« Donc, tu t'es fait plaquer par Asahi, sérieux... Mince... comment c'est nul.»

Noya répondit par un inintelligible grommellement, le visage enfoui dans l'oreiller de Tanaka sur le lit duquel il s'était affalé sans gêne.

« Ennoshita m'a demandé si vous aviez pas un truc Asahi et toi, un jour. Enfin, il se demandait surtout si toi t'étais pas amoureux de lui. J'aurai jamais pensé que ça puisse être vrai, fit Tanaka, l'air pensif, le visage enfoui dans sa main. »

Noya songea qu'Ennoshita avait sans doute vu en lui des sentiments dont il ne s'était lui-même pas rendu compte. Il poussa un soupir.

« Mais sérieux, ça t'a fait quoi quand tu as su que t'étais gay ?

- Je sais pas si je suis gay, maugréa Noya, je veux juste Asahi.

- Bah qu'est-ce que ça t'a fait quand t'as vu que tu « voulais Asahi »? insista Tanaka. »

Noya haussa les épaules avec un petit grognement.

« Te colle pas comme ça au coussin, avec ton gel tu vas tout saloper, fit Tanaka.

- Meh. Depuis quand t'es une daronne ?

- Depuis que ma mère insiste pour que je gère ma lessive. Elle a pigé que vu nos moyens et mon niveau je partirai pas dans une fac à perpette et elle veut quand même que je prenne mon indépendance.

- Ça craint.

- Pas autant que toi. Même Asahi veut pas de toi... »

Noya attrapa l'oreiller et lui envoya. Tanaka éclata de rire mais en voyant l'expression de son ami, il s'excusa aussitôt :

« Pardon... c'est pas drôle, dit-il avec une petite toux, laisse-moi juste le temps de m'habituer. T'aurais pu m'en parler plus tôt d'ailleurs ? Je me suis senti con.

- Ouais... je sais. Je suis désolé.

- Surtout que Tsukishima savait quoi.

- Crois pas que ça m'arrange. Ce type est imbuvable.

- M'en parle pas. Mais comment ça se fait qu'il soit au courant ?

- Il nous a vus Asahi et moi... »

Noya vira écarlate à ce souvenir et s'enfouit dans le matelas. Tanaka le fixa avec incrédulité.

« Wow... je veux pas savoir mec... tu rougis pas à ce stade, tu fumes ! »

Il y eut un silence, puis il reprit :

« Vous l'avez fait ? »

Noya releva le visage vivement.

« Fait quoi ? »

Tanaka détourna les yeux :

« Bah... tu sais bien... »

Noya rougit encore et enfouit de nouveau son visage dans le matelas.

« Sérieux ? Non ? Qui faisait la fille ? s'écria Tanaka en s'approchant du lit, vu que t'es plus petit ça devait être toi non ? Ça doit faire un mal de chien.

- Mais de quoi tu parles ? demanda Noya.

- Bah de... du truc des gays là. Avec les fesses.

- J'ai l'impression de parler de sexe avec un enfant de primaire, grimaça Noya.

- Les enfants de primaire s'y connaissent tant que ça en sexe ? s'étonna Tanaka. »

Nishinoya éclata de rire. Tanaka avait l'air d'une petite frappe comme ça mais il gardait une certaine innocence.

« Mais du coup...

- Ça te regarde pas, maugréa Noya, mais on a fait des trucs mais pas ça.

- Quoi comme trucs ?

- Mais je te demande de quelle main tu te branles ?

- Les deux. Je suis sexuellement ambidextre. Enfin je devrais pas te dire ça. Ça pourrait t'exciter.

- Idiot ! s'écria Noya en lui renvoyant un autre coussin. »

Ils commencèrent une bataille acharnée qui tourna court hélas avec le retour de la grande sœur de Tanaka qui accepta de leur payer une glace quand Tanaka lui eut expliqué à demi mot que son ami était en peine de cœur. Ça avait son utilité de souffrir le martyr. Même si ça ne valait pas juste une glace.

Quand il rentra chez lui, Noya évita soigneusement la rue avec le banc fatidique. Il essayait de chasser Asahi de ses pensées mais il envahissait le moindre espace libre. Il se glissait et s'imposait à la moindre opportunité. « Qu'est-ce que je vais manger ce soir ?... Maman ne cuisine pas on va réchauffer un truc... La mère d'Asahi a l'air de cuisiner ou au moins ses sœurs... L'autre jour Asahi n'est pas resté dîner... Ça pourrait être limite excitant de voir Asahi manger avec sa bouche sensuelle... »

Il secoua la tête. Il avait rompu avec Asahi ou plutôt, il s'était fait plaquer par Asahi. Quand il y repensait, il était très difficile pour lui de contrôler les larmes qui lui montaient aux yeux. Il était un homme pourtant. Yavait pas de quoi pleurer !

« T'as une petite mine, lui fit remarquer sa mère qui était déjà rentrée quand il arriva, tu n'es pas malade ? »

Noya aurait préféré. Habituellement, quand ça n'allait pas, il se défoulait au volley mais comme le volley était synonyme d'Asahi, il se serait bien porté pâle pour éviter ça. Il pouvait s'entraîner ailleurs de toute façon. Il avait fait ça pendant son exclusion temporaire. Au pire, il recommencerait.

Non, l'équipe devait apprendre à se mouvoir comme un seul corps. Il ne pouvait pas les lâcher.

Il expédia le dîner et monta dans sa chambre. Celle-là, il ne pouvait pas l'éviter comme le banc. Il n'avait pas changé ses draps depuis qu'Asahi était venu. Il y avait bien une petite tache suspecte mais ça ne le dérangeait pas tant que ça. Et puis il avait tenu à garder l'odeur d'Asahi. Elle le frappa encore quand il s'assit sur son lit et par réflexe, il eut ce sursaut d'excitation, ce coup dans le ventre... Il tâcha de s'y habituer mais plus il tentait de se calmer et plus il pensait à ce qu'ils avaient fait là. C'était trop frustrant. Il serait bien incapable de dormir avec cette odeur si présente. Il fallait qu'il s'en débarrasse quitte à dormir sans drap. Asahi sentait fort. Ça le complexait manifestement comme le reste puisqu'il passait son temps à se remettre du déo à l'entraînement. Ça n'avait jamais dérangé Noya jusqu'à maintenant. Au contraire, ça ne le dégoûtait pas, ça l'excitait. Devait y avoir un nom pour ça. Smell Fetish ?

Enfin, Noya n'en était pas non plus à renifler son urine ou à lécher ses chaussettes usagées hein. Non, pas de jugement, chacun fait ce qu'il veut chez soi, mais il avait ses limites. Il aimait juste Asahi et son odeur générale. L'odeur de ses cheveux doux et lourds, celle de son cou, celle de sa peau et de sa teub, aussi.

C'était trop frustrant. Il s'empêtra dans sa housse de couette en tentant de l'en extirper et tomba par terre.

« Yuu ! Qu'est-ce que tu fiches ? lui cria sa mère d'en bas.

- Rien ! répondit-il, j'ai glissé. »

L'odeur d'Asahi l'entourait. L'échalas avait marqué son territoire, avec son grand corps, on le sentait du haut au bas de la housse. Il avait frotté aussi. La dernière fois, ils s'étaient frottés. Noya poussa un petit grognement d'impuissance et tendit les bras pour étreindre la housse et la couette, y cherchant le poids d'un corps.

C'était dur. Dans tous les sens du terme. Il soupira et défit sa braguette. Quitte à laver les draps...


« Je récapitule, soupira Daichi, tu m'as gonflé avec son histoire parce que, je te cite, « en tant que capitaine il vaut mieux que tu saches » et maintenant tu me dis qu'il n'y a plus rien...

- En gros, enfin... c'est ce que j'ai compris. C'est ça Asahi ? demanda Suga.»

Asahi hocha la tête en grimaçant. Il n'avait pas envie d'épiloguer.

« C'était ça le gros drama de l'autre jour quand tu as couru comme une jeune fille en fleur dans un roman pour filles ?

- Mais je...

- Noya a rompu à ce moment-là ? demanda Suga avec douceur, c'est ça ?

Asahi fronça les sourcils. Manifestement, l'idée que ce soit lui qui ait rompu ne leur avait pas effleuré l'esprit. Il garda le silence un instant, laissant passer un groupe de filles de première qui leur jetèrent des regards en coin. Certaines étaient dans la classe de Noya tiens. Elles dévalaient les escaliers en se lançant des taquineries mais se turent aussi en passant devant les trois terminales qui discutaient sur le palier, face à la fenêtre.

« C'est moi qui ai rompu, dit doucement Asahi, quand elles se furent éloignées. »

Suga haussa à peine les sourcils mais Daichi eut l'air vraiment surpris pour le coup.

« Parce que je pensais que ça pouvait nuire à l'équipe et à notre scolarité et à tout le reste.

- C'est très sérieux de ta part, dit Daichi.

- Je suis sérieux... Mais honnêtement je... »

Asahi pianotait des doigts sur sa nuque.

« J'étais pas non plus prêt à assumer une... relation. »

Suga posa sa main sur son épaule pour le réconforter et lui assura :

« L'important c'est que tu sois en accord avec toi-même. »

C'était gentil mais pour cette partie là, Asahi n'était sûr de rien. Il haussa les épaules en un geste d'impuissance. La sonnerie retentit. Ils étaient dans des classes différentes et il était temps de se séparer.

« Si tu veux en parler, n'hésite pas, lui dit Suga avant de partir vers sa classe. »

Asahi sourit mais s'il était certain d'une chose, c'était qu'il n'avait pas envie d'épiloguer sur la question. Il tâcha de se concentrer sur son cours de maths et parvint à oublier Noya pour quelques heures mais à midi, il dû se rendre au gymnase pour s'entraîner et il fut aussitôt saisi d'une angoisse sourde à l'idée de le revoir. L'entraînement de la veille avait été étrangement simple en fait. On ne leur avait pas posé de question avant la fin et Asahi avait donc eu le temps de s'inventer une grand-mère malade. Nishinoya et lui avaient mis toute leur énergie dans le suivi de la balle et s'étaient donc mutuellement oublié le temps de l'entraînement. Noya était rentré avec Tanaka ensuite et l'avait à peine salué et Asahi avait réussi à éviter Daichi et Suga et à rentrer chez lui dans le calme. Il s'était endormi directement ce que son père avait vu comme une énième preuve de sa croissance (il fallait pourtant espérer qu'elle s'arrête un jour, déjà qu'il se cognait partout).

En se réveillant il avait été saisi par cette angoisse sourde mais il n'avait osé réfléchir aux réelles raisons de sa peur que pendant son trajet vers le lycée. Il était terrifié à l'idée de revoir Noya. S'il s'était écouté, il aurait encore lâché l'équipe pour l'éviter mais il devait se faire violence. Après tout, il avait rompu avec Noya justement pour poursuivre le volley dans les meilleures conditions.

Il mangea seul en classe et descendit ensuite au gymnase. Sur le chemin, il croisa Yachi, la petite apprentie manager de l'équipe qu'il salua. Elle fit un bond en le voyant, puis se répandit en excuses. Asahi savait qu'il avait un aspect un peu impressionnant. Yachi s'était peu à peu habitué à son allure et à l'attitude de Tanaka ou Tsukishima mais ça revenait. Il était bien placé pour savoir que ce type d'angoisse ne s'altérait pas si rapidement. Il ne lui en voulait pas.

Ils marchèrent côtes à côtes, étroitement enserrés dans leurs gênes respectives, à se parler météo et à se faire des politesses jusqu'à ce que le gymnase soit en vue. Asahi n'aimait pas se sociabiliser. Vraiment pas. Rares étaient ceux et celles qui venaient le chercher avec simplicité et franchise. La plupart du temps il avait l'impression que les gens attendaient quelque chose de lui et le problème, c'est qu'il ne savait pas ce que c'était.

Au moment d'entrer dans les vestiaires, il tomba nez à nez avec Noya qui se figea en le voyant. Leur échange ne dura qu'une fraction de secondes mais il parut une éternité à Asahi qui mit un moment avant de s'excuser et de se plaquer contre le mur pour le laisser passer. Noya répondit par un sourire amer et prit garde à ne pas le toucher en passant. Asahi savait qu'il ne pouvait exiger de lui la même chaleur qu'auparavant mais là, c'était quand même vraiment déprimant. Suga, qui avait assisté à cet échange silencieux, croisa son regard et lui adressa une grimace compatissante. Il allait falloir du temps.

Heureusement, Noya et lui restaient, malgré tout, des joueurs sérieux et ils mirent de côté le reste pendant les trois contre trois organisés dans l'après midi. Ils se retrouvèrent à plusieurs reprises dans la même équipe et parvinrent à mettre leurs différends de côté pour être plus efficaces. Ils fonctionnaient à deux. Ça faisait plus d'un an qu'ils travaillaient ensemble. Ce n'était pas une difficulté à ce stade.

A un seul moment, Asahi se déconcentra et manqua une passe de Suga lorsqu'il fut frappé par un souvenir stupide. Il songea soudain à ce que lui avait dit Noya sur le fait qu'il connaissait ses fesses mieux que le terrain vu qu'il jouait derrière lui. Cette idée absurde le troubla un instant et parvint à le distraire du jeu. Quel idiot. Il s'excusa platement et songea qu'il avait finalement vraiment bien fait de rompre. Avec le temps, ces souvenirs s'estomperaient et il serait tout entier dévoué au jeu. Pas besoin de créer d'autres troubles et problèmes. Laisser quelqu'un venir trop près. Accepter l'intimité, c'était vraiment trop compliqué à gérer.

Ils se félicitèrent sur le terrain en bons coéquipiers mais l'entraînement achevé, Noya cessa aussitôt les amabilités et ne lui adressa pas un regard, pris dans une discussion « technique » à base d'onomatopées avec Hinata. Pas un sourire, pas un geste, rien. Asahi tâcha de se faire une raison. Il ne pouvait pas exiger ni espérer que ça redevienne comme avant.

Mais il se sentait vraiment seul pour le coup.

Il fit un bout de chemin avec Daichi et Suga qui parlèrent de choses et d'autres sans évoquer le sujet franchement. Seul Daichi y fit référence au moment de se séparer en lui assénant avec tranquillité :

« Fais pas la gueule pour Noya. Il fait ce qu'il peut mais n'importe qui serait déprimé à sa place.

- Ça sert à rien de lui dire ça, répliqua Suga, il va culpabiliser et s'angoisser c'est contre productif.

- Heu...

- Ce que je veux dire, reprit Dai en posant paternellement la main sur l'épaule d'Asahi, c'est que tout ce dont il a besoin c'est de temps. C'est une bonne nature. Très facile à vivre une fois qu'on passe outre ses gesticulations et ses cris. »

Asahi hocha la tête. Daichi ne s'y trompa pas. Il fallut à peine trois jours à Nishinoya pour redevenir aussi sympathique et chaleureux qu'avant. Bien sûr, il ne lui faisait plus autant de compliments et manifestait moins son admiration exagérée à son égard. Ce n'était pas bien grave. Au fond, même si ça lui faisait plaisir, ça avait toujours un peu embarrassé Asahi.

Il pensait que tout allait bien et que tout irait bien. Il n'y avait pas de raison. Et puis, un jour, Nishinoya le rejoignit sans un mot dans les douches alors que tout le monde était parti, se colla contre son dos, coinçant son propre sexe entre ses cuisses et commença à le branler par devant et Asahi se réveilla avec une érection du genre méchant comme il n'en avait plus eu depuis les débuts de sa libido.

Si ça n'avait été qu'une fois, il n'y aurait eu là qu'un embarras passager mais la nuit suivante Noya le plaqua à terre en plein milieu du terrain et deux jours plus tard, Asahi le suçait alors qu'il le fouettait en lui criant : « repends-toi ! Repends-toi! »

Au réveil, il se prit la tête entre les mains à défaut d'autre chose et songea qu'il avait peut-être un petit problème.


Note aux lecteur-rice-s éventuels : Merci à Nimmylola et Twixanddonut pour avoir pris le temps de me laisser des reviews :) Désolée pour les souvenirs Twixanddonut mais du coup ça me fait aussi plaisir parce que ça veut dire que ça sonne vrai :) je me base pas mal sur du vécu aussi c'est extrêmement awkward d'être obligé de continuer à fréquenter un ex quotidiennement... mais bon évidemment cette situation ne va pas durer parce que cette fic est censée être feel good :)

Je me rends compte que j'ai une vraie passion pour les expressions indésirables de libido réfrénée : érections inopinées et rêves érotiques bonjour. Je trouve ça touchant et amusant. (Ya aussi le fait que quand je parle cul et romance c'est toujours très crade... un peu comme si je ne m'autorisais à la niaiserie qu'en y ajoutant une couche de vomi et de croûtes de sperme)

Désolée de vous infliger ces réflexions... il ne se passe pas grand chose dans ce chapitre alors je m'autoanalyse. A la semaine prochaine, promis, mon blabla de fin de chapitre sera plus pipou !