous les regards qui essayaient de la résoudre.
« Comment tu vas ? après... l'autre soir ?... Ta mèr...Hope Martin m'a posé la question et je n'ai pas su quoi répondre... »
Maura ne cilla presque pas.
« Je ne suis pas sûre de savoir non plus, mais la priorité est de comprendre ce que veut Hoyt.
-Evidemment »
Et Frost sut, qu'il ne tirerait plus rien d'elle.
Quand elle rentra à son hôtel plus tard, la blonde traversa l'assistance huppée sans égard. Plongée dans ses pensées. Une fois dans sa suite, elle expira à la lumière apaisante qui imprégnait les pièces, filtrant par le panorama saisissant dont bénéficiait le dernier étage.
Elle se fixa quelques instant sur l'immense baie vitrée, envieuse du ciel pâle et paisible. Elle avait tant couru pour capturer ce calme. Mais elle avait lutté contre un ennemi trop fort.
Et si elle avait gagné contre lui, presque par miracle, elle avait sans doute toujours su que ce jour viendrait. Où elle paierait le prix. Celui de s'être mesuré à plus grand qu'elle et d'avoir fuit ce qu'elle avait appris en se battant.
Une pensée glacée passa dans son esprit, rationnelle. Insensible. Mathématique presque.
Elle se tourna vers l'entrée de sa chambre, regarda autour d'elle et s'approcha doucement.
A quelques pas, elle vit la tache sombre sur le sol, foncée sur le velours de la moquette. Puis les membres dans cette immobilité morbide... Le corps sans vie, fixait le plafond dans une expression de terreur, une plaie balafrant sa gorge.
Elle s'immobilisa, devant la confirmation de ses doutes les plus profonds. Les plus terrifiants.
La vengeance avait commencé.
L'attaque de Wallace n'était que le début.
Et bien sûr qu'Il ne s'arrêterait pas là.
Sur le lit, un bouquet de rose, et une carte, manuscrite :
A bientôt Docteur Isles.
N/A:
Un update surtout pour rassurer les lecteurs et leur montrer que je n'ai pas oublié ce texte, même si mon inspiration par période m'emmène un peu dans tous les sens. Plusieurs autres idées de textes me sont venues, peut être d'ailleurs par besoin de sortir un peu d'Alumnum mihi, qui est incroyable à écrire, mais pas facile. Ce qui est certain, c'est à quel point ce projet me tient à coeur. A quel point je sais où je vais et à quel point j'ai hâte d'y être et d'y emmener le lecteur. Merci à ceux qui m'ont encouragé, j'invoque un peu votre patience, le temps que les bons mots viennent :)
bisous
Ngie
