Flamme d'amour, meurent les beaux jours
Ah que coucou, tout le monde ! :D /PAN/ (ah ? On m'apprend à l'oreille que cette formulation de phrase a déjà été interdite dans 28 pays membres de l'ONU /nique la logique/ et est passible de peine de mort… oups !)
J'espère que vous allez bien, mes petits chéris ! Si vous êtes toujours soumis au système scolaire classique, vous devez être en vacances ! Alors, pour tous ceux qui le sont : bonnes vacances ! Profites-bien ! Les autres : bah… douillez votre race, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Z'aviez qu'à redoubler cinq fois votre CP, comme tout le… /PAN/
Mea Culpa, il est tard quand je rédige cette intro, me faites pas chier T.T
(Nan, je dis ça, mais je sais que vous me faites pas chier, vous êtes le Bien incarné, n'est-ce pas ? –kofkof- ^^)
Comme d'habitude, les remerciements :
Mimichan :
Oui, vraiment, n'allume plus la radio avant de lire un chapitre sur FF, y a une chance sur deux que tu le regrettes (je sais de quoi je parle) XD A moins que ce soit le thème de 'Mon Petit Poney', là, ça passe. Mmmmh, mais c'est moi où tu as vraiment envie de voir Antonio et Gilbert se faire lapider par un Arthur hors de lui ? :P Vialine, va ! J'te retiens ! :D Je te remercie pour ton commentaire, ça fit très plaisir !
Asahi :
Toi, tu vas arrêter d'écouter de la zic' de dépressif sur mes chapitres sinon je prends ta tête et j'la fous au mixeur ! è.é Meh, tu n'es pas très branchée enquête, c'est dommage, mais le simple fait de lire tes merveilleuses reviews suffit à mon bonheur donc on va dire que ça passe (t'as de la chance, ouais). Humm… Non seulement j'adore torturer mes persos mais, en plus, je sais que vous adorez ça aussi ! (Ta cache pas, je sais tout, je suis derrière toi en ce moment même). Merci de la review, pitchounette !
Sanae :
Hey ! Aloooors ? On ne trouve pas les liens entre le braquage et l'histoire d'Arthur ? Mouahahaha ! Je vous piègerais tous, nom d'une bite (haaaan, ça parle maaaaaal). Eblouis-moi ! (De toute façon, t'auras bien la vérité à un moment donné donc voilà U.U) Oh, t'as aimé leur rencontre ? Youpi ! J'avais peur d'avoir fait un truc trop nanardesque… Bon, mon Francis avait une lésion au cerveau mais il aurait franchement pu avoir pire (j'étais sympa avec lui et ai jugé qu'il avait assez bouffé dans sa face comme ça XD). Tu auras tes réponses, jeunes princesse ! Paaaatiiiience ! Et en attendant : merci !
Voilà !
Merci pour les reviews, merci de lire, merci de suivre, je vous adore !
Bonne lecture !
Chapitre VII :
« Allez mon chéri, dis-le ! »
La voiture glissait calmement sur les routes tortueuses de Normandie, sans qu'aucune autre âme ne vienne troubler la quiétude salvatrice de cette tendre nuit de mai. Seule la voix amusée de Madame Bonnefoy venait de barbouiller le son langoureux des pneus tournoyant sur la chaussée abîmée. Au volant de leur 'six places', Monsieur avait étouffé un bâillement, l'esprit de nouveau en alerte grâce à l'acclamation de sa femme assise à ses côtés. Au siège de derrière était allongé leur fils unique, Francis, que le bon dîner qu'il venait de prendre avait crevé. Somnolant, dos à eux, l'adolescent de seize ans tressauta légèrement en entendant parler sa mère – décidemment aussi discrète qu'une fanfare d'hippopotames marchant sur du papier bulle.
Le mari soupira ironiquement.
« Cette soirée était une très bonne idée, chérie. Tu n'as QUE de bonnes idées ».
Flattée par cette ironie masquant un réel compliment, l'épouse rit doucement en se tapotant le ventre, comblée de son repas.
« Il faudra remercier Anastasia pour ce bon plan. Il n'y a qu'elle pour trouver d'aussi bons restaurants dans des lieux aussi paumés.
_ Des Bretons qui vont manger en Normandie… Si mon grand-père voyait ça…
_ Pauvres Normands…
_ Pauvres de nous !
_ Pcht ! On ne repartira pas sur ces guerres régionales stupides ! Tu sais bien ce que j'en pense !
_ N'empêche, le Mont Saint-Michel est à nous ».
Francis masqua son rire, respirant l'odeur âpre du cuir, le nez fourré dans le siège et le corps un peu replié sur lui-même. La soirée était fraiche mais pas désagréable, il se sentait beaucoup plus apaisé qu'à l'aller, où son esprit avait encore vagabondé vers ses problèmes scolaires – dure période d'examens blancs dont il ne voyait pas le bout, en l'occurrence. Afin de lui ôter une part de son stress, sa mère avait eu l'idée de les amener tous les trois dans un restaurant qu'une amie lui avait conseillée.
Il avait au moins la meilleure mère au monde. Au moins.
« On lui dira bientôt ? »
Francis tiqua du sourcil, interloqué par cette déclaration de son père.
« Oui. Juste après ses concours blancs. Je n'ai pas envie que son euphorie lui monte trop à la tête. Tu le connais, il en sautera partout lorsqu'il l'apprendra. Imagine une anguille croisée avec une sauterelle se ramener en salle d'examen… Le massacre ! »
Ils lui cachaient un truc !
Curieux comme par deux, Francis mit ses sens en éveil pour choper la moindre information qui l'aiguillerait vers la vérité.
« Ton fils va être fou. On ne le tiendra plus, présuma le père avec un ton amusé.
_ Est-ce que ça va vraiment changer quelque chose, dans le fond ?
_ Félon, va. Tu profites qu'il dorme, mère indigne ».
Elle s'esclaffa en se tapotant les genoux et en se pliant un peu vers l'avant, comme elle le faisait souvent. Son rire était chaleureux et communicatif.
« Mais je l'aime, mon petit ! Il est très serviable ! Cite-moi d'autres gosses de son âge qui se coupent en quatre pour aider leurs parents ?
_ Sans se plaindre, ajouta le père.
_ Exactement ! Et je suis sûre que si tu lui lances un bâton, il ira le chercher !
_ Oh ! Chérie ! »
La pique ironique avait provoqué un petit sursaut chez le père, faussement outré de la comparaison. Francis, toujours silencieux et immobile, se mordit l'intérieur de la bouche pour ne pas répliquer une réponse toute trouvée à sa génitrice un peu cynique sur les bords. Elle le mériterait bien, pourtant… Mais non, il devait rester aux aguets d'indices sur le secret, même si cela sembla compromis vu que le sujet avait changé entre temps. Maintenant, on le glorifiait tout en se foutant de sa gueule. Merci, maman, trop aimable.
« T'as de la chance qu'il dorme. On aurait pu avoir droit à une sacré joute verbale sinon.
_ On se serait bien amusé.
_ Vous êtes dingues, tous les deux.
_ Bienvenue dans la famille, mon amour. Je t'avais pourtant prévenu que ça chambrait de mon côté de l'arbre généalogique.
_ T'aurais pu épargner Francis de votre humour boiteux.
_ Ah non ! C'est ce qui fait le caractère de notre famille ! C'est toi l'hérétique, ici ! »
Francis entendit son père faire son fameux soupir résigné, puis ce fut le silence de la détente qui les gagna. Il imaginait bien sa mère parcourir le paysage sombre de la nuit avec son beau regard azuré, le souvenir de son rire encore pétillant sur ses lèvres de lilas. Puis son père, à côté, fougueux aventurier au regard souriant, contemplant la route d'un air sérieux tout en jetant de temps à autre un regard amoureux vers sa compagne. C'était un comportement qu'ils avaient souvent en voiture, tout un jeu sur le tracé des yeux dans l'espace.
Et ils n'avaient pas l'intention de dévoiler le secret à voix haute, bigre de Dieu !
« Il est bizarre le chauffeur d'en face, s'étonna Monsieur Bonnefoy en retirant ses gros phares pour ne pas éblouir le venant à contre-sens.
_ Tu crois qu'il est plein ? Certains tètent la bouteille jusqu'à tard.
_ Bah en tout cas, il n'est pas bien… Et il n'a pas retiré ses phares, le dingue ! »
La vitre arrière que Francis pouvait voir de sa place brilla légèrement, preuve qu'une voiture arrivait vers eux, yeux allumés par de violentes ampoules. Quel inconscient…
« Attends… mais…
_ ATTENTION ! »
La voix de sa mère s'étouffa d'un coup sec, coupé dans son élan.
Tiré pour de bon de son état de demi-conscience, Francis sentit son corps être soulevé dans les airs, sans que quiconque ne le porte. Il vit la scène comme au ralenti, quand bien même elle dut se dérouler en à peine trente secondes pour l'ensemble des événements.
Une propulsion sortie de nulle part tira son corps vers l'arrière. Il ne vit que la banquette et sa chaleur tentatrice s'éloigner petit à petit de lui, une chaleur qu'il ne retrouverait jamais, alors que pourtant… le sommeil l'appelait sur ce cuir noir et rigide. Entre les deux taies de siège, ses hanches s'insinuèrent dans le creux, suivies par le dos et les jambes, pliés de force par cette obscure gêne.
Et toujours, la banquette s'éloignait.
Il passa entre son père et sa mère, inconscient qu'à peu de choses près, il aurait senti pour la dernière fois, du bout des doigts, la chevelure souple et soyeuse de sa tendre génitrice, ses mèches volant avec la voiture dont l'arrière s'était soulevée à cause du choc.
La banquette de la quiétude s'éloignait encore plus.
Son dos explosa la vitre en milliers de cristaux de lumières, éraflant sa chair à travers sa chemise désormais décharnée. Avec le sens qu'avait pris la voiture, sa trajectoire l'envoya s'éclater au sol, aux pieds de la machine qui, elle, prit sa place dans les airs pour voler en avant, s'éclatant contre la chaussée dans un tonneau avant magistral, puis continuant sa chute à cause de l'inclinaison de la pente, dont la seule finalité était l'étang en contrebas.
La banquette avait disparue.
Francis roula lui aussi derrière la voiture déjà coulée à l'eau, le corps rebondissant puis glissant lentement. A cet instant, il n'était déjà plus conscient, son crâne étant rentré en contact avec une pierre du bas-chemin. Son corps dénué de réflexe se laissa trainer jusqu'à ce que la vase n'obscurcisse sa descente pour la rendre lente et angoissante. On eut dit qu'il s'enfonçait par saccades dans la mort, dans cette bourbe noire et gluante où un bébé crapaud s'enfuit en sautillant, apeuré de cette intrusion dans son écosystème.
Une portière claqua. Puis des pas précipités. Puis un glissement jusqu'à lui. Puis on retint son corps avant qu'il ne fut embourbé à la poitrine. La voiture du fou n'avait donc pas été la seule à rouler dans leur direction. Par bonheur, un autre automobiliste, extérieur à l'accident, avait été témoin de la scène et avait de ce fait pu venir en aide au survivant.
Vu le remue-ménage qui avait lieu plus haut, au moins une autre personne était présente, sans doute pour secourir le chauffard.
« Appelez les secours ! Vite !
_ Il y a une fuite d'essence ! La voiture va exploser !
_ Il faut qu'on le sorte de là !
_ Mais on pourrait le tuer !
_ Si on le laisse, il mourra à coup sûr ! Alors aide-moi ! »
Deux personnes en haut avec le chauffard et une en bas avec l'adolescent.
« Tiens bon, jeune homme. Accroche-toi ».
Cinq minutes plus tard, le cri strident du gasoil qui explose retentit sur la route sombre de Normandie, illuminant le ciel sans lune d'une flamme aiguisée pointant les étoiles avec reproche. L'aveuglante fumée noire épousait l'ombre céleste alors qu'une insupportable odeur d'essence agressa la campagne pure de son haleine fétide.
Et dans l'étang, la 'six places' familiale avait disparue, avalée par la nuit.
0*O*o*O*0
Arthur entra dans la salle d'interrogatoire avec une démarche assurée, voire militaire, arme à la ceinture, badge en évidence, encapé dans son habit noir. Il était bien décidé à mener cette enquête à son terme et à percer Francis à jour. C'est pourquoi cet interrogatoire allait être important pour lui. Refrénant son empressement d'en savoir plus, il contemplait du coin de l'œil son suspect, qui avait relevé la tête en le voyant entrer, inquiet au possible d'avoir été convoqué par la police sitôt son retour sur le sol français.
Une caméra vissée au mur gardait en mémoire la moindre de leurs réactions, reliée à un écran TV situé dans une autre salle, devant laquelle Ludwig Beilschmidt et Feliciano Vargas attendaient. D'un commun accord, il avait été décidé qu'Arthur mènerait l'interrogatoire mais, bien entendu et comme convenu, il ne pouvait pas être seul dans cette entreprise. Ludwig gardait l'affaire à l'œil comme un père autoritaire, en charge d'un enfant turbulent dont il testait la confiance. Arthur ne s'y leurrait pas, il était clairement mis à l'épreuve à chaque seconde passée au travail, pour voir s'il était apte à mener à bien cette enquête.
« Monsieur Grégoire Lanvers ?
_ Oui… »
Arthur contint un soupir de soulagement. Enfin. Il l'avait enfin devant ses yeux. Il allait enfin comprendre ce qui s'était tramé dans son dos entre cet homme et son Francis.
Le suspect avait autour de la quarantaine, rasé de près, avec des cheveux poivre et sel. Son visage possédait quelque chose de doux, peut-être à cause de ses pommettes basses et arrondies, et il sentait bon l'after-shave. Un homme assez bien entretenu, paré d'un costume-cravate d'homme d'affaire et d'une belle montre au poignet.
« Je suis l'inspecteur Arthur Kirkland.
_ Pourquoi suis-je ici… ? coupa l'homme d'un ton angoissé ».
Le policier soupira en prenant place, déposant son dossier bien à plat sur la table. Soit l'individu mentait, soit il ne savait vraiment rien de l'histoire. Dans tous les cas, il était indéniablement lié à Francis et, par extension, peut-être à son suicide. Il arrivait parfois que certains suspects ne soient pas directement concernés par une affaire mais, en fouillant plus loin, on pouvait s'apercevoir qu'ils y avaient eu un impact. L'effet papillon. Il allait falloir tirer tout ça au clair.
Arthur sortit une photo de Francis – sublime, comme d'habitude – pour la tourner vers son suspect.
« Reconnaissez-vous cet homme ? »
Lanvers trembla de la lèvre un bref instant, le regard adouci. Là, s'il répondait non, ce serait clairement un gros mensonge.
« Francis Bonnefoy… »
Derrière son écran, Ludwig prit des notes sur son calepin. D'une écriture froide et brève, il nota : le suspect connaissait la victime. Présence de signes extérieurs de troubles. Et en effet, l'homme semblait très clairement mal à l'aise. Il avait commencé à se gratter rythmiquement l'arrière de la nuque en attendant qu'Arthur ne reprenne la discussion.
« Comment avez-vous connu Fra… Monsieur Bonnefoy ?
_ J'ai tué ses parents il y a onze ans ».
Ludwig redressa la tête de son carnet, la mâchoire serrée. Debout derrière lui, Feliciano avait ravalé sa salive.
Ils se souvinrent tous de cette fameuse lettre d'excuse que Francis avait reçu. Cela faisait du sens, maintenant.
Le dossier de Francis ne faisait pas mention du nom du chauffard ayant pris la vie de ses parents. Arthur enrageait qu'on ne lui ait pas donné toutes les indications à l'avance. Il était sûr à 100% que Vargas le savait mais n'avait pas voulu le lui dire pour l'empêcher de péter un câble. Voilà qu'on ne pouvait même plus compter sur nos propres collègues pour que le travail soit fait efficacement ! Ça allait crier, tout à l'heure. Feliciano allait la sentir passer, celle-là !
Grinçant silencieusement des dents, Arthur tourna les pages de son dossier pour le re-parcourir, faisant languir d'angoisse son suspect.
« Que s'est-il passé, ce soir-là ?
_ Je… »
Les mots restèrent bloqués un instant dans sa gorge avant qu'il ne trouve la force de répondre à la question. Ludwig en profita pour noter : le suspect présente des signes de remords, toujours de son écriture professionnelle.
« C'est que… ma femme m'avait quitté l'après-midi même… De désespoir, j'ai fait la tournée des bars jusqu'à ne même plus savoir marcher… J'étais fatigué et triste… tout ce que je voulais, c'était rentrer chez moi et dormir de tout mon saoule… puis il y a eu cette voiture qui est apparue face à moi… Je ne sais pas ce qu'il s'est passé… Je me suis senti attiré comme une mouche par la lumière des phares et… et là, tout est devenu noir… »
Sans s'en apercevoir, Arthur avait commencé à faire tournoyer son alliance autour de son annulaire, imaginant sans mal la scène qui avait eu lieu.
« A mon réveil, j'étais à l'hôpital, privé de mes deux jambes… et j'ai appris qu'il n'y avait eu qu'un survivant à part moi… »
Ludwig et Arthur froncèrent tous deux des sourcils en entendant ces mots. Il n'y avait aucune trace de béquilles ou de fauteuil roulant dans la pièce, preuve qu'il y était parvenu par ses propres moyens. Feliciano allait pour parler quand Lanvers ouvrit la bouche, remarquant l'interrogation dans le regard du policier.
« Je porte des prothèses depuis bientôt deux ans.
_ Cela vous fait-il souffrir ? »
Lanvers se pencha en avant pour approcher son visage de son interlocuteur, le regard sérieux.
« Jour et nuit ».
Un voile de souffrance s'était emparé de sa voix, tel la cruelle marque du mal-être que vivait cet homme depuis bientôt onze ans. Ludwig demanda à Feliciano de le remplacer pour prendre des notes. Il se sentait étrangement gêné à mesure que la discussion avançait. Ou plutôt, il avait l'impression qu'Arthur dégageait de mauvaises ondes… l'ambiance était lourde.
« Alors pourquoi vous obligez-vous à les porter ?
_ Je suis un cobaye, inspecteur ».
Glauque.
Ludwig se frotta le visage pour y retirer la fatigue. Il se demandait bien pourquoi Arthur ne poursuivait pas naturellement l'interrogatoire plutôt que de parler de santé avec ce suspect. Il avait pourtant d'autres questions à poser, et pas des moindres.
« C'est-à-dire ? relança le Kirkland.
_ J'ai été contacté un jour par une association disant travailler en partenariat avec une équipe de chercheur et de scientifiques. Je n'y ai pas vraiment cru au début mais je me suis laissé convaincre après quelques recherches. Ils m'ont demandés si j'étais intéressé par leur dernier modèle de prothèse, encore en test. Il n'y avait aucune obligation. Depuis plusieurs mois maintenant, je fais des sauts réguliers dans leurs laboratoires pour participer à quelques examens. Le modèle est bon mais mon amputation a sectionnée un nerf qui me fait continuellement souffrir. La science n'y peut rien ».
Feliciano fit de son mieux pour tout écrire d'un jet, intrigué par cette mystérieuse association. Il avait pourtant lu dans le rapport que Lanvers effectuait des dons à la BFT… et pourtant, il n'avait pas l'air de faire le lien entre l'Association de Francis et celle qui l'avait contactée.
Ludwig, arrivé à la même conclusion, lança un regard entendu à son partenaire de travail avant de glisser son doigt sur une touche du clavier d'ordinateur où les images continuaient de défiler. Dans la salle d'interrogatoire, l'oreillette d'Arthur émit un léger 'tut tut' pour signifier qu'une communication allait avoir lieu. Puis, la voix du Germanique retentit à ses oreilles.
« Je m'occupe de cette recherche. Tiens-le encore, le temps que je te communique les résultats ».
Comme le voulait le code qu'ils avaient mis en place entre eux, Arthur pianota son auriculaire trois fois sur le bord de la table pour signifier qu'il avait bien entendu.
Quelque chose dans cette histoire semblait déliée. Floue. Etrange.
En attendant d'en savoir plus par son collègue, Arthur sortit la lettre qu'avait reçu Francis pour la poser sous le nez de son suspect.
« Reconnaissez-vous ceci ?
_ Pauvre garçon… Il a dû pleurer de tout son être… »
Lanvers avait l'air de sincèrement regretter son erreur. Les circonstances atténuantes formulées à son procès n'avaient pas dû l'aider à se sentir repenti de son crime. Surtout qu'en tant qu'infirme, il avait eu un statut spécial. Encore un qui devait se demander ce qu'il foutait sur Terre…
« Vous savez, inspecteur, lorsque je suis enfin sorti de l'hôpital, il s'était peut-être écoulé six mois… J'avais l'intention de rentrer en contact avec le petit, pour m'excuser, pour lui proposer mon aide de quelque façon que ce soit… j'aurais vraiment tout fait pour lui… mais…
_ …il avait fugué, acheva Arthur avec fatalisme. D'où cette lettre…
_ Oui… Je l'ai cherché partout, longtemps, toujours cette lettre en poche, que j'avais rédigée après plusieurs essais. Je me suis juré de la garder avec moi jusqu'à ce que je puisse la remettre à son vrai propriétaire. Mais je n'avais aucun indice… Le petit s'était envolé comme un fantôme, sans téléphone, sans argent… Tout avait disparu… Et son oncle ne l'a même pas cherché ».
Sur ce plan, Arthur en savait plus. Héraclès n'avait pas voulu aller à l'encontre de la décision de son neveu, qui avait vraiment vécu l'Enfer avec sa tante complètement timbrée.
Celle-là aussi, elle devait avoir des choses à avouer.
« Je crois que c'est entre 2008 et 2009 que j'ai réentendu parler de lui. Je suis tombé par hasard sur un reportage à la télévision. On y voyait le petit avec ses amis, adulés par la foule… je n'oublierais jamais son sourire… C'était un vrai prodige, disait la journaliste. Un homme bon, disait les gens… Et il… il souriait… »
L'émotion gagna le suspect qui baissa tristement la tête sur ses bras croisés contre le bord de la table.
« Alors je lui ai enfin envoyé ma lettre…
_ Et il… ?
_ … ne m'a jamais répondu ».
Le glas coupa l'air, stérilisant l'interrogatoire. Ils demeurèrent tous deux dans un silence mort pendant bien cinq minutes, à digérer l'affreuse vérité, que Lanvers nomma du bout des lèvres :
« Je savais qu'il ne pourrait jamais me pardonner… j'ai essayé… »
Froncés étaient les sourcils d'Arthur lorsqu'il écouta Ludwig lui communiquer ses conclusions à l'oreillette. Il tenait quelque chose, il le sentait… c'était tout près…
« Monsieur Lanvers… Vous avez été contacté par un certain… Gilbert, non ?
_ Oui, tout à fait. Mais… comment le savez-vous ?
_ Désolé, nous venons injustement de fouiller dans votre téléphone ».
Grégoire eut le réflexe de tâter ses poches, s'apercevant enfin qu'il lui manquait quelque chose. Au même moment, il se souvint avoir involontairement bousculé un agent de police lorsqu'on l'avait amené ici. Le même agent qui était venu le chercher à l'aéroport.
Ayant cru que ce téléphone leur avait été remis de bonne grâce par leur suspect consentant, Ludwig réalisa qu'il avait été berné par Arthur et Feliciano, qui semblaient s'être un peu trop rapprochés pendant qu'il avait eu le dos tourné.
« Vargas !
_ Désolé… Mais l'inspecteur Kirkland et moi voulons la vérité à tout prix… »
Le suspect eut un regard protubérant pour Arthur, ne comprenant pas bien ce qui lui arrivait.
« Nous n'étions pas sûr que vous nous divulgueriez toutes les informations, donc, dans le doute, nous nous sommes permis de faire main basse sur votre téléphone, histoire d'en fouiller les contacts. Il n'y avait qu'une infime chance pour que cela n'arrive mais nous avons été exaucés. Vous n'avez jamais pu vous résoudre à effacer le numéro de cet inconnu qui vous avait proposé ce test. Et je le comprends bien. C'était un tournant de votre vie. Mon collègue vient de faire une recherche pour l'identifier ».
Et Ludwig avait dû tiquer en voyant le nom de son frère s'inscrire. Il se disait, aussi, que ce numéro ne lui était pas inconnu.
« Désolé, acheva Arthur. Je ne recommencerais pas ce coup-là. Et je pense que nous avons tous été bernés dans cette histoire ».
Souffrant de cette vérité, Ludwig se pinça l'arête du nez en soupirant bruyamment – ce qui fit peur au pauvre Italien. Toute cette enquête s'avérait plus complexe que prévu, à croire qu'il y avait tout un complot de monté.
« Je ne sais pas encore pourquoi mais vous avez été contacté par une Association agissant sous un faux nom.
_ Pardon ?!
_ Rassurez-vous, ils sont en règles et travaillent effectivement avec le département de recherche de la région… mais ils vous ont menti sur leur nom.
Lanvers plissa les yeux avec un air renfrogné, prêt à se battre s'il découvrait s'être fait avoir par un voyou.
« C'est la BFT qui vous a contacté. Et Gilbert Beilschmidt est le meilleur ami de Francis ».
L'incompréhension, le choc, voire la stupéfaction passèrent dans le regard grisâtre de l'homme d'affaire, comprenant qu'il avait en quelques sortes été mené en bateau mais ne sachant pas quelle était la finalité de tout ceci. A peu de choses près, il allait finir par croire à une théorie du complot contre lui. Mais pourquoi ?
Arthur résonnait, carburait, réfléchissait pour justifier cette honteuse mascarade.
Gilbert avait téléphoné au meurtrier – bon, involontaire, certes, mais coupable malgré tout – des parents de Francis, son meilleur ami, en se faisant passer pour le porte-parole d'une Association qui n'était pas la sienne – mais qui existait tout de même puisque Lanvers avait vérifié – afin de lui offrir une prothèse. A quoi est-ce que Gilbert avait bien pu penser ? Cela prouvait au moins que Francis avait parlé à quelqu'un de cette histoire. Vu que le Germanique était du genre à fourrer son nez partout, il avait peut-être trouvé la lettre et interroger Francis à ce sujet – ce qui pouvait avoir motivé ce dernier à utiliser le stratagème du bureau piégé pour la dissimuler.
Ça n'en était pas moins une histoire de fou.
« Ou alors…, marmonna Arthur sans y croire. Ou alors, Francis a… »
Le suspect et le policier se fixèrent dans le blanc dans yeux en comprenant en même temps la seconde théorie à ce scénario, qui ne divergeait pas forcément de la première en certains points. Aucun d'entre eux n'osait y croire, plongeant la salle dans une sorte de silence gêné et gênant, surtout pour les deux autres policiers qui regardaient toujours la scène via leur caméra.
Et si Gilbert avait agi sous l'impulsion de Francis ?
Car pour monter toute cette mascarade, il fallait au moins que les deux compères ne souhaitent pas être reconnus. Leur but premier dans cette manœuvre était l'anonymat, d'où l'esquive du nom de la BFT dans ce plan. En partant du consulat que Francis était à l'origine du plan, on pourrait en déduire qu'il avait, expressément et de sa personne, demandé à ce que cette prothèse soit remis à Lanvers. Et dans ce cas, cela signifierait que…
« … Francis vous avait pardonné… ».
… mais n'avait pas eu la force de le lui dire en face après tout le mal qui avait été fait.
Accoudé au mur avec ses mains sur les genoux, Francis soupira avec tristesse pour extérioriser sa culpabilité.
« Je n'ai jamais été doué pour haïr les gens… »
Il n'avait pas trouvé d'autre finalité que le pardon. Ça lui avait pris du temps, de l'énergie et de la réflexion, mais il en était arrivé à la conclusion qu'en vouloir à un homme si sincère dans ses excuses ne lui attirerait aucun bonheur ni aucune satisfaction. Dans un sens, ils avaient tous les deux largement payés les frais de cet accident. Amputé de ses jambes, le coupable avait vécu des heures terribles d'angoisse et de repli sur soi, à se croire en marge et rejeté. Et plus de dix ans après, il ne s'était toujours pas pardonné cette erreur.
« C'est bon, maintenant… Enterrons le passé ».
Lui offrir la chance de marcher à nouveau, c'était tout ce que Francis avait pu faire pour rassurer son âme. Il n'aimait pas voir les gens dans le besoin ou souffrant, c'était plus fort que lui. S'il ne s'était pas tué, il aurait sûrement trouvé un jour la force d'aller lui parler en face pour lui dire de ne plus penser à tout ça, de se reconstruire entièrement, de vivre.
Mais il était mort.
C'était trop tard pour les pardons et les embrassades.
Maintenant, il n'avait plus droit qu'à la fadeur de l'inexistence et à l'impuissance de voir son mari se tuer lui-même à petit feu, sans que personne au-dehors n'ait le courage de le retenir. Arthur s'enfonçait et Francis regardait.
Lanvers semblait se retenir de pleurer. Etre pardonné pour son erreur ? Lui ? Il ne pouvait pas y croire. Il se brisait sur place, parce qu'onze ans de remords venaient peut-être de toucher à leur terme. C'était douloureux. La générosité de Francis avait de quoi faire souffrir.
« Inspecteur…
_ Oui ?
_ Vous pensez que je pourrais le voir ? Lui parler ? »
Arthur déglutit. C'était bien la première personne à ignorer la mort de Francis qu'il rencontrait. En même temps, il avait l'air de travailler beaucoup, voire d'y passer sa vie… et il revenait de voyage d'affaire…
Le policier se leva en déclarant qu'il était désolé, avant d'abréger tout retour de débat avec des mots qu'il haïssait prononcer :
« C'est trop tard, Francis est mort ».
Et parce qu'il ne pourrait jamais subir le regard détruit et éploré d'un autre, il quitta la salle d'interrogatoire avec empressement.
0*O*o*O*0
Comme s'il s'agissait du dernier endroit au monde où il se sentait bien, le bureau de Francis à la BFT accueillit une nouvelle fois la présence inattendue d'Arthur, qui se laissa tomber sur la chaise en soufflant bruyamment. Il avait pris son après-midi pour être seul et faire le point, surtout après les révélations de la veille. Ça lui avait coupé toute envie de bosser – il avait même snobé les coups de téléphone de sa famille inquiète. Ça aussi, ça allait le faire chier. Depuis l'après-midi commémorative où il avait paniqué, il recevait plein de messages pour savoir s'il allait bien ou ce genre de connerie.
Bien sûr que ça va, connasse ! Mon mari s'est foutu le feu dans ma cave ! avait-il parfois envie de répondre à son n-ième cousine inconnue qui prenait de ses nouvelles pour faire comme le reste de la famille. Dépenser quelques centimes de leur forfait pour lui envoyer des banalités sans âme… quelle gentillesse. Non, vraiment, trop gentil, ils pouvaient bien s'abstenir de le faire.
Arthur était désœuvré. Sa dernière piste de compréhension s'était évaporée sous ses yeux.
Lanvers ne pouvait pas avoir de responsabilité dans la mort de Francis puisque ce dernier lui avait vraisemblablement pardonné l'accident. Et s'il lui avait justement pardonné, cela ne pouvait pas être le déclencheur de sa pulsion suicidaire, non, il manquait encore des éléments à cette affaire. Tant qu'Arthur ne sera pas sûr à 100% qu'il avait tué Francis d'amour, il devrait poursuivre sa quête.
Sauf qu'il n'avait plus de piste.
En retirant ses chaussures, il s'étira de tout son long et bailla à s'en décrocher la mâchoire.
Ses orteils s'amusèrent avec la poignée du tiroir du bas – celui où il avait trouvé la lettre cachée – qu'il tirailla doucement, bien qu'il savait qu'il n'avait pas la force de la tracter avec juste ses pieds. Le matériel froid lui donnait des petits frissons amusants, ça l'aidait à décompresser.
Il avait besoin d'être calme pour trouver des solutions. Mais sa peur de finir sur une éternelle impasse le rendait à fleur de peau. Qu'avait-il manqué ?
Francis lui avait caché des choses sur sa vie. Soit. Mais, après tout, parler de la mort de ses parents n'était pas forcément très réjouissant, surtout alors que cela était dû à un affreux accident de la route. Arthur le comprenait, lui-même ne pouvait pas parler de la mort de son mari avec qui que ce soit. Alors, même si ça lui arrachait la bouche de le reconnaitre, il pouvait pardonner à Francis cette dissimulation. Pareil pour cette histoire de fugue. Si le Bonnefoy l'avait vécu comme un acte de lâcheté, c'était normal qu'il n'en ait pas parlé. Arthur était peut-être trop permissif avec son époux, mais ce n'était pas comme s'il pouvait décemment lui en vouloir.
Il l'aimait.
Le tiroir bailla un peu à force d'être agacé continuellement. Arthur y reporta son attention avec un soupçon de nonchalance. L'ingénieux système ne l'intriguait plus mais il se surprit malgré tout à s'abaisser doucement pour s'asseoir en tailleur juste devant lui. Pas qu'il s'imaginait qu'il y ait un double-mécanisme mais, par acquis de conscience, il trifouilla encore une fois les papiers journaux, à la recherche d'un éventuel bouton dissimulé.
Il n'y en avait pas d'autre.
Désespéré de son inutilité, il colla son dos au mur en parcourant quelques articles du regard, histoire de passer le temps.
Le Cambriolage fantôme, Reims en émoi
C'est dans la matinée du 9 janvier 2006 que la quiétude hivernale de Reims a été brisée par l'arrivée éclair d'un groupe de braqueurs, dont le vol de près de 45 millions d'euros n'aura pas tardé à en faire une légende locale.
Selon l'enquête de la police, les coupables ont agis à quatre, avec tant d'efficacité et de rapidité que la police n'a pu être prévenue qu'après la disparition des criminels. Aucun système d'alarme n'a pu être déclenché à temps à cause du peu de personnel présent sur les lieux à l'heure du crime. Là où les victimes dénoncent une incompétence des fonctionnaires, le directeur régional de la Banque de France en Champagne-Ardenne – Jean-Christophe EHRHARDT – justifie ce manque d'effectif par l'heure matinale du braquage. « Il y a si peu de clients aux aurores qu'il n'a jamais été nécessaire de surcharger les comptoirs de personnel, explique le directeur. Et jamais Reims n'avait vécu de braquage aussi organisé. Les premiers visés par les armes des cambrioleurs étaient les membres du personnel, alors comment voulez-vous qu'ils aient pu avertir la sécurité ? »
Certains parlent déjà du Coup du Siècle, avec un mélange de terreur et d'euphorie, comme si cette affaire sonnait le début d'une longue suite de braquages de ce même niveau, ou bien à l'inverse, un coup de théâtre si phénoménal qu'il en deviendrait presque sublime et unique. Par ailleurs, certaines sources nous laissent à penser que le vol était peut-être familial. « L'un d'entre eux boitait et était légèrement voûté, témoigne Christine Terny – une des victimes. Comme s'il s'agissait d'un homme âgé. Mais on voyait qu'il essayait de se reprendre, pour faire illusion ».
Une enquête policière est en cours afin de restituer les 45 millions et de dénicher les coupables, un appel à témoins a d'ailleurs été lancée afin d'identifier le chemin qu'aurait emprunté la Volkswagen noire avec laquelle les voleurs se sont volatilisés.
Arthur eut un rire sans joie devant cet article assez perturbant. Des voleurs fantômes ayant agis en famille pour cambrioler Reims ? Original. Francis avait peut-être découpé ce passage pour son caractère cocasse.
Amusé, il prit un autre bout d'article qui trainait dans le tiroir.
Puis son sourire s'envola.
Un autre.
Encore un autre.
Et un nouveau…
Arthur passa au peigne fin une bonne trentaine d'articles avant de se laisser fatalement reposer sa tête contre le mur froid, les yeux grands ouverts alors qu'il ne regardait rien en particulier. Les éléments cheminèrent dans son cerveau comme un petit train sur ses rails.
Absolument tous les articles parlaient de ce braquage.
Certains passages étaient soulignés en rouge, comme si Francis avait pris des notes pour… mener l'enquête ? Non, ça ne faisait aucun sens. Francis n'aimait pas trop les affaires policières, comme il l'avait un jour confié à Arthur. Parce qu'il disait ne pas être un voyeur. Le simple fait de s'immiscer dans la vie de ces pauvres victimes pour les interroger en long, en large et en travers, ça le répugnait. Et pourtant, on aurait vraiment dit qu'il cherchait à percer les quatre braqueurs à jour… Mais alors quoi ? Qu'avait-il trouvé après ces dix années de recherche ? En savait-il trop ? S'était-il tué de la découverte d'une vérité trop insupportable ?
Arthur savait qu'il affabulait et tirait trop vite ses conclusions, mais il manquait cruellement de pistes et cette affaire de braquage pouvait être un mobile.
« Je dois résoudre cette affaire ».
Il imaginait bien la tronche que Ludwig allait tirer en apprenant qu'ils devaient se lancer sur une vieille affaire de braquage, tombée en désuétude, pour éventuellement comprendre un suicide. Surtout que personne n'avait jamais réussi à trouver les coupables. Dix ans que l'affaire piétinait. Les victimes devaient en être dingues…
Pour commencer, il devait aller mettre ses collègues au courant de l'avancée de l'enquête, sinon quoi il risquait de se faire évincer purement et simplement. Sachant que Ludwig ferait tout pour le coincer, il devait prendre les devants en ayant une attitude exemplaire vis-à-vis de ses collègues – en apparence, entendons bien.
Avant de changer d'avis, il attrapa son téléphone en se frottant le visage, espérant passer pour un homme sain d'esprit – quand bien même c'était là un hideux mensonge – et appela Ludwig de toute urgence en déclamant qu'il venait de trouver de quoi rassasier leur enquête pour l'instant.
Bien évidemment, son collègue ne parvint pas à masquer son choc, en entendant à la fois qu'Arthur avait 'encore' trouvé une piste là où ses agents n'avaient rien vus, et qu'en plus de ça, il le tenait au courant et lui demandait de se ramener pour analyser le bordel. C'était plutôt une bonne chose, bien qu'il aurait préféré trouver une excuse pour se plaindre à leur chef. Tant pis, il ne coincerait pas Kirkland aujourd'hui, mais ce n'était que partie remise. Dans tous les cas, il ne perdit pas une seconde pour grimper dans sa voiture, accompagné de Vargas, filant sur les routes de Saint-Malo avec son gyrophare allumé.
Arthur n'eut pas à attendre trop longtemps, heureusement, avant de les voir tous deux débouler dans le bureau de Francis. Ironiquement, ils ne le virent pas tout de suite puisqu'Arthur était toujours agenouillé au sol pour trier les articles, bien caché par le bureau en bois. Il parvint cependant à les attirer vers lui.
« Kirkland, bon sang… mais que faites-vous par terre ?
_ J'étale ma piste ».
Feliciano s'approcha avec curiosité vers son supérieur, à quatre pattes alors qu'il faisait des petites piles avec les bouts de journaux.
Avant tout de chose, Arthur leur demanda de contourner le meuble pour se retrouver à sa droite, et les empressa de s'accroupir à son niveau. D'abord assez réticents à l'idée de suivre les ordres de ce psychopathe, ils finirent par obtempérer – pas moins prudents – et à contempler le veuf trier ses papiers. Sans les regarder dans les yeux, Arthur leur montra du doigt l'ingénieux stratagème où il avait trouvé la lettre – ne serait-ce que pour les mettre dans la confidence et leur prouver qu'il savait faire quelque chose de ses yeux et de sa tête, puis attira leur attention vers sa dernière découverte.
Ludwig fut forcé de reconnaitre que tout ceci était terriblement suspect, surtout avec le caractère de Francis. Pourquoi s'intéresser autant au malheur d'autrui ? Pour lui, il semblait plus qu'évident que Francis avait mené une enquête – bien qu'Arthur se refusât toujours à digérer pleinement cette possibilité – mais encore une fois… pourquoi ? Francis avait l'art et la manière de les pousser à ce genre de réflexions. Pourquoi ? Juste 'pourquoi' ? Où était le mobile ?
L'avait-on engagé ? Ou un proche faisait-il parti des victimes ?
« On doit trouver la liste des victimes du braquage et mener notre enquête, affirma Arthur. Rentrons au commissariat tout de suite ».
Feliciano accepta immédiatement et avec entrain, pas déçu de trouver une bonne piste à creuser pour débloquer l'impasse où ils étaient tombés.
Ils rentrèrent tous les trois au pas de course, chacun à son bureau pour accomplir une tâche spécifique.
Feliciano devait dresser la liste des victimes avec Ludwig, puis en dresser le portrait, pendant qu'Arthur arpentait les innombrables articles ou roman ayant fait mention de ce braquage. Parce qu'en effet, des romanciers s'étaient épris de ce mythe des braqueurs fantômes pour le remanier à leur manière. Cela ne constituait aucunement un indice, mais Arthur avait tout intérêt à lire ces romans pour identifier ce qui avait fait de ce crime un acte presque mystique. Qu'est-ce qui avait tant plu aux écrivains ? Quel portrait avaient-ils dressés des braqueurs ? Quelles motivations leur avaient-ils inventés ?
Le raisonnement des civils pouvaient l'aiguiller dans son enquête, il en était persuadé.
Vraisemblablement, la théorie du cambriolage familial avait excité tout le monde…
Il y avait donc une personne mûre dans le groupe ? Un homme, semble-t-il, d'un âge avancé mais toujours efficace. Les trois autres pouvaient être ses petits-fils, ses enfants ou même ses neveux…
Quatre braqueurs dont un vieux. En voilà une belle anomalie.
De toute façon, quel âge aurait-il aujourd'hui ? Cela remontait bien à dix ans…
Téléchargé illégalement en ligne, Arthur parcourut en diagonal l'œuvre d'un romancier étant parvenu à vendre son livre à plusieurs milliers d'exemplaires. C'était bien la preuve que cette affaire avait touché la population très profondément. Selon cet écrivain, les quatre compères auraient eu une sévère dette familiale à rembourser – des suites d'un drame –, ce qui aurait motivé leur geste. Bien sûr, la police avait creusée cette possibilité en recherchant tous les individus endettés de la région. Ça faisait déjà pas mal de monde à contrôler, alors ils n'avaient pas poussés la recherche à l'échelle nationale. Et pourtant… rien n'indiquait que les criminels étaient de Champagne-Ardenne.
Et où était passé l'argent ? Parce que liquider 45 millions d'euro, ça devait cacher un gros projet. Ou beaucoup de narcissisme.
On tapa à la porte.
« Entrez ».
Feliciano, suivi d'un Ludwig un peu grognon, pénétrèrent le bureau avec un ordinateur portable. Ils allaient donc pouvoir mettre leurs informations en commun.
« Il y avait une quinzaine d'otages dans la banque, entama l'Italien en posant son PC sur le bureau de son supérieur. Parmi eux, trois fonctionnaires étaient au guichet et un complice inconnu assis avec les autres. La banque ouvrait à 8h30 et ils sont arrivés à 8h45, sauf leur complice qui était déjà sur place parmi les rares clients. Ils ont tirés sur le système de caméra, fait glisser les stores et réunis tout le monde devant le comptoir principal. Ils étaient armés de Baretta 92… »
Arthur fronça les sourcils.
Des Baretta ? Les anciens chouchous de la Gendarmerie nationale ? Apparemment, cela avait été une arme policière avant l'arrivée du fameux Sig Sauer. Mais… le Commandement des Opérations Spéciales aussi l'utilisait, non ?
C'était bien sa chance… il s'agissait d'une des armes les plus rependue dans le monde, même en France où leur circulation était contrôlée. Ça offrait des milliers et des milliers de possibilités de trafics et d'obtentions illégales. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Même l'OTAN et le Vatican l'utilisaient… c'est pour dire !
La piste de l'arme semblait compromise… Ils devaient remonter aux braqueurs par un autre moyen.
Feliciano sélectionna quelques vidéos du braquage, celles juste avant que ne soient tirés les coups de feu visant justement à les détruire. Il y avait bien deux hommes cagoulés mais aucune piste sur le troisième, savamment dissimulé parmi les victimes. Et puisque l'enregistrement ne durait que quinze secondes maximum, ils n'avaient pas énormément de pistes de recherche.
« Il n'ont donc fait aucune erreur ? interrogea Ludwig avec fatalisme.
_ Eh bien… peut-être une…, avoua Feliciano en sélectionnant un autre fichier ».
Sur ce dernier apparaissait l'un des braqueurs avec son otage, lorsqu'ils étaient tous les deux partis récupérer l'argent dans la salle des coffres. Avançant de biais, voire un peu de dos, par rapport à la caméra, ils ne voyaient pas le plus intéressant de la scène mais ça valait déjà mieux que les simples témoignages des otages. Arthur comprit tout de suite où l'Italien voulait en venir en fixant la durée de la vidéo.
« Ils n'ont pas tirés dans les caméras de la salle des coffres !
_ Tout à fait. Soit c'est un oubli, soit ils y ont renoncés pour ne pas affoler les autres. Un simple mouvement de panique aurait pu faire capoter leur plan… Bref, c'est tout ce qu'on peut tirer en image de cet incident.
_ C'est déjà pas mal. On peut estimer la taille du suspect ou sa corpulence, par exemple.
_ J'ai envoyé les images à un de mes amis, annonça l'Italien. Il est très observateur sur ce genre de sujet, je suis sûr qu'il nous donnera des données parfaitement précises.
_ Très bien, Vargas ».
Arthur tapota ses doigts contre le bord de son bureau en fixant l'écran d'un œil inquisiteur.
L'otage avait été escorté jusqu'au centre de la pièce, où trônait fièrement une table de compte, puis attendit que son bourreau y dépose les sacs vides. Suite à quoi, il fut contraint de commencer à les remplir avec toutes les liasses possibles qui lui tombaient sous la main, l'arme se frottant parfois 'innocemment' à sa tête pour lui rappeler de ne pas faire le malin. Ses épaules tremblaient de temps en temps à cause de l'angoisse omniprésente de la mort qui léchait sa peau, mais il garda sa contenance pour mener à bien sa tâche. Le criminel ne pipait pas mot, attendant patiemment derrière lui, le dos un peu voûté mais l'esprit sûrement aux aguets. C'était donc lui le 'vieux' de l'histoire ?
En effet, il avait une posture un peu trop rigide pour être un jeune homme en pleine fleur de l'âge… La théorie de la famille cambrioleuse n'était peut-être pas si ridicule que ça, finalement… Cela pourrait au moins justifier la confiance qui devait régner entre les coupables, car chacun d'entre eux était plus ou moins isolé avec une tâche spécifique à réaliser. Le plus âgé devait forcer un otage à récupérer l'argent dans une pièce où il ne pourrait recevoir aucune assistance de son complice, ce dernier devait garder en visuel l'intégralité des victimes sans trahir la moindre information sur le dernier lascar qui, lui, avait pour ordre d'espionner toute tentative de rébellion sans se faire repérer. Sans compter le quatrième dehors qui attendait discrètement en surveillant la rue.
Le plan ne semblait réellement ne comporter aucune faille.
Par suspicion, le 'vieux' braqueur se pencha un peu en avant pour surveiller les mains de sa victime, passant sa tête sur le côté de son épaule, l'arme toujours vissée à sa nuque fragile et fébrile. L'otage eut un frisson en le sentant si proche de lui, tellement qu'il en stoppa tout geste pour le laisser regarder, priant intérieurement pour que tout soit parfaitement impeccable.
Arthur nota cet échange dans un coin de son esprit comme étant un moment sans doute atroce à vivre pour l'otage, qui devait avoir compté chacune des secondes comme étant la dernière. Cependant, le coupable se recula après quelques temps en lui ordonnant de reprendre, avec une voix grave et poussée. La scène avait été intense et stressante… pauvre otage.
Un bon bout de temps plus tard, le cambrioleur décida que c'était assez et se revêtis des sacs en poussant l'otage pour le forcer à rejoindre les autres. Ils se retournèrent donc face caméra. Et là… là !
Arthur bondit de son siège en faisant sursauter ses deux collègues. Son regard fut de braise et d'incompréhension, son esprit carbura à vive allure, sa bouche balbutia quelques syllabes sans but précis. Il réfléchissait, réfléchissait, réfléchissait et tentait de comprendre des questions qu'il ne pouvait même pas se poser. Il savait qu'il tenait quelque chose. Un petit élément sans prétention mais… il le tenait. Il y avait quelque chose à relier dans cette histoire.
L'otage !
C'était Ivan Braginsky.
Comprendre le rôle d'Ivan dans cette fichue histoire serait un bon départ, et peut-être était-il le lien entre Francis et ce braquage, même si cela semblait un peu prématuré d'affirmer ce genre de chose à un stade aussi primaire de l'affaire. En tout cas, l'existence de ce Braginsky posait de nouvelles questions et Arthur allait se faire un plaisir de l'interroger.
Il ne perçut pas qu'à deux mètres de là, près de la fenêtre, Francis avait posé ses deux mains à plat contre ses tempes, le visage résolument levé vers le ciel, la pupille sautillante comme s'il était en transe, et le corps parsemé de tremblements incontrôlables. Il entendait un son étouffé et lointain pousser des hurlements stridents, des hurlements que lui seul semblait pouvoir entendre, et qui lui aurait glacé le sang s'il en avait eu. Impossible de se concentrer sur l'affaire d'Arthur. Ce bruit l'obnubilait, s'accaparait toute son attention.
Devant ce cri venu d'outre-tombe, son cœur lui parut se déchirer.
On l'appelait. Quelque chose lui hurlait avec vigueur de venir.
Une chose n'appartenant qu'au royaume des morts.
Une chose qui le glaça d'effroi.
Ouais, ça finit en hors-sujet, et alors ?! è.é Tu cherches la merde ?! Viens te battre ! Viens te battre, si tu l'oses -glisse sur une peau de banale et finit K.O-
'Tain comment j'ai buté les parents de Francis, c'est chaud… XD C'est ma première description d'un accident de voiture, j'ai tenté des recherches et tout pour savoir si c'était physiquement possible et j'en ai déduis que /disparition ninja de l'auteure, on ne saura jamais la fin/. Tout comme Francis n'a jamais su quel putain de secret ses parents lui cachaient. Façon, tout le monde cache quelque chose ici, c'est pas compliqué ! XD Cette fic m'a vraiment pris la tête, sérieux, tellement de détails à relier, j'en peux pluuuus !
Félicitations à tous ceux qui ont devinés que Gregou chéri avait buté la Bonnefoy's family (bon, en même temps, je ne suis point subtil donc voilà… XD Vous vous en doutiez tous, vous êtes trop forts, ej m'incline devant votre puissance dévastatrice).
Voilà, le scénario se profil, c'est le gwak absolu et vous n'allez ABSOLUMENT pas aimer le chapitre suivant. Mais genre vraiment pas. Autant que je l'ai haït. Et à part ça… bah… c'est tout pour aujourd'hui ! Merci encore d'avoir lu et biz' à tous !
